Alex LORETTE, Géographie de l’enfer, Lansman, 2018, 50 p., 11€, ISBN : 978–2‑8071–0179‑1
Franck, JC et Leslie vivent dans un trou perdu. Aucun voisin, aucune maison aux alentours. Que la nature à perte de vue, ses forêts, les bruits qui craquent, des hululements, le vent qui souffle. Rien qu’eux trois et leur profonde solitude, brisée parfois par des échappées au travail ou sur les routes. Qui sont-ils les uns pour les autres ? Deux frères et une sœur ? Un ménage à trois ? Des amis ? De simples colocataires ? Continuer la lecture

Sirius Malgrétout commence un nouveau job dans un magasin d’électroménagers. Il passe ses journées à parcourir les longues allées d’un hangar, à charger des frigos ou des lave-vaisselles, à pousser un chariot et à transporter le tout jusqu’à l’accueil. Un emploi fatigant et extrêmement répétitif : ticket allée numéro untel, emplacement untel — chargement — déplacement — livraison. Et on recommence. De plus, Sirius n’a pas vraiment le physique du déménageur. Un curieux personnage, Tommy Tantpis, le suit partout. Qui est-il ? Un fantôme qui le hante, comme le dit la légende ? Un mauvais cauchemar ? Un ami qui lui veut du mal ? Son propre double ? Le mystère reste entier.
Dans l’avant-propos à la réédition de son essai qui retraçait, en 1995, Une histoire du théâtre belge de langue française (1830–2000), Paul Aron souligne « l’irremplaçable précarité » de cet art, chaque représentation étant par nature unique.
Le grand remplacement de Stéphane Mansy vient d’être crée au Studio-théâtre de la Louvière dans une mise en scène de l’auteur. Et comme toujours avec le théâtre au cœur des « effets indésirables » du monde, on recycle des mythes! Ceux des androïdes, des robots intelligents, des « aliens » issus d’une humanité qui s’emploie depuis des millénaires à se « remplacer »… Que ce soient les figures baroques des automates, Frankenstein, … la question de l’invasion intérieure des humains par ses créatures est un thème éternel. La pièce a touché un public de plus en plus intriqué dans des applications technologiques qui constituent aussi un rapport d’amour-haine au numérique et à ses suites.
Cet opus reprend deux pièces de théâtre pour le jeune public. La première, À petits pas, nous plonge dans l’univers d’une enfant, Alice, qui aime bien raconter à la cicatrice sur son pied des histoires de quand elle était petite et qu’elle ne dit pas à ses amies parce que ça les ennuie. Son père est mort et elle vit avec sa mère, qui est toujours pressée et qui ne la comprend pas. Elle peut même aller jusqu’à la violence verbale et physique. 
Six jours par mois, le vent souffle sur Somlyo, petit village enclavé sur une île, entre mer et montagne. Six jours par mois, les bourrasques frappent, les éléments se déchaînent, les vagues rompent tout sur leur passage, le volcan Popracapato crache. Six jours par mois, les débris volent, le sang coule, la mort s’active. Six jours par mois, Erzebeth Rozgovnyi, qui vit encore chez sa mère, délire et se laisse emporter par ses vieux démons : son père mort trop tôt, son amant Hyvàn évaporé dans la nature, son enfance avortée. Au village, on s’accroche, on attend patiemment que la tempête passe. Mais toujours il y a quelques imprudents qui sortent et se font happer par une branche, une vague, un rocher…
Le cinquante-huitième Festival de Théâtre de Spa de l’été dernier a levé le rideau avec la première d’un nouveau Caméléon, spectacle bâti sur un choix de textes du romancier et nouvelliste Jean Muno (1924–1988), auxquels l’acteur Nicolas Ossowski insuffle une force remarquable dans un soliloque percutant, mis en scène avec beaucoup de doigté par Daniela Bisconti. Se trouve ainsi profondément retravaillée la riche adaptation scénique de Patrick Bonté, créée le 13 janvier 1981 avec le comédien Jean-Paul Comart au Théâtre de l’Esprit Frappeur dans la capitale belge. L’écrivain bruxellois avait alors collaboré étroitement à cette initiative originale, reprise exactement vingt ans plus tard au Rideau de Bruxelles dans une version modifiée.
Les souvenirs de spectacles sont des lucioles, elles surgissent de la nuit, nous illuminent avant de replonger dans l’obscurité. Les photos, les vidéos, les captations, sont des traces souvent mélancoliques pour celles et ceux qui ont vécu la rencontre de ces spectacles vivants.
La montagne a toujours fasciné le commun des mortels. Qui ne s’est jamais extasié depuis un avion survolant quelque massif ? Qui n’a jamais levé les yeux vers ces grandes dames en louant quelque caractère sacré ? Il est toutefois des hommes et des femmes pour qui la fascination est si intense qu’elle en devient passionnelle, addictive, mystique. 
Brigitte, Caroline, Danièle, Étienne, Marko, Sonia sont ce qu’on appelle communément des « petites gens ». La plupart d’entre eux sont ouvriers et travaillent dans une usine sidérurgique. Polir des pièces toute la journée, s’occuper des enfants le soir en rentrant du boulot – du moins pour les femmes – fatigue, douleur, salaire de misère et fin de mois difficile, leur quotidien est loin d’être rose, leur avenir reste terne. Pourtant, voici venu le temps des rêves. Caroline et Étienne se sont saignés toute leur vie. Avec l’aide de leurs proches, ils envisagent d’accomplir un grand voyage, celui qu’ils attendent depuis tant d’années : visiter la Chine. Sonia, quant à elle, a une voix de cristal. Danièle, la tenancière du bistrot où ils se retrouvent tous les midis, l’a inscrite à un télé-crochet « Sing my Life ». Elle accepte d’y participer, même si son mari, Marko, ne voit pas cette compétition d’un bon œil. À quarante ans, Sonia va-t-elle connaître la gloire ? La promesse d’un futur meilleur devient tout d’un coup envisageable.
Le théâtre vu, regardé, lu, écrit, analysé, raconté par Jean-Marie Piemme en trois tranches temporelles permettrait de lire le presque demi-siècle qu’il nous donne à revisiter sur les scènes du monde et en Belgique francophone en particulier.
Une farce, une bouffonnerie, un conte, une histoire d’un temps sans nuances, Jours radieux de Jean-Marie Piemme nous joue le tempo d’un temps sans espérance et empli de peur. Il reste alors la rage, l’illusion, l’exécration des autres, le désir d’un Père sévère et fort, un tyran, ou d’une Mère….