Patrick PÉCHEROT et Joe PINELLI, Das Feuer, Casterman, 2018, 200 p., 22 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 9782203168657
Récit qui valut à son auteur le prix Goncourt lors de sa parution en pleine guerre, en 1916, Le feu d’Henri Barbusse, sous-titré Journal d’une escouade, relate la boucherie de la Première Guerre mondiale. Bien que farouche partisan du pacifisme, Henri Barbusse s’engage comme volontaire en 1914. C’est de l’expérience des tranchées, de sa vie de soldat en première ligne qu’il tire un des romans les plus saisissants sur le basculement des nations dans le premier conflit mondial. À l’occasion de la commémoration des cent ans de la fin de la guerre 1914–1918, l’auteur et scénariste Patrick Pécherot et l’illustrateur, le scénariste de BD, Joe Pinelli publient une adaptation graphique du Feu de Barbusse. Le titre, Das Feuer, témoigne de leur choix : transposer la narration du côté allemand, évoquer l’enfer vécu par des soldats allemands, Kurt, Müller, Kropp… Une poignée de soldats, pris entre les feux de l’armée française, cherche à tâtons la tranchée qui va les sauver. Continuer la lecture
Bruxelles, 2013, une pièce peuplée de livres, de plantes et de photographies. Un homme aux cheveux gris souris, de petites lunettes juchées sur son nez, pointe du doigt un garçonnet au centre d’un cliché en noir et blanc : « Alors, là, c’est moi dans les bras de ma mère. Elle m’appelait Kostaki. Ça veut dire petit Kosta en grec. » Avec son autre index, sur une carte cette fois : « Et tu vois ce petit point-là ? C’est Mansourah, ma ville. » C’est ainsi que débute l’exploration de l’histoire familiale des Saitas, sous les crayons d’Émilie et à travers les mots de son père, un Grec ayant grandi dans l’Égypte nassérienne.
Yasha travaille dans une librairie bruxelloise. Entre son patron qui se mêle un peu trop de ses affaires et son coloc qui n’est jamais là, elle déprime.
C’est un petit ovni de la bande dessinée que nous livrent Jonvon Nias et Etienne Beck. Rien d’étonnant puisque l’album est publié au Frémok, une plate-forme éditoriale qui a l’habitude de proposer des œuvres hors normes, dont l’audace graphique ou narrative ambitionne de renouveler le genre et d’en bousculer les codes, ce qui est le cas ici. 
Benoît Peeters est un intellectuel de multiples talents. Écrivain, critique, biographe (Hergé, Paul Valéry, Jacques Derrida), éditeur, co-auteur des célèbres Cités Obscures avec François Schuiten, il est aussi, ce que l’on savait peut-être moins, un authentique gastronome – tant en dégustation qu’en préparation. Peut-être inspiré par Le gourmet solitaire de Jirō Taniguchi dont il est friand, il publie chez Casterman, dans la collection culte « Écritures », Comme un chef, une autobiographie culinaire sous forme de roman graphique avec, aux dessins, Aurélia Aurita, bien connue pour Fraise et chocolat, bande dessinée autofictive et érotique.
tore Di Bennardo) est un artiste protéiforme. Auteur de BD, on le retrouve sur youtube, où il anime
En 2014, la série de bandes dessinées Cowboy Henk recevait le Prix du Patrimoine au prestigieux festival d’Angoulême. Était-ce rendre trop d’honneur à Kamagurka, dont l’encyclopédie Wikipedia va jusqu’à affirmer que son trait est « extrêmement simpliste, paraissant presque bâclé » ? Quoi que l’on pense de son anti-œuvre, et sans s’aventurer à gloser trop avant le nonsense permanent qui la caractérise, il faut cependant admettre que le dessinateur flamand, passé par Hara-Kiri et Charlie Hebdo, est bel et bien l’héritier d’une tradition bédéistique dont il se joue et détourne les codes à l’envi.
Après Shelley, la vie amoureuse de l’auteur de Frankenstein et Chamisso, l’homme qui a perdu son ombre, le duo talentueux formé par le scénariste David Vandermeulen et le dessinateur Daniel Casanave nous plonge dans la vie de Gérard de Nerval. Au fil d’un scénario pétri d’invention, retraçant la vie du poète des Chimères, le possédé des Filles du feu, d’Aurélia ou le Rêve et la Vie, au fil d’un dessin alliant humour et paysages oniriques, on découvre un Nerval en proie à des visions, aspiré par la quête de l’Orient. Suivant la chronologie de son existence qui sera très vite ravagée par la mélancolie et le démon de l’alcool, David Vandermeulen et Daniel Casanave font en quelque sorte du fameux sonnet El Desdichado (« Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé / Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie »…) un auto-portrait, un miroir de Nerval. Toute biographie est biographie-radiographie d’une époque : ne pouvant sauter par-dessus son ombre, par-dessus son siècle, tout créateur est le fils de son temps, même s’il s’efforce de s’y arracher. C’est ainsi qu’aux côtés du jeune Gérard Labrunie qui connaîtra une certaine notoriété précoce lorsqu’à dix-neuf ans il traduisit le Faust de Goethe, les auteurs campent les figures du romantisme, ses amis, Théophile Gautier, Auguste Maquet, Pétrus Borel, Alexandre Dumas. La vie bohème, la bataille d’Hernani, les soulèvements politiques, la révolution de 1848 ne sont pas un décor extérieur à l’émergence de nouvelles formes de création mais leur creuset. Pour Nerval, la littérature est sœur du rêve, d’un désir de fuite, la confidente ou l’exorciste des désillusions amoureuses, des expériences de dédoublement, des assauts de la folie, fût-elle lucide.
Un sentiment de vide a envahi Renata. Inexplicable et diffus, il la paralyse (elle tente, vainement, d’envoyer un manuscrit qu’elle a rédigé à des éditeurs) et la fait se complaire dans les vestiges d’une relation amoureuse passée. Renata est désespérément seule avec elle-même.
On peut toujours bougonner. Déplorer, par exemple, que, de nos jours, la poésie soit, plus que jamais, le parent pauvre de la littérature. Soit, plus que jamais, victime des clichés ayant cours dans les médias et dans l’esprit de ses lecteurs potentiels, etc.
En s’ouvrant sur un paysage après la bataille, scène reconstituée d’un combat historique exposée dans un musée régional, le récit, d’emblée, donne le ton. La scène est figée, le temps s’est arrêté après un moment d’extrême violence. Il en est de même pour la vie de Fany, le personnage central de cet album, dont on comprend vite qu’un douloureux événement, que l’on découvre au fil de quatre cent trente-deux pages de ce roman graphique, a dévié sa vie de sa trajectoire. Depuis, elle semble assister à son existence en spectatrice muette. 
Aurélie William Levaux travaille à la croisée des genres, quelque part entre la bande dessinée, la littérature et l’art contemporain. Cette Liégeoise, connue pour son travail de broderie et peinture sur tissu, nous livre Sisyphe Les joies du couple, un album hybride et atypique. Alors que ses précédentes publications étaient principalement axées sur son travail plastique, ce roman graphique fait entrer en résonance le verbe et le dessin. Son univers pictural, assez reconnaissable, fait penser à des gravures anciennes qu’elle aurait détournées pour se les approprier et leur donner un sens nouveau, plus percutant.
Thibault Damour est un physicien de renom. Mathieu Burniat est un auteur de bandes dessinées élégantes et décalées. Ensemble, ils ont relevé un défi de taille : raconter ce qu’est la réalité.