Un coup de cœur du Carnet

Les artistes belges et le communisme : Magritte, Masereel et les autres…
Direction de la publication : Paul Aron et Anne Morelli
Maison d’édition : Éditions de l’Université de Bruxelles
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 168
Prix : 18 €
Livre numérique : /
EAN : 9782800419428
La question « quel sens y a‑t-il à parler d’artistes communistes ? » déployée dans ce remarquable ouvrage collectif s’intègre dans une réflexion plus vaste portant sur la pertinence et les limites des classifications des arts en termes d’école, de mouvement, de style. Consacré aux artistes belges ayant adhéré au communisme ou proches du mouvement, ce volume dirigé par Paul Aron et Anne Morelli comble une lacune dans le champ des recherches : l’absence d’étude de fond sur les liens complexes entre une nébuleuse hétérogène d’artistes belges et le communisme. Interrogeant la doctrine du réalisme socialiste impulsée par Jdanov, la préférence énoncée par le parti pour un art figuratif servant la cause communiste, Paul Aron analyse l’influence que le communisme, sa lutte antifasciste en Belgique, en Europe occidentale, a exercé sur les artistes et conclut par la négative, l’inexistence d’un art communiste. « Il n’y a pas d’art communiste parce que, à regarder le court XXème siècle dans sa totalité, le communisme n’a jamais été un mouvement organisé sur le plan national ou international capable d’imposer un modèle que les artistes auraient pu ou voulu suivre. » Continuer la lecture



On ne tirera pas ici le portrait de Louis Scutenaire (1905–1987), ami et complice de Magritte, Colinet, Nougé, et activiste très actif du surréalisme en Belgique, bien plus qu’une apparente indolence le laissait croire. Mais disons-le en préambule pour éviter toute ambiguïté : l’auteur de ces lignes eut la vivifiante joie de le connaître, ainsi qu’Irène Hamoir (la « Lorrie » des Inscriptions), le plaisir de les rencontrer régulièrement tous deux rue de la Luzerne durant les dernières années de leur vie, et le bonheur intellectuel de contribuer à le faire lire ou découvrir : principalement chez Edmond Thomas (éd. Plein Chant, 1986) et dans la collection Espace Nord (le premier volume de Mes inscriptions réédité en 1990, sur les cinq initialement prévus à l’époque par Labor).
Le mouvement surréaliste en Belgique a suscité très tôt chez ses participants une grande diversité d’actions, de liberté de ton et d’esprit, qui a pu s’exprimer également dans les marges mêmes du groupe dont Paul Nougé et René Magritte ont été les instigateurs. Ainsi en va-t-il de Vendredi, une publication collective réalisée à …un seul et unique exemplaire, à l’initiative de Paul Colinet, membre du groupe de Bruxelles depuis 1935, ami intime de Magritte et de Scutenaire. Paul Colinet avait pour neveu Robert Willems, qui, en octobre 1949, part avec sa jeune épouse Odette au Congo belge, pour y exercer le métier de comptable.
Les coups de coeur de nos chroniqueurs pour l’année 2017. Aujourd’hui : le choix de Frédéric Saenen.
À l’instar de Paul Nougé et Marcel Mariën, Louis Scutenaire (1905–1987), « Scut » pour les intimes, mena jusqu’au bout « l’expérience continue » du surréalisme. Mes Inscriptions 1945–1963, qui reparaissent au catalogue d’Allia, attestent de cette dynamique particulière, en somme assez spécifique aux surréalistes belges, où le « primum vivere » semble l’emporter sur l’impérieux devoir de « faire œuvre ». Se tenir debout, pour Scut, n’était pas une posture d’écrivain, juste une position naturelle.