L’Estro armonico, auberge espagnole de la Révolution 

Frédéric THOMAS et Clairette SCHOCK, Cette soif inas­sou­vie d’une vie à chang­er, Post­face de Raoul Vaneigem, Cerisi­er, coll. « Place publique », 144 p., 14,50 €, ISBN : 978–2‑87267–241‑7

cette soif inassouvie d'une vie a changerRécem­ment, ici-même, nous avons eu l’opportunité de chroni­quer Per­son­ne et les autres, un essai récent à pro­pos d’André Frankin et de l’Internationale Sit­u­a­tion­niste où Guy Debord, Raoul Vaneigem et tant d’autres ten­taient, en rela­tion avec la Revue et le Mou­ve­ment Social­isme et Bar­barie (de 1947 à 1965), de défaire toute légitim­ité au total­i­tarisme et au com­mu­nisme en par­ti­c­uli­er. Con­tin­uer la lec­ture

Venir au monde

Un coup de cœur du Car­net

Louis ADRAN, La nuit de Neauphle où naître, Cheyne, 2023, 64 p., 17 €, ISBN : 9782841163281

adran la nuit de neauphle ou naitrePlacé sous le signe de l’énigme (du dire, du vivre), s’ouvrant sur une cita­tion de Mar­guerite Duras (« Ça rend sauvage l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie »), le recueil poé­tique La nuit de Neauphle où naître dépose un verbe qui est de l’ordre d’un regard éminem­ment tac­tile. Le bal­let d’ombres humaines que Louis Adran con­voque se voit nim­bé d’un flou quant aux lieux, aux épo­ques, aux per­son­nages, aux actions. Dans une langue qui, hors de tout mime, fait l’épreuve de sa genèse, cette suite poé­tique scan­dée en qua­tre par­ties qui ryth­ment l’avancée de la nuit nous entraîne dans des paysages forestiers, cham­pêtres par­cou­rus par des êtres ten­dus vers l’avènement d’une nais­sance. Dans la splen­deur étince­lante de l’écriture se découpent une fuite vers Neauphle, la ren­con­tre de femmes, accoucheuses de « l’être nou­veau », l’attente dans la nuit de l’été d’un événe­ment qui rend le naître à lui-même. Con­tin­uer la lec­ture

Amours interdites

Brigitte MOREAU, Le dia­ble se moque bien des his­toires d’amour, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2023, 200 p., 20 €, ISBN : 9782875990761

moreau le diable se moque bien des histoires d'amourD’un côté, il y a les Supérieurs ; de l’autre, les Inférieurs. Bien enten­du, les deux ne se fréquentent pas, ne se mélan­gent pas, ne se croisent presque pas. Au sein de la pre­mière caste existe une hiérar­chie se bas­ant sur le Pédi­grée des indi­vidus, se définis­sant lui-même par la somme de leurs quo­tients intel­lectuel, beauté, pro­fes­sion­nel, richesse et avenir. Cette valeur pré­cisé­ment mesurée, qui peut vari­er selon les aléas de la vie, per­met d’unir, sur une base rationnelle et objec­tive, les meilleurs élé­ments entre eux. Ain­si, lors d’une céré­monie dili­gen­tée par des hommes de loi, les pères, ayant préal­able­ment amassé une dot, négo­cient le mariage de leurs filles, tan­dis que ces dernières atten­dent patiem­ment dans une salle que leur sort soit scel­lé. Con­tin­uer la lec­ture

Décès de Lucien Noullez

lucien noullez

Lucien Noullez

Nous apprenons le décès de l’écrivain et cri­tique lit­téraire Lucien Noullez.

Né le 13 mai 1957 à Etter­beek, Lucien Noullez était agrégé de l’enseignement sec­ondaire inférieur, sec­tion « Français, his­toire reli­gion ». Il enseignait la reli­gion catholique dans l’enseignement sec­ondaire, et a aus­si été maître de for­ma­tion pra­tique en sci­ences religieuses à l’Institut supérieur de péd­a­gogie Galilée. Il s’est notam­ment pas­sion­né pour les ques­tions qui lient la lit­téra­ture à la spir­i­tu­al­ité. Con­tin­uer la lec­ture

La mort elle-même / peine à trouver ses mots…

Aurélien DONY, Gram­maire du vide, pho­togra­phies de Vic­torine Alisse, Arbre à paroles, 2023, 80 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87406–737‑2

dony grammaire du videOrné de pho­togra­phies de Vic­torine Alisse, le recueil Gram­maire du vide est l’édition défini­tive de trois séries de poèmes (« Terre Silence » — « À pierre fendre » — « Sol­stices ») « écrits entre 2018 et 2022, puis retra­vail­lés durant une rési­dence d’écriture à la Mai­son de la Poésie », peut-on lire dans les notes tech­niques de l’ouvrage. Des exer­gues de Yan­nick Haenel, d’Anise Koltz et Hen­ri Michaux évo­quent cha­cun à leur manière la néces­sité, la présence et la rup­ture du silence. Con­tin­uer la lec­ture

Un cadavre dans la bibliothèque

Didi­er POISSON, Avis de retard, F dev­ille, 2023, 162 p., 18 €, ISBN : 9782875990778

poisson avis de retardBertrand est pro­fesseur de français à la retraite. Claire l’a quit­té alors qu’il sor­tait de la vie active. Depuis, il vit seul une exis­tence sans his­toire dans le vil­lage de son enfance. Sa semaine est organ­isée pour tromper l’ennui et elle est ryth­mée par des petits plaisirs : prom­e­nades dans le parc com­mu­nal, apéri­tif puis piz­za avec Pas­ca­line, l’ancienne col­lègue qui le rejoint au café du com­merce. Et puis il y a Ori­on, son petit-fils, qu’il accueille le mer­cre­di après l’école avant que sa fille Chloé les rejoigne pour le repas du soir. Curieuse­ment, il lit des livres d’économie qu’il emprunte à la bib­lio­thèque. Cet intérêt soudain est-il une manière de rejoin­dre Claire dans un savoir dont elle avait fait son méti­er ? Con­tin­uer la lec­ture

Une nuit, rien qu’une seule nuit

Philippe BEHEYDT, L’aéroport, Lans­man, 2023, 64 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0384‑9

beheydt l'aéroportL’intrigue se déroule dans un aéro­port de province, sans doute quelque part au milieu des États-Unis. Une grosse tem­pête cloue les avions au sol et oblige les pas­sagers à mod­i­fi­er leurs plans. Ils doivent quit­ter les lieux ou pass­er la nuit dans l’aéroport. C’est le cas de l’une des deux pro­tag­o­nistes – Elle – qui n’a d’autre choix que de se résoudre à atten­dre là, en s’installant comme elle peut sur une ban­quette, au milieu de ses sacs. Pen­dant qu’elle dort, un homme en cos­tume frois­sé – Lui – arrive, avec sa seule valise, et s’installe sur le siège le plus éloigné d’elle. Elle se réveille et voit l’homme qui la fixe. Il engage la con­ver­sa­tion et se joue rapi­de­ment d’elle. Elle est agacée par ce type qui cherche un peu de com­pag­nie dans cet aéro­port désert. Elle le trou­ve con­de­scen­dant, lourd, envahissant et ne veut pas de cette promis­cuité non désirée. Elle n’a pas envie de dis­cuter ni de se faire de nou­veaux amis. Mais lui n’a­ban­donne pas la par­tie. Il la provoque gen­ti­ment, la drague, enchaine les jeux de mots pour­ris et fait tout pour qu’elle sorte de ses gongs. Après l’agacement, elle entre dans son jeu et se met à par­ler, jouer, provo­quer elle aus­si. Peu à peu, der­rière leurs cara­paces, on aperçoit leurs cica­tri­ces et leur manque d’amour. Con­tin­uer la lec­ture

Prix Maison rouge : les finalistes

Le prix Mai­son rouge 2023 a dévoilé ses cinq final­istes.  Con­tin­uer la lec­ture

Quand un écrivain-ingénieur pense le futur

PLOUM, Sta­giaire au spa­tio­port Omega 3000 et autres joyeusetés que nous réserve le futur, PVH édi­tions, coll. « Ludomire », n° 12, 2022, 208 p., 14,99 €, ISBN : 978–2‑940609–29‑1

ploum stagiaire au spatioportAvant d’être nou­vel­liste, Ploum, alias Lionel Dri­cot, est blogueur. Celles et ceux qui le suiv­ent sur ploum.net y décou­vrent régulière­ment, en français et en anglais, des réflex­ions sur les logi­ciels libres, sur les monopoles des GAFAM ou sur notre dépen­dance aux médias soci­aux. C’est que l’impact des tech­nolo­gies sur l’humain préoc­cupe Lionel Dri­cot, qui est ingénieur de pro­fes­sion. Con­tin­uer la lec­ture

Morale élémentaire

Lau­rent ROBERT, Sans morale, Toute chose, 2023, 132 p., 10 €, ISBN : 978–2‑492843–27‑3

robert sans moraleIl y a quelques années déjà, nous avions été séduits par un ouvrage de Lau­rent Robert (Son­nets de la révolte ordi­naire) pub­lié par la belle mai­son lyon­naise, Aethalidès. L’auteur, une fois encore, nous sur­prend avec ce nou­veau recueil inti­t­ulé Sans morale et pub­lié aux Édi­tions Toute Chose. On retrou­ve ici le soin apporté à la mise en page que rehaussent le choix du for­mat à l’italienne ain­si que des illus­tra­tions baro­ques dues au graveur flo­rentin Gio­van­ni Bat­tista Bra­cel­li (1584–1650). Gravures d’une moder­nité éton­nante qui représen­tent des corps aux formes géométriques dessi­nant une étrange mécanique de cou­ples qui danseraient une sorte de valse un peu trop par­faite. La sex­u­al­ité, la sen­su­al­ité des corps, la com­plex­ité des rela­tions humaines délim­i­tant, par­mi d’autres, un trip­tyque thé­ma­tique cher à l’auteur. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire lourde des ombres traversées

Philippe LEUCKX, Une rampe de lumière, Oxy­bia, 2023, 60  p., 10 €, ISBN : 978–2‑917873–55‑7

leuckx une rampe de lumiereAvec Philippe Leuckx, de recueil en recueil, le poème grave sur la page du sen­si­ble des mots clés qui inspirent le chem­ine­ment d’encre sou­vent mélan­col­ique et dés­abusé, d’un auteur que la poésie sem­ble plus que jamais con­sol­er d’une mélan­col­ie fer­tile.

Les sou­venirs sont là, maisons com­munes / des silences  et des deuils / avec la mémoire lourde / des ombres tra­ver­sées. Con­tin­uer la lec­ture

Avoir la fureur heureuse

Gioia KAYAGA, Insa­tiable, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. “Root­leg”, 2023, 64 p., 8 €, ISBN: 978–2‑87505–455‑5

kayaga insatiableSi tu ne m’offres pas de quoi oubli­er la fin du monde
je m’emmerde très vite

Dans un long cri qui tient tant du chant que du rugisse­ment, Gioia Kaya­ga ouvre sa pro­pre peau pour met­tre à nu toutes les con­tra­dic­tions de notre époque. Usant d’elle-même comme matière pre­mière de son expéri­men­ta­tion, c’est avec une sincérité à toute épreuve que la poétesse s’empare des sujets qui font grin­cer les dents du patri­ar­cat bour­geois, blanc et bien-pen­sant. De l’imaginaire pornographique qui hante nos réflex­es char­nels aux traces indélé­biles lais­sées par le colo­nial­isme sur la langue, les corps et les esprits, le souf­fle de Kaya­ga soulève les tapis pour ne rien laiss­er dans l’ombre et la pous­sière. Sec­ouant les absur­dités con­sacrées qui fondent nos sociétés con­tem­po­raines, rigides et emmêlées dans leurs principes, la poésie qui tran­spire d’Insa­tiable apporte un vent frais et une lumière crue sur les rap­ports que l’on entre­tient à nous-mêmes autant qu’aux autres. Con­tin­uer la lec­ture

Désaccord parfait

Cather­ine DEMAIFFE, Jusqu’au lever du jour, F dev­ille, 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 9782875990693

demaiffe jusqu'au lever du jourLe roman de Cather­ine Demaiffe débute par le réc­it de l’enfance des deux héros qui for­meront une famille quelques années plus tard, mais pour l’heure, nous décou­vrons pro­gres­sive­ment ce qui a forgé le car­ac­tère des prin­ci­paux intéressés. D’un côté, il y a Alexan­dra, élevée par des sœurs et sa tante Maria suite au décès de ses par­ents et ses frère et sœur dans un acci­dent d’avion. D’un autre côté, il y a Vic­tor, le fruit d’une union hors mariage, élevé seul par sa mère et taxé de bâtard durant toute sa jeunesse. Alexan­dra a gran­di dans l’admiration de son père pilote à la Roy­al Air Force, tan­dis que Vic­tor a essayé d’être un gen­til garçon mais a été abîmé par les assauts déplacés d’un homme d’église. Con­tin­uer la lec­ture

Des instants qui flottent

Jean-Louis MASSOT, Entre deux nuages, lino­gravures d’Olivia HB, Bleu d’encre, 2023, 80 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930725–60‑4

massot entre deux nuagesIl est des livres dont on ne dis­so­cie pas, une fois la lec­ture achevée, la poésie des mots et celle des illus­tra­tions. Il faut pour cela qu’elles se répon­dent, s’enlacent, se nour­ris­sent mutuelle­ment de ce qu’elles pos­sè­dent en pro­pre pour se fon­dre dans un même mou­ve­ment de l’émotion, du rythme, de la musique. Entre deux nuages en alter­nant les textes de Jean-Louis Mas­sot et les lino­gravures d’Olivia HB, relève avec éclat le défi de ces noces du mot et de l’image. Ce n’est pas la pre­mière fois que le poète et l’illustratrice se ren­con­trent sous l’enseigne de Bleu d’encre. Il y a quelques années, Olivia HB ornait (de pho­togra­phies cette fois) les Nuages de sai­son com­posés par le poète en 2017. Con­tin­uer la lec­ture

L’enfant et la forêt

Daniela GINEVRO, Au-dedans la forêt, Lans­man, 2023, 52 p., 10 €, ISBN : 9782807103856

ginevro au dedans la foretAu cœur d’une forêt mys­térieuse et parait-il mau­dite, rôde une enfant des bois, « cou­verte de peaux d’animaux. Un masque d’écorce sur le vis­age, un couteau à la cein­ture ». Surnom­mée La Mésange, elle racon­te son présent et son passé. Com­ment elle est arrivée dans la forêt, accom­pa­g­née de son frère, Le Géant, et de sa sœur, La Renarde. Ils se sont « éva­porés » dans les bois pour échap­per à la mai­son au toit fêlé, à son froid qui s’insinuait partout, à la faim qui les tirail­lait, à l’absence qui y rég­nait. De cette péri­ode dans la mai­son au toit fêlé où ils vivaient tous trois col­lés ser­rés, on n’en appren­dra pas beau­coup plus, si ce n’est que les par­ents n’étaient plus là et que de nom­breuses cica­tri­ces invis­i­bles datent de cette époque. Son frère, bien qu’étant l’aîné, est resté petit suite à une chute dans les escaliers. La Mésange par­le de leurs pre­miers jours dans la forêt. Com­ment ils ont enter­ré leurs noms et s’en sont choisi de nou­veaux. Elle évoque leur vie à trois dans les bois jusqu’à l’accident qui a scindé leur groupe à tout jamais. Peu à peu, la forêt devient son ter­ri­toire, devient sienne. La soli­tude ne l’effraie pas. La nature, les ani­maux, les bruits sont là. Con­tin­uer la lec­ture

L’acrostiche, un voyage inattendu…

Iocas­ta HUPPEN, Viens, je t’emmène, illus­tra­tions de Jus­tine Gury, Par­tis pour, 2023, 125 p., 25 €, ISBN : 978–2‑931209–04‑2

huppen viens je t'emmèneIocas­ta Hup­pen, autrice de haïkus (huit recueils à ce jour), aime à s’imposer la con­trainte formelle pour déploy­er le poème. Ici, elle se donne pour con­signe de com­pos­er des acros­tich­es à par­tir des 26 let­tres de l’alphabet. De Abeille à Zone, elle décline en vers libres les évo­ca­tions d’objets, de lieux, d’insectes, d’animaux. L’exercice, périlleux s’il en est, est mené avec agilité et grâce. Lorsque le recours à des mots rares ou savants s’impose, une note en bas de page, – il y en a 155 –, éclaire la lec­ture, faisant de cet ouvrage une mini-ency­clopédie, un guide de voy­ages, un lex­ique illus­tré. Nous en savons davan­tage sur l’Aigle de Haast, la Nou­velle-Zélande (sou­vent évo­quée), Copen­h­ague, New Del­hi… Con­tin­uer la lec­ture