Archives par étiquette : maelstrÖm reEvolution

Une curieuse illumination collective

Philippe BLASBAND, Quin­tes­sence, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2022, 226 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–417‑3

Quin­tes­sence ne se con­tentait pas de créer un théâtre dif­férent et en marge mais, de plus, le créait avec des méth­odes dif­férentes et en marge.

blasband quintessenceRien de plus adéquat, pour retrac­er l’épopée fan­tasque et stupé­fi­ante d’une com­pag­nie toute entière dédiée à la remise en ques­tion des con­ven­tions théâ­trales, qu’un roman où s’entremêle le vrai au faux jusqu’à se fon­dre en une matière plas­tique, généreuse et sur­prenante, forgeant une réal­ité alter­na­tive que l’on devine pas moins jouis­sive et abon­dante que l’officielle. C’est chose faite dans un texte de Philippe Blas­band écrit il y a de cela dix ans, et qui n’avait alors pas trou­vé d’éditeur ; impair aujourd’hui triple­ment réparé par une pub­li­ca­tion chez Mael­ström, mais aus­si une adap­ta­tion en pièce radio­phonique au Rideau de Brux­elles suiv­ie d’une ver­sion pod­cast.         Con­tin­uer la lec­ture

L’harmonie d’une dissonance

Tom NISSE, Une longue dis­so­nance, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « Root­leg », 2021, 54 p., 6 €, ISBN : 9782875053879

« j’ai l’air de frag­menter comme ça, en réal­ité j’unis »
Ch. Dotremont

nisse une longue dissonanceCeux qui ont eu l’occasion d’entendre Tom Nisse sur scène savent l’importance qu’il accorde à ce sub­til dosage qui s’opère entre la forme, le pro­pos et le corps dès lors que l’on se trou­ve face au pub­lic. Accom­pa­g­né ou non d’un musi­cien, le poète sait jouer de cette alchimie par­ti­c­ulière. Rares en effet sont les poètes qui parvi­en­nent comme lui à trou­ver la juste mécanique de cet engrenage dans le scan­dé, dans la (pro)pulsion du poème. C’est dire si la lec­ture d’un nou­veau texte de Tom Nisse résonne de cette voix grave et fis­surée dont il a le secret. Une parole poé­tique ten­due qui rend compte des har­moniques sou­vent dis­so­nantes du monde con­tem­po­rain et des voix de celles et ceux que l’on a muselés, effacés. Voix lézardées comme le sont les murs des villes que le poète arpente dans des errances noc­turnes, sous les lumières bla­fardes des rues qui font par­fois tanguer les corps. Con­tin­uer la lec­ture

On la nomme Bleue

Tarek ESSAKER, La Fille de la Riv­ière, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 102 p., 8 €, ISBN : 978–2‑87505–404‑3

Essaker la fille de la riviereLa Fille de la Riv­ière de Tarek Essak­er fig­ure désor­mais au cat­a­logue de la jeune col­lec­tion de poche de chez Mael­strÖm reEvo­lu­tion : la col­lec­tion Root­leg, qui promet à ses lecteurs « des racines-embryons de travaux en cours ou textes finis », autrement dit, « des rad­i­caux livres ». Présen­té comme étant un « texte frag­men­taire et frag­men­té », le long poème en prose qu’est La Fille de la Riv­ière dresse le por­trait évanes­cent d’une femme pau­vre et sauvage, sans terre ni âge.  

Cette femme, « on la nomme Bleue », mais aus­si « Fille de la Riv­ière ». Elle fini­ra d’ailleurs par vivre aux abor­ds de la « riv­ière », lieu abstrait et lieu de pas­sage, y mêlant sa vie et son être au point de fusion­ner avec la nature qui l’entoure : Con­tin­uer la lec­ture

Une enfance dans le Quartier

Francesco PITTAU, Longtemps et des pous­sières, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 316 p., 18 €, ISBN : 9782875054029

pittau longtemps et des poussieres...Francesco Pit­tau se révèle écrivain aus­si pro­lifique qu’homme dis­cret. Par­courez la Toile, et vous con­staterez que peu d’informations per­son­nelles sont cap­turées dans ses fils. Bien enten­du, vous trou­verez l’essentiel – ses livres, ses albums, ses recueils – ; par con­tre, à peine quelques ren­seigne­ments biographiques : une nais­sance en Sar­daigne dans le milieu des années 1950, des études de Beaux-Arts à Mons, une col­lab­o­ra­tion intime avec Bernadette Ger­vais, un lieu de rési­dence dans la région brux­el­loise. Cela pour­rait être ample­ment suff­isant… s’il n’y avait cette curiosité tit­il­lée lorsque l’on se plonge dans Longtemps et des pous­sières, roman qui sem­ble pos­séder un ancrage auto­bi­ographique. Peut-être parce que le pro­tag­o­niste est d’origine ital­i­enne (ce serait trop facile), que la nar­ra­tion se déroule dans une cité ouvrière à forte immi­gra­tion du Sud (tou­jours peu con­clu­ant), que l’âge du héros cor­re­spondrait à celui de l’auteur à la même époque (oui, mais encore ?). Peut-être parce qu’il y a telle­ment d’humanité dans cette évo­ca­tion de l’enfance que l’on se prend à croire qu’elle est tirée du matéri­au du vécu, du ressen­ti, du pul­satile. Mais l’on se four­voie prob­a­ble­ment ; et qu’importe au fond ? Con­tin­uer la lec­ture

Danser avec les ombres

Mor­gane EEMAN, L’île quim­boiseuse, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 172 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87505–400‑5

eeman l'ile quimboiseuseOn oublie sou­vent que le texte ne sur­git pas du néant, mais d’un corps. Le deux­ième ouvrage pub­lié par Mor­gane Eeman remédie à cette nég­li­gence en s’incarnant dans une écri­t­ure organique, habitée, aus­si exaltée que les étu­di­ants fraîche­ment débar­qués sur cette île envoû­tante dont l’autrice donne à vivre les charmes et les malé­fices. L’île quim­boiseuse est un texte mou­vant, qui vogue entre les gen­res et les reg­istres. Qual­i­fié de roman-poème, cet ouvrage en vers pul­vérise les fron­tières et présente un réc­it sin­guli­er, dont l’aspect bigar­ré voi­sine une déter­mi­na­tion (au sens de pour­suite d’une intu­ition pre­mière) pal­pa­ble. Con­tin­uer la lec­ture

Balises sur le long chemin de l’égalité

Un coup de cœur du Car­net

Luc BABA, L’arbre du retour, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 264 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87505–401‑2

baba l'arbre du retourLe dernier roman de Luc Baba relève du défi lit­téraire : en 250 pages, retrac­er le des­tin, sur plus de deux siè­cles (de 1803 à nos jours), d’une famille issue du Dahomey (aujourd’hui Bénin), embar­quée sur un bateau négri­er à des­ti­na­tion des États-Unis, soumise à l’esclavage puis ten­tant peu à peu de con­quérir sa lib­erté et sa dig­nité. Pour ce faire, L’arbre du retour procède par touch­es suc­ces­sives et opère des allers-retours dans le temps qui jux­ta­posent des sit­u­a­tions met­tant en scène Ayo et ses descen­dants. Con­tin­uer la lec­ture

Être un chant…

Wern­er LAMBERSY, Mémen­to du Chant des archers de Shu, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 57 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87505–391‑6          

lambersy memento du chant des archers de shuEn écrivant quelque part que « tout ce qui entre dans le livret est chant », le poète-philosophe belge Max Lore­au (1928–1990) définit le rôle qu’il assigne au poème. Un chant poé­tique donc qui impli­querait le désir d’appliquer au lan­gage poé­tique une sorte de danse, de relief cor­porel par le truche­ment d’une mise en scène opéra­tique. Une réflex­ion sur la mise en mou­ve­ment du rythme musi­cal du poème qu’il con­vient de garder à l’esprit quand il s’agit d’aborder le con­ti­nent que forme l’œuvre de Wern­er Lam­ber­sy. Con­tin­uer la lec­ture

Tempera sur papier à la crête du sens

Un coup de cœur du Car­net

Otto GANZ, Prière de l’exaltation, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « 414 », 2021, 16 €, ISBN : 978–2‑87505–390‑9

ganz priere de l'exaltationAffaire de maîtrise que
cette pureté dont l’existence
ne se retrou­ve qu’à l’état sauvage

la lumière brute frap­pant
droite ligne affleurée au
revers du tho­rax et des paumes
 

Encres, gouach­es, acrylique, café, liq­uides organiques émul­sion­nés : à l’instar de la tech­nique de la « tem­pera » util­isée avec ces matières pour le dessin d’Otto Ganz repro­duit en lim­i­naire au recueil Prière de l’exaltation, le verbe du poète détrempe les con­tor­sions du monde, en délaie les spasmes et les larmes. La langue d’Otto Ganz nav­igue à vue, du « voir » à la « voix », du « goût » à la « goulée plus âpre », en émon­dant l’amas des illu­sions. Con­tin­uer la lec­ture

Routes de la gémellité et puissances du livre

Jean Claude BOLOGNE, Le nou­v­el an can­ni­bale, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2021, 232 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87505–384‑8

bologne le nouvel an cannibaleLa vie des livres, la manière dont ils font vol­er en éclats la fron­tière entre réal­ité et imag­i­naire, les pou­voirs ontologiques, les sor­tilèges dont ils sont por­teurs sont au cœur du dernier roman de Jean Claude Bologne, Le nou­v­el an can­ni­bale. Auteur d’une œuvre mar­quante riche d’une quar­an­taine de titres, romanci­er, essay­iste, philo­logue de for­ma­tion, Jean Claude Bologne met en réc­it avec ambi­tion, éru­di­tion et humour le coup de dés de la créa­tion. Con­tin­uer la lec­ture

L’éternel polar…

Rose-Marie FRANÇOIS, Au soleil la nuit, Mael­ström reEvo­lu­tion,  2021, 250 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87505–385‑5

francois au soleil la nuit« C’était au temps de la guerre du Viet-Nam, des hip­pies, du flower pow­er ». Ce temps « Où tous les télé­phones, tenus en laisse étaient assignés à rési­dence » nous dit encore Rose-Marie François entre autres repères chronologiques. Mais aus­si « Où les réseaux soci­aux se tis­saient in situ, de visu et de vive voix ». Con­tin­uer la lec­ture

Un fiEstival en deux temps

fiestival 2021

La 15e édi­tion du fiEs­ti­val se tien­dra en deux temps : une pre­mière par­tie en extérieur du 13 au 16 mai et une deux­ième par­tie en intérieur du 24 au 26 sep­tem­bre. Con­tin­uer la lec­ture

Charbon actif

Gioia KAYAGA, Ensauvage­ment. Le petit livre de la colère, Mael­ström, coll. « Root­leg », 2020, 10 €, ISBN : 978–2‑87505–373‑2

kayaga ensauvagement« Je suis la somme des tour­ments de mes ancêtres.

Je suis née han­tée. Je suis faite de ces nœuds noués ser­rés dans l’ADN, de toute cette colère qui a cru bon de se taire et qui se bous­cule dans mon cœur, dans ma tête jusqu’à y pren­dre toute la place. »

L’ouvrage de Gioia Kaya­ga, comme son titre l’indique, est placé sous le signe de la colère. Pub­lié aux édi­tions mael­ström dans la col­lec­tion « Root­leg » qui se pro­pose de pub­li­er « des rad­i­caux livres », Ensauvage­ment se divise en plusieurs sec­tions, dont les inti­t­ulés ren­dent vis­i­ble un cer­tain fil rouge : « Soufrière », « Mag­ma », « Érup­tion », « Cen­dres » et « Lahar et Pouz­zolane ». Ce petit livre de la colère délivre une colère incom­men­su­rable, avec force charges et som­ma­tions à l’encontre de quiconque serait trop paresseux, trop tiède ou trop mou au goût de Gioia Kaya­ga. L’autrice retrace dans ce livre son par­cours émo­tion­nel et per­son­nel, en remon­tant à l’ADN de ses ascen­dants et, investie de cette « mis­sion », elle se fait l’héritière et l’héroïne des voix tues. Con­tin­uer la lec­ture

Une sérénité incertaine

Un coup de cœur du Car­net

Daniel DE BRUYCKER, Neu­vaines 7 à 9, Mael­strÖm, coll. « Poésie », 2020, 239 p., 16 €, ISBN 978–2‑87505–365‑7

de bruycker neuvaines 7 à 9Troisième et dernier tome des Neu­vaines, le nou­veau livre de Daniel De Bruy­ck­er offre avec les deux précé­dents assez de simil­i­tudes pour ne pas décon­cert­er le lecteur, et assez de dif­férences pour éviter une impres­sion de monot­o­nie. On y redé­cou­vre à chaque page cette atti­tude mod­este­ment “philosophique” devant l’ex­is­tence, non l’énon­cé d’une doc­trine, mais une sagesse empirique mêlant fatal­isme et stoï­cisme. Y domi­nent les thèmes de la quo­ti­di­en­neté bien­v­enue, de la fru­gal­ité, du chem­ine­ment, de la soli­tude libre­ment con­sen­tie – on l’a dit, il y a quelque chose de monacal dans cette démarche. Revient sou­vent le motif du logis, du chez-soi, sug­gérant le désir de (re)trouver sa juste place dans la com­plex­ité du monde. « Vivre est si sim­ple ! », lit-on, affir­ma­tion rare dans la poésie con­tem­po­raine… Toute­fois, il ne s’ag­it nulle­ment d’as­sur­ance ou de con­fi­ance béate. À de nom­breuses repris­es pointent des sen­ti­ments de non-cer­ti­tude, d’ig­no­rance ou d’im­puis­sance, que sig­na­lent le recours à la forme inter­rog­a­tive, à la fig­ure du para­doxe, à l’hési­ta­tion, au « peut-être ». Tout ce style de vie et de ques­tion­nement trou­ve à la fois son expres­sion idoine et sa jus­ti­fi­ca­tion dans la pra­tique inlass­able, vitale, de l’écri­t­ure poé­tique, où sans fin se relance la dialec­tique entre le con­nu et l’in­con­nu, l’ac­cep­té et l’éludé. Ain­si le vécu ne se sou­tient-il pas de lui seul. Il est mis en bal­ance con­tin­uelle avec ce qui lui échappe et que pour­tant il nour­rit : la poésie en tra­vail. Neu­vaines tient à la fois de la quête du sens exis­ten­tiel, d’un jour­nal intime au “moi” introu­vable, de l’ex­er­ci­ce spir­ituel, des grandes manœu­vres ver­bales. Con­tin­uer la lec­ture

Un amour fantasmé

Chan­tal DELTENRE, Où part l’amour, avec des pho­tos de l’autrice, Mael­strÖm, 2020, 278 p., 15 €, ISBN : 9782875053671

deltenre ou part l amour« Pho­togra­phi­er, c’est écrire avec la lumière. »

« Un paysage aimé ne vous quitte jamais. Même à des kilo­mètres et des années de dis­tance, un paysage, c’est d’une fidél­ité inébran­lable. »

Par petites touch­es fines et sen­si­bles, Chan­tal Del­tenre, écrivain, eth­no­logue, ama­teur pas­sion­né de pho­togra­phie – ses clichés évo­ca­teurs jalon­nent son dernier livre – nous rend proche, presque chère, son héroïne. Con­tin­uer la lec­ture

Fragment d’Éden… à croquer !

Un coup de cœur du Car­net

Jacques DE DECKER, Suzanne à la pomme, mis en images par Maja POLACKOVA, Mael­ström, 2020, 71 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87505–364‑0

de decker suzanne a la pommeLe plus chou­ette dans ce tra­vail, c’est l’horaire. (…) c’est cool (…) Le quarti­er du Sablon est sym­pa aus­si, il y a plein de bou­tiques dans les envi­rons (…). 

Dès la pre­mière page, Jacques De Deck­er adopte un lan­gage sim­ple, fam­i­li­er, et nous pro­jette dans un mono­logue intérieur, qui s’étendra jusqu’au terme du micro-roman : une jeune femme nous racon­te une tranche de vie, elle sem­ble se con­stru­ire, se recon­stru­ire, autour de son nou­veau tra­vail, la sur­veil­lance d’une galerie d’art. Con­tin­uer la lec­ture

Le Fiestival 2020, sous le signe de la transition

fiestival 2020 affiche

Le Fies­ti­val 2020 aura lieu du 8 au 11 octo­bre, en une édi­tion repen­sée en rai­son de la pandémie. Le pro­gramme est désor­mais con­nu.  Con­tin­uer la lec­ture