Archives par étiquette : Théâtre

Retrou­vez ici tous nos arti­cles et recen­sions con­sacrés au théâtre

Dans le ventre du feu

Un coup de cœur du Car­net

Lisa DEBAUCHE, Carcasses/L.R.D.P., Arbre de Diane, coll. « Hori­zons », 2024, 92 p., 14 €, ISBN : 9782930822327

debauche carcassesLa scène théâ­trale dressée par Lisa Debauche se présente comme une arche sur laque­lle mon­tent les désirs, le feu de l’amour, la reine des putes, les mil­liards d’animaux fuyant l’assassinat de masse. Après des études d’art dra­ma­tique, Lisa Debauche pub­lie chez Mael­strÖm La nuit est encore debout c’est pour ça que je ne dors pas, un pre­mier recueil poé­tique sai­sis­sant, tail­lé dans la nuit des mots et des corps. Autrice, com­positrice, inter­prète ayant sor­ti deux albums sous le nom de Lisza, elle livre avec Carcasses/L.R.D.P. une pièce de théâtre qui prend la forme d’un mono­logue de feu dansant comme un der­viche tourneur. Con­tin­uer la lec­ture →

Claire Lejeune. La traversée du verbe

Un coup de cœur du Car­net

Claire LEJEUNE, Mémoire de rien et autres poèmes, Post­face de Christophe Meurée, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 368 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–691‑6
Claire LEJEUNE, Ari­ane et Don Juan et autres pièces, Post­face de Christophe Meurée, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 224 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–690‑9

lejeune mémoire de rienClaire Leje­une (1926–2008) a arraché à l’espace des Let­tres leurs habi­tudes, leurs balis­es, leur prêt-à-écrire pour les ouvrir à l’inconnu, à l’expérience d’un verbe autre. Remar­quable­ment post­facés par Christophe Meurée, les deux vol­umes que pub­lie Espace Nord — Mémoire de rien et autres poèmes, Ari­ane et Don Juan et autres pièces — délivrent deux des mas­sifs textuels de son œuvre, les recueils poé­tiques d’une part, ses pièces de théâtre de l’autre. La sub­di­vi­sion de ses créa­tions en trois champs d’expérimentation qui cor­re­spon­dent à trois temps de sa tra­jec­toire (poésie, essais, théâtre) pèche par sa rigid­ité tant la langue et l’univers qu’elle mobilise font éclater les fron­tières des gen­res, lais­sent la poésie per­col­er dans des textes qui sont avant tout des stases d’une expéri­ence intérieure. Pub­liés dans leur ver­sion inté­grale[1], les recueils poé­tiques La gangue et le feu, Le pour­pre, La geste, Elle, Mémoire de rien (Le dernier tes­ta­ment ne fig­ure pas) dessi­nent une car­togra­phie où se dresse la scène d’une équiv­a­lence entre l’écriture et la nais­sance à soi, entre la ges­ta­tion du verbe et l’engendrement du sujet poé­tique par les mots. Con­tin­uer la lec­ture →

« Faites des câlins pas les magasins »

Didi­er POITEAUX, Fast [Peut-on se réap­pro­prier ses désirs dans une société de con­som­ma­tion ?], Lans­man, 2024, 44 p., 11 €, ISBN : 9782807104211

poiteaux fastComme dis­ait Georges Perec, la société de con­som­ma­tion nous aliène, « toutes ces choses [que nous con­som­mons] ne sont là que pour entretenir une espèce de frénésie, de ver­tige, d’hypnose ». Nos désirs sont-ils réels ou sont-ils conçus de toutes pièces pour nous amen­er à con­som­mer plus ? Dans Fast, Didi­er Poiteaux abor­de le vaste sujet de la fast fash­ion – mode de pro­duc­tion de l’industrie tex­tile qui con­siste à pro­duire tou­jours plus à des prix tou­jours plus bas – et part de cette ques­tion : peut-on se réap­pro­prier ses désirs dans une société de con­som­ma­tion ? Con­tin­uer la lec­ture →

Stanislas Barberian:  le retour à Charleroi 

Fran­cis GROFF, Sor­tie de scène à Charleroi, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2024, 230 p., 20 €, ISBN : 9782874899348

groff sortie de scène à charleroiVoici donc le sep­tième opus des enquêtes de Stanis­las Bar­ber­ian. Ren­dez-vous incon­tourn­able de la ren­trée lit­téraire, depuis Morts sur la Sam­bre (2019), les enquêtes poli­cières menées par le bouquin­iste, détec­tive « mal­gré lui », sont atten­dues par un large pub­lic de lecteurs et lec­tri­ces fidèles.

Fran­cis Groff, écrivain et jour­nal­iste a l’art de les séduire par l’élégance – toute bri­tan­nique – avec laque­lle il dénoue les énigmes crim­inelles les plus spec­tac­u­laires. Il est vrai qu’il les invente et con­stru­it avec une évi­dente jubi­la­tion. Con­tin­uer la lec­ture →

Relire Jean Louvet

jean louvet

Jean Lou­vet

Ce 28 sep­tem­bre mar­que le 90e anniver­saire de la nais­sance du dra­maturge Jean Lou­vet (28 sep­tem­bre 1934 – 29 août 2015). Cet anniver­saire nous offre l’oc­ca­sion de redé­cou­vrir l’au­teur et son œuvre à par­tir de nos archives. Con­tin­uer la lec­ture →

Jacques, le Cyrano Pirate

Maude DE BEL (autrice) et Quentin GRÉBAN (illus­tra­teur), Le pes­ta­cle, Mijade, 2024, 28 p., 13 €, ISBN : 9782807702103

de bel greban le pestacleRarement un oisil­lon a été aus­si beau. Plumage duveteux bleu turquoise pâle, aigrette et longues rec­tri­ces d’une teinte iden­tique plus soutenue, bouille ronde avec d’énormes yeux mar­ron myopes der­rière des lunettes cer­clées, bec tout sourire. Dans sa salopette jaune pom­pi­er, Jacques a tout pour faire cra­quer. Son doux regard, ses mines atten­dris­santes, la gen­til­lesse qui émane de lui aus­si soyeuse que ses plumes… Quel mag­nifique héros ! Quentin Gréban l’a créé avec les mêmes traits pré­cis qui ren­dent une tex­ture par­ti­c­ulière à tout ce qu’il représente : tis­sus, pelages, matières, etc. Mais dans ces illus­tra­tions pleines de couleurs vives, incroy­ables de per­spec­tives et de jeux de lumière, rich­es de courbes et de détails, c’est avant tout l’expressivité des per­son­nages qui éblouit : on fond pour cha­cun d’eux, du ham­ster à la lap­ine, en pas­sant par la cyg­nesse et l’ourson en peluche. Joie des yeux et émo­tion à chaque tableau. Con­tin­uer la lec­ture →

Kusttram KT

Ilyas METTIOUI, Knokke-le-Zoute, Lans­man / Le Rideau, coll. « En direct de la scène », 2024, 56 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0414‑3

mettioui knokke le zouteLe rythme du tram, c’est le rythme du réc­it pen­dant lequel Déb­o­rah réflé­chit. À Knokke, après avoir longé toute la côte belge, elle sait qu’elle ouvri­ra l’urne funéraire dans laque­lle se trou­vent les cen­dres du père qu’elle n’a jamais ren­con­tré. Durant une journée, elle dis­cute avec les six per­son­nages aux­quels elle pense, se deman­dant si c’est elle qui écrit son his­toire et com­ment se débat­tre avec ce qui a été fait avant même sa nais­sance, con­ver­sant avec celles qui sont encom­brantes mais qui ont tou­jours été là, avec les ver­sions pos­si­bles de celui qui n’a jamais été présent, avec ceux qui pour­raient à leur tour dis­paraitre. La pièce s’ouvre sur un poème qui par­le d’eau. Il sera dit autant de fois qu’il y a de femmes dans le réc­it. Eau de la mère, eau dans la mer, dis­per­sion du père dans les flots. Sur la route, Déb­o­rah s’adresse à Cécil­ia et à Annette. Elle pense à qui elles sont pour elle et l’une pour l’autre. Elle invente Benoît et Mustapha, elle écoute Habib et David. Con­tin­uer la lec­ture →

« Samu Centre 67, je vous écoute… »

Un coup de cœur du Car­net

Flo­ri­an PÂQUE, Appuyez sur # [L’alouette], Lans­man, 2024, 100 p., 13 €, ISBN : 978–2‑8071–0413‑6

paque appuyer sur #Depuis la paru­tion d’Eti­enne A. chez Lans­man Édi­teur, Flo­ri­an Pâque n’a de cesse de met­tre le monde du tra­vail au cen­tre de sa réflex­ion, et de l’aborder par cer­cles spi­ralaires, dans une con­cep­tion soci­o­cri­tique du texte de théâtre. Appuy­er sur # [L’alouette] com­plète ain­si les trois opus précé­dents, le pre­mier cam­pant un employé de chez Ama­zon se trans­for­mant lit­térale­ment en col­is à expédi­er ; le deux­ième, Sisyphes met­tant en per­spec­tive le mythique con­damné per­pétuel, réin­car­né en divers per­son­nages invis­i­bil­isés par une société qui ne recon­naît que des pro­fils-types ; le troisième, Fourmi(s), ampli­fi­ant encore l’effet d’absurde en révélant à lui-même un livreur Uber englué dans la nasse de la rentabil­ité et dom­iné par un patron-robot. Con­tin­uer la lec­ture →

La lutte finale

Alex LORETTE, Les grandes marées, Lans­man, 2024, 76 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0409‑9

lorette les grandes maréesDans une écri­t­ure « caméra sur l’é­paule », Alex Lorette, qui est déjà l’au­teur de plusieurs pièces et vient de recevoir le prix Charles Plis­nier théâtre, sait créer une intrigue sourde, faire mon­ter les con­flits, laiss­er enten­dre les reproches qui cou­vent entre les per­son­nages. Ici, encore dans sa dernière pièce en date, Les grandes marées, il plonge dans le con­flit des généra­tions poussé à l’extrême, comme une fin d’époque explorée par un père et son fils. Con­tin­uer la lec­ture →

« On ne va nulle part en battant des nageoires »

Guil­laume DRUEZ, Cœur de pédé suivi de Bocal, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges » 2023, 114 p., 10 €, ISBN : 9782931101674

druez coeur de pedeCœur de pédé nous met en présence de Guil­laume qui souf­fre du syn­drome du cœur brisé. Son cœur est totale­ment nécrosé, broyé par un cha­grin d’amour.

C’est vrai, je vis.
Avec un cœur brisé.
Hors d’usage.
Ratat­iné.
Mis en miettes. 
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Puissance des voix !

Adrien D’HOSE, Square Edi­son, Lans­man,  2023, 64 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0398‑6

d'hose square edisonAdrien d’Hose vient de pub­li­er sa pre­mière pièce de théâtre, Square Edi­son, aux Édi­tions Lans­man et, pour un homme ou une femme de théâtre, c’est tou­jours un événe­ment par­ti­c­ulière­ment déli­cat et for­mi­da­ble. Déli­cat en ce sens où l’au­teur publique­ment dévoile déjà les prémices d’un style et, for­mi­da­ble, en ce sens où l’édi­tion de théâtre per­met de venir et de revenir au texte en dehors même des aléas et des dif­fi­cultés de pro­duc­tion scénique. Con­tin­uer la lec­ture →

Enlacements tragiques

François EMMANUEL, Funer­al tan­go, Lans­man, coll. « Théâtre à vif », 2023, 60 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0401‑3

emmanuel funeral tango« Oléo : À l’en­ter­re­ment d’une reine, il est pre­scrit de ban­der la jambe arrière gauche de son cheval per­son­nel.
L’an­i­mal n’est donc pas intégré à l’at­te­lage qui tracte le car­rosse funéraire mais il marche un peu en retrait, tenu au mors par un très jeune offici­er.
À cause de l’en­trave à sa jambe le cheval boite et sa clau­di­ca­tion attire tous les regards. »

Dans la litanie des crescen­dos et decrescen­dos d’un tan­go joué par deux musi­ciens, un rit­uel de mort se déploie autour de Dona Pia, vivante, qui va mourir, qui est morte. Con­tin­uer la lec­ture →

Le vertige de l’amour

Stéphane BISSOT, Celle qui aimait les hommes, Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2023, 70 p., 10 €, ISBN : 9782931101681

bissot celle qui aimait les hommesLouise est actrice. De manière totale­ment non chronologique, elle se remé­more ses his­toires d’amour. « [Elle] écrit la nuit. La lumière est douce. Elle écrit à plusieurs âges. Il y a plusieurs présents. Pen­dant qu’elle par­le à l’homme qu’elle aime, à celui qu’elle aimait ou à celui qu’elle aimera, elle racon­te ses amours pro­fondes ou fugaces ». Il y a Samuel, ren­con­tré lors d’une soirée de sou­tien aux ouvri­ers, qui est ten­dre comme un agneau et auprès de qui elle redé­cou­vre sa sen­su­al­ité. Il y a Romain avec qui elle ne passe qu’une nuit, Arié, un homme piv­ot dans sa vie auprès de qui elle apprend la mort de son père ou encore Andréas dont elle croque la pomme à New York. Cha­cun reçoit un surnom : l’homme femme, l’homme rus­tre, l’homme silence, l’homme arbre… Louise se sou­vient aus­si de son pre­mier amour à l’école, Quentin, dont elle con­nais­sait l’emploi du temps par cœur. Con­tin­uer la lec­ture →

Variations pour une autre fois

Paul EMOND, La part des flammes, Deux vari­a­tions, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2023, 176 p., 10 €, ISBN : 9782931101636

emond la part des flammes deux variationsAvec La part des flammes. Deux vari­a­tions, le dra­maturge, le romanci­er et essay­iste Paul Emond nous une livre propo­si­tion théâ­trale nova­trice qui repense le statut du texte, au théâtre en par­ti­c­uli­er. Reposant sur le dis­posi­tif de trois per­son­nages, de trois sœurs qui évo­quent tan­tôt les Trois sœurs de Tchekov, tan­tôt les trois filles du Roi Lear, la pièce plonge dans les secrets de famille, la mort de la mère, la con­fig­u­ra­tion des liens entre Marie, l’aînée qui se sac­ri­fie, Anne qui a con­quis sa lib­erté et la cadette Mar­i­anne, affec­tée de trou­bles bor­der­line. Que fait un dra­maturge lorsque, dans l’impossibilité de met­tre fin à une créa­tion, il se sent réqui­si­tion­né par ses per­son­nages, des créa­tures de papi­er qui lui deman­dent des comptes et récla­ment davan­tage d’autonomie ? Que faire lorsqu’un texte ne nous lâche pas dans le mou­ve­ment où nous refu­sons de le couron­ner d’un point final ? Impor­tant dans le champ de l’écriture scénique le procédé musi­cal de la vari­a­tion, Paul Emond nous met face à deux vari­a­tions (mélodiques, har­moniques, ryth­miques) sur un même thème, redis­tribue le pre­mier agence­ment textuel en l’infléchissant vers une pièce miroir, dou­ble de la pre­mière et pour­tant dis­sem­blable. De la pre­mière ver­sion à la sec­onde, le même trio de per­son­nages soro­raux, les fan­tômes de la mère pos­ses­sive, du père absent, des grands-par­ents, la reprise, l’ajout ou l’omission de cer­tains événe­ments. Con­tin­uer la lec­ture →

« Take care, little Bastard »

Thymios FOUNTAS, Sauvez Bâtard, Arbre de Diane, 2023, 98 p., 14 €, ISBN : 9782930822297

fountas sauvez batardAu fond d’une ruelle, trois lais­sés-pour-compte, sortes d’archétypes aux couleurs beck­et­ti­ennes, sem­blent errer dans un monde futur­iste où règne le désar­roi, un monde où le ciel a dis­paru et se dis­loque en morceaux. Cafard, le « ramasse-miettes », Clébard, le « canidé colérique et kif­feur de pisse » et Clochard, le « sans-abri haut per­ché » tombent sur un cadavre. Cafard se retient d’en faire son repas. Clochard est en trip per­pétuel. Clébard, de nature agres­sive, mène le groupe. Ils net­toient les lieux pour accueil­lir un tri­bunal loufoque et Bâtard, leur coupable. Ce dernier avoue être « l’plus grand bâtard de l’univers faut bien qu’un gars soit bouc émet­teur de mis­ère », mais a‑t-il vrai­ment com­mis ce meurtre ? C’est alors qu’apparait Ekart, l’« amoureux en sueur », le mal­abar du quarti­er qui ne va pas tarder à tomber amoureux de Bâtard. Con­tin­uer la lec­ture →

Nous sommes toutes et tous des cellules HeLa

Un coup de cœur du Car­net

Aliénor DEBROCQ, HeLa, Lans­man, 2023, 64 p., 12 €, ISBN : 9782807103931

debrocq helaHeLa. Qua­tre let­tres pour par­ler d’un type de cel­lules qui ont révo­lu­tion­né la sci­ence de la virolo­gie et ont con­tribué notam­ment à la nais­sance du vac­cin con­tre la poliomyélite. Qua­tre let­tres pour des cel­lules étudiées dans les lab­o­ra­toires du monde entier et repro­duites à plusieurs mil­liards d’exemplaires. Qua­tre let­tres pour les pre­mières cel­lules à être cul­tivées in vit­ro et qui con­stituent la pre­mière lignée de cel­lules immortelles. Con­tin­uer la lec­ture →