Veronika MABARDI, Sous le regard des statues de Camille Claudel, Esperluète, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782359842067
Comment aborder Camille Claudel après les visions romanesques, dramaturgiques, cinématographiques, chorégraphiques offertes par Anne Delbée, Michèle Desbordes, Laurence Creton, Bruno Nuytten, Bruno Dumont, Marie-Claude Pietragalla et d’autres ? C’est à partir d’un double geste que Veronika Mabardi interroge l’œuvre et la vie de l’artiste. D’une part, comme le titre l’énonce, le récit se tient au plus près du geste créateur de Camille Claudel. Veronika Mabardi écrit depuis un lieu, sous un angle défini : sous le regard des statues, depuis la mise en abyme de l’œil de Camille Claudel dans ses sculptures. D’autre part, taillé à coups de burin, le bloc textuel décrit le chemin d’une rencontre élective qui s’inscrit dans une temporalité longue. On suit Veronika Mabardi sur les traces géographiques, esthétiques de Camille Claudel, sur les lieux où elle vécut ; elle nous fait entrer dans le ventre des musées qui abritent ses œuvres. Continuer la lecture



La collection « La tortue de Zénon », aux éditions de L’arbre de Diane, crée à nouveau des étincelles harmonieuses entre littérature et science, elles qui inscrivent de concert la beauté « au cœur [de leur] processus créatif », comme le souligne d’emblée l’éditrice Mélanie Godin. Dans Comment regarder plus loin, onze autrices attirent chacune dans leurs paumes une femme de science, qui a éclairé le monde d’antan ou d’aujourd’hui. Ces destins de femmes scientifiques, étudiés par ces autrices, dessinent une large constellation, composée de disciplines (sciences du climat, géodésie et sismologie, physique spatiale, astronomie, mathématiques, pathologie moléculaire des plantes, génétique, médecine et chirurgie, neuro-rééducation) et de contrées (Belgique, Danemark, France, Angleterre, Allemagne, Etats-Unis, Ethiopie, Italie) variées.
Cet automne, Veronika Mabardi est entrée dans la collection patrimoniale Espace Nord avec la réédition de deux textes à l’image de son œuvre, subtils et lumineux, originellement publiés par Émile Lansman. Pensés pour le théâtre, Loin de Linden et Adèle continuent de bouger en dépit de leur figement sur le papier, tant ils convoquent d’émotions et remuent les souvenirs, les langues et les cultures. Ces deux textes incarnent remarquablement le double sens de l’anglais moved, bref écho au plurilinguisme et au code switching

J’écris : voici mon frère, il n’a fait que passer, mais la phrase ment. Alors je cherche les traces qu’il a laissées dans le regard des autres. Il me relie à eux. Qu’est-ce qui s’est inscrit en eux de son passage ? 

Quand l’art du récit se noue à la voix du conte, les mots se soulèvent pour évoquer le monde de ceux qui n’ont pas droit au chapitre. Les exilés, les êtres que traverse la fêlure, les animaux, les forêts. Après Pour ne plus jamais perdre, Les cerfs (