Archives de l’auteur : Le Carnet et les Instants

De profundis clamat Menu

Marc MENU, Pol­lu­tions noc­turnes, Tail­lis Pré, 2023, 80 p., 13 €, ISBN : 9782874502002

menu pollutions nocturnesMarc Menu crie depuis les pro­fondeurs. De ce cri écrit sourd un imag­i­naire théâ­tral, sym­bol­iste, baude­lairien, déca­dent, fan­tas­tique. En forme de poèmes en prose, les soix­ante-cinq textes de Pol­lu­tions noc­turnes, tels qu’en eux-mêmes, ont tout pour mérit­er leur titre.

Après Mur­mures du chardon (2016) et Ce soir c’est relâche (2020), Pol­lu­tions noc­turnes est le troisième livre de Marc Menu pub­lié au Tail­lis Pré. Hors le champ poé­tique, Marc Menu est notam­ment con­nu pour de très brèves fic­tions (Quad­ra­ture, Cac­tus inébran­lable) au lud­isme cynique et à l’efficacité red­outable. Le nou­vel­liste de poche et le poète dés­abusé sem­blent ici se rap­procher à la faveur d’un ouvrage qui prend lui aus­si la forme de fic­tions d’une page, sortes de poèmes de l’effondrement, cauchemardesques et han­tés. Con­tin­uer la lec­ture

Prix Jean Monnet 2023 : la sélection

Le jury du prix Jean Mon­net de lit­téra­ture européenne 2023 a livré sa pre­mière sélec­tion : 9 titres sont en lice. Le lau­réat sera désigné en novem­bre. Il suc­cédera à Jón Kalman Ste­fans­son, primé en 2022 pour Ton absence n’est que ténèbres (Gras­set). Con­tin­uer la lec­ture

P‑O ça existe ? 

Gio­van­ni LENTINI, André Antoine le dernier prêtre-ouvri­er, Cerisi­er, coll. « Quo­ti­di­ennes », 2022, 128 p., 14 €, ISBN : 9782872672400

lentini andre antoine le dernier pretre ouvrierQui se sou­vient encore qu’il y a eu des prêtres-ouvri­ers ?  C’est une espèce en voie de dis­pari­tion au même titre que le rhinocéros blanc dont le dernier indi­vidu mâle est mort le 19 mars 2018. Deux femelles sont encore en vie, ce qui augure mal de la survie de l’espèce.

D’ailleurs, les temps ont telle­ment changé que quand on lit la pre­mière occur­rence de P‑O dans le livre, on se demande ce qu’un Pou­voir Organ­isa­teur vient faire dans cette galère ! C’est donc à bon escient que Gio­van­ni Lenti­ni s’intéresse à cette prob­lé­ma­tique et on en sait gré aux édi­tions du Cerisi­er, tou­jours fidèles à leur con­science sociale.  Con­tin­uer la lec­ture

Derrière les mots

Michel VOITURIER, Mi-fable mi-rai­son, Tra­verse, 2022, 154 p., 17 €, ISBN : 9782930783437

voiturier mi fable mi raisonDans l’ombre de la fic­tion, la rai­son ne cesse d’agir. Elle guide le choix des mots, l’ordre de la phrase, l’enchaînement des faits, tend le fil de la nar­ra­tion, son ordon­nance­ment sur la ligne du temps. Elle orchestre le scé­nario, règle l’aiguillage des des­tins, leur artic­u­la­tion avec ce que nous savons du passé et rêvons de l’avenir, négo­ciant avec les opin­ions de l’auteur, ten­ant compte de sa volon­té ou non d’y dévelop­per sa pro­pre vision du monde, ses choix de valeurs. Si le plus sou­vent elle se fait dis­crète, par­fois elle s’exprime à décou­vert, comme elle le fait dans ce recueil de textes brefs de Michel Voi­turi­er, en marge de micro-fic­tions dont la taille varie de quelques lignes (le plus sou­vent) à 2 pages (tout au plus), à telle enseigne qu’il con­tient plus de 90 textes sur 146 pages. Les per­son­nages qui défi­lent demeurent dans l’indéfini, ils ne sont pas nom­més, ils sont présen­tés sous le régime de la troisième per­son­ne. Des quidams, que nous pour­rions être, sai­sis dans leur banal­ité quo­ti­di­enne en petits frag­ments de vie : Con­tin­uer la lec­ture

La nuit du chasseur

Jack JAKOLI, La détresse des ros­es, Hugo Thriller, 2023, 390 p., 20 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–27-55664–23‑2

jakoli la detresse des rosesBar­bara Abel, Patrick Delper­dan­ge, Kenan Görgün ou Nadine Mon­fils, d’autres plus ponctuelle­ment, ont déjà réus­si à impos­er la trace du thriller belge fran­coph­o­ne à Paris. Et voici venir un espoir du genre, Jack Jakoli (un pseu­do­nyme, la quar­an­taine) qui surfe sur une exper­tise avérée : il est « enquê­teur au sein de la sec­tion homi­cides de la police judi­ci­aire fédérale ».

Une pré­face, sur les avan­tages et incon­vénients de son tra­vail de ter­rain, anticipe des aspects con­fir­més au fil de la lec­ture : cet auteur sait de quoi il par­le mais, en sus, il écrit, racon­te, déploie de manière sobre, ferme, flu­ide, nette. Avec une ligne de dis­tor­sion, illi­co annon­cée : il accom­pa­g­n­era notre balade poli­cière d’une bande-son pop/rock de sa généra­tion (les Smash­ing Pump­kins plutôt que les Bea­t­les ou Spring­steen). Jack Jakoli, méthodique, pro­longe sa présen­ta­tion à l’aide d’un micro-réc­it-cadre, un pro­logue situé de nos jours, qui insin­ue son pro­pre rap­port à l’intrigue, à sa mise en réc­it. Con­tin­uer la lec­ture

Exposition Design-a-book à la Wittockiana

exposition design a book

Une nou­velle expo­si­tion ouvre ses portes ce 12 févri­er à la BIb­lio­the­ca Wit­tock­iana. Fruit d’une col­lab­o­ra­tion entre la Wit­tock­iana et l’Ate­lier du livre de Mariemont, Design-a-book est con­sacrée aux pra­tiques con­tem­po­raines en design du livre en Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

Sauvagerie, nature et civilisation impitoyable

Alexan­dre GALAND, Del­phine JACQUOT, Sauvage ?, Seuil jeunesse, 2022,
64 p., 20,90 €, ISBN : 9791023514797  

galand jacquot sauvageEn 2018, Alexan­dre Galand (doc­teur en his­toire, en art et en archéolo­gie) et Del­phine Jacquot (illus­tra­trice) nous avaient envoûtés avec Mon­stres et Mer­veilles (Le Seuil jeunesse), une vis­ite dans les cab­i­nets de curiosités à tra­vers le temps. Avec Sauvage ?, le même duo, pas­sion­né d’étrange et d’extravagance, nous emmène loin dans les ques­tion­nements sur l’autre et nos représen­ta­tions de l’altérité.

Extrême­ment bien doc­u­men­tée, Sauvage ? est une ency­clopédie de 64 pages immenses, com­posée de 4 par­ties, le sauvage des légen­des, des « sauvages » pour l’Occident, la nature sauvage, les sauvages masqués. Un immense album jeunesse, un texte-image pour adultes et enfants nous invi­tant à penser l’autre. On y trou­ve les belles illus­tra­tions (les crédits se trou­vent détail­lés à la fin du livre), les mis­es en scène fab­uleuses de Del­phine Jacquot dont on recon­naît le trait. Con­tin­uer la lec­ture

Le prix du roman de la nuit pour François Emmanuel

emmanuel raconter la nuit

François Emmanuel est le lau­réat 2023 du prix du roman de la nuit. Il suc­cède à Mikaël Hirsch, primé en 2022 pour L’assassinat de Joseph Kessel. Con­tin­uer la lec­ture

Un festival autour de Simenon à Liège

Georges Simenon

Por­trait Georges Simenon © San­jiro Minamikawa © Simenon.tm Col­lec­tion

Du 8 au 11 mars 2023, Liège accueillera un fes­ti­val entière­ment dédié à Simenon. Son nom? Le Print­emps Simenon. Il est le fruit d’une col­lab­o­ra­tion entre l’U­ni­ver­sité de Liège, John Simenon (et sa société Simenon.tm) et la Ville de Liège.  Con­tin­uer la lec­ture

Je est un autre

Lil­iane SCHRAUWEN, Irréversible, M.E.O., 2023, 128 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782807003651

schrauwen irreversibleAndré est un homme de trente-deux ans assis seul sur une chaise dans une pièce vide où il se sait observé par des per­son­nes habil­lées en blanc. Nous plon­geons ain­si dans les réflex­ions de cet indi­vidu mys­térieux étranger à lui-même et au monde qui l’entoure.

Touché régulière­ment par des absences de quelques min­utes à plusieurs heures, il ne sait pas ce qui advient de lui lorsqu’il s’enfonce dans ce qu’il appelle le néant. Il par­le peu voire pas du tout, n’exprime pas de besoins et ne com­prend pas les codes soci­aux des êtres humains, qu’il se con­tente d’imiter car il a déduit que c’était ce qu’on attendait de lui. Con­tin­uer la lec­ture

La princesse enfermée dans sa prison dorée se réveilla

Anne DUVIVIER, Eden Beach 1970, M.E.O., 2023, 195 p., 18 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 9782807003682

duvivier eden beach 1970Comme le titre l‘indique, l’histoire de ce roman d’Anne Duvivi­er se situe en 1970 à Eden Beach, une sta­tion bal­néaire dans le Mary­land. Char­lotte, une jeune femme de 22 ans, vient d’y trou­ver refuge quand son mari lui a annon­cé qu’il aimait une autre femme.

Née avec une cuil­lère en argent dans la bouche, Char­lotte a tou­jours été « la fille de », puis « l’épouse de ». Elle se retrou­ve seule dans un endroit incon­nu où elle est oblig­ée de tra­vailler pour la pre­mière fois afin de financer son séjour. Très vite, elle ren­con­tre Cook­ie, qui va quelque peu bous­culer Char­lotte avec son car­ac­tère libéré assumé et son franc-par­ler (« T’es pas au ser­vice de ton mari. Arrête d’être une potiche. Ton Miguel, il n’a pas l’air de se souci­er de savoir ce que tu deviens. »). Con­tin­uer la lec­ture

Prix Jean d’Ormesson 2023 : la sélection

beck l'épouvante l'émerveillement

Le jury du prix Jean d’Ormes­son a dévoilé la pre­mière sélec­tion de l’édi­tion 2023. Dix ouvrages sont en course. Con­tin­uer la lec­ture

Prix Jean Freustié 2023 : la sélection

La pre­mière sélec­tion du prix Jean Freustié 2023 est con­nue. Neuf ouvrages sont en lice. L’un d’eux suc­cédera à Mon­u­ment nation­al, le roman de Julia Deck primé en 2022. Con­tin­uer la lec­ture

François Jacqmin en ses premiers états

François JACQMIN, Œuvres com­plètes 1. L’amour la terre, 1946–1956, édi­tion cri­tique et géné­tique établie par Gérald Pur­nelle, AML Edi­tions, coll. « Archives du Futur », 2022, 344 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87168–091‑8

jacqmin oeuvres completes 1Il y a un peu plus de trois décen­nies, le 13 févri­er 1992, s’éteignait François Jacqmin, essen­tielle­ment recon­nu de son vivant pour quelques dis­crets mais éblouis­sants recueils poé­tiques, tels Les saisons (Phan­tomas, 1979) et Le livre de la neige (La Dif­férence, 1990, tous deux réédités en Espace Nord en 2016). Si la recon­nais­sance cri­tique et publique fut tar­dive, on le doit en par­tie à l’écrivain lui-même. L’œuvre poé­tique de Jacqmin, l’un des « Sept types en or » réu­nis en 1953 par l’amitié au sein de la revue Phan­tomas de Théodore Koenig et Joseph Noiret, était en apparence rel­a­tive­ment peu abon­dante. Lui-même, volon­taire­ment, ne livrait qu’avec parci­monie ses textes, alors même qu’il était de notoriété publique à cette époque que l’écriture, celle de poèmes en prose, de réflex­ions sur le lan­gage et le silence, la méta­physique de l’être, les rela­tions entre l’humain et la nature… emplis­sait une grande par­tie de ses jours et de ses nuits. Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du bocal

Ver­e­na HANF, L’enfer du bocal, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2023, 162 p., 17 €, ISBN :9782875990679

hanf l'enfer du bocalLe philosophe Alexan­dre Jol­lien, dans son Petit traité de l’abandon, a émis l’idée que, « ren­con­tr­er l’autre, c’est se repos­er un peu de soi ». Sans nul doute, Jacques Janssens pour­rait à présent acqui­escer devant cette sage affir­ma­tion. Il y a neuf mois infi­nis, sa vie et son moral avaient lour­de­ment chuté. Dans la société où il per­for­mait depuis des années, suite à un remaniement (et de bass­es mani­gances), sa place dans l’organigramme avait con­nu un ren­verse­ment coper­ni­cien : il « avait dégringolé, le Jacques, [et] se rangeait dans la ligne large des employés de base, tout en bas de la page ». Au boulot, coincé der­rière les vit­res de son espace délim­ité dans l’open space, ce low per­former pas­sait ses inter­minables journées, seul, ostracisé, à regarder évoluer ses col­lègues-pira­nhas et flot­ter ses pen­sées-fugus. Il le maud­is­sait, cet aquar­i­um, et « ses écailles avaient per­du toutes ses couleurs » à force de rumin­er l’humiliation. Et si seule­ment c’était l’unique trahi­son… Con­tin­uer la lec­ture

Migrations intérieures

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Le cer­cle des oise­leurs, Impres­sions nou­velles, 2022, 304 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39070–010‑4

emmanuel le cercle des oiseleursUn titre énig­ma­tique, assor­ti d’une cou­ver­ture attrayante : il ne nous en faut par­fois pas davan­tage pour pren­dre en mains un roman et le feuil­leter, mus par l’envie d’en savoir plus. La patience est cepen­dant ici de mise, comme elle s’impose au per­son­nage prin­ci­pal dont nous emboitons le pas. Léo Vogels (!) est employé dans une société dont l’activité, aux con­tours incer­tains, repose sur des procé­dures strictes et néces­site des réu­nions régulières où il est bon de parse­mer régulière­ment les pro­pos que l’on tient de ter­mes emprun­tés au mar­ket­ing mod­erne. Dans cet univers où les rap­ports de force tout à la fois bru­taux et feu­trés régis­sent les rela­tions, Léo évolue sur la pointe des pieds, avec le prin­ci­pal souci de rédi­ger le procès-ver­bal de la réu­nion à laque­lle il assiste. Il vient de fêter le départ à la retraite de son col­lègue Char­lie Mutzinger dont le bureau était proche du sien. Cet homme, avec lequel il con­ver­sait d’ordinaire, est resté un mys­tère pour lui. Con­tin­uer la lec­ture