Archives par étiquette : Émilie Gäbele

Les mémoires de l’hippocampe

Car­o­line VALENTINY, Les sou­venirs oubliés ne sont jamais per­dus, Albin Michel, 2024, 224 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782226488046

valentiny les souvenirs oubliés ne sont jamais perdusIl y a des sou­venirs qui obsè­dent, dont on aimerait se sépar­er, mais qui s’incrustent dans les moin­dres recoins de l’esprit. Il y a des sou­venirs qu’on aimerait garder auprès de soi, s’y blot­tir le plus sou­vent pos­si­ble, mais qui peu à peu échap­pent. Puis il y a des sou­venirs qu’on a tou­jours gardés pour soi, qui sont murés en soi.

Juli­ette, une vieille dame, passe ses journées instal­lée à sa fenêtre. Elle tri­cote et regarde au loin, par-delà les champs et les vignes. Elle attend la vis­ite de sa fille, Lise. Vien­dra-t-elle aujourd’hui ? Mais est-ce bien sa fille ? A‑t-elle des enfants ? Depuis quelques temps, sa mémoire lui joue des tours et la fuit. Pour­tant, dans le cré­pus­cule, des sou­venirs très pré­cis lui revi­en­nent. Celui d’un amour passé, d’avant Féli­cien, son mari décédé. Con­tin­uer la lec­ture

Un arbre aux racines profondes

Un coup de cœur du Car­net

Lil­iane SCHRAÛWEN, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2024, 140 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 9782875864758

schrauwen belgiquesQuelques jours de répit au fin fond de la Gaume, loin du tumulte de la cap­i­tale et du quo­ti­di­en. Quelques mois de vacances en Bel­gique, loin de l’Afrique qui a vu la nar­ra­trice naître, et la décou­verte de cette Flan­dre, tel un songe comme dirait Ghelderode. Une balade au cimetière de Laeken, « au milieu des morts, telle­ment morts et telle­ment vivants à la fois à tra­vers leur image dans la pierre ». Une prom­e­nade au cœur de la cap­i­tale, sur la Grand-Place, à tra­vers les épo­ques et les exé­cu­tions cap­i­tales qui s’y tenaient. Con­tin­uer la lec­ture

« Faites des câlins pas les magasins »

Didi­er POITEAUX, Fast [Peut-on se réap­pro­prier ses désirs dans une société de con­som­ma­tion ?], Lans­man, 2024, 44 p., 11 €, ISBN : 9782807104211

poiteaux fastComme dis­ait Georges Perec, la société de con­som­ma­tion nous aliène, « toutes ces choses [que nous con­som­mons] ne sont là que pour entretenir une espèce de frénésie, de ver­tige, d’hypnose ». Nos désirs sont-ils réels ou sont-ils conçus de toutes pièces pour nous amen­er à con­som­mer plus ? Dans Fast, Didi­er Poiteaux abor­de le vaste sujet de la fast fash­ion – mode de pro­duc­tion de l’industrie tex­tile qui con­siste à pro­duire tou­jours plus à des prix tou­jours plus bas – et part de cette ques­tion : peut-on se réap­pro­prier ses désirs dans une société de con­som­ma­tion ? Con­tin­uer la lec­ture

Une quête spirituelle originale

Daph­né TAMAGE, Le retour de Sat­urne, Stock, 2024, 234 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782234096578

tamage le retour de saturneEn préam­bule, l’autrice nous prévient : Sat­urne met trente ans à accom­plir une révo­lu­tion com­plète autour du soleil. « Ce qui sig­ni­fie, en astrolo­gie, que Sat­urne revient au bout de cette péri­ode dans la posi­tion exacte où elle se trou­vait quand vous êtes né. Et quand elle revient, vous êtes fichu. » Con­tin­uer la lec­ture

Le passeur d’histoire(s)

Un coup de cœur du Car­net

Philippe FIÉVET, Brûlure indi­enne, M.E.O., 2024, 236 p., 23 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0437‑5

fievet brulure indienneFrank tient une bou­tique dédiée aux États-Unis, le West­ern Shop, boule­vard Adolphe Max à Brux­elles. Au-dessus de son mag­a­sin, dans sa « mai­son des chimères », se cache une impor­tante col­lec­tion d’objets, usten­siles de la vie quo­ti­di­enne, armes, coiffes, vête­ments, œuvres d’art, pho­tos, etc. ayant appartenu aux Sioux et témoignant de leur cul­ture. En quelque sorte la mémoire d’un peu­ple. Frank ne sait dire à quand remonte exacte­ment cette pas­sion pour les Indi­ens – terme que les nat­ifs améri­cains con­sid­èrent comme une injure. Enfant, Frank jouait « aux cow­boys et aux Indi­ens » avec ses copains, sur un ter­rain vague. Plus grand, c’est pour le ciné­ma et les west­erns qu’il s’est pas­sion­né. Un jour, il a acheté une pre­mière antiq­ui­té – une Win­ches­ter 73 – puis, petit à petit, a agran­di sa col­lec­tion et a com­mencé à s’intéresser de plus en plus aux Sioux Lako­tas. Con­tin­uer la lec­ture

L’exploration des âmes humaines

Isabelle FABLE, Ain­si va la vie, Ain­si va la mort, M.E.O., 2024, 132 p., 16 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 9782807004436

fable ainsi va la vie ainsi va la mortDes retrou­vailles, tout comme des coïn­ci­dences, égrè­nent ce recueil de nou­velles. Un pro­fesseur d’Université ren­con­tre l’un des enseignants qui a mar­qué sa jeunesse. Une autre retrou­ve un ancien amour. Des rela­tions nais­sent, mal­gré les obsta­cles. Des épisodes incon­grus, par­fois presqu’irréels, provo­quent des cham­boule­ments dans la vie de cer­tains pro­tag­o­nistes : des boules de cheveux poussent sur la tête de l’un, pen­dant qu’un autre hérite d’une mai­son en bord de mer où une mys­térieuse source sem­ble avoir élu domi­cile. Étrange con­cours de miss proche d’un com­bat de glad­i­a­teurs, amants de papi­er,  poèmes qui changent une vie, renais­sance à la foire du Midi, héros mal­gré lui, sanglante marelle… les nou­velles s’enchainent sans se ressem­bler. Telles la vie et la mort, l’altruisme tout comme la haine s’insinuent partout. Il y a de nom­breuses manières de vivre, renaitre, mourir, voire tuer. Con­tin­uer la lec­ture

« On ne va nulle part en battant des nageoires »

Guil­laume DRUEZ, Cœur de pédé suivi de Bocal, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges » 2023, 114 p., 10 €, ISBN : 9782931101674

druez coeur de pedeCœur de pédé nous met en présence de Guil­laume qui souf­fre du syn­drome du cœur brisé. Son cœur est totale­ment nécrosé, broyé par un cha­grin d’amour.

C’est vrai, je vis.
Avec un cœur brisé.
Hors d’usage.
Ratat­iné.
Mis en miettes. 
Con­tin­uer la lec­ture

Le vertige de l’amour

Stéphane BISSOT, Celle qui aimait les hommes, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2023, 70 p., 10 €, ISBN : 9782931101681

bissot celle qui aimait les hommesLouise est actrice. De manière totale­ment non chronologique, elle se remé­more ses his­toires d’amour. « [Elle] écrit la nuit. La lumière est douce. Elle écrit à plusieurs âges. Il y a plusieurs présents. Pen­dant qu’elle par­le à l’homme qu’elle aime, à celui qu’elle aimait ou à celui qu’elle aimera, elle racon­te ses amours pro­fondes ou fugaces ». Il y a Samuel, ren­con­tré lors d’une soirée de sou­tien aux ouvri­ers, qui est ten­dre comme un agneau et auprès de qui elle redé­cou­vre sa sen­su­al­ité. Il y a Romain avec qui elle ne passe qu’une nuit, Arié, un homme piv­ot dans sa vie auprès de qui elle apprend la mort de son père ou encore Andréas dont elle croque la pomme à New York. Cha­cun reçoit un surnom : l’homme femme, l’homme rus­tre, l’homme silence, l’homme arbre… Louise se sou­vient aus­si de son pre­mier amour à l’école, Quentin, dont elle con­nais­sait l’emploi du temps par cœur. Con­tin­uer la lec­ture

Mon voisin chéri… vraiment ?

Frank ANDRIAT, Mortelle assem­blée de copro­priété, F dev­ille, 2023, 180 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782875990877

andriat mortelle assemblée de copropriétéComme chaque année, Jérôme se rend à l’assemblée générale de la copro­priété de son immeu­ble. Et comme chaque année, il aurait préféré rester au chaud chez lui, à dévor­er un livre – il est cri­tique lit­téraire – plutôt que de subir les rancœurs, récrim­i­na­tions, sar­casmes et coups bas de cer­tains copro­prié­taires. Cet exer­ci­ce est hélas oblig­a­toire. Et sans men­tir, d’un pro­fond ennui survient un cer­tain amuse­ment dû à quelques éner­gumènes tou­jours très remon­tés. Jérôme salue et dis­cute avec quelques sym­pa­thiques voisins : Youssef, l’un des mem­bres du con­seil de copro­priété qui se coupe tou­jours en qua­tre pour les autres et sait tout sur tout le monde ; Lise et Paul, un cou­ple dont la femme ne le laisse pas indif­férent ; un nou­veau pro­prié­taire qui lui tient la jambe… Les plus pénibles de l’assemblée se pla­cent au pre­mier rang, mais il manque leur roi, Mar­ius Van Eyck, un soli­taire qui en a poussé plus d’un à bout, locataires comme pro­prié­taires. Où est-il ? Cette absence est étrange et ne lui ressem­ble pas. Deux voisines, Mélanie Leclerc et Vin­ciane Mer­veille, s’en inquiè­tent. Il ne rat­erait ce ren­dez-vous annuel pour rien au monde. Que lui est-il arrivé ? Qu’importe, la séance est ouverte. Et mal­gré l’absence de Van Eyck, les débats s’enchaînent, au grand dam du nar­ra­teur. Con­tin­uer la lec­ture

« Take care, little Bastard »

Thymios FOUNTAS, Sauvez Bâtard, Arbre de Diane, 2023, 98 p., 14 €, ISBN : 9782930822297

fountas sauvez batardAu fond d’une ruelle, trois lais­sés-pour-compte, sortes d’archétypes aux couleurs beck­et­ti­ennes, sem­blent errer dans un monde futur­iste où règne le désar­roi, un monde où le ciel a dis­paru et se dis­loque en morceaux. Cafard, le « ramasse-miettes », Clébard, le « canidé colérique et kif­feur de pisse » et Clochard, le « sans-abri haut per­ché » tombent sur un cadavre. Cafard se retient d’en faire son repas. Clochard est en trip per­pétuel. Clébard, de nature agres­sive, mène le groupe. Ils net­toient les lieux pour accueil­lir un tri­bunal loufoque et Bâtard, leur coupable. Ce dernier avoue être « l’plus grand bâtard de l’univers faut bien qu’un gars soit bouc émet­teur de mis­ère », mais a‑t-il vrai­ment com­mis ce meurtre ? C’est alors qu’apparait Ekart, l’« amoureux en sueur », le mal­abar du quarti­er qui ne va pas tarder à tomber amoureux de Bâtard. Con­tin­uer la lec­ture

Nous sommes toutes et tous des cellules HeLa

Un coup de cœur du Car­net

Aliénor DEBROCQ, HeLa, Lans­man, 2023, 64 p., 12 €, ISBN : 9782807103931

debrocq helaHeLa. Qua­tre let­tres pour par­ler d’un type de cel­lules qui ont révo­lu­tion­né la sci­ence de la virolo­gie et ont con­tribué notam­ment à la nais­sance du vac­cin con­tre la poliomyélite. Qua­tre let­tres pour des cel­lules étudiées dans les lab­o­ra­toires du monde entier et repro­duites à plusieurs mil­liards d’exemplaires. Qua­tre let­tres pour les pre­mières cel­lules à être cul­tivées in vit­ro et qui con­stituent la pre­mière lignée de cel­lules immortelles. Con­tin­uer la lec­ture

La forêt cocon

Daniela GINEVRO, Lisières. Con­tes de petites filles dans la forêt, Lans­man, 2023, 80 p., 12 €, ISBN : 9782807103917

ginevro lisieresDans LisièresDaniela Ginevro revis­ite cinq con­tes pop­u­laires : Le petit chap­er­on rouge, Hansel et Gre­tel, Les chaus­sons rouges, Vas­silis­sa-la-très-belle et Boucle d’or. Ces célèbres his­toires met­tent en scène des petites filles des forêts à qui l’autrice dédi­cace son texte. Qui sont-elles ? Leurs noms nous sont fam­i­liers : le petit chap­er­on rouge, Gre­tel, la petite fille aux souliers rouges, Vas­silis­sa, Boucle d’or… Mais il y en a tant d’autres. Con­tin­uer la lec­ture

Le lierre des souvenirs

Sylvie ROGE, J’ai appris à me taire, F dev­ille, 2023, 204 p., 20 €, ISBN : 9782875990716

roge j ai appris a me taireLa nar­ra­trice, Clé­mence, veuve depuis plusieurs années, démé­nage dans une mai­son de repos, cer­taine­ment son dernier démé­nage­ment avant la grande fin. Elle est résignée : c’est le chemin de la vie. Elle ne veut en aucun cas être un poids pour sa fille Jus­tine. Cette dernière a déjà bien du souci avec son aînée, Glad­ice, une jeune ado­les­cente au regard noir. Sa petite-fille lui rap­pelle quelqu’un : Anna, sa sœur aînée, avec qui elle a vécu jusqu’à ses six ans. Con­tin­uer la lec­ture

Une nuit, rien qu’une seule nuit

Philippe BEHEYDT, L’aéroport, Lans­man, 2023, 64 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0384‑9

beheydt l'aéroportL’intrigue se déroule dans un aéro­port de province, sans doute quelque part au milieu des États-Unis. Une grosse tem­pête cloue les avions au sol et oblige les pas­sagers à mod­i­fi­er leurs plans. Ils doivent quit­ter les lieux ou pass­er la nuit dans l’aéroport. C’est le cas de l’une des deux pro­tag­o­nistes – Elle – qui n’a d’autre choix que de se résoudre à atten­dre là, en s’installant comme elle peut sur une ban­quette, au milieu de ses sacs. Pen­dant qu’elle dort, un homme en cos­tume frois­sé – Lui – arrive, avec sa seule valise, et s’installe sur le siège le plus éloigné d’elle. Elle se réveille et voit l’homme qui la fixe. Il engage la con­ver­sa­tion et se joue rapi­de­ment d’elle. Elle est agacée par ce type qui cherche un peu de com­pag­nie dans cet aéro­port désert. Elle le trou­ve con­de­scen­dant, lourd, envahissant et ne veut pas de cette promis­cuité non désirée. Elle n’a pas envie de dis­cuter ni de se faire de nou­veaux amis. Mais lui n’a­ban­donne pas la par­tie. Il la provoque gen­ti­ment, la drague, enchaine les jeux de mots pour­ris et fait tout pour qu’elle sorte de ses gongs. Après l’agacement, elle entre dans son jeu et se met à par­ler, jouer, provo­quer elle aus­si. Peu à peu, der­rière leurs cara­paces, on aperçoit leurs cica­tri­ces et leur manque d’amour. Con­tin­uer la lec­ture

L’enfant et la forêt

Daniela GINEVRO, Au-dedans la forêt, Lans­man, 2023, 52 p., 10 €, ISBN : 9782807103856

ginevro au dedans la foretAu cœur d’une forêt mys­térieuse et parait-il mau­dite, rôde une enfant des bois, « cou­verte de peaux d’animaux. Un masque d’écorce sur le vis­age, un couteau à la cein­ture ». Surnom­mée La Mésange, elle racon­te son présent et son passé. Com­ment elle est arrivée dans la forêt, accom­pa­g­née de son frère, Le Géant, et de sa sœur, La Renarde. Ils se sont « éva­porés » dans les bois pour échap­per à la mai­son au toit fêlé, à son froid qui s’insinuait partout, à la faim qui les tirail­lait, à l’absence qui y rég­nait. De cette péri­ode dans la mai­son au toit fêlé où ils vivaient tous trois col­lés ser­rés, on n’en appren­dra pas beau­coup plus, si ce n’est que les par­ents n’étaient plus là et que de nom­breuses cica­tri­ces invis­i­bles datent de cette époque. Son frère, bien qu’étant l’aîné, est resté petit suite à une chute dans les escaliers. La Mésange par­le de leurs pre­miers jours dans la forêt. Com­ment ils ont enter­ré leurs noms et s’en sont choisi de nou­veaux. Elle évoque leur vie à trois dans les bois jusqu’à l’accident qui a scindé leur groupe à tout jamais. Peu à peu, la forêt devient son ter­ri­toire, devient sienne. La soli­tude ne l’effraie pas. La nature, les ani­maux, les bruits sont là. Con­tin­uer la lec­ture

Un conte comme les autres ?

Marie HENRY, Come to me Comme tout le monde, Lans­man, coll. « Théâtre à Vif », 2022, 48 p., 11 €

henry come to me comme tout le mondeCome to me, un jeune garçon de dix ans, roux, gen­til, studieux et très grand, est le héros de cette his­toire. Une légende plane autour de lui. On racon­te qu’il est par­fait. Comme dans un con­te, il se promène dans une forêt et a enfilé de grandes bottes qui le font bondir. Par monts et par vaux, il avance vers celle qui l’appelle : Celle qui espère (ou attend) tou­jours. Cette dernière, qui fait des songes bien trop som­bres et est l’héroïne de cette his­toire, attend l’homme de sa vie. Ses pleurs doivent le guider. Come to me doit devenir le prince épous­tou­flant de Celle qui espère tou­jours.

Mon nom est Come to me. Je suis en train d’escalader des monts et des vaux. Je n’ai pas peur. (…) Je cours à la rescousse d’un pleur.  Con­tin­uer la lec­ture