Ilyas METTIOUI, Knokke-le-Zoute, Lansman / Le Rideau, coll. « En direct de la scène », 2024, 56 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0414‑3
Le rythme du tram, c’est le rythme du récit pendant lequel Déborah réfléchit. À Knokke, après avoir longé toute la côte belge, elle sait qu’elle ouvrira l’urne funéraire dans laquelle se trouvent les cendres du père qu’elle n’a jamais rencontré. Durant une journée, elle discute avec les six personnages auxquels elle pense, se demandant si c’est elle qui écrit son histoire et comment se débattre avec ce qui a été fait avant même sa naissance, conversant avec celles qui sont encombrantes mais qui ont toujours été là, avec les versions possibles de celui qui n’a jamais été présent, avec ceux qui pourraient à leur tour disparaitre. La pièce s’ouvre sur un poème qui parle d’eau. Il sera dit autant de fois qu’il y a de femmes dans le récit. Eau de la mère, eau dans la mer, dispersion du père dans les flots. Sur la route, Déborah s’adresse à Cécilia et à Annette. Elle pense à qui elles sont pour elle et l’une pour l’autre. Elle invente Benoît et Mustapha, elle écoute Habib et David. Continuer la lecture


Dans une écriture « caméra sur l’épaule », Alex Lorette, qui est déjà l’auteur de plusieurs pièces et
Cœur de pédé nous met en présence de Guillaume qui souffre du syndrome du cœur brisé. Son cœur est totalement nécrosé, broyé par un chagrin d’amour.
Adrien d’Hose vient de publier sa première pièce de théâtre, Square Edison, aux Éditions Lansman et, pour un homme ou une femme de théâtre, c’est toujours un événement particulièrement délicat et formidable. Délicat en ce sens où l’auteur publiquement dévoile déjà les prémices d’un style et, formidable, en ce sens où l’édition de théâtre permet de venir et de revenir au texte en dehors même des aléas et des difficultés de production scénique.
« Oléo : À l’enterrement d’une reine, il est prescrit de bander la jambe arrière gauche de son cheval personnel.
Louise est actrice. De manière totalement non chronologique, elle se remémore ses histoires d’amour. « [Elle] écrit la nuit. La lumière est douce. Elle écrit à plusieurs âges. Il y a plusieurs présents. Pendant qu’elle parle à l’homme qu’elle aime, à celui qu’elle aimait ou à celui qu’elle aimera, elle raconte ses amours profondes ou fugaces ». Il y a Samuel, rencontré lors d’une soirée de soutien aux ouvriers, qui est tendre comme un agneau et auprès de qui elle redécouvre sa sensualité. Il y a Romain avec qui elle ne passe qu’une nuit, Arié, un homme pivot dans sa vie auprès de qui elle apprend la mort de son père ou encore Andréas dont elle croque la pomme à New York. Chacun reçoit un surnom : l’homme femme, l’homme rustre, l’homme silence, l’homme arbre… Louise se souvient aussi de son premier amour à l’école, Quentin, dont elle connaissait l’emploi du temps par cœur.
Avec La part des flammes. Deux variations, le dramaturge, le romancier et essayiste Paul Emond nous une livre proposition théâtrale novatrice qui repense le statut du texte, au théâtre en particulier. Reposant sur le dispositif de trois personnages, de trois sœurs qui évoquent tantôt les Trois sœurs de Tchekov, tantôt les trois filles du Roi Lear, la pièce plonge dans les secrets de famille, la mort de la mère, la configuration des liens entre Marie, l’aînée qui se sacrifie, Anne qui a conquis sa liberté et la cadette Marianne, affectée de troubles borderline. Que fait un dramaturge lorsque, dans l’impossibilité de mettre fin à une création, il se sent réquisitionné par ses personnages, des créatures de papier qui lui demandent des comptes et réclament davantage d’autonomie ? Que faire lorsqu’un texte ne nous lâche pas dans le mouvement où nous refusons de le couronner d’un point final ? Important dans le champ de l’écriture scénique le procédé musical de la variation, Paul Emond nous met face à deux variations (mélodiques, harmoniques, rythmiques) sur un même thème, redistribue le premier agencement textuel en l’infléchissant vers une pièce miroir, double de la première et pourtant dissemblable. De la première version à la seconde, le même trio de personnages sororaux, les fantômes de la mère possessive, du père absent, des grands-parents, la reprise, l’ajout ou l’omission de certains événements.
Au fond d’une ruelle, trois laissés-pour-compte, sortes d’archétypes aux couleurs beckettiennes, semblent errer dans un monde futuriste où règne le désarroi, un monde où le ciel a disparu et se disloque en morceaux. Cafard, le « ramasse-miettes », Clébard, le « canidé colérique et kiffeur de pisse » et Clochard, le « sans-abri haut perché » tombent sur un cadavre. Cafard se retient d’en faire son repas. Clochard est en trip perpétuel. Clébard, de nature agressive, mène le groupe. Ils nettoient les lieux pour accueillir un tribunal loufoque et Bâtard, leur coupable. Ce dernier avoue être « l’plus grand bâtard de l’univers faut bien qu’un gars soit bouc émetteur de misère », mais a‑t-il vraiment commis ce meurtre ? C’est alors qu’apparait Ekart, l’« amoureux en sueur », le malabar du quartier qui ne va pas tarder à tomber amoureux de Bâtard.
HeLa. Quatre lettres pour parler d’un type de cellules qui ont révolutionné la science de la virologie et ont contribué notamment à la naissance du vaccin contre la poliomyélite. Quatre lettres pour des cellules étudiées dans les laboratoires du monde entier et reproduites à plusieurs milliards d’exemplaires. Quatre lettres pour les premières cellules à être cultivées in vitro et qui constituent la première lignée de cellules immortelles.
Cet automne, Veronika Mabardi est entrée dans la collection patrimoniale Espace Nord avec la réédition de deux textes à l’image de son œuvre, subtils et lumineux, originellement publiés par Émile Lansman. Pensés pour le théâtre, Loin de Linden et Adèle continuent de bouger en dépit de leur figement sur le papier, tant ils convoquent d’émotions et remuent les souvenirs, les langues et les cultures. Ces deux textes incarnent remarquablement le double sens de l’anglais moved, bref écho au plurilinguisme et au code switching
L’endroit défriché par le fou : quel titre étrange ! C’est ainsi que le Romains auraient appelé Sclessin, Scloeticinus, où le narrateur a grandi. Quant aux Carnets d’une Côte d’Or, ils font référence à la rue où vécut sa famille.


