Jean Marc TURINE, Révérends pères, Esperluète, 2022, 122 p., 16 €, ISBN : 978–2‑35984–150‑3
Dans ses œuvres radiophoniques, dans ses livres qui souvent leur répondent, Jean Marc Turine s’est attaché à donner voix à ceux et celles que l’on n’écoute pas : Liên, la jeune Vietnamienne au corps détruit par l’agent orange dans Liên de Mê Linh, ou le peuple rom dans La Théo des fleuves – un roman qui a valu à son auteur le prix des Cinq continents de la Francophonie. Avec Révérends pères, c’est un silence d’une autre nature que l’écrivain brise : il met en mots les agressions sexuelles que lui ont infligées à l’adolescence plusieurs jésuites, professeurs du Collège Saint-Michel où il était scolarisé, et désignés par une initiale dans le livre. Continuer la lecture
Autrice d’une œuvre aussi importante que singulière, psychologue, philosophe, Sandrine Willems interroge dans son essai-enquête Au cœur des hommes la construction de l’identité masculine, le rapport qu’elle implique à la sphère des affects, amour, amitié, joie, tristesse… Ayant recueilli les propos d’une douzaine d’hommes âgés de 25 à 65 ans, elle amène ses interlocuteurs à questionner leurs rapports à l’autre, au genre, au monde, à la vie, à l’invention de soi.
Il faut remercier Ange Leccia. En effet, l’artiste, qui présente son œuvre (D)’Après Monet au musée de l’Orangerie du 2 mars au 5 septembre de cette année, a donné envie à Jean-Philippe Toussaint d’écrire sur Monet. Et c’est un délice de livre minute, dans un format que l’auteur pratique régulièrement depuis
En novembre 2021, Sandra de Vivies publiait son premier livre : une collecte de récits dits photosensibles réunis sous le titre de Vivaces. L’ouvrage est paru aux éditions La place, une jeune maison d’édition bruxelloise puisqu’elle présente deux titres à son catalogue : Vivaces, bien entendu, et Où est ma maison de Haleh Chinikar. Les éditions La place annoncent qu’elles « accompagnent l’exploration, le doute, les textes qui en portent les traces de même que les formes frontalières ou hybrides : récit texte-image, prose poétique, français mâtiné d’une autre langue, etc. » 
Un roman. Avec tout ce qu’il faut d’ingrédients d’avant l’ère du soupçon et la mort de l’auteur, d’avant le nouveau roman, la modernité, la postmodernité : le retrait du monde, une passion amoureuse interdite, une rivalité où l’être aimé est joué aux dés, une disparition et peut-être un assassinat – et même un duel ; un récit dans le récit – des carnets scellés divulgués. Et l’illusion du réel. Autant le dire, quand on commence la lecture du Vitrail en flammes, livre quasi oublié (publié une première fois en 1930) d’un auteur disparu des rayons des librairies (Alex Pasquier, 1888–1963) on plonge – avec plaisir – en plein texte old school. En belle écriture.
Voici un recueil qui réunit une trentaine de nouvelles écrites par Richard Miller et publiées pour la majorité d’entre elles au cours des vingt dernières années, cependant que les accompagnent une dizaine d’inédits pour former un volume qui compte presque autant de pages que l’on dénombre de jours au cours d’une année. Ainsi réunis, ces récits permettent de cerner les grandes lignes de l’univers de l’auteur qui s’est par ailleurs illustré dans des écrits politiques mais aussi dans des ouvrages sur l’art, dont un consacré au mouvement CoBrA. 
Marie-Jo Vanriet fait avec beige fracas son entrée en poésie. Un titre à l’image d’un recueil en nuances fines, contradictions douces et petites déflagrations, dont on sort empli d’images nouvelles et d’émotions surprenantes.
Voici une enquête policière qui vous offre une visite dans le monde clos de la vie monacale. Le corps d’un jeune novice vient d’y être retrouvé sans vie. Le médecin attitré du couvent qui vient constater le décès émet des doutes quant aux causes de la mort, mais l’insistance du prieur le persuade d’en rester là. Lorsque de nouveaux faits sanglants surviennent peu après, le secret ne peut être gardé : deux autres frères se retrouvent hospitalisés et la police ouvre une enquête. L’intrusion des forces de l’ordre dans cet univers coupé du monde bouleverse le cours des choses. La vie y est d’ordinaire vouée à la prière et au silence, les conversations sont réduites au minimum, les offices ouverts au public sont les seuls moments de contact avec l’extérieur. C’est dire si les langues ne sont guère promptes à se délier face au commissaire Philippe Légaut qui est en charge de l’affaire et qui représente la justice des hommes là où prévaut celle de Dieu.
Le dossier de presse annonce un « roman noir », un « policier haletant », un « scénario original » arcbouté à « un morceau de musique » et « à une partie d’échecs ». La couverture, superbe, happe le regard. Fonds noir et illustration subtilement colorée signée Loustal. Deux jazzmen, contrebasse et saxophone, jouent de nuit sous la lumière d’un réverbère urbain. 
Premier roman de Jean-Luc Outers, paru en1987 aux éditions Gallimard, L’ordre du jour reparait dans la collection Espace Nord. Cette réédition est l’occasion de remettre sur les tables un récit dont le tranchant est loin d’avoir été émoussé par les années.