Éric ALLARD, Grande vie et petite mort du poète fourbe, Cactus Inébranlable, 2021, 70 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–054‑8
Éric Allard est une figure discrète mais importante du microcosme littéraire belge : on lui doit une œuvre décalée, dédiée à la forme courte (nouvelles, aphorismes, poésies), au clin d’œil, au doute, au grincement, mais, tout autant, l’animation d’une plateforme littéraire collective, Les belles phrases, offrant une alternative indépendante de haut niveau à la médiation classique mais aussi aux blogs (trop) personnels.
Côté création, les précédentes publications de l’auteur étaient des réussites : La maison des animaux, une fiction enjouée chez Lamiroy en 2020, et Les écrivains nuisent gravement à la littérature, déjà au Cactus Inébranlable, en 2017. Grande vie et petite mort du poète fourbe, on peut le deviner dès le titre, prolonge la séquence ouverte avec ce dernier opuscule et va venir titiller les travers du milieu littéraire. Un liminaire décapant le confirme : Continuer la lecture

Les Zadigacités de Patrick Henin-Miris font évidemment référence à Zadig, le conte philosophique, orientaliste et néanmoins satirique, de Voltaire. Lui-même l’avait qualifié, par fausse modestie ludique, de « couillonneries », bien qu’à partir de nombreuses situations exotiques, Zadig incarne la vraie sagesse et la justice face aux questions et aux errements de son siècle.
L’aphorisme est un passe-partout utile à nombre d’écrivains pour pratiquer une forme de provocation (voire de subversion) sous divers déguisements. Il peut se mettre au service d’une idée forte, avec éventuellement une exagération propre à asseoir une réputation et à susciter la controverse. Au service aussi de la facétie par des tours de passe-passe sur le langage et sur les jeux de mots de tout poil, signifiants ou non. Au service aussi du culte hautement salubre de l’absurde. Son empire s’étend donc des jugements altiers de Chamfort au ludisme populaire de l’almanach Vermot, en passant par les apories existentielles de G.C. Lichtenberg ou Pierre Dac. (En ce qui concerne Vermot, au-delà du mépris bonhomme dont il est la cible, rappelons quand même qu’il ne manque pas de beaux esprits pour prétendre que les plus mauvais jeux de mots sont aussi les meilleurs). Cela pour dire que le champ d’action de Gaëtan Faucer dans son opus de poche, opportunément titré Le hasard arrive toujours à l’improviste, titille toute la gamme du genre.
Aux éditions du Cactus inébranlable, le mystère des titres est souvent un jeu de pistes et de cache-cache avec le bon sens. Tristan Alleman et son dernier opus Avoir fleurs n’échappe pas à la règle… Nous étions évidemment particulièrement soucieux de découvrir le sens de cette étrange locution verbale, « avoir fleurs ». Interrogé sur le sens de ce titre, l’auteur nous rappelle l’émotion toujours présente et sa joie à la lecture des poèmes de Géo Norge à qui il dédie ce recueil.
On ne tirera pas ici le portrait de Louis Scutenaire (1905–1987), ami et complice de Magritte, Colinet, Nougé, et activiste très actif du surréalisme en Belgique, bien plus qu’une apparente indolence le laissait croire. Mais disons-le en préambule pour éviter toute ambiguïté : l’auteur de ces lignes eut la vivifiante joie de le connaître, ainsi qu’Irène Hamoir (la « Lorrie » des Inscriptions), le plaisir de les rencontrer régulièrement tous deux rue de la Luzerne durant les dernières années de leur vie, et le bonheur intellectuel de contribuer à le faire lire ou découvrir : principalement chez Edmond Thomas (éd. Plein Chant, 1986) et dans la collection Espace Nord (le premier volume de Mes inscriptions réédité en 1990, sur les cinq initialement prévus à l’époque par Labor).
L’histoire du petit livre signé Jean-Pierre Otte, La bonne vie, qui paraît aux éditions Cactus Inébranlable, est insolite et touchante.
— Bonjour, jeune homme, quelle jolie terrasse vous avez ici !
C’est trop peu dire que de définir André Stas comme un ‘pataphysicien (n’oublions pas l’apostrophe introductive, aussi indispensable qu’un porche à une cathédrale bien qu’elle n’ait d’autre fonction que de susciter d’interminables querelles entre aficionados sur le non-sens qu’elle incarne). ‘Pataphysicien certes, mais aussi collagiste, surréaliste, poète, aphorismophile et, en fait, pratiquant toutes les facettes de l’art de fourrer ses doigts taquins dans les trous de nez de la littérature. Et voici qu’après un premier opus du genre, c’est un « Second cent de nouvelles pas neuves » qu’il fait rouler sur le tapis de jeu. Rappelons que ce titre, comme le précédent, fait référence aux Cent nouvelles nouvelles, premier recueil du genre en français, largement inspiré par le Décameron de Boccace, et dédié à Philipe le Bon par un auteur dont l’identité reste discutable. Comment les titres de textes généralement gaillards, tels que La méprise du curé de sainte-Gudule où Le clystère mystérieux n’auraient-ils pas « stimulé » (terme de français archaïque signifiant « boosté ») les appétits ludiques et les chantiers iconoclastes de Stas ? 
Avec Une caravane attachée à une Ford Taunus, l’auteur tournaisien Pierre Stival signe un premier roman.
Ne gâchons surtout pas notre plaisir en ces temps de rentrée et de prédictions tous azimuts, aussi fatales que dérisoires souvent : L’A.À.F.L.A – L’Appareil À Fabriquer Les Aphorismes est enfin à notre disposition ! Jean-Louis Massot vient de publier aux éditions Cactus inébranlable un nouveau mode d’emploi et on sait que les modes d’emploi sont souvent les textes qui résistent le plus à l’intelligibilité et la compréhension de l’honnête homme. 
Lorenzo Cecchi ouvre Protection rapprochée, son dernier recueil de nouvelles, sur une citation d’Ilaria Gremizzi, désignant « la terre entière » comme une « ébauche géante ». Et c’est dans ce monde, « jamais prêt pour y vivre », qu’il va nous guider. Un monde où un déficient mental s’improvise ange gardien d’une « Miss Fête de la Bière » locale, sur fond de misère économique et relationnelle, de népotisme minable. Un monde où les avocats envient les truands depuis l’enfance, quand ils ne risquent pas leur genou pour venir en aide à des comptables véreux. Un monde où il faut empêcher des amis ivres de s’en prendre à leur femme, où des mineurs désœuvrés creusent des trous dans leur jardin pour y trouver de la houille, où les patrons se font virer par leurs employés, où les play-boys de pacotille ouvrent des supermarchés pour pauvres. Ce monde, c’est le nôtre, il n’est pas terminé, à peine commencé, il n’est pas prêt pour qu’on y vive, et Lorenzo Cecchi le connaît bien.
Acteur important de l’antinatalisme, Théophile de Giraud consacre un essai court et percutant à un trait du christianisme officiel passé sous silence, à savoir son antinatalisme. Partant du tour de passe-passe par lequel l’Église en est venue à promouvoir la fécondité, il analyse le message anti-procréation de Jésus et le phénomène de retournement radical auquel ce message a été soumis. Comment la papauté, le catholicisme en sont-ils venus à encourager les naissances, à interdire l’avortement, la contraception alors que le christianisme des origines prône l’ascétisme, la virginité, le célibat ?