Archives par étiquette : Cambourakis

Enquête sur un double et sur soi-même

San­dra DE VIVIES, La femme du lac, Cam­bourakis, 2025, 144 p., 18 €, ISBN : 978–2‑36624–967‑5

de vivies la femme du lacLa femme du lac est le pre­mier roman de San­dra de Vivies, une autrice ambitieuse, n’ayant pas froid aux yeux. L’histoire en est sim­ple : une nar­ra­trice acquiert à Berlin, pour 12 €, une boîte de négat­ifs pho­tos datant des années 1960–1970. Puis tout part à la dérive, tant au niveau nar­ratif qu’au niveau de la langue, San­dra de Vivies nous invi­tant à une plongée sen­si­ble et his­torique hors-norme. La nar­ra­trice, mal­gré la dif­férence d’âge et d’époque, s’identifiant à cette femme du lac qui appa­rait ici et là dans les pho­tos. La nar­ra­trice ne pou­vant s’empêcher de voir dans cette femme du lac un dou­ble d’elle-même. Con­tin­uer la lec­ture

Fictions spéculatives

AE (Pauline Lefeb­vre, Elsa Mau­ry, Nico­las Prig­not), Dans leurs pas. Réal­ités fab­ulées de 2061, Post­face par le Forum Vies Mobiles et Valérie Pihet, Cam­bourakis, 2024, 192 p., 19 €, ISBN : 9782366249149

ae coop dans leurs pasIssues d’un jeu nar­ratif conçu par le col­lec­tif trans­dis­ci­plinaire AE — un jeu pro­posé à des jeunes, inspiré par les travaux de Bruno Latour, mais aus­si de Don­na Har­away, Starhawk —, les neuf nou­velles com­posant Dans leurs pas. Réal­ités fab­ulées de 2061 exposent des scé­nar­ios d’anticipation qui ont pour cadre dif­férents quartiers de Bruxl. La per­spec­tive futur­ologique adop­tée se con­cen­tre autour d’une vision qui rad­i­calise les enjeux socié­taux, écologiques, énergé­tiques actuels. Les impass­es, les crises sys­témiques qui sec­ouent la planète se retrou­vent ampli­fiées : les ques­tions du manque d’eau, de l’accès à la nour­ri­t­ure, du dérè­gle­ment cli­ma­tique, de la raré­fac­tion des ressources naturelles, les oppo­si­tions entre les mil­i­tants d’une écolo­gie pro­fonde et les bénis oui-oui de la pan­tech­nolo­gie se don­nent à lire sous la forme de cli­vages soci­aux, économiques, poli­tiques qui divisent les quartiers de la ville de Bruxl. Con­tin­uer la lec­ture

Le sursis s’écrit noir sur blanc

Car­o­line LAMARCHE et Paul MAHOUX, Dix ans, Cam­bourakis, 2023, 112 p., 16 €, ISBN : 9782366247695

lamarche mahoux dix ansQuand Car­o­line Lamarche s’as­so­cie à Paul Mahoux pour com­pos­er un roman graphique, on tient dans les mains une propo­si­tion limpi­de et intran­sigeante, qui archi­tec­ture le sen­si­ble et l’é­tat du désas­tre. L’ex­tinc­tion de masse et la mort annon­cée d’une jeune fille inscrivent cet ouvrage dépourvu de couleurs dans une noirceur sans men­songe. Au scé­nario, la plume ligne claire, la sim­plic­ité des mots choi­sis par l’autrice de Nous sommes à la lisière. Au dessin, le car­net-de-cro­quiste en Mole­sk­ine et pein­tre Paul Mahoux, les traits fins et noueux, les aplats troués noir sur blanc. Con­tin­uer la lec­ture

Parlons chiffons

Un coup de cœur du Car­net

Vic­toire DE CHANGY, Sub­venir aux mir­a­cles, Cam­bourakis, 2022, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑36624–672‑8

de changy subvenir aux miracles« Écrire sur le vête­ment, sur mon rap­port au vête­ment, ma rela­tion au vête­ment, obses­sion­nelle, com­pul­sive, admi­ra­tive, spon­tanée, fan­tas­mée, ensor­celée, basique par­fois, dépen­dante for­cé­ment, sen­sorielle surtout : tac­tile, sen­si­ble. »

Tout en finesse et déli­catesse, com­posé de petits textes cousus dans un tis­su lan­gagi­er raf­finé, le livre Sub­venir aux mir­a­cles de Vic­toire de Changy donne textuelle­ment forme aux tex­tiles qui nous vêtent et revê­tent, nous apprê­tent ou nous caparaçon­nent. Lurex, tulle, lin, chan­vre,… se croisent et se décroisent dans ce livre, à l’instar des divers points de vue sol­lic­ités par Vic­toire de Changy, pour for­mer la matière tis­su­laire de son écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

« L’essentiel est invisible pour les yeux »

Un coup de cœur du Car­net

Vic­toire DE CHANGY (autrice) et Marine SCHNEIDER (illus­tra­trice), Le bison non-non, Cam­bourakis, 2021, 40 p., 16 €, ISBN : 9782366245868

le bison non nonAvez-vous déjà plongé votre regard dans celui d’un bison ? Cette expéri­ence doit se révéler stupé­fi­ante dans la taï­ga ou une plaine hud­soni­enne. Au cœur de l’album Le bison non-non, sur une pleine page d’un som­bre sub­til (com­posé de bruns et de noirs, per­cé de quelques nuances beiges), se faire aiman­ter par les « deux yeux tout ronds » du bovidé provoque une émo­tion inat­ten­due, entre mélan­col­ie subite et ten­dresse mon­strueuse. On l’aime immé­di­ate­ment, ce Bison non-non, même si son nom devrait tenir à dis­tance… Con­tin­uer la lec­ture

Vivre, résolument

Un coup de cœur du Car­net

Aurélie William LEVAUX, Jus­tice (pas le groupe), Cam­bourakis, 2021, 176 p., 18 €, ISBN : 978–2‑36624–576‑9

levaux justice pas le groupeCe qui était par con­tre claire­ment sous con­trôle, c’était nous, et il allait fal­loir un cer­tain temps pour que nous sor­tions de la tor­peur et retrou­vions une cer­taine énergie et foi en l’existence. 

On ne s’ennuie claire­ment pas en lisant Aurélie William Lev­aux. Dans la con­ti­nu­ité de son dernier livre Bataille (pas l’auteur) paru en 2019 aux édi­tions Cam­bourakis, Aurélie William Lev­aux rem­pile avec Jus­tice (pas le groupe) aux mêmes édi­tions. Nous y retrou­vons le style très recon­naiss­able de l’autrice, par ailleurs dessi­na­trice et plas­ti­ci­enne : sou­vent de longues phras­es entre­coupées de dis­cours indi­rect libre, un pes­simisme et une cer­taine sauvagerie, des chutes cash et ouvertes. Con­tin­uer la lec­ture

Jolie fratrie d’ours

Marine SCHNEIDER, Petit ours, Tout petit ours, Cam­bourakis, 2021, 32 p., 12 €, ISBN : 978–2‑36624–547‑9

schneider petit ours tout petit oursMarine Schnei­der, qu’on a pu notam­ment décou­vrir avec Hiro, hiv­er et marsh­mal­lows en 2018 chez Ver­sant Sud Jeunesse, nous embar­que d’album en album dans un univers graphique élaboré, où l’imagination est reine et le fond de l’air chargé de poésie et de mer­veilleux. Con­tin­uer la lec­ture

Faire peau mieux que neuve

Un coup de cœur du Car­net

Vic­toire de CHANGY et Marine SCHNEIDER, L’Ours Kintsu­gi, Cam­bourakis, 2019, 32 p., 16 €, ISBN : 9782366244311

Gross­es pattes, longues griffes, pelage brun. Sans con­teste, Kintsu­gi est un bel ours, grand et fort. Un brin aven­tureux aus­si, et peut-être trop orgueilleux. Un jour, parce qu’il aime être admiré dans son audace et qu’il se délecte des cha­touilles du vent entre ses orteils, il s’approche tout au bord d’une haute mon­tagne. Mais Éole, d’humeur cha­grine, souf­fle si fort sur son dos qu’il est pré­cip­ité dans une chute qui « dure telle­ment longtemps qu’il a le temps de penser à mille choses. Il se dit qu’il a les poils décoif­fés. Il se dit qu’il a un peu froid. Il se dit qu’il l’a un peu cher­ché. Il se dit qu’il recom­mencera. Il se dit que peut-être en bas, pour l’accueillir, il y aura des bras ». Con­tin­uer la lec­ture

« Auprès de son arbre… »

Émi­lie SAITAS, L’arbre de mon père. Mémoire d’une famille grecque en Égypte (1948–1955), t. 1, Cam­bourakis, 2018, 93 p., 20€, ISBN : 978–2366243253

Brux­elles, 2013, une pièce peu­plée de livres, de plantes et de pho­togra­phies. Un homme aux cheveux gris souris, de petites lunettes juchées sur son nez, pointe du doigt un garçon­net au cen­tre d’un cliché en noir et blanc : « Alors, là, c’est moi dans les bras de ma mère. Elle m’appelait Kosta­ki. Ça veut dire petit Kos­ta en grec. » Avec son autre index, sur une carte cette fois : « Et tu vois ce petit point-là ? C’est Man­sourah, ma ville. » C’est ain­si que débute l’exploration de l’histoire famil­iale des Saitas, sous les crayons d’Émilie et à tra­vers les mots de son père, un Grec ayant gran­di dans l’Égypte nasséri­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Un tas de pierres comme un défi à la vie

Aurélie William LEVAUX et Christophe LEVAUX, Le tas de pier­res, Cam­bourakis, Coll. « Lit­téra­ture », 2018, 128 p., 15 €, ISBN : 978–2‑36624–332‑1

Levaux_Le tas de pierresLui, Christophe, a pub­lié, il y a un an seule­ment, La dis­pari­tion de la chas­se, aux édi­tions Quidam, une comédie sociale satirique et acide dans le monde entre­pre­neur­ial.  Elle, Aurélie William,  mul­ti­plie les activ­ités artis­tiques autour notam­ment du dessin sur tis­su, de la broderie et de l’écriture. Elle a sor­ti une quin­zaine d’ouvrages chez dif­férents édi­teurs comme Pré­dic­tions, Sisyphe, les joies du cou­ple ou encore Le verre à moitié vide, chez Atra­bile où paraît prochaine­ment La vie intel­li­gente. Citons égale­ment Le fes­tin des morts, au Tétras Lyre, avec Car­o­line Lamarche [1]. Con­tin­uer la lec­ture