Anne BROUILLARD, Les châteaux. Le pays des Chintiens, Pastel, 2024, 74 p., 19 €, ISBN : 978–2‑211–31332‑2
Sur une des pages de garde de l’album, un code QR. La réfractaire aux nouvelles technologies hésite ; la curieuse en confiance cède. S’immisce alors dans les oreilles une fragile mélodie, issue d’une boîte à musique, celle du « Château de Mon Cœur ». Face à tant de douceur, on aurait l’impression que chaque lamelle résiste puis cède sur des goupilles directement rivées à notre palpitant. Une merveilleuse entrée en lecture, en adéquation avec la mystérieuse ambiance feutrée et le charme nostalgique, ensorcelant et quelque peu désuet qui émane des Châteaux, le troisième opus du Pays des Chintiens. Continuer la lecture









C’est un petit livre carré que proposent les éditions L’âme de la colline. Sur sa couverture hypnotique, un ciel aux dégradés de rose, de violet et de jaune, constellé d’étoiles étincelantes, d’où se détache un pic glacé altier. À son pied, une baleine tout aussi bleue et imposante, tout aussi calme et indifférente. Une impression cosmique irradie de cette image conciliant le chaud et le froid, et renvoyant à l’infiniment grand et mystérieux. De la montagne à l’océan se présente d’emblée comme une invitation, silencieuse, à la découverte : « Il était une fois un temps, un temps où tout était possible. » 
Publié dans le cadre de la Fureur de Lire en 2021, Abel & Nour connaît une seconde vie, amplifiée et sublimée, au sein du catalogue de Versant Sud Jeunesse. C’est une joie de redécouvrir cet album, trois ans plus tard, avec des planches supplémentaires et un réagencement textuel, et surtout sans perte de la densité et du rythme de la version initiale. Comme si l’histoire rencontrait son format mérité, sa forme attendue. Et ce n’est que bonheur car Mathilde Brosset a façonné de ses doigts un livre très réussi.
La collection « Matière vivante » des éditions CotCotCot « se veut terrain de recherche poétique permettant de relier les êtres vivants à la nature, à l’écologie ». Après De la terre dans ma poche et Larmes de rosée, elle accueille un troisième titre, À tire‑d’aile, fruit du dialogue artistique entre Pierre Coran et Dina Melnikova. Le premier n’est plus à présenter, chêne majestueux de la forêt des Lettres belges francophones, à la souche solide, au feuillage dense, à la sève tranquille. La seconde compte moins de cernes sur son tronc éditorial et ses racines se développent sous forme de rhizomes : Melnikova explore les techniques, ne s’enfermant dans aucune, et joue avec leurs potentialités révélatrices.
« Il était emballé dans un petit morceau de papier journal déchiré à la hâte, un journal allemand. En surimpression étaient écrits au crayon une suite de chiffres et un mot, qu’elle ne comprenait pas, le tout grossièrement entouré. Rechtsanwalt. […] Le pendentif était magnifique. Les lobes du cœur, finement gravés, étaient asymétriques. Léontine lut sur le verso du médaillon “Souvenirs d’exil”. » Ce bijou, à l’odeur particulière de soufre, recèle l’amour profond, solennel et meurtri de Melchior, alors en déportation à Soltau.