Archives par étiquette : utopie

Mauve

Un coup de cœur du Car­net

Vic­toire DE CHANGY, Immen­sità, Cam­bourakis, coll. « Cam­bourakis Tex », 2024, 100 p., 15 €, ISBN : 9782366248630

de changy immensitaPlus lumineux et clair que le vio­let dans la gamme duquel il se décline, le mauve, équili­brant l’ardeur rouge et la sérénité bleue, sym­bol­ise dans le monde ésotérique la trans­for­ma­tion spir­ituelle, l’intuition et la sagesse, la créa­tiv­ité et l’imagination. Élé­gante vivace esti­vale, la mauve, son homonyme féminin, parsème les sols de bou­quets joyeux quand, en breuvages infusés, elle ne tapisse pas de douceur les gorges irritées et d’apaisement les diges­tions com­pliquées. Mauve, c’est le prénom que porte l’héroïne de Vic­toire de Changy, comme s’il avait été pen­sé let­tre par let­tre en attente de son âme. C’est sa mère synesthète qui a brail­lé ce nom à sa nais­sance, et il lui va comme un gant, à elle, la fille de la flam­boy­ante Anna et des tran­quille papa et solide pépa, elle qui nav­igue entre ces chro­ma­tiques froides et chaudes tein­tant sa per­son­nal­ité. Velouté extérieur du mauve, robustesse intérieure de la mauve. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour-camaraderie

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, La cabane d’Alexandra Kol­lon­taï, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 112 p., 10 €, ISBN : 9782931101599

delmotte weber la cabane d'alexandra kollontaiAlix ren­con­tre Julia, par l’intermédiaire d’une amie com­mune. Dès les pre­mières sec­on­des passées ensem­ble, elles tombent dans les bras l’une de l’autre. S’ensuit une rela­tion. Julia est aus­si en cou­ple avec Samuel. Enfin, « en cou­ple » n’est pas tout à fait le terme appro­prié. Samuel goûte aux joies du polyamour et n’a pas moins de qua­tre rela­tions au même moment. Il encour­age Julia dans cette voie, mais elle est plus réti­cente. Des pointes de jalousie sur­gis­sent, surtout quand Alix ren­con­tre Samuel et que ces deux-là se plaisent à leur tour. Alix décou­vre ce nou­veau mode de rela­tions. Leur ren­con­tre a lieu dans la cabane de Samuel, un lieu retiré où il désire vivre autrement. Son rêve serait de s’épanouir au sein d’un poly­cule, c’est-à-dire un groupe polyamoureux. Selon lui, le cou­ple ne laisse pas de place à l’in­di­vid­u­al­ité. Sa référence dans le domaine est Alexan­dra Kol­lon­taï, une com­mu­niste et mil­i­tante fémin­iste marx­iste sovié­tique, qui a forgé une nou­velle con­cep­tion du monde. Il a d’ailleurs don­né son nom à sa cabane. Con­tin­uer la lec­ture

Utopie, dystopie et Cités obscures

MONDES imPAR­FAITS. Autour des Cités obscures de Schuiten et Peeters, Impres­sions Nou­velles et Mai­son d’Ailleurs, 2019, 128 p., 28,50 €, ISBN : 978–2‑87449–730‑8

À l’occasion de l’exposition MONDES imPAR­FAITS. Autour des cités obscures paraît l’ouvrage éponyme inter­ro­geant la ques­tion de l’utopie et de la dystopie. Illus­tré de dessins rares de François Schuiten, de nom­breux doc­u­ments, d’un long entre­tien entre Marc Atal­lah, Schuiten et Peeters, de textes de François Ros­set et Marc Atal­lah, le livre ques­tionne la nais­sance, la genèse de l’utopie (de Thomas More, Fran­cis Bacon à Cam­panel­la, Cyra­no de Berg­er­ac, Mari­vaux…, sans oubli­er les précurseurs, Pla­ton, Lucien de Samosate…), l’avènement de la dystopie avec Zami­a­tine, Hux­ley, Orwell et la présence d’un schème utopique/dystopique dans les Cités obscures. Pro­jet de société idéale, plan­i­fi­ca­tion d’un bon­heur col­lec­tif, l’utopie témoigne en son éty­molo­gie de l’oscillation qui porte sa visée d’une cité par­faite : elle est à la fois « u‑topos », « d’aucun lieu », et « eu-topos », « un lieu bon », pris­on­nière de l’imaginaire et rêve promis à sa réal­i­sa­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Le jour où la toile s’est déchirée

Quentin JARDON, Alexan­dria : les pio­nniers du web, Gal­li­mard, 2019, 243 p., 21.50 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 978–2‑07–285287‑9

Quentin Jardon AlexandriaC’est énon­cer un lieu com­mun que de dire que les tech­nolo­gies évolu­ent vite, imposent en quelques années leur usage comme une évi­dence de tou­jours, nous entraî­nant dans une danse qui donne le tour­nis. Au point que l’on doive par­ler de frac­ture numérique touchant ceux qui ont man­qué une étape ! Et surtout de nous faire oubli­er com­ment était le monde d’avant, de faire pass­er dans l’ombre le chemin par lequel elles sont nées et surtout les choix ou non-choix qui leur ont per­mis de s’implanter dans notre vie. Con­tin­uer la lec­ture

« Oui, murmura-t-il, quel tas de blagues…»

Un coup de cœur du Carnet

Albert T’SERSTEVENS, Un apos­to­lat, Suivi de Un apos­to­lat d’A. t’Ser­stevens : mis­ère de l’u­topie de J.-P. Mar­tinet, Rocher, coll. “Motifs”, 2018, 340 p., 9,5 €, ISBN : 979–10-95071–33‑4

t serstevens un apostolatNulle trace de lui dans le fort vol­ume Lit­téra­tures belges de langue française signé Berg et Halen ni dans l’histoire col­lec­tive de la lit­téra­ture belge fran­coph­o­ne parue chez Fayard en 2003. À peine une mai­gre notice dans le Dic­tio­n­naire des œuvres de Frickx et Trous­son, et encore, ren­due inac­ces­si­ble par une erreur d’in­dex­a­tion… L’absence d’Albert t’Serstevens (1886–1974) dans les ouvrages de références est douloureuse, surtout à qui vient d’achever, éber­lué, Un apos­to­lat et cherche à en con­naître davan­tage sur son auteur. Alors, autant retourn­er aux fon­da­men­taux et le dénich­er chez Camille Han­let, où lui est accordée, dans l’introduction des Écrivains belges 1800–1946, une men­tion unique, mais qui per­met peut-être de com­pren­dre pourquoi cet écrivain nous aura échap­pé : « […] nous lais­sons volon­taire­ment de côté cer­tains auteurs, Belges de nais­sance et d’éducation, mais devenus Français par l’habitat, qui sem­blent avoir de par­ti pris renié toute attache lit­téraire avec leur patrie et dont les œuvres, telle­ment imprégnées de l’esprit français, ne con­ser­vent plus rien de spé­ci­fique­ment belge. C’est cepen­dant encore un hon­neur pour la lit­téra­ture belge d’avoir don­né ces écrivains à la France, qui a été fière de les adopter et de con­sacr­er leur tal­ent. » Han­let range, par­mi ces fils prodigues jamais revenus, J.-H. Ros­ny, le dra­maturge Hen­ry Kistemaek­ers et un cer­tain… Albert t’Serstevens. Con­tin­uer la lec­ture

Au cœur du magma

LUVAN, Sus­to, La Volte, 2018, 400 p., 18 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 9782370490551

luvan sustoIl n’est pas anodin que Sus­to s’ouvre sur une cita­tion d’Alberto Manguel affir­mant la puis­sance de l’imagination. Un jour, l’auteur argentin lira le roman de luvan, parce que les livres ont leur des­tin, et aug­mentera la prochaine édi­tion de son indis­pens­able Dic­tio­n­naire des lieux imag­i­naires. Con­tin­uer la lec­ture

Concours de nouvelles “Utopies” : les lauréats

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La remise des Prix à la Bib­lio­thèque de Saint-Josse

Le grand con­cours de nou­velles de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles avait cette année pour thème Utopies. Les lau­réats ont été dévoilés same­di, lors d’une céré­monie à la Bib­lio­thèque de Saint-Josse. Le Grand Prix, doté de 1.000 € va à François Bertl­eff, pour la nou­velle “Au car­refour à droite”. Les 8 textes lau­réats ont par ailleurs fait l’ob­jet d’une pub­li­ca­tion en recueil, à télécharg­er ici

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Une aventure hasardeuse

Daniel CHARNEUX, More. Essai – vari­a­tions, pré­face de Geneviève Bergé, M.E.O., 2015, 181 p. , 16 € /ePub : 9.99 €               

More Invité à écrire une Vie de saint pour une col­lec­tion qui fera long feu, faute de moyens, Daniel Charneux, qui avait répon­du pos­i­tive­ment à cette sol­lic­i­ta­tion, a con­tin­ué le tra­vail de recherche qu’il avait déjà amor­cé et pour lequel il s’était pris d‘un grand intérêt. Il se cherchera dès lors un autre édi­teur. Ce sera, selon son mot,  la « biofic­tion » du saint de son choix, Thomas More, ami d’Erasme, grand chance­li­er d’Angleterre sous Hen­ri VIII, décapité sur l’ordre de son roi pour avoir refusé de recon­naître son autorité religieuse anti-papale, et ensuite canon­isé au sein de l’église catholique.  Pourquoi avoir choisi ce per­son­nage, inat­ten­du à côté des vies de saints qu’il a pu déchiffr­er lors de ses études de philolo­gie romane, quand pré­valaient encore les  let­tres médié­vales ? Daniel Charneux s’en explique en toute sim­plic­ité : c’est une série de petits inci­dents sur­venus dans son enfance qui le lient à cette fig­ure éton­nante, fût-ce, par exem­ple, la ren­con­tre de son nom,  de deux de ses por­traits et de sa notice dans son pre­mier dic­tio­n­naire Larousse. Le tout lié au sou­venir de son père, de l’école, et de ce moment de la décou­verte du monde. Con­tin­uer la lec­ture

Menace diplomatique

Séverine RADOUX

rennesonLe réc­it s’ouvre sur une descrip­tion en plongée du Sanc­tu­aire, une cité de pier­res blanch­es entourée d’une épaisse forêt de conifères. Bien que sa posi­tion en con­tre­bas d’une falaise la rende vul­nérable, aucune muraille ou armée n’est présente pour la pro­téger. Et pour cause, cette cité idéale est dédiée à la paix. C’est dans cet endroit for­mant un car­ré par­fait, avec ses bâti­ments et ses rues à la taille iden­tique, que « depuis deux cents ans se défont les pro­jets de guerre et se con­stru­isent les paix les plus durables ». Lieu de ren­con­tre des diplo­mates du con­ti­nent entier, le Sanc­tu­aire per­met de régler les querelles ter­ri­to­ri­ales, au même titre que les accords et les traités, grâce à un élé­ment clé : la car­togra­phie (« À présent, les tracés des fron­tières se négo­cient sur le papi­er plutôt que sur les champs de bataille »). Con­tin­uer la lec­ture