Archives par étiquette : Les oiseaux de nuit éditions

Un procès mémoriel

Claire-Marie LIEVENS, Qui a tué Patrice Lumum­ba ?, Oiseaux de nuit, 2025, 112 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–76‑6

lievens qui a tué patrice lumumbaClaire-Marie Lievens vient de pub­li­er aux édi­tions Les oiseaux de nuit la pièce Qui a tué Patrice Lumum­ba ? et cette pub­li­ca­tion con­stitue un événe­ment d’importance dans le cadre des recherch­es sur la décoloni­sa­tion… Le 30 juin 1960 le Con­go « ex belge » accède à son indépen­dance et le 17 jan­vi­er 1961 le Pre­mier min­istre Lumum­ba est assas­s­iné ! Sa dépouille dis­paraitra (brûlée, dis­soute dans l’acide) et ce n’est que récem­ment qu’une dent retrou­vée sera trans­mise aux descen­dants. À Kin­shasa, dans le quarti­er Limete, un mémo­r­i­al lui est dédié… Con­tin­uer la lec­ture

Les éclats de conscience

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, Je voudrais mourir par curiosité, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2025, 94 p., 10 €, ISBN : 9782931101742

delmotte weber je voudrais mourir par curiositéNous décou­vrons Myr­i­am, seule chez elle. Elle par­le d’un effet par­ti­c­uli­er pro­duit au réveil, comme si sa con­science, à cet instant-là, ne fai­sait plus par­tie d’elle-même. Baba, sa com­pagne, arrive et la réveille. Mais est-elle bien réelle ? Nous com­prenons petit à petit que Myr­i­am est vis­itée par le fan­tôme de Baba. Quelques temps plus tôt, elles ont vécu un ter­ri­ble acci­dent de voiture. Baba est morte sur le coup, Myr­i­am s’en est sor­tie. Elle y a toute­fois vécu un phénomène assez sin­guli­er : une Expéri­ence de Mort Immi­nente (EMI). Depuis, elle essaie de com­pren­dre ce qui lui est arrivé, ain­si qu’à Baba, et s’intéresse beau­coup à la con­science délo­cal­is­able. Baba lui manque énor­mé­ment. Elle aimerait qu’elle vienne plus sou­vent la vis­iter. Con­tin­uer la lec­ture

« On ne va nulle part en battant des nageoires »

Guil­laume DRUEZ, Cœur de pédé suivi de Bocal, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges » 2023, 114 p., 10 €, ISBN : 9782931101674

druez coeur de pedeCœur de pédé nous met en présence de Guil­laume qui souf­fre du syn­drome du cœur brisé. Son cœur est totale­ment nécrosé, broyé par un cha­grin d’amour.

C’est vrai, je vis.
Avec un cœur brisé.
Hors d’usage.
Ratat­iné.
Mis en miettes. 
Con­tin­uer la lec­ture

Le vertige de l’amour

Stéphane BISSOT, Celle qui aimait les hommes, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2023, 70 p., 10 €, ISBN : 9782931101681

bissot celle qui aimait les hommesLouise est actrice. De manière totale­ment non chronologique, elle se remé­more ses his­toires d’amour. « [Elle] écrit la nuit. La lumière est douce. Elle écrit à plusieurs âges. Il y a plusieurs présents. Pen­dant qu’elle par­le à l’homme qu’elle aime, à celui qu’elle aimait ou à celui qu’elle aimera, elle racon­te ses amours pro­fondes ou fugaces ». Il y a Samuel, ren­con­tré lors d’une soirée de sou­tien aux ouvri­ers, qui est ten­dre comme un agneau et auprès de qui elle redé­cou­vre sa sen­su­al­ité. Il y a Romain avec qui elle ne passe qu’une nuit, Arié, un homme piv­ot dans sa vie auprès de qui elle apprend la mort de son père ou encore Andréas dont elle croque la pomme à New York. Cha­cun reçoit un surnom : l’homme femme, l’homme rus­tre, l’homme silence, l’homme arbre… Louise se sou­vient aus­si de son pre­mier amour à l’école, Quentin, dont elle con­nais­sait l’emploi du temps par cœur. Con­tin­uer la lec­ture

Variations pour une autre fois

Paul EMOND, La part des flammes, Deux vari­a­tions, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2023, 176 p., 10 €, ISBN : 9782931101636

emond la part des flammes deux variationsAvec La part des flammes. Deux vari­a­tions, le dra­maturge, le romanci­er et essay­iste Paul Emond nous une livre propo­si­tion théâ­trale nova­trice qui repense le statut du texte, au théâtre en par­ti­c­uli­er. Reposant sur le dis­posi­tif de trois per­son­nages, de trois sœurs qui évo­quent tan­tôt les Trois sœurs de Tchekov, tan­tôt les trois filles du Roi Lear, la pièce plonge dans les secrets de famille, la mort de la mère, la con­fig­u­ra­tion des liens entre Marie, l’aînée qui se sac­ri­fie, Anne qui a con­quis sa lib­erté et la cadette Mar­i­anne, affec­tée de trou­bles bor­der­line. Que fait un dra­maturge lorsque, dans l’impossibilité de met­tre fin à une créa­tion, il se sent réqui­si­tion­né par ses per­son­nages, des créa­tures de papi­er qui lui deman­dent des comptes et récla­ment davan­tage d’autonomie ? Que faire lorsqu’un texte ne nous lâche pas dans le mou­ve­ment où nous refu­sons de le couron­ner d’un point final ? Impor­tant dans le champ de l’écriture scénique le procédé musi­cal de la vari­a­tion, Paul Emond nous met face à deux vari­a­tions (mélodiques, har­moniques, ryth­miques) sur un même thème, redis­tribue le pre­mier agence­ment textuel en l’infléchissant vers une pièce miroir, dou­ble de la pre­mière et pour­tant dis­sem­blable. De la pre­mière ver­sion à la sec­onde, le même trio de per­son­nages soro­raux, les fan­tômes de la mère pos­ses­sive, du père absent, des grands-par­ents, la reprise, l’ajout ou l’omission de cer­tains événe­ments. Con­tin­uer la lec­ture

Carnets de Sclessin et d’ailleurs

Chris­t­ian CRAHAY, L’endroit défriché par le fou. Car­nets d’une Côte d’Or, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2023,122 p., 10 €, ISBN : 9–782931-101605

crahay l'endroit défriché par le fouL’endroit défriché par le fou : quel titre étrange ! C’est ain­si que le Romains auraient appelé Scle­ssin, Scloetici­nus, où le nar­ra­teur a gran­di. Quant aux Car­nets d’une Côte d’Or, ils font référence à la rue où vécut sa famille.

La Bel­gique est terre de comé­di­ens et de comé­di­ennes. Par­mi ces nom­breux artistes, Chris­t­ian Cra­hay n’est pas le moin­dre. Il a tra­vail­lé aux côtés de Lucas Bel­vaux, Jean-Pierre et Luc Dar­d­enne, Peter Brook, Isabelle Pousseur, Ben­no Besson, Kore-Eda Hirokazu, Chan­tal Aker­man, Adri­an Brine pour n’en citer que quelques-unꞏeꞏs. Ce que le pub­lic igno­rait, c’est qu’il avait égale­ment un tal­ent de plumes, comme le révèle L’endroit défriché par le fou. Ce livre est l’évocation sen­si­ble de la vie du comé­di­en, à peine déguisée, à tra­vers des notes et des esquiss­es où il revis­ite notam­ment Liège et en par­ti­c­uli­er Scle­ssin. Comme l’auteur, son nar­ra­teur, Vic­tor, est comé­di­en et passe par les lieux qui l’ont for­mé. Mais il met surtout en scène une incroy­able galerie de per­son­nages dont on devine qu’ils ont dû être proches de Chris­t­ian Cra­hay. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour-camaraderie

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, La cabane d’Alexandra Kol­lon­taï, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 112 p., 10 €, ISBN : 9782931101599

delmotte weber la cabane d'alexandra kollontaiAlix ren­con­tre Julia, par l’intermédiaire d’une amie com­mune. Dès les pre­mières sec­on­des passées ensem­ble, elles tombent dans les bras l’une de l’autre. S’ensuit une rela­tion. Julia est aus­si en cou­ple avec Samuel. Enfin, « en cou­ple » n’est pas tout à fait le terme appro­prié. Samuel goûte aux joies du polyamour et n’a pas moins de qua­tre rela­tions au même moment. Il encour­age Julia dans cette voie, mais elle est plus réti­cente. Des pointes de jalousie sur­gis­sent, surtout quand Alix ren­con­tre Samuel et que ces deux-là se plaisent à leur tour. Alix décou­vre ce nou­veau mode de rela­tions. Leur ren­con­tre a lieu dans la cabane de Samuel, un lieu retiré où il désire vivre autrement. Son rêve serait de s’épanouir au sein d’un poly­cule, c’est-à-dire un groupe polyamoureux. Selon lui, le cou­ple ne laisse pas de place à l’in­di­vid­u­al­ité. Sa référence dans le domaine est Alexan­dra Kol­lon­taï, une com­mu­niste et mil­i­tante fémin­iste marx­iste sovié­tique, qui a forgé une nou­velle con­cep­tion du monde. Il a d’ailleurs don­né son nom à sa cabane. Con­tin­uer la lec­ture

Les Labdacides et nous

Paul EMOND, Créon suivi de Loin d’Antigone, Oiseaux de nuit, 2022, 118 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–54‑4

emond creon suivi de loin d'antigoneMatri­ces textuelles inépuis­ables, les his­toires des Lab­dacides, des Atrides com­posent des mythes fon­da­teurs que la lit­téra­ture n’a cessé de réin­ter­roger. Au tra­vers de deux mono­logues théâ­traux Créon et Loin d’Antigone, le dra­maturge, écrivain et essay­iste Paul Emond délivre une relec­ture à la fois con­tem­po­raine et intem­porelle du cycle trag­ique qui emporte la dynas­tie des Lab­dacides. Puis­sam­ment inspiré, le pre­mier texte campe le bilan rétro­spec­tif que Créon, roi de Thèbes, porte sur son règne. Le déplace­ment de focale, le dépasse­ment des clichés qui, depuis des siè­cles, recou­vrent la divi­sion entre Créon, représen­tant de la rai­son d’État, et Antigone, sym­bol­isant la révolte, per­met au dra­maturge de don­ner à enten­dre un autre Créon, tyran inflex­i­ble, orgueilleux, avide de pou­voir certes, mais aus­si sim­ple mor­tel ter­rassé par les spec­tres des morts qui vien­nent lui deman­der des comptes. Unité de temps, unité de lieu, unité d’action. Soli­taire, dans son palais thébain, le frère de Jocaste erre dans ses pen­sées noc­turnes, assail­li par les fan­tômes des morts, Œdipe, Jocaste, Polyn­ice, Étéo­cle, Antigone, son fils Hémon, fiancé d’Antigone, ses deux autres fils, sa femme Eury­dice… Il pressent qu’il tra­verse sa dernière nuit avant l’arrivée de Thésée qui le tuera et met­tra Thèbes à sac. Au tra­vers d’un despote qui s’évertue à jus­ti­fi­er les crimes qu’il a ordon­nés, à se blanchir devant le tri­bunal des siè­cles, au tra­vers de ses dis­cours légiti­mant ses déci­sions poli­tiques, Paul Emond évoque en fil­igrane un chef d’État con­tem­po­rain, tail­lé dans l’oppression. Con­tin­uer la lec­ture

Dans son propre rôle

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane BISSOT, Après nous les mouch­es, Oiseaux de nuit, 2022, 142 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–53‑7

bissot apres nous les mouchesComé­di­enne, Stéphane Bis­sot a l’habitude de don­ner vie à des per­son­nages imag­inés par d’autres. Cette fois, c’est son pro­pre rôle qu’elle écrit et incar­ne. Elle racon­te ses sou­venirs, ses racines surtout, sa famille. De blessures en man­i­fes­ta­tions de ten­dresse, elle revient sur les allers-retours entre ses par­ents divor­cés, les liens avec cha­cun d’eux et avec sa grand-mère, les clins d’œil de la vie, ses mau­vais tours aus­si. Dès le début, le ton est don­né : des sujets tristes vont être abor­dés, mais non sans humour voire même une cer­taine légèreté.

J’ai envie de com­mencer avec les sand­wichs mous.
Le sand­wich mou est à l’enterrement ce que l’air est au vent… Le pouce à [l’]enfant… Le poil au pubis… Hum. Je veux dire que le sand­wich mou
nous sur­vivra tous.  Con­tin­uer la lec­ture

Raisons et frissons

Aurélie VAUTHRIN-LEDENT, La ques­tion qui fauche (ou l’autre Oth­el­lo) suivi de Ils le fer­ont à vos filles, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2022, 160 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–45‑2

vauthrin ledent la question qui faucheLa ques­tion qui fauche (ou l’autre Oth­el­lo) est la pre­mière pièce de ce dip­tyque que nous livre l’autrice dans un grand jeu de caram­bo­lages, de dif­frac­tions, de cita­tions dignes des Marx Broth­ers et d’une puis­sance d’éclatement formel qui laisse le lecteur pan­tois. Il faut s’y repren­dre par­fois à deux fois pour saisir la tra­jec­toire des scènes et c’est alors à un “remix” cul­turel que l’on assiste, le sourire aux lèvres et l’esprit tit­il­lé.

Aurélie Vau­thrin-Ledent, née  à Bor­deaux en 1981, con­naît sur le bout des doigts les ressorts de la scène, ses études (Sor­bonne, Con­ser­va­toires, …) et ses activ­ités artis­tiques (mis­es en scène, lec­tures, jeu, chant, fon­da­tion et direc­tion de la mai­son d’édition théâ­trale Les Oiseaux de nuit) l’ont pré­parée à ce grand malax­age aux dif­frac­tions tan­tôt loufo­ques, tan­tôt intimes et émou­vantes. Con­tin­uer la lec­ture

Les veilleurs et veilleuses de nos vies

Flo­rence CRICK, Vous m’avez appelée, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? (His­toires de patients), Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2022, 120 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–47‑6

crick vous m avez appelee qu est ce que je peux faire pour vous« Vous m’avez appelée ? Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » Cette phrase, Flo­rence Crick l’a répétée des cen­taines de fois. Infir­mière volante dans un hôpi­tal qui traite des per­son­nes atteint·es de can­cers, elle a voulu ren­dre hom­mage à ses patient·es et ses col­lègues en reprenant leurs his­toires et leurs paroles. Les témoignages des un·es et des autres s’entrecroisent. Le réc­it est ponc­tué de phras­es quo­ti­di­ennes que peu­vent dire les patient·es et les infirmier·es. L’ensemble est poignant, sou­vent déchi­rant. Impos­si­ble de ressor­tir indemne d’une telle lec­ture, que l’on ait ou pas déjà côtoyé le can­cer, de près ou de loin. Certain·es patient·es gar­dent espoir et se bat­tent jusqu’au bout. Certain·es s’en sor­tent. D’autres, las de souf­frir, deman­dent l’euthanasie. Com­ment ne pas être bouleversé·e par cette dame qui écrit des let­tres à ses petits-enfants qu’elle ne ver­ra jamais grandir ? Par cette jeune fille qui avait fait promet­tre à sa mère de ne pas mourir, mais dont la mère n’aura pas pu tenir la promesse ? Par ce jeune garçon qui rêvait de voir John­ny en con­cert, mais qui s’en est allé bien avant son idole ? Par cette jeune mère en phase ter­mi­nale qui perd son com­pagnon d’un acci­dent de moto ? Com­ment ne pas être révolté·e de voir des jeunes, à peine âgé·es de trente ans, mourir si tôt ? Con­tin­uer la lec­ture

Vols de nuit

Pietro PIZZUTI, Qui a tué Amy Wine­house, Oiseaux de nuit, coll. “Rideaux rouges”, 2020, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–19‑3
Pietro PIZZUTI, Pop-corn, Oiseaux de nuit, coll. “Rideaux rouges”, 2020, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–18‑6

Les actri­ces et les acteurs sont les luci­oles de nos scènes ; ils appa­rais­sent, elles dis­parais­sent et demeurent dans la mémoire du spec­ta­teur et des autres actri­ces et acteurs. Le sou­venir d’une voix, le trem­ble­ment d’un geste, la présence d’un corps l’intonation sin­gulière don­née à un mot, tout fait que le théâtre s’appuie sur une magie de la mémoire et de l’oubli con­joints. Con­tin­uer la lec­ture

Voyage onirique à Saint-Martin‑d’Ardèche

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, Ceci n’est pas un rêve, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2020, 122 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–23‑0

delmotte-weber ceci n'est pas un reveAlice, pho­tore­porter de guerre, a besoin de s’éloigner du rythme intense de sa vie pro­fes­sion­nelle. Après avoir décou­vert un échange de let­tres entre les deux artistes pein­tres sur­réal­istes, Leono­ra Car­ring­ton et Leonor Fini, elle se rend à Saint-Martin‑d’Ardèche sur leurs traces. Depuis qu’elle est arrivée dans ce vil­lage, Alice rêve énor­mé­ment. C’est comme si ses songes se matéri­al­i­saient, comme si des univers par­al­lèles se man­i­fes­taient. Elle s’immisce dans la vie des deux pein­tres et assiste aux épisodes de 1939, lorsque Leono­ra, en cou­ple avec Max Ernst, accueille Leonor et son ami Fed­eri­co fuyant la cap­i­tale et la fureur nazie. Suite à un appel de sa rédac­trice en chef, Alice accepte de con­juguer son repos avec un reportage sur les deux artistes. Peu à peu, le présent d’Alice se mélange au passé des deux femmes. Elle assiste à leurs con­ver­sa­tions sans être vue. Mais par­fois, un bruit, un élé­ment témoigne de sa présence. Alice marche dans leurs pas. Elle pro­duit des pho­tos étranges, d’une autre tex­ture, qui s’in­spirent de la dimen­sion poé­tique des deux artistes. Elle a l’impression de pou­voir enfin vrai­ment s’ex­primer, même si sa rédac­trice en chef n’est pas du même avis. Con­tin­uer la lec­ture

Sans voix

Jes­si­ca GAZON, Syn­ovie, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2020, 108 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–06‑3

gazon synovieÀ quinze ans, alors que la vie lui sourit, Syn­ovie est prise d’un mal mys­térieux. Sa voix devient molle. Son sourire se crispe. C’est un coup dur pour cette pas­sion­née de théâtre et de lec­ture à voix haute. Ce blocage, à pre­mière vue inof­fen­sif, devient de plus en plus fréquent. Per­son­ne, même le médecin du vil­lage, ne prend son prob­lème au sérieux. Quelques mois plus tard, elle voit un neu­ro­logue qui diag­nos­tique de la spas­mophilie. Ce mal serait donc psy­chologique. Toute­fois, son défaut d’articulation s’intensifie. Syn­ovie choisit la voie du silence et se tait autant au cours de théâtre qu’à l’école. Un an après l’apparition des pre­miers symp­tômes, même dég­lu­tir devient dif­fi­cile. Sa mère n’y com­prend rien. Son père est dans le déni. Comme les vrais médecins ne trou­vent rien, sa mère se tourne vers les sci­ences occultes et erre de mag­né­tiseuse en marabout… Mais rien ne marche. Ses paupières con­tin­u­ent de s’affaisser. Son vis­age de pen­dre. Son corps la lâche peu à peu. Une nuit, son état s’aggrave. Ses par­ents l’emmènent chez un vieux médecin de cam­pagne qui veut faire des exa­m­ens sup­plé­men­taires et l’envoie chez un bon neu­ro­logue. Le ver­dict finit par tomber : elle souf­fre de myasthénie, une mal­adie rare. Le chemin de la guéri­son com­mence alors… Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche des déesses grecques enrobées

Guil­laume DRUEZ, Nous, les gross­es, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2020, 78 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–00‑1

druez nous les grossesBlanche, 46 ans, souf­fre de boulim­ie. Certain·e·s sont accros au sexe, à la cig­a­rette, à l’alcool… Elle, c’est le sucre. En totale fran­chise, Blanche nous racon­te ses déboires avec les régimes, ce fichu cal­cul de l’IMC (indice de masse cor­porelle), ses con­seils pour une pesée réussie, cette hor­ri­ble éti­quette d’ « obésité mod­érée » – qui, com­parée à l’ « obésité mor­bide » est encore accept­able… Être grosse, c’est aus­si avoir son lot de regards, de réflex­ions à demi-mot, de remar­ques hyp­ocrites, méchantes ou psy­chol­o­gisantes : « Oh, elle doit cer­taine­ment com­penser un manque, une perte… ». Mais n’a‑t-on pas le droit d’être gros·se, un point c’est tout ? Con­tin­uer la lec­ture