Comment l’absurde s’invite au quotidien

Bernard QUIRINY, Nou­velles noc­turnes, Rivages, 2025, 224 p., 19,50 €, ISBN : 978–2‑7436–6618‑7

quiriny nouvelles nocturnesDans les his­toires par­fois fort brèves qui con­stituent ces Nou­velles noc­turnes, Bernard Quiriny prend appui sur notre quo­ti­di­en le plus banal. Au départ, pas de sit­u­a­tions étranges, une banal­ité assumée. Mais par un détail presque insignifi­ant, il impose un change­ment apparem­ment tou­jours ténu. Pro­posant alors un développe­ment qui a toutes les apparences de la logique, l’auteur amène cepen­dant à une sit­u­a­tion où l’absurde règne en maitre. Les évi­dences vac­il­lent et l’on entre dans une sit­u­a­tion invraisem­blable, qui a pour­tant tou­jours l’air si cohérente. Une sit­u­a­tion à laque­lle les per­son­nages s’adaptent et dont ils tirent par­fois prof­it. Comme dans « Dén­i­gre­ment », où un voyageur décou­vre une ville dont le rap­port au monde est fait d’autodénigrement. Les plus belles réus­sites y sont les plus déval­orisées. Le voyageur com­prend vite que s’il veut être accep­té il doit adhér­er à cet état d’esprit ; il est alors grande­ment appré­cié. Et au plus il est cri­tique, au plus il a des chances de se voir offrir une bois­son qui sera excel­lente puisque tant dén­i­grée. Con­tin­uer la lec­ture

Suspicion de flow débridé

Z&T, Sur le Boule­vard, Midis de la poésie, 2025, 82 p., 12 €, ISBN : 978–2‑931054–16‑1

z&t sur le boulevardOngles en gel, doudounes-survêt’ léopard et mini-jupes dorées, l’uniforme de Z&T – slameuses aus­si belles-goss­es que badass – fait tourn­er la tête du cha­land brux­el­lois aus­si sûre­ment que le bruit du moteur qui les porte dans toute la ville, par-delà trot­toirs et turpi­tudes, vers la fête et la joie mil­i­tante. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire pour se tenir, à nouveau, nez au vent au bord du monde

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Déten­trice, Let­tre volée, 2025, 104 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–640‑2

skivée detentriceTout qui a déjà lu Lau­rence Skivée le sait : en ouvrant un nou­v­el ouvrage de l’autrice, on espère retrou­ver une langue à nulle autre pareille, une voix amie, nous mur­mu­rant des choses à pro­pos de détails infimes ou intimes, dévelop­pant un rap­port tout per­son­nel, tout sin­guli­er et énig­ma­tique, au monde. Parce que Lau­rence Skivée est, mine de rien, d’une exi­gence folle, jouant avec maes­tria du vers, des blancs de la page, du téle­sco­page de sen­sa­tions et d’émotions, des sou­venirs et des notes pris­es sur le vif, au gré de ses errances, réelles ou men­tales. Parce que Lau­rence Skivée, c’est un style. Un “coup de pat­te” à nul autre pareil. Déten­trice, son nou­v­el opus, n’échappe pas à cette règle. Tant mieux pour nous : sa langue inven­tive nous entraine, une fois de plus, dans des zones où les mots, les phras­es, les pages, nous don­nent à sen­tir, à vivre au plus près, au-delà ou en-deçà du sens des mots, l’expérience rap­portée. Con­tin­uer la lec­ture

Le cercle de Rilke au Musée Verhaeren

le cercle de rilke

Du 9 mars au 25 mai, le musée Émile Ver­haeren présen­tera une nou­velle expo­si­tion, “Le cer­cle de Rilke”. Con­tin­uer la lec­ture

Bibliographie – 1er mars 2025

Avec la bib­li­ogra­phie du Car­net, retrou­vez toutes les pub­li­ca­tions, nou­veautés et réédi­tions, en lit­téra­ture belge.

Une liste établie par Thibault Car­i­on

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Ailleurs et autrement

J.-H. ROSNY AINE, Les nav­i­ga­teurs de l’infini précédé de Les Xipéhuz, Post­face de Nico­las Steten­feld, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 333 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–703‑6

rosny aine les navigateurs de l'infiniLa relec­ture des livres de Ros­ny est certes un plaisir mais révèle aus­si un intérêt cer­tain, les inter­ro­ga­tions qu’il se posait il y a plus de 100 ans prenant une réson­nance par­ti­c­ulière aujourd’hui. Il faut saluer l’initiative d’Espace Nord (qui par ailleurs repub­lie La mort de la Terre) de repren­dre en un vol­ume Les nav­i­ga­teurs de l’infini précédé de Les Xipéhuz, ces deux textes ayant été pub­liés à près de 40 ans d’intervalle. Cela per­met ain­si de percevoir l’évolution dans l’œuvre de J.-H. Ros­ny aîné. En out­re, les deux textes ressor­tis­sent à des gen­res dif­férents par­mi ceux qu’a pra­tiqué l’écrivain. Les Xipéhuz s’inscrit dans la veine de ses romans préhis­toriques. Mille ans avant la con­struc­tion des pre­mières cités, une tribu nomade est bru­tale­ment con­fron­tée à une forme de vie incon­nue qui se révèle vio­lente. Bakhoûn le sage va s’employer à con­jur­er le péril, car il sait l’Humanité nais­sante en dan­ger. Il regrette cepen­dant de ne pas pou­voir établir une coex­is­tence paci­fique avec ces êtres. Les nav­i­ga­teurs de l’infini relate des expédi­tions ter­ri­ennes sur Mars et la décou­verte des divers­es formes de vie qui y pro­lifèrent. Le livre relève de la sci­ence-fic­tion, dont on con­sid­ère Ros­ny comme le créa­teur. Con­tin­uer la lec­ture

Ode à la beauté sauvage des Hautes Fagnes

Chris­tiana MOREAU, Aux vents déraisonnables, Empaj, 2025, 261 p., 20 €, ISBN : 978–2‑9310–1139‑3

moreau aux vents déraisonnablesLe nou­veau roman de Chris­tiana More­au s’ouvre sur le ques­tion­nement d’un jeune homme con­cer­nant le secret de ses orig­ines. Le réc­it nous plonge alors dans la région des Hautes Fagnes durant l’entre-deux-guerres, où évolu­ent pais­i­ble­ment François et Maria. Mal­gré l’incertitude et la con­fu­sion face à la mon­tée du nation­al-social­isme, les deux jeunes amis d’enfance prof­i­tent de ce bel été pour explor­er leurs recoins favoris dans la nature envi­ron­nante. Ce moment de félic­ité est toute­fois inter­rompu par l’arrivée de Lucie, une cou­sine de Maria ayant récem­ment per­du sa mère et envoyée à la cam­pagne pour panser la blessure de son deuil. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire comme viatique

Lil­iane SCHRAÛWEN, Errances de nuit, Bleu d’encre, 2024, 98 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–78‑9

schrauwen errances de nuitLil­iane Schraûwen a passé son enfance en Afrique – l’une ou l’autre allu­sion en témoigne dans ce recueil de poèmes qui s’ajoute à une bib­li­ogra­phie déjà bien fournie (romans, nou­velles, poèmes, réc­its his­toriques, lit­téra­ture pour la jeunesse). Enseignante, elle a aus­si exer­cé divers emplois dans les métiers du livre. La ques­tion des mots est dès lors essen­tielle, car ils sont un chemin vers l’écriture, qui a une fonc­tion mémorielle. Ils représen­tent égale­ment un via­tique pour déjouer l’absurdité et la vacuité de toute exis­tence réduite à sa part muette et tran­si­toire. Amulettes, étoiles dans la nuit, com­pagnons du rêve, passeurs d’émotions et panseurs des plaies qu’en chaque être humain le temps dépose, à tra­vers les péripéties de la grande ou de la petite His­toire. Les mots sur­gis­sent, ils vien­nent d’un arrière-fond de l’être : Con­tin­uer la lec­ture

Théâtre 1918–1940 : une synthèse magistrale

Un coup de cœur du Car­net

Pierre PIRET, Le chant du signe. Dra­matur­gies expéri­men­tales de l’entre-deux-guerres, Cir­cé, coll. “Penser le théâtre”, 2024, 210 p., 24 €, ISBN : 978–2‑84242–510‑4

piret le chant du signeNonob­stant le fait qu’ils ont pro­duit leur œuvre pour l’essentiel dans l’entre-deux guer­res, que peu­vent avoir en com­mun des dra­maturges aus­si dif­férents que Fer­nand Crom­me­lynck, Paul Claudel, Michel De Ghelderode, Jean Cocteau, Roger Vit­rac, Hen­ry Sou­magne, Guil­laume Apol­li­naire ? Si l’on se réfère aux études exis­tantes, seules quelques analo­gies très par­tielles sinon super­fi­cielles ont été mis­es en lumière. Or, mal­gré sa brièveté, cette péri­ode fut mar­quée dans les domaines tant musi­cal que plas­ti­cien et lit­téraire par une forte volon­té des créa­teurs de met­tre en ques­tion les codes étab­lis – notam­ment ceux du théâtre de boule­vard – et d’innover sans crain­dre de provo­quer. Cette volon­té s’étant exprimée dans un grand désor­dre appar­ent, sans qu’on puisse la ranger dans le tiroir “avant-gardes”, c’était une gageure d’y recon­naitre une logique com­mune et, à for­tiori, de détailler les rouages d’une telle logique. Voilà le défi que vient de relever bril­lam­ment Pierre Piret, pro­fesseur au Cen­tre d’Études théâ­trales de l’UCLouvain, en s’appuyant sur la panoplie con­ceptuelle de la psy­ch­analyse lacani­enne – on voit mal, tout compte fait, quelle autre grille d’analyse aurait pu con­venir à la tâche. Con­tin­uer la lec­ture

Les éditions Onlit sont de retour

onlit revient

Les édi­tions Onlit ont cessé leurs activ­ités en jan­vi­er 2024. Elles annon­cent à présent leur retour. Date offi­cielle de ce nou­veau départ : le 10 avril 2025. Con­tin­uer la lec­ture

Laissez parler les p’tits papiers…

Sylvia BÚHO, L’oie des moissons, Bleu d’encre, 2024, 69 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–76‑5

buho l'oie des moissonsNe rien dire et rester sourd aux mots. Se réfugi­er dans un néant, en apparence, sal­va­teur et par­tant, se pos­er la ques­tion de leur pou­voir face à la perte, à l’absence. Voilà sans doute le sujet du beau réc­it en prose poé­tique que nous donne à lire Sylvia Búho dans cet ouvrage hybride, L’oie des moissons. Par le biais de cette « chronique d’une nais­sance oubliée », l’autrice signe un texte puis­sant, ten­dre et vio­lent sur l’avortement. Une par­ti­tion oscil­lant entre amour et souf­france à l’image de cette chan­son que la nar­ra­trice com­pose pour l’enfant, essence ou graine per­dues dans l’océan du temps. Con­tin­uer la lec­ture

La FW‑B à la Foire du livre 2025

Foire du livre 2025 affiche fwb

Comme chaque année, la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles sera présente à la Foire du livre. Du 13 au 16 mars, elle accueillera vis­i­teurs et vis­i­teuses sur son stand, tout en pro­posant un pro­gramme cul­turel var­ié. Con­tin­uer la lec­ture

Fournisseurs de malheur

Frédéric ERNOTTE, Le mal­heur des uns, Ifs, coll. “Phénix noir”, 2025, 350 p., 19,95 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782390460626

ernotte le malheur des unsRenan a trou­vé une idée de génie pour gag­n­er de l’argent et quit­ter le boulot d’agent immo­bili­er dans lequel il se sent mal. Il crée, en le cachant à tous, même à ses proches, une agence qui pro­pose ses ser­vices aux per­son­nes qui veu­lent faire pay­er aux autres les mal­heurs qu’ils leur ont fait subir. Con­joint trompé, tra­vailleur licen­cié, voi­sine impor­tunée, crim­inel arrêté, la liste est infinie des mécon­tents qui en veu­lent à autrui, leur souhai­tant le pire sans être prêts à pass­er à l’action. Con­tin­uer la lec­ture

La Belgique à l’honneur pour la Semaine de la poésie

Semaine de la poésie 2025

La 38e Semaine de la poésie se tien­dra à Cler­mont-Fer­rand du 15 au 22 mars. La Bel­gique est l’in­vitée d’hon­neur de cette édi­tion, avec de nom­breux poètes et poét­esses au pro­gramme. Lau­rence Vielle est la mar­raine de l’événe­ment. Con­tin­uer la lec­ture

L’ogre du cinquième jour

In Koli Jean BOFANE, Nation can­ni­bale, Denoël, 2025, 352 p., 22 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑207–18024‑2

bofane nation cannibaleLe suc­cès d’un auteur le trans­forme en ogre de femmes. Faust Losikiya prof­ite alors de recherch­es en Haïti pour fuir un #MeToo qui grossit con­tre lui en France. Pour son prochain roman, il souhaite voir jusqu’où peut aller l’analogie entre les peu­ples et des­tins haï­tiens et con­go­lais. Dès son arrivée sur l’île des Caraïbes, il recon­nait son peu­ple d’origine. Con­tin­uer la lec­ture

L’arche poétique

Philippe LEKEUCHE, Élé­gies, Post­face de René de Cec­ca­t­ty, Herbe qui trem­ble, 2025, 102 p., 16 €, ISBN : 978–2‑491462–79‑6

lekeuche elegiesDessi­nant un espace de vie, entail­lé par les chants de la ruine et de la perte, porté par la flamme de l’amour char­nel et spir­ituel, le recueil poé­tique Élé­gies arpente les ter­res de la pos­si­bil­ité du Poème, en appelle à l’horizon d’un salut bar­ré par lui-même. Auteur d’une œuvre poé­tique ambitieuse, de pre­mier ordre, Philippe Lekeuche ques­tionne le corps de l’amour, le corps de la poésie, le lien entre l’humain et le monde dans des tes­sons de parole enfuie. Divisé en six chants intro­duits par les pho­togra­phies en noir et blanc de l’auteur, le recueil apos­tro­phe les dieux, con­voque une grande tribu élec­tive, Hölder­lin, Vil­lon, Rim­baud, Ver­laine, Baude­laire, Keats, Dick­in­son, Celan, ces funam­bules de la survie qui nous ont légué des rêves recou­verts par la cen­dre. Con­tin­uer la lec­ture