Jean Marc Turine : écrire enfin l’indicible

Jean Marc TURINE, Révérends pères, Esper­luète, 2022, 122 p., 16 €, ISBN : 978–2‑35984–150‑3

turine reverends peresDans ses œuvres radio­phoniques, dans ses livres qui sou­vent leur répon­dent, Jean Marc Turine s’est attaché à don­ner voix à ceux et celles que l’on n’écoute pas : Liên, la jeune Viet­nami­enne au corps détru­it par l’agent orange dans Liên de Mê Linh, ou le peu­ple rom dans La Théo des fleuves – un roman qui a valu à son auteur le prix des Cinq con­ti­nents de la Fran­coph­o­nie. Avec Révérends pères, c’est un silence d’une autre nature que l’écrivain brise : il met en mots les agres­sions sex­uelles que lui ont infligées à l’adolescence plusieurs jésuites, pro­fesseurs du Col­lège Saint-Michel où il était sco­lar­isé, et désignés par une ini­tiale dans le livre. Con­tin­uer la lec­ture

Le livre à la fête en mars

La Foire du livre est annulée, mais le mois de mars sera résol­u­ment lit­téraire. Plusieurs ini­tia­tives invi­tent le pub­lic à — enfin — se retrou­ver, à échang­er et (s’)offrir des livres. Con­tin­uer la lec­ture

Les affects au masculin

San­drine WILLEMS, Au cœur des hommes. Enquête sur les affects mas­culins, Impres­sions Nou­velles, 2022, 112 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–950‑0

willems au coeur des hommesAutrice d’une œuvre aus­si impor­tante que sin­gulière, psy­cho­logue, philosophe, San­drine Willems inter­roge dans son essai-enquête Au cœur des hommes la con­struc­tion de l’identité mas­cu­line, le rap­port qu’elle implique à la sphère des affects, amour, ami­tié, joie, tristesse… Ayant recueil­li les pro­pos d’une douzaine d’hommes âgés de 25 à 65 ans, elle amène ses inter­locu­teurs à ques­tion­ner leurs rap­ports à l’autre, au genre, au monde, à la vie, à l’invention de soi. Con­tin­uer la lec­ture

Entre deux

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Philippe TOUSSAINT, L’instant pré­cis où Mon­et entre dans l’atelier, Minu­it, 2022, 32 p., 6,50 € / ePub : 4,99 €, ISBN : 9782707347831

toussaint l instant precis ou monet entre dans l atelierIl faut remerci­er Ange Lec­cia. En effet, l’artiste, qui présente son œuvre (D)’Après Mon­et au musée de l’Orangerie du 2 mars au 5 sep­tem­bre de cette année, a don­né envie à Jean-Philippe Tou­s­saint d’écrire sur Mon­et. Et c’est un délice de livre minute, dans un for­mat que l’auteur pra­tique régulière­ment depuis La mélan­col­ie de Zidane, une ful­gu­rance.

L’instant pré­cis où Mon­et entre dans l’atelier s’ouvre sur la phrase du pein­tre : « Je suis si pris par mon satané tra­vail qu’aussitôt levé, je file dans mon grand ate­lier ». Une phrase sim­ple en apparence, et qui a déclenché la rêver­ie puis le tra­vail de Tou­s­saint. L’auteur de La télévi­sion, dont le nar­ra­teur ne par­ve­nait pas à avancer dans son essai sur Titien, nous invite à tourn­er autour de cette image, de pénétr­er dans l’atelier du Maître, plus pré­cisé­ment à « saisir Mon­et là, à cet instant pré­cis où il pousse la porte de l’atelier ». Nous sommes en 1916. Mon­et tra­vaille aux grands pan­neaux des Nymphéas. Non loin de Giverny, la guerre fait rage, et Mon­et se réfugie dans son ate­lier. Con­tin­uer la lec­ture

Devenir-Un-Indien

San­dra DE VIVIES, Vivaces, La place, 2021, 96 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9602918–0‑3

de vivies vivacesEn novem­bre 2021, San­dra de Vivies pub­li­ait son pre­mier livre : une col­lecte de réc­its dits pho­to­sen­si­bles réu­nis sous le titre de Vivaces. L’ouvrage est paru aux édi­tions La place, une jeune mai­son d’édition brux­el­loise puisqu’elle présente deux titres à son cat­a­logue : Vivaces, bien enten­du, et Où est ma mai­son de Haleh Chinikar. Les édi­tions La place annon­cent qu’elles « accom­pa­g­nent l’exploration, le doute, les textes qui en por­tent les traces de même que les formes frontal­ières ou hybrides : réc­it texte-image, prose poé­tique, français mât­iné d’une autre langue, etc. » Con­tin­uer la lec­ture

Les sélections des prix Sorcières 2022

L’édi­tion 2022 des prix Sor­cières est lancée avec la pub­li­ca­tion de la pre­mière sélec­tion.

Créés en 1986, les prix Sor­cières sont décernés con­join­te­ment par les librairies français­es spé­cial­isées en lit­téra­ture pour la jeunesse et par l’Association des bib­lio­thé­caires de France. Ils récom­pensent des ouvrages dans 6 caté­gories : « Car­ré­ment beau mini », « Car­ré­ment beau maxi », « Car­ré­ment pas­sion­nant mini », « Car­ré­ment pas­sion­nant maxi », « Car­ré­ment sor­cières Fic­tion » et « Car­ré­ment sor­cières Non-Fic­tion ». Pour cha­cune d’entre elles, une pre­mière sélec­tion de cinq ouvrages est établie. Con­tin­uer la lec­ture

Bibliographie – 1er mars 2022

Avec la bib­li­ogra­phie du Car­net, retrou­vez toutes les pub­li­ca­tions, nou­veautés et réédi­tions, en lit­téra­ture belge.

Une liste établie par Thibault Car­i­on

Con­tin­uer la lec­ture

Retour au monde

Alex PASQUIER, Le vit­rail en flammes, pré­face de Frédéric Vin­clair, Névrosée, coll. « Les sous-exposés », 2021, 170 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931048–51‑1

pasquier le vitrail en flammesUn roman. Avec tout ce qu’il faut d’ingrédients d’avant l’ère du soupçon et la mort de l’auteur, d’avant le nou­veau roman, la moder­nité, la post­moder­nité : le retrait du monde, une pas­sion amoureuse inter­dite, une rival­ité où l’être aimé est joué aux dés, une dis­pari­tion et peut-être un assas­si­nat – et même un duel ; un réc­it dans le réc­it – des car­nets scel­lés divul­gués. Et l’illusion du réel. Autant le dire, quand on com­mence la lec­ture du Vit­rail en flammes, livre qua­si oublié (pub­lié une pre­mière fois en 1930) d’un auteur dis­paru des rayons des librairies (Alex Pasquier, 1888–1963) on plonge – avec plaisir – en plein texte old school. En belle écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Prix des lecteurs Club : la deuxième sélection

Le prix des lecteurs des librairies Club couron­nera prochaine­ment un auteur ou une autrice belge. La deux­ième sélec­tion est désor­mais con­nue : seuls trois romans sont encore en lice. Con­tin­uer la lec­ture

Riche art de la nouvelle mit l’air en mots

Richard MILLER, Séquestrés et autres nou­velles, CEP, 2021, 20 €, ISBN : 9782390070658

miller sequestres et autres nouvellesVoici un recueil qui réu­nit une trentaine de nou­velles écrites par Richard Miller et pub­liées pour la majorité d’entre elles au cours des vingt dernières années, cepen­dant que les accom­pa­g­nent une dizaine d’inédits pour for­mer un vol­ume qui compte presque autant de pages que l’on dénom­bre de jours au cours d’une année. Ain­si réu­nis, ces réc­its per­me­t­tent de cern­er les grandes lignes de l’univers de l’auteur qui s’est par ailleurs illus­tré dans des écrits poli­tiques mais aus­si dans des ouvrages sur l’art, dont un con­sacré au mou­ve­ment CoBrA. Con­tin­uer la lec­ture

“Koen Broucke, la ville abandonnée” au Musée Verhaeren

Koen Broucke Oostende

Koen Broucke, Ostende. Inon­da­tion, huile sur papi­er, 2021

Le Musée provin­cial Émile Ver­haeren accueillera une nou­velle expo­si­tion du 6 mars au 22 juin : Koen Broucke, la ville aban­don­née. Con­tin­uer la lec­ture

Poèmes comme ça

Marie-Jo VANRIET, beige fra­cas, Dan­chot-Pin­chart, 2022, 52 p., 14 €, ISBN : 978–2‑96027–962‑7

vanriet beige fracasMarie-Jo Van­ri­et fait avec beige fra­cas son entrée en poésie. Un titre à l’image d’un recueil en nuances fines, con­tra­dic­tions douces et petites défla­gra­tions, dont on sort empli d’images nou­velles et d’émotions sur­prenantes.

Lorsque nous avons cher­ché à en savoir plus sur Marie-Jo Van­ri­et, décou­verte avec beige fra­cas, nous nous sommes naturelle­ment tourné vers la notice biographique du petit livre à la cou­ver­ture blanche. Celle-ci nous apprend que l’autrice, née à Brux­elles en 1983, est notam­ment scé­nar­iste, plas­ti­ci­enne et nou­vel­liste. Con­tin­uer la lec­ture

Chapelet de crimes au monastère

Benoit GOFFIN, Mess­es amères, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2022, 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782874896811

goffin messes ameresVoici une enquête poli­cière qui vous offre une vis­ite dans le monde clos de la vie monacale. Le corps d’un jeune novice vient d’y être retrou­vé sans vie. Le médecin attitré du cou­vent qui vient con­stater le décès émet des doutes quant aux caus­es de la mort, mais l’insistance du prieur le per­suade d’en rester là. Lorsque de nou­veaux faits sanglants survi­en­nent peu après, le secret ne peut être gardé : deux autres frères se retrou­vent hos­pi­tal­isés et la police ouvre une enquête. L’intrusion des forces de l’ordre dans cet univers coupé du monde boule­verse le cours des choses. La vie y est d’ordinaire vouée à la prière et au silence, les con­ver­sa­tions sont réduites au min­i­mum, les offices ouverts au pub­lic sont les seuls moments de con­tact avec l’extérieur. C’est dire si les langues ne sont guère promptes à se déli­er face au com­mis­saire Philippe Légaut qui est en charge de l’affaire et qui représente la jus­tice des hommes là où pré­vaut celle de Dieu. Con­tin­uer la lec­ture

La petite fille aux allumettes et au bidon d’essence

Didi­er VANDEN HEEDE, Meurtres en trois cou­plets, F dev­ille, coll. « Œuvres au noir », 2021, 340 p., 23 €, ISBN : 978–2‑87599–048‑8

vanden heede meurtres en trois coupletsLe dossier de presse annonce un « roman noir », un « polici­er hale­tant », un « scé­nario orig­i­nal » arcbouté à « un morceau de musique » et « à une par­tie d’échecs ». La cou­ver­ture, superbe, happe le regard. Fonds noir et illus­tra­tion sub­tile­ment col­orée signée Loustal. Deux jazzmen, con­tre­basse et sax­o­phone, jouent de nuit sous la lumière d’un réver­bère urbain. Con­tin­uer la lec­ture

Nouvel An le 19 mars à la Maison de la poésie d’Amay

maison de la poesie d'Amay

La Mai­son de la poésie d’A­may organ­ise tra­di­tion­nelle­ment un Nou­v­el An poé­tique. Un événe­ment que la crise san­i­taire a mis à mal, comme beau­coup d’autres, mais qui revient le 19 mars 2022 avec un pro­gramme mêlant expo­si­tion, lec­tures, per­for­mances… Con­tin­uer la lec­ture

Autopsie du fonctionnaire dans son milieu

Jean-Luc OUTERS, L’ordre du jour, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 220 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑87568–558‑2

outers l ordre du jourPre­mier roman de Jean-Luc Out­ers, paru en1987 aux édi­tions Gal­li­mard, L’ordre du jour reparait dans la col­lec­tion Espace Nord. Cette réédi­tion est l’occasion de remet­tre sur les tables un réc­it dont le tran­chant est loin d’avoir été émoussé par les années.

L’ordre du jour dont il est ici ques­tion prend la forme d’un chem­ine­ment en com­pag­nie des névros­es d’un nar­ra­teur anonyme, dans les méan­dres de l’administration du départe­ment des travaux publics de la ville de Brux­elles. Des névros­es qui se cristallisent autour du pas­sage du temps, de l’attente et du lan­gage – ce qui vaut au réc­it d’être piqué de réflex­ions liant l’usage et la poly­sémie de mots et d’expressions à la fois banales et symp­to­ma­tiques d’une cer­taine déliques­cence sys­témique. Toutes ces névros­es suiv­ent la direc­tion de la crainte, celle de se per­dre : dans l’autre (“con­fu­sion totale où l’identité n’aurait plus la moin­dre trace”), dans la langue qui “nous asservit, en quelque sorte”, dans l’absurdité de règles édic­tées et mod­i­fiées suiv­ant l’imprévisible bon vouloir d’une poignée d’hommes s’accrochant à un pou­voir tou­jours pré­caire. Une crainte qui se fait plus vive à mesure que se suc­cè­dent les dis­pari­tions (morts et autres empris­on­nements) qui émail­lent la vie pro­fes­sion­nelle du nar­ra­teur. Con­tin­uer la lec­ture