Jean-Philippe QUERTON, Les phrases du silence. Aphorismes sur l’aphorisme et quelques autres formes brèves, Cactus inébranlable, 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 978–2‑07299–619‑1
Parmi les genres littéraires ayant l’habitude de se retourner et de pirouetter sur eux-mêmes, de s’auto-commenter, se définir jusqu’à la non-définition, de se dé-positionner et re-positionner dans le royaume de la littérature, l’aphorisme est un des rois. Roi ? Malandrin ? Les aphoristes, s’ils valorisent leur genre, le portent davantage au pinacle des voyous, des dissidents, des mal élevés, des cousins péteurs plutôt qu’au panthéon littéraire. J’écris cela un peu dizzy après le tourbillon que provoquent Les phrases du silence. Aphorismes sur l’aphorisme et quelques autres formes brèves. Continuer la lecture

On ne tirera pas ici le portrait de Louis Scutenaire (1905–1987), ami et complice de Magritte, Colinet, Nougé, et activiste très actif du surréalisme en Belgique, bien plus qu’une apparente indolence le laissait croire. Mais disons-le en préambule pour éviter toute ambiguïté : l’auteur de ces lignes eut la vivifiante joie de le connaître, ainsi qu’Irène Hamoir (la « Lorrie » des Inscriptions), le plaisir de les rencontrer régulièrement tous deux rue de la Luzerne durant les dernières années de leur vie, et le bonheur intellectuel de contribuer à le faire lire ou découvrir : principalement chez Edmond Thomas (éd. Plein Chant, 1986) et dans la collection Espace Nord (le premier volume de Mes inscriptions réédité en 1990, sur les cinq initialement prévus à l’époque par Labor).
Figure incontournable du surréalisme belge (et plus particulièrement du groupe hennuyer), Achille Chavée demeure nimbé d’une aura qui, cinquante ans après sa disparition, rend toujours son cas aussi fascinant et épineux. Ayant physiquement combattu la « bête immonde » durant la guerre d’Espagne puis en tant que résistant entré dans la clandestinité, le brigadier international Chavée traîne cependant quelques dérangeantes casseroles rouges. À commencer par les soupçons d’interrogatoires musclés durant des procès staliniens à l’encontre de militants anarchistes. L’info est catégoriquement relayée dans la notice Wikipedia, mais sérieusement réévaluée dans certain article de Paul Aron sur l’engagement des écrivains belges francophones contre le franquisme…
Les éditions du Cactus Inébranlable tirent une salve de trois petits livres où la plus rafraîchissante des gamineries côtoie des pépites de sagesse ou de subversion. Leurs auteurs que le Gloupier qualifierait sans doute de « délicieux chenapans » ne sont pas novices dans le genre, il s’en faut, et leur inventivité, pas seulement facétieuse, s’est déjà largement illustrée dans plusieurs opuscules et magazines dont les plus folâtres et joyeusement transgressifs. Au générique, on trouve le multiple Docteur Lichic, Jean-Philippe Querton, funambule et braconnier des mots, ainsi que l’infatigable et salubre contempteur de « l’ordre social dominant », Raoul Vaneigem. 
Le recueil réunit trente nouvelles relativement courtes qui ont pour point commun une inclination irrépressible pour le ludique. De l’eau, du gaz à tous les étages et du jeu à chaque marche d’escalier.