Archives par étiquette : Traverse

Ce rêve étrange et pénétrant

Tris­tan ALLEMAN, Amériques, Tra­verse, 2024, 135 p., 16 €, ISBN : 9782930783468

alleman amériquesTris­tan Alle­man pub­lie des ouvrages poé­tiques et des recueils de nou­velles depuis une ving­taine d’années et voici qu’il nous donne un pre­mier roman qui ne renie rien de l’identité lit­téraire qu’il a con­stru­ite au fil du temps et qui lui a valu d’être remar­qué par des lecteurs exigeants. Con­tin­uer la lec­ture

Un moralisme d’humour

Olivi­er TERWAGNE, L’automne en juil­let : poèmes et impromp­tus, Tra­verse, coll. « Caram­bole », 2023, 14 €, ISBN : 978–2‑93078–345‑1

terwagne l'automne en juilletPar­tant de ces deux con­stats : le dérè­gle­ment des saisons et les nou­veaux rythmes sco­laires bous­cu­lent le monde des grandes vacances, l’auteur prof­ite de l’occasion pour se pos­er et faire le point. Le temps présent, le temps de l’Histoire (le plus sou­vent la petite) et le temps du bilan de vie (la bien nom­mée quar­an­taine) don­nent sa super­struc­ture à l’ouvrage. Ce recueil est égale­ment for­mé de trois « épisodes » : I. Préquel, II. Impromp­tus généra­tionnels et III. Séquelles. Ces trois titres riment. Les impromp­tus se présen­tent sous forme de textes en prose tan­dis que les épisodes I et III sont en vers libres. Trois fig­ures sont évo­quées : un nar­ra­teur prin­ci­pal, obser­va­teur et désori­en­té ; la fille de la rue l’orée du bois, bien ancrée entre son amour de l’art et celui de la nature ; la fille de l’ambassadeur, insoumise, cos­mopo­lite et nomade. Con­tin­uer la lec­ture

Révéler la beauté  de la nuit

Paul G. DULIEUIl voulait pein­dre la nuit, Tra­verse, 2022, 193 p., 18 €, ISBN : 978–2‑93078–342‑0

dulieu il voulait peindre la nuitD’emblée, on s’attache à ce Mar­cel Fau­reuve, fig­ure cen­trale du roman de Paul G. Dulieu Il voulait pein­dre la nuit, qui, licen­cié aux approches de la soix­an­taine de la société dans laque­lle il œuvrait comme pho­tographe, saisit l’occasion de cette retraite anticipée pour se con­sacr­er à sa pas­sion : pein­dre. Avec une prédilec­tion pour le ciel noc­turne, les étoiles, qu’il monte con­tem­pler  depuis la lucarne du toit d’ardoises.

Au grand dam de son épouse, la réal­iste Géral­dine, qui devine que « le dia­ble de la pein­ture » va s’emparer de lui et qui ne partage pas son vibrant amour pour la nuit, pour le noir. À ses yeux, le noir est « tout ce qui reste quand toutes les couleurs ont dis­paru. (…) c’est le trou, le manque, l’opacité, la céc­ité. » Con­tin­uer la lec­ture

Derrière les mots

Michel VOITURIER, Mi-fable mi-rai­son, Tra­verse, 2022, 154 p., 17 €, ISBN : 9782930783437

voiturier mi fable mi raisonDans l’ombre de la fic­tion, la rai­son ne cesse d’agir. Elle guide le choix des mots, l’ordre de la phrase, l’enchaînement des faits, tend le fil de la nar­ra­tion, son ordon­nance­ment sur la ligne du temps. Elle orchestre le scé­nario, règle l’aiguillage des des­tins, leur artic­u­la­tion avec ce que nous savons du passé et rêvons de l’avenir, négo­ciant avec les opin­ions de l’auteur, ten­ant compte de sa volon­té ou non d’y dévelop­per sa pro­pre vision du monde, ses choix de valeurs. Si le plus sou­vent elle se fait dis­crète, par­fois elle s’exprime à décou­vert, comme elle le fait dans ce recueil de textes brefs de Michel Voi­turi­er, en marge de micro-fic­tions dont la taille varie de quelques lignes (le plus sou­vent) à 2 pages (tout au plus), à telle enseigne qu’il con­tient plus de 90 textes sur 146 pages. Les per­son­nages qui défi­lent demeurent dans l’indéfini, ils ne sont pas nom­més, ils sont présen­tés sous le régime de la troisième per­son­ne. Des quidams, que nous pour­rions être, sai­sis dans leur banal­ité quo­ti­di­enne en petits frag­ments de vie : Con­tin­uer la lec­ture

Eau, terre, vent, feu

Un coup de cœur du Car­net

Tris­tan ALLEMAN, Même les pier­res, Tra­verse, 2022, 208 p., 17 €, ISBN : 978–2‑93078–341‑3

alleman même les pierresCe sont les qua­tre élé­ments, ceux en qui les Antiques voy­aient l’origine de l’univers, qui mènent la ronde de ce recueil de nou­velles. L’auteur les y con­vie en de brefs réc­its qui s’inscrivent pleine­ment dans notre moder­nité. Les per­son­nages qui appa­rais­sent au fil des pages évolu­ent sous leur empire et sont par­fois à leur mer­ci. L’évocation des forces qui étaient invo­quées jadis pour décrire la com­po­si­tion de notre monde trou­ve ici une décli­nai­son placée sous le signe de la var­iété. Con­tin­uer la lec­ture

Écrit fait néant

Cari­no BUCCIARELLI, Petites fables des­tinées au néant. Cent dix-sept romans-fleuves, Tra­verse, 2022, 143 p., 16 €, ISBN : 978–2‑93078–340‑6

bucciarelli petites fables destinees au neantCari­no Buc­cia­rel­li est un écrivain qui chem­ine hors des sen­tiers bat­tus. Métal­lur­giste, puis enseignant dans une école qual­i­fi­ante indus­trielle, il est aus­si poète, romanci­er et nou­vel­liste. Ses travaux de plume lui ont valu une recon­nais­sance dans le monde des let­tres, dont notam­ment le prix Lucien Malper­tu­is, de notre Académie royale de langue et de lit­téra­ture française, qui lui a été décerné en 2020 pour l’ensemble de son œuvre poé­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Italie-Belgique : 1–1

Loren­zo CECCHI,Comme un tan­go, pré­face Patrick Delper­dan­ge, Tra­verse, 2021, 285 p., 20 €, ISBN : 978–2‑93078–339‑0  

cecchi comme un tangoLes auteurs belges fran­coph­o­nes issus des familles ital­i­ennes qui ont émi­gré en Bel­gique à la moitié du 20e siè­cle ont mar­qué notre pat­ri­moine lit­téraire d’une empreinte forte. Ils nous ont don­né des œuvres qui font désor­mais par­tie de notre bien com­mun et dont la valeur n’est plus à démon­tr­er. Loren­zo Cec­chi est au nom­bre de ceux-ci et le dix­ième ouvrage qu’il nous livre aujourd’hui, qui com­porte deux par­ties dis­tinctes,  y apporte une note spé­ci­fique. Con­tin­uer la lec­ture

« Momentanément absent »

Olivi­er TERWAGNE, Momen­tané­ment absent. Réc­its d’un temps volatile, Traverse/Couleur livres, coll. « Caram­bole », 2021, 110 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930783–37‑6

terwagne momentanément absent« il pleu­vait des ficelles, les cordes étaient en rup­ture de stock… / le voy­age com­mençait sur des cha­peaux de roues crevées… / je demande au tax­i­man de sélec­tion­ner “ailleurs” dans le gps ; option “tra­jet le plus long”, télé­phone en mode “avion” ». C’est ain­si qu’Olivier Ter­wagne se rend Momen­tané­ment absent, et prend la tan­gente des (jeux de) mots, assume le par­ti de queuede­pois­son­ner la syn­taxe, tra­verse les chemins des sonorités et des échos. Bien que par­lant le mort, le nord, le morse, le russe, l’absence, lap­sus, muet, sous-titre et silence, c’est dans un français entor­tillé de lib­ertés qu’il s’exprime. Au fil de ses cinquante-cinq Réc­its d’un temps volatile, sa langue s’alambique et s’aplatit, se décline en vers et se libère en pros­es (et le con­traire), se charge de références mul­ti­ples (his­toriques, lit­téraires, musi­cales, socié­tales, etc.) et s’affranchit de toute logique d’attente : « après avoir joué sur le [sic] mots, nous avons joué sur les let­tres elle l’a eue dans la… tes hi tes hi ahhh chan­tait Gains­bourg pour Laeti­tia amour ne prend qu’un M faute de frappe on écrit N pour M je jouerai désor­mais sur les tex­tos, les sex­tos… A + le plus est une croix chante Bio­lay S M S Sado Maso Schisme ? Je prends ton M en sand­wich et j’en reviens au déje­uner sur l’herbe ». Con­tin­uer la lec­ture

Ah, pauvres anges gardiens

Loren­zo CECCHI, La soli­tude des anges gar­di­ens, Nou­velles, Tra­verse, coll. « Lente­ment », 2020, 168 p., 17 €, ISBN : 978–2‑93078–335‑2

cecchi la solitude des anges gardiensNé à Charleroi en 1952, Loren­zo Cec­chi a com­mencé à pub­li­er tar­di­ve­ment avec un pre­mier roman remar­qué, Nature morte aux papil­lons (Cas­tor Astral édi­tions, 2012). Il fut ain­si sélec­tion­né pour le Prix Pre­mière de la RTBF, ain­si que les prix Alain-Fournier, Saga Café et des lecteurs du mag­a­zine Notre Temps. Depuis, l’auteur belge, pro­lixe, alterne romans et recueils de nou­velles : La soli­tude des anges gar­di­ens est son neu­vième titre. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman coloré sur fond d’histoire

Paul G. DULIEU, Lou­vain brisé, Tra­verse et. Couleur livres, 2020, 228 p. 19 €, ISBN : 9782930783338

Le livre de Paul G. Dulieu, Lou­vain brisé, nous reporte au temps tour­men­té de la scis­sion de l’Université catholique de Lou­vain, les fran­coph­o­nes se trou­vant exilés de Leu­ven et appelés à fonder, en terre romane, Lou­vain-la-Neuve. Con­tin­uer la lec­ture

Ceci est le Pérou

Bene­dic­ta DE SMET, Thïnkas. Une Ama­zonie intime, pré­face de Róger Rum­r­rill, Tra­verse, coll. « Carambole/Prose », 2020, 175 p., 17 €, ISBN : 9782930783345

Dans son réc­it de voy­age, Thïnkas, une Ama­zonie intime, Bene­dic­ta de Smet partage la réal­ité qu’elle a vécue au plus près de com­mu­nautés indi­ennes, lors de deux séjours au Nord-Ouest du Pérou, en pleine forêt ama­zoni­enne. Deux expéri­ences con­trastées durant lesquelles elle s’est immergée dans le quo­ti­di­en de ces peu­ples qui vivent un rap­port au monde bien dif­férent du nôtre. Con­tin­uer la lec­ture

S’engouffrer dans les failles

Luc DELLISSE, Le sas, Tra­verse, 2019, 160 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930783–31‑4

Dans son dernier opus, Luc Del­lisse nous embar­que dans vingt voy­ages entre les mailles du tis­su de l’existence. « Par­fois la banal­ité du quo­ti­di­en se lézarde. Une ouver­ture se des­sine. » Un sas, mais un sas par­ti­c­uli­er, de ceux qui ne per­me­t­tent pas de retour : si votre curiosité vous emmène dans cette direc­tion, il n’y aura pas de retour pos­si­ble. Vous serez hap­pé par l’aventure, et ne serez plus jamais le même. Vingt micro-nou­velles, dens­es et ramassées jusqu’à l’essentiel, con­stituent ce recueil, d’une grande cohérence : toutes pro­posent une échap­pée, et toutes sem­blent ani­mées par le même souf­fle – une nar­ra­tion à la pre­mière per­son­ne dont il n’est pas impos­si­ble de penser qu’il s’agit d’un per­son­nage unique. Un homme, qui a déjà beau­coup vécu, mais qui est tou­jours prêt à s’étonner. Un séduc­teur. Un promeneur. Un écrivain. Trois activ­ités qui se con­fondent et génèrent chez lui une atten­tion minu­tieuse à son envi­ron­nement. C’est cette atten­tion qui lui per­met d’apercevoir les Sas. Con­tin­uer la lec­ture

En pente douce

Tris­tan ALLEMAN, Sidérales, Tra­verse, 2019, 80 p., 13€, ISBN : 978–2‑93078–330‑7

Dans Tes yeux, qui ouvre ce nou­veau recueil, pub­lié après Fugi­tives en 2018 (qui con­cer­nait davan­tage les nou­velles), Tris­tan Alle­man dit « vouloir la sou­p­lesse du flot et la sim­plic­ité du monde ». Voilà un vers par­ti­c­ulière­ment pro­gram­ma­tique de son œuvre poé­tique limpi­de, con­sti­tuée de textes courts, qui « s’interstice, se glisse, se fau­file et s’esquisse » entre les gen­res. Assem­blées en cinq par­ties qui tan­tôt affichent une sym­bol­ique claire (III Prénoms, cir­cu­lant entre Françoise, Lau­ra, Élise ou Blanche, héroïnes rêveuses et vaporeuses) tan­tôt lais­sent le champ ouvert à des échap­pées plus amples (II L’air pur, V Envol), ces Sidérales ont été glanées dans un espace-temps de vingt-cinq ans, mais témoignent toutes d’un rap­port direct et sans fard de l’auteur à ce qui l’entoure, d’une obser­va­tion patiente « comme une pierre d’eau /qu’érodent  vents et siè­cles ». Une façon de con­sid­ér­er tant la nature que les mots comme des alliés qui sied bien à la pro­fes­sion de jour – bib­lio­thé­caire à la Fac­ulté Poly­tech­nique de l’U­Mons – de celui qui fut égale­ment, avec Marc Menu, co-respon­s­able des édi­tions du Coq. Une façon aus­si, sans doute, comme le dit Super­vielle de se faire « des amis des grandes pro­fondeurs. » Con­tin­uer la lec­ture

Mystique boréale

Françoise DELMEZ, Les nom­breuses éten­dues ouvertes de la mer, Tra­verse, 2018, 82 p., 14 €, ISBN : 978–2‑93078–329‑1

Françoise Delmez mouille la plume comme l’ancre d’un bateau dans un été de la vie de Léon Losseau. L’étincelle est l’étonnement. Qu’est-ce que le petit avo­cat mon­tois (il a peu plaidé), riche bour­geois et grand bib­lio­phile — 100.000 livres ! –, est par­ti faire tout là-haut sur la carte, dans les eaux froides du cer­cle polaire ? Con­tem­po­rain du fameux Paul Otlet qu’il invi­tait chez lui, tous deux étaient « sûrs que l’accès à la con­nais­sance était un fac­teur de prospérité et de paix pour l’ensemble de l’humanité. » Tel est peut-être un pre­mier aspect de son départ ? La con­nais­sance ? Con­tin­uer la lec­ture

Je me souviens…

Jean-Marie DUBETZ, Le rire du jeune croc­o­dile. Une enfance au Con­go belge de 1950 à 1960. Réc­it d’une odyssée, Tra­verse, 2018, 185 p., 20 €, ISBN : 978–2‑93078–328‑4

Le réc­it que Jean-Marie Dubetz nous donne à lire est com­posé de frag­ments de son enfance dans l’ancien Con­go belge, depuis ses pre­miers sou­venirs jusqu’à ses dix ans. Il souligne d’entrée de jeu sa volon­té de trans­met­tre son his­toire au sein de sa famille, mais aus­si auprès d’un pub­lic plus large intéressé par son vécu par­ti­c­uli­er et l’empreinte que ce dernier a lais­sée sur lui, à savoir la capac­ité d’émerveillement de l’enfant face à la beauté du monde dans lequel il a gran­di. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on lit un recueil de poèmes qui barattent à tout va la langue

Jean-Louis SBILLE, kom­sakonkoze (komildiz), Tra­verse, 2018, 74 p., 12 €, ISBN : 978–2‑93078–325‑3

sbille komsakonkoze.jpgLire, comme par­ler, écrire, écouter, ça se passe d’abord dans un corps. Pas dans de la pen­sée. Pas dans des mots. La langue, c’est d’abord une affaire physique. Cor­porelle. Impos­si­ble de ne pas y penser en lisant, à haute voix, kom­sakonkoze (komildiz), de Jean-Louis Sbille, recueil d’une ving­taine de textes, ultra courts, où Sbille laisse par­ler la viande rauque, zigzague d’un reg­istre de voix à un autre à chaque vers, qua­si, à chaque stro­phe, qua­si. Cite Baude­laire et Lamar­tine tout en larguant ses bombes, ses façons d’écrire cher­chant à ren­dre la langue « komon­la­parl », comme on la vit. Comme on la danse, vous et moi, au quo­ti­di­en. N’hési­tant pas, jamais, à mêler tout cela bor­délique­ment et joyeuse­ment dans un même poème. Pas­sant allè­gre­ment de la ritour­nelle enfan­tine un peu neuneu à la « belle image » poé­tique. Con­tin­uer la lec­ture