Archives par étiquette : Polar

Eau à la bouche et mise en bière !

Fran­cis GROFF, Morts sur la Sam­bre, Weyrich, coll. « Noir Cor­beau », 2019, 276 p., 19 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑87489–532‑6

Comme tou­jours à cette heure mati­nale, les abor­ds de l’écluse de Lan­delies étaient déserts. Dans leur haute mai­son dont deux fenêtres lais­saient pass­er une lumière jaunâtre, chaude­ment tamisée par des filets de brume, l’éclusier et sa famille ter­mi­naient prob­a­ble­ment leur petit déje­uner, mais nul bruit ne fil­trait au-dehors. 

Dès l’entame, un réc­it bien écrit et atmo­sphérique. Un sus­pense effi­cace­ment cam­pé. Qui nous installe dans la foulée de Jean-Régis de Chas­sart, un mag­is­trat, quand il s’ébroue le long d’un chemin de halage des bor­ds de Sam­bre, se lance dans son jog­ging biheb­do­madaire, croise un traque­nard aux lim­ites du fan­tas­tique, lutte con­tre la noy­ade et d’énigmatiques agresseurs : Con­tin­uer la lec­ture →

Et si le crime n’était qu’un prétexte

Ziska LAROUGE, La grande fugue, Weyrich, 2019, 219 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑87489–533‑3

Une vio­loniste éten­due dans une mare de sang, son archet plan­té dans la carotide, sur scène. C’est sur cette image que com­mence La grande fugue. Enfin, c’est sur cette image que s’ouvre le roman mais l’intrigue, elle, com­mence quelques jours aupar­a­vant, voire encore plus tôt. Qui est la vic­time ? Qui lui a ôté la vie ? Pourquoi ? L’enquête poli­cière pro­pre­ment dite atten­dra un peu. Le temps de retrac­er les derniers instants de la défunte, et de son quatuor à cordes à l’avenir désor­mais plutôt com­pro­mis : les Bar­rées. Con­tin­uer la lec­ture →

« Une heure de joie »… ou Conan Doyle mis en pratique !

Un coup de cœur du Car­net

Chris­t­ian LIBENS, Une petite his­toire du roman polici­er belge, Weyrich, coll. « Noir Cor­beau », 2019, 99 p., 6,90 €, ISBN : 978–2‑87489–541‑8

Que voilà un ouvrage curieux ! De par son dynamisme. Qui se dépêtre d’un (faux) para­doxe : en dire beau­coup et, sans doute, vouloir exé­cuter un tour com­plet de la ques­tion tout en se révélant court, com­pact et… très comestible. À mille lieues d’un ennuyeux pen­sum. De par sa mise en page, aus­si, ou sa mise en images : la moitié du livre con­siste en cou­ver­tures de livres, des allures de Rose­bud (nul doute qu’une larme per­lera chez beau­coup au détour de l’une ou l’autre plongée vers nos lec­tures de jeunesse). Con­tin­uer la lec­ture →

Nemesis se prend les pieds…

Frédéric ERNOTTE et Pierre GAULON, Comme des mouch­es, Lajouanie, 2019, 306 p., 19 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782370471024

Gwen et Leila, les deux jeunes femmes que l’on retrou­ve au pub irlandais O’Neils, leur camp de base, sont des amies insé­para­bles. Pour l’heure, Gwen tente de ren­dre le goût de vivre à sa copine séparée depuis peu du beau Michaël qu’elle a largué suite à une « con­duite inap­pro­priée », en fait, un bais­er échangé avec une fille de ren­con­tre. Voilà qui, selon Gwen, très  inspirée par les Stream Banana, mérite une vengeance qui en fasse baver à tous ces salauds d’hommes et ramène le sourire sur les lèvres de sa chère Leila. Con­tin­uer la lec­ture →

On n’a que le plaisir qu’on se donne

Éric DEJAEGER et John F. ELLYTON, Un Orval des ors vaut, Cac­tus inébran­lable, 2019, 126 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930659–91‑6

À l’abbaye d’Orval, quelques 26664 bouteilles (soit 1111 casiers) de bière, à peine chargées sur le camion prêt à par­tir à des­ti­na­tion de la France, sont dérobées lors d’un braquage expédi­tif. Deux moines restent sur le car­reau. Un groupe ter­ror­iste revendique l’attaque, au nom de la soif des Belges : les fréquentes pénuries de la pré­cieuse trap­piste, dues à l’indécrottable refus des moines d’augmenter leur pro­duc­tion, leur sem­blent un motif suff­isant pour empêch­er que la moin­dre goutte de leur breuvage favori quitte le ter­ri­toire. Con­tin­uer la lec­ture →

L’île aux ressacs

Arnaud NIHOUL, Caitlin, Genèse, 2019, 312 p., 22.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689226

Lag­gan, une île au petit goût d’Hébrides, mod­este­ment peu­plée et, battue par les fureurs océaniques… Des entasse­ments de roches que domi­nent un phare dif­fi­cile­ment acces­si­ble et la tour d’un vieux château édi­fié autre­fois par le clan écos­sais des Camp­bell… C’est le décor de Caitlin, pre­mier roman pub­lié par le Namurois Arnaud Nihoul. Décor que Ian, natif des lieux, redé­cou­vre à l’appel de Mor­gan, son ami d’enfance, éter­nel gag­nant tou­jours très sûr de lui et devenu aujourd’hui un écrivain de répu­ta­tion mon­di­ale dont on s’arrache les romans policiers. Vingt-trois ans plus tôt, les deux ado­les­cents et Mur­ray, un troisième com­père, avaient accueil­li dans leur bande Caitlin, une fille de leur âge, farouche et d’une « mélan­col­ie rude », arrivée sur l’île pour vivre chez sa vieille tante Moïra. Con­tin­uer la lec­ture →

Sur un air d’opéra

Paul COLIZE, Un jour comme les autres, HC édi­tions, 2019, 448 p., 19 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑35720–462‑1

Paul Col­ize, roman après roman, amé­nage son ter­rain de jeu, com­plète la carte, ajoute des villes, des lacs, des apparte­ments, des caches et des labyrinthes. Chaque polar est le jou­et raf­finé et pré­cis que Paul Col­ize dis­pose dans l’espace lais­sé par ses polars précé­dents. Il écrit comme on col­lec­tionne. Et si le lecteur se délecte tou­jours, c’est aus­si parce que l’auteur s’amuse.

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Noir d’Espagne

François FILLEUL, Pois­sons volants, Ker, 2019, 246 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–248‑8

C’est le bout du bout du sud d’une Andalousie qui n’a que peu de rap­ports avec le « divin par­adis que l’on dit friv­o­le » chan­té par Luis Mar­i­ano. C’est un ruban de ville qui s’étire sur l’isthme méditer­ranéen reliant la province de Cadix au ter­ri­toire bri­tan­nique de Gibral­tar, séparé par une fron­tière dev­enue poreuse  (jusqu’à nou­v­el ordre, l’ombre du Brex­it planant for­cé­ment sur le Rocher…). La ville a pour nom La Lin­ea. On y vit assez pau­vre­ment entre débrouille et magouilles et en faisant face plutôt mal que bien à l’invasion per­ma­nente de rats, si cat­a­strophique qu’elle con­traint même les hôpi­taux publics à fer­mer bou­tique. Autre inva­sion plus saison­nière et mieux accep­tée, celle des exo­cets qui four­nissent une nour­ri­t­ure abon­dante mais de piètre qual­ité, après séchage de ces « pois­sons volants » accrochés comme des chaus­settes aux réseaux de cordes à linge. C’est dans ce con­texte andalou bien con­nu de lui pour y avoir vécu plusieurs années que François Filleul, Borain d’origine et pro­fesseur de français à Brux­elles, situe le polar qui lui a valu le deux­ième Prix Fin­tro voué aux « Écri­t­ures noires ». Un cahi­er des charges qu’il n’a pas boudé en mas­sacrant d’emblée au fusil d’assaut sept per­son­nes : des cou­ples d’amis apparem­ment sans his­toire réu­nis dans une mai­son de week-end pour leur tra­di­tion­nel ren­dez-vous des fêtes de fin d’année. Seuls rescapés de cette tuerie à pri­ori inex­plic­a­ble : un Belge, époux d’une fonc­tion­naire européenne et sa petite fille ain­si qu’une som­melière qui, retenue par son tra­vail, est arrivée trop tard sur les lieux pour grossir le bilan macabre. Con­tin­uer la lec­ture →

Orange givrée au Jeu de Balle !

Nadine MONFILS, Crimes dans les Marolles (Nou­velles enquêtes de Nestor Bur­ma), French Pulp, 2019, 176 p., 15€ / ePub : 11.99 €, ISBN : 979–1‑0251–0465‑1

Le nou­veau roman de Nadine Mon­fils, né d’une com­mande, s’inscrit dans une col­lec­tion visant à redonner vie et lus­tre au célèbre Nestor Bur­ma, né sous la plume de Léo Malet (auteur d’un mag­nifique Le soleil n’est pas pour nous) dans les années 1940. Ce dernier avait creusé le sil­lon d’un polar à la langue très directe, dopée par l’humour et la verve sar­cas­tique, par­cou­rue aus­si de frémisse­ments poé­tiques. Il va sans dire que beau­coup d’entre nous ont croisé la route du détec­tive à la française dans ses adap­ta­tions en série télé (avec Guy Marc­hand dans le rôle-titre) et en BD (par Tar­di). Con­tin­uer la lec­ture →

Poker menteur

Stanis­las-André STEEMAN, Légitime défense (Quai des Orfèvres), post­face de Jean-Marie Klinken­berg, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018, 249 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑87568–425‑7

On ne l’a pas assez souligné, le roman Légitime défense est truf­fé de men­tions rel­a­tives au jeu et au théâtre, en par­ti­c­uli­er aux jeux de cartes. Ces men­tions sont pure­ment inci­dentes et très dis­parates, de sorte qu’elles peu­vent aisé­ment pass­er inaperçues. Qu’on en juge. Les deux héros, l’artiste-pein­tre Noël et son épouse Belle habitent à l’ar­rière d’un mag­a­sin de jou­ets, dont la réserve se trou­ve au rez de leur loge­ment. Les fenêtres de celui-ci don­nent sur un jardin où jouent et chantent de jeunes pen­sion­naires. Le riche col­lec­tion­neur Weyl, qui réside avenue Sémi­ramis – titre d’un opéra de Rossi­ni – les reçoit deux fois par semaine pour une par­tie de cartes. Si Mme Weyl est absente le soir du crime, c’est pour cause de bridge chez des amis. Ayant organ­isé son ali­bi, Noël pense avoir mis « tous les atouts dans son jeu », mais éprou­ve « la cer­ti­tude d’avoir été joué » par la mys­térieuse fuyarde. À la pre­mière vis­ite du com­mis­saire Maria, il a juste le temps « d’escamot­er son jeu de cartes ». L’ar­resta­tion erronée du pau­vre Klein « brouille les cartes, fausse les règles du jeu ». En pleine enquête, le polici­er est sur­pris achetant un petit polichinelle. L’al­i­bi de Noël s’af­faib­lit à cause d’un dessin ani­mé. Tout près d’être arrêté, il éprou­ve « l’ir­ré­sistible et absurde envie de faire une patience »…

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Le malin plaisir d’Asmodée

Stanis­las-André STEEMAN, La Mai­son des veilles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018,  320 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–426‑4

La réédi­tion d’une œuvre de Stanis­las-André Stee­man est tou­jours bien­v­enue. Elle rend aus­si jus­tice à un pio­nnier du roman polici­er mod­erne et à un écrivain que la cri­tique française, rap­pelons-le, avait comique­ment qual­i­fié de « Simenon belge ». Une bourde por­teuse toute­fois d’une référence qui ne manque pas de per­ti­nence. Con­tin­uer la lec­ture →

À l’ombre de Tchernobyl

Jean-Sébastien PONCELET, L’envol de l’amazone, Weyrich, 2018, 448 p., 18 €, ISBN : 9782874894985

Courant sur vingt-cinq années, le roman de Jean-Sébastien Pon­celet ne laisse pas d’étonner par la déroulé de sa nar­ra­tion. Procé­dant par touch­es d’informations suc­ces­sives, il assem­ble les pièces d’une intrigue mou­ve­men­tée sur la ligne du temps en nous livrant dans le désor­dre des épisodes datés. Tout démarre à Tch­er­nobyl, donc en 1986, alors que la cen­trale nucléaire vient d’exploser et que les pre­miers sec­ours s’affairent dans une impro­vi­sa­tion évi­dente. Un homme employé à la cen­trale part appelé par le devoir. Au terme d’une journée qui le fait vieil­lir d’un seul coup et dont il ne se remet­tra pas, il revient dans l’appartement famil­ial pour dire aux siens de fuir. Sa femme et sa fille Ali­na quit­tent les lieux sans atten­dre. Des années plus tard, nous retrou­vons Ali­na et ses deux enfants, une fille et un fils jumeaux, dans une cav­ale digne d’un scé­nario de film d’action, héli­cop­tère en perdi­tion com­pris. Con­tin­uer la lec­ture →

Disparition inquiétante…

Willy DECOURTY, Le flic évanoui, Mar­que belge, 2018, 160 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39015–025‑1

Naguère bourgmestre d’Ixelles, Willy Decour­ty renoue avec son passé de jeune rédac­teur au jour­nal Le Peu­ple, au temps des Gold­en Six­ties, pour four­bir, avec Le flic évanoui, un réc­it qui vogue entre polar et roman d’aventures. Il habille ain­si le per­son­nage cen­tral, Maxime Rossi­ni, de son anci­enne tenue de chroniqueur cul­turel et peo­ple au sein d’une rédac­tion où les plus anciens recon­naîtront, sous les prénoms et les noms d’emprunt trans­par­ents, plusieurs rédac­teurs du jour­nal social­iste aujourd’hui dis­paru. Con­tin­uer la lec­ture →

Patrick Delperdange et les sales types

Un coup de cœur du Carnet

Patrick DELPERDANGE, L’éternité n’est pas pour nous, Arènes, coll. « Equinox », 2018, 250 p., 15€ / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑35204–731‑5

Voilà un bon Delper­dan­ge comme on les aime : rugueux comme la cail­lasse qui vous explose la tempe, som­bre comme la nuit au fond des bois, vif comme une lame dans la chair. C’est qu’il fait mal à nou­veau, l’auteur de Si tous les dieux nous aban­don­nent, et que comme d’habitude, ça nous fait du bien. Un bien de chien. Con­tin­uer la lec­ture →

Le foot, c’est la guerre

Michel HODY, Crimes en rouche et blanc, Mur­mure des soirs, 2018, 444 p., 22 €, ISBN : 978–2‑930657–46‑2

Michel Hody, auteur de Crimes en rouche et blanc, est lié­geois et s’est mis à la lit­téra­ture après une car­rière pro­fes­sion­nelle pen­dant laque­lle il avait pub­lié des ouvrages tech­niques et de mar­ket­ing. À la retraite, il se jeta dans l’écriture de romans policiers. Ses romans offrent la sin­gu­lar­ité de se dérouler dans la région lié­geoise, prin­ci­pale­ment, au XIVe siè­cle, sous le règne du prince-évêque, Adolphe de la Mar­ck.  Con­tin­uer la lec­ture →

Prends garde, Saint Jean-Baptiste!

Philippe COLMANT, Salomé pour tou­jours, Demdel, 2018, 230 p., 12,50€, ISBN : 978–2‑87549–241‑8

Un beau same­di d’avril, un triple meurtre tombe sur les bras du com­mis­saire Pierre Van Cal­ster et de son équipe. Une anci­enne can­ta­trice, Alice Dan­tinne, est retrou­vée morte au bas de son immeu­ble. Les soupçons d’un sui­cide sont rapi­de­ment écartés vu les mar­ques de stran­gu­la­tion présentes sur son cou. Deux autres corps d’hommes, sauvage­ment assas­s­inés et mutilés, sont décou­verts quelques heures plus tard dans une église désaf­fec­tée et à l’orée de la forêt de Soignes. Con­tin­uer la lec­ture →