Archives par étiquette : Hergé

Les « Indiens » d’Amérique :
de la colonisation au musée

Aztèques, Hui­chols, Mayas, Iro­quois, Incas, Apach­es, Quechuas, Sioux, Triquis, Nava­jos, Potawatomis… : les Autochtones d’Amérique inspirent les écrivains. Entre aven­tures de con­quis­ta­dors et réc­its de ren­con­tres dans le monde d’aujourd’hui, ils font sou­vent fig­ure d’altérité rad­i­cale.

On pense aux Incas du Tem­ple du soleil, aux his­toires de cow­boys et d’Indiens… Le fil ini­tial se révèle toute­fois éche­veau, mêlant ban­des dess­inées, romans et œuvres pour la jeunesse. Lesquels nous font voy­ager des États-Unis au Pérou, du Cana­da à la Bolivie. Arpen­tent l’Histoire, de Christophe Colomb à nos jours. Con­tin­uer la lec­ture

Hergé et Jacobs : duettistes et duellistes

Un coup de cœur du Car­net

Éric VERHOEST, Hergé / Jacobs. Du duo au duel. L’histoire d’une ami­tié créa­tive, Moulin­sart et Cast­er­man, 2025, 192 p., 29 €, ISBN : 9782203306516

verhoest herge jacobsHergé et Jacobs. Ces deux noms, ou plutôt ces deux pseu­do­nymes, ont une réso­nance sacrée au cœur et à l’esprit des fana­tiques de bande dess­inée. Nés à trois ans de dis­tance – le pre­mier en 1907, le sec­ond en 1904 –, ces deux con­tem­po­rains cap­i­taux ont fondé la gram­maire du genre en offrant aux généra­tions ultérieures un cadre créatif et nar­ratif qu’il s’agissait de rejeter ou d’adopter, en tout cas par rap­port auquel il était impos­si­ble de ne pas se situer. Con­tin­uer la lec­ture

« Ce Milou… Quel type ! »

Un coup de cœur du Car­net

Renaud NATTIEZ, Milou. Humain, trop humain, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2022, 139 p., 13 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 978–2‑87449–940‑1

nattiez milou humain trop humainEn tintinophile paten­té, Renaud Nat­tiez pour­suit ses coups de sonde dans l’univers hergéen. Après avoir opéré un astu­cieux rap­proche­ment entre le bédéaste brux­el­lois et le chan­son­nier lib­er­taire Brassens, voici qu’il con­sacre un essai au poil à un véri­ta­ble mon­stre sacré de la « Comédie humaine » sor­tie du cerveau de Georges Remi : Milou.

Présen­té comme un « sym­pa­thique cabot », son nom appa­raît en jan­vi­er 1929 dans l’incipit de Tintin au Pays des Sovi­ets et sa sil­hou­ette, dès la deux­ième case. En qua­trième case, l’air dépité, il prononce sa pre­mière phrase : « J’ai enten­du dire qu’il y avait des puces là-bas ». Un on-dit déno­tant d’emblée la tonal­ité qui va s’imposer au fil des albums – du moins jusque dans les années de guerre, péri­ode où Milou perd de son impor­tance nar­ra­tive et passe au sec­ond plan, relayé par le toni­tru­ant Had­dock. Con­tin­uer la lec­ture

Hergé au pays de l’occulte : Arnaud de la Croix reporter du 21e

Arnaud DE LA CROIX, Hergé occulte. La ligne som­bre, Pré­face de Numa Sadoul, Camion noir, 2021, 242 p., 28 €, ISBN : 978–2‑37848–264‑0

de la croix herge occulteHergé, ses per­son­nages, les com­posantes ésotériques, her­mé­tiques de son œuvre ont fait couler tant d’encre, don­né lieu à tant d’exégèses que le cap­i­taine Had­dock doit avoir inven­té, depuis la mort de son créa­teur, un flo­rilège de jurons amusés, admi­rat­ifs ou agacés. Dans Hergé occulte. La ligne som­bre, l’historien et essay­iste Arnaud de la Croix ne dépose pas une pierre de plus à l’édifice des études con­sacrées à l’occultisme, l’alchimie, le para­nor­mal dans les albums Tintin. Con­tin­uer la lec­ture

Georges Brami et Georges Ressens

Renaud NATTIEZ, Brassens et Tintin. Deux mon­des par­al­lèles, Impres­sions Nou­velles, 2020, 190 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782874497476

Quoi de plus dis­sem­blable, si ce n’est incom­pat­i­ble a pri­ori, que les univers de Georges Remi, alias Hergé, et de Georges Brassens ? L’esthétique de la ligne claire du Brux­el­lois et les valeurs morales qu’elle illus­tre s’accommodent-elles des filles de joie, quadru­manes en rut, matrones aux mamelles matraque­uses de cognes et autre nonette nymphomane qui se ren­con­trent dans les com­po­si­tions du Sétois ? Un récent essai pub­lié aux Impres­sions Nou­velles tente d’établir le par­al­lèle, non pas entre deux hommes, mais bien entre les démarch­es créa­tives de deux esprits qu’une com­mune lib­erté car­ac­térise. Et la démon­stra­tion, de si hasardeuse qu’elle pou­vait appa­raître au départ, s’avère con­va­in­cante, à sa mesure. En effet, on sent que Renaud Nat­tiez s’est avant tout plu à évo­quer, dans un même ouvrage, ses pas­sions les plus ardentes, afin de les com­mu­ni­quer con­join­te­ment au pub­lic. Le rap­proche­ment n’est donc pas for­cé, mais doit, pour être pleine­ment savouré, s’aborder comme le partage d’une dilec­tion, d’un goût, et non comme une étude à pré­ten­tion démon­stra­tive. Con­tin­uer la lec­ture

Bande ciné, bande dessinée

Bob GARCIA, Tintin. Du ciné­ma à la BD, Desclée de Brouw­er, 2019, 273 p., 19,50 €, ISBN : 978–2‑220–09615‑5

Sur les con­nivences entre le ciné­ma et les Aven­tures de Tintin, l’on dis­po­sait déjà de mul­ti­ples indi­ca­tions, grâce aux entre­tiens d’Hergé avec Benoît Peeters et Numa Sadoul, ou encore aux essais de Philippe Lom­bard et de Bob Gar­cia. Or, plus obstiné que les précé­dents, ce dernier a con­sacré de longues années à creuser le sujet avec une minu­tie ento­mologique, tout en élar­gis­sant son enquête aux tribu­la­tions des Totor, Quick et Flup­ke, Jo et Zette. Ain­si nous offre-t-il aujour­d’hui un vol­ume d’une éru­di­tion impres­sion­nante – mais dont la pro­fu­sion même, comme il était à crain­dre, n’est pas tou­jours bien maitrisée. La méth­ode adop­tée sem­blait pour­tant garante de rigueur, avec ses cinq étapes suc­ces­sives : Con­tin­uer la lec­ture

Tintin et la conquête spatiale

HERGÉ, Tintin et la lune. Objec­tif lune. On a marché sur la lune, dou­ble album, Cast­er­man, 2019, 128 p., 19,90 €, ISBN : 978–2‑203–19880‑7

À l’occasion du cinquan­tième anniver­saire des pre­miers pas de l’homme sur la Lune, Cast­er­man réédite en un dou­ble album Objec­tif Lune et On a marché sur la Lune d’Hergé. Vision­naire, doté d’une intu­ition toute « tour­nesoli­enne », Hergé prépub­lie ces deux albums entre 1950 et 1953 dans les pages du jour­nal Tintin. Conçus dans les années après-guerre, pub­liés respec­tive­ment en 1953 et 1954, les réc­its Objec­tif Lune et On a marché sur la Lune devan­cent de quinze ans la mis­sion Apol­lo 11 et les pre­miers pas de Neil Arm­strong sur le satel­lite de la Terre, le 21 juil­let 1969. À une époque où la con­quête spa­tiale rel­e­vait encore de la sci­ence-fic­tion ou était à tout le moins  bal­bu­tiante, Hergé embar­que son petit reporter dans des aven­tures stel­laires. Nom­bre de spé­cial­istes d’Hergé ont relevé l’énorme tra­vail doc­u­men­taire, les con­seils sci­en­tifiques, tech­niques qu’il reçut, notam­ment de Bernard Heuvel­mans. Con­tin­uer la lec­ture

Le dessinateur de papier et le roi de carton : roman sur grand écran

Un coup de cœur du Carnet

Patrick ROEGIERSLe roi, Don­ald Duck et les vacances du dessi­na­teur, Gras­set, 2018, 304 p., 20 €, ISBN : 978–2‑246–86021‑1

roegiers le roi donald duck et les vacances du dessinateurCe plat pays qui n’est plus tout à fait le sien puisqu’il est devenu français con­tin­ue néan­moins d’obséder textuelle­ment l’écrivain Patrick Roegiers à tra­vers quan­tité de ses ouvrages, romans comme essais divers. Même si la Bel­gique, son pays d’origine, n’est pas nom­mé dans Le roi, Don­ald Duck et les vacances du dessi­na­teur, titre ô com­bi­en inat­ten­du mais éclairant pour le lecteur par le ton qu’il donne, Patrick Roegiers revis­ite selon la bonne habi­tude qui est dev­enue la sienne nos mythes bel­gi­cains pour les décon­stru­ire par le biais d’un décalage de per­spec­tives, en les déboulon­nant du piédestal où cer­tains les ont par­fois élevés. Cette fois, le roi Léopold et le dessi­na­teur Hergé. Con­tin­uer la lec­ture

Vestiges des jours…

Un coup de cœur du Carnet

Alain DARTEVELLE, Dans les griffes du Doudou, Ker, coll. « Bel­giques », 2017, 132 p., 12 €/ePub : 5.99 €, ISBN : 978–2‑8758–6218‑1

dartevelle dans les griffes du doudou.jpgDébar­qué du futur où il aime aven­tur­er son écri­t­ure à la fois imagée, directe et stylée, Alain Dartev­elle promène sa plume dans un  nou­veau recueil de nou­velles et dans un passé proche. Le sien, lié for­cé­ment à celui de la Bel­gique, ce pays mul­ti­ple qui prête son nom à la col­lec­tion mise en œuvre  par les édi­tions Ker. Prom­e­nade donc, dans une mémoire per­son­nelle, folâtre, amère par­fois, tein­tée de nos­tal­gie, large­ment ouverte à l’amitié, volon­tiers voluptueuse, mais aus­si désen­chan­tée et imprégnée de cet « humour gris » dont l’auteur revendique le label. Pour l’introduire : des évo­ca­tions sub­jec­tives de ces deux têtes de gon­do­le de notre vit­rine cul­turelle que sont Hergé et Magritte. Auto­por­trait dés­abusé pour le pre­mier : celui de l’artiste en fin de vie, rav­agé à la fois par  la leucémie et par les inter­ro­ga­tions sur son œuvre et sur sa créa­ture cen­trale : « Tintin m’a vam­pirisé, me souti­rant titre après titre, planche  après planche, case après case, mes forces vives. Cette belle énergie qui m’a man­qué ensuite pour vir­er de bord et met­tre le cap sur mon for intérieur ».  Dans Signé Magritte, on suit avec une coupable jubi­la­tion l’odyssée d’un quidam (serait-il un de ces dou­bles de l’auteur qui se mul­ti­plient à tra­vers le recueil ?) pour qui l’ombre du pein­tre flotte entre un statut révolu d’idole de sa jeunesse et une stature de petit-bour­geois ron­douil­lard, de « sale type », métic­uleux faiseur de  chro­mos aléa­toires, et par ailleurs épris de can­u­lars scat­ologiques. Sus donc à l’imposteur ! Et l’on assiste ain­si, impuis­sants, mais admi­rat­ifs face à tant de déter­mi­na­tion,  à l’attentat au purin per­pétré con­tre qua­tre toiles lors de l’exposition brux­el­loise. Atten­tat suivi toute­fois de regrets : il avait eu pour cibles les toiles les plus caus­tiques de l’artiste. « De quoi méditer à loisir sur les risques que com­porte la fâcheuse ten­ta­tion de met­tre à jour des secrets d’enfance… »   Con­tin­uer la lec­ture

« Avant son départ, Tintin s’est fait équiper au Bon Marché ! »

Jean-Claude JOURET, Hergé et la pub­lic­ité, Neufchâteau, Weyrich, 2016, 200 p., 32 €

jouretS’il est entre Magritte et Hergé un point com­mun autre que leur enracin­e­ment en Bel­gique, c’est le début de leurs car­rières respec­tives dans le domaine pub­lic­i­taire – ou plutôt de « la réclame » comme l’on dis­ait à l’époque où une bou­tique vous engageait à lui fig­nol­er son enseigne. Ain­si Magritte, d’avoir sil­hou­et­té des man­nequins de bois pour le compte de cer­tain styl­iste, con­vo­quera-t-il dans plusieurs tableaux le motif énig­ma­tique de ces mem­bres en forme de quille. Pour Hergé, la pub­lic­ité est davan­tage qu’une loin­taine et anec­do­tique source d’inspiration ; elle est avant tout un banc d’essai de sa pra­tique artis­tique. Dans ses albums, elle tient plusieurs rôles : élé­ment dis­cret mais essen­tiel du décor, elle par­ticipe sou­vent à l’ironie du pro­pos, définit un univers men­tal et un ton, jusqu’à par­fois se muer en authen­tique ressort nar­ratif. Con­tin­uer la lec­ture

Hergé : les raisons d’un malentendu et d’un succès

Renaud NATTIEZ, Le Mys­tère Tintin. Les raisons d’un suc­cès uni­versel, Brux­elles, Les Impres­sions nou­velles, 370 p., 22 €/ePub : 13.99 €

Qu’elle est ingrate, l’admiration que l’on voue à Hergé, et plus par­ti­c­ulière­ment à son per­son­nage prin­ci­pal. Voici un énième ouvrage por­tant sur ce que l’on est en droit d’appeler un mon­u­ment du pat­ri­moine immatériel belge, et dont l’auteur, pour « des raisons indépen­dantes de sa volon­té », a dû se résoudre de traiter sans aucun appui graphique autre que les cou­ver­tures des albums ! Dès lors, l’essai, si péné­trant soit-il, ne s’adresse qu’à un pub­lic de fana­tiques, ayant qua­si mémorisé l’ensemble des cas­es et des ban­des (respec­tive­ment désignées par des chiffres arabes et romains) des vingt-qua­tre titres, ou alors de courageux, qui pren­dront la peine de se reporter sys­té­ma­tique­ment à leur pré­cieuse col­lec­tion pour véri­fi­er la per­ti­nence du pro­pos. Con­tin­uer la lec­ture