Archives de catégorie : Théâtre

Théâtre

Retrou­vez toutes nos recen­sions con­sacrées au théâtre

Pannes d’ascenseurs

Flo­ri­an PÂQUE, Sisyphes, Lans­man, 2022, 64 p., 11 €, ISBN: 978–2‑8071–0327‑6

paque sisyphesFlo­ri­an Pâque vient de pub­li­er aux Édi­tions Lans­man une pièce qu’il a créée récem­ment avec la Cie Le Théâtre de l’É­clat et présen­tée en Avi­gnon (La Scala) avec un très beau suc­cès pub­lic et de presse. Pièce poli­tique mais aus­si loufoque et ludique comme si Pan­talon jouait aux dés avec Brecht…

Sur scène, c’est la Cour des Mir­a­cles des déshérités et de leurs “exploitants” (le mot date, notre époque lui préfère le terme de “col­lab­o­ra­teurs /trices »), des pré­carisés de toutes extrac­tions et frap­pés de cette dou­ble peine sociale qui est de ne pas être né dans les lieux d’un pou­voir mais dans ceux de la péni­bil­ité vio­lente et de se voir régulière­ment ren­voyés en bout de queue au Bureau des Bonnes chances! Con­tin­uer la lec­ture

Les veilleurs et veilleuses de nos vies

Flo­rence CRICK, Vous m’avez appelée, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? (His­toires de patients), Oiseaux de nuit, coll. « Romans à jouer, pièces à lire », 2022, 120 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–47‑6

crick vous m avez appelee qu est ce que je peux faire pour vous« Vous m’avez appelée ? Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » Cette phrase, Flo­rence Crick l’a répétée des cen­taines de fois. Infir­mière volante dans un hôpi­tal qui traite des per­son­nes atteint·es de can­cers, elle a voulu ren­dre hom­mage à ses patient·es et ses col­lègues en reprenant leurs his­toires et leurs paroles. Les témoignages des un·es et des autres s’entrecroisent. Le réc­it est ponc­tué de phras­es quo­ti­di­ennes que peu­vent dire les patient·es et les infirmier·es. L’ensemble est poignant, sou­vent déchi­rant. Impos­si­ble de ressor­tir indemne d’une telle lec­ture, que l’on ait ou pas déjà côtoyé le can­cer, de près ou de loin. Certain·es patient·es gar­dent espoir et se bat­tent jusqu’au bout. Certain·es s’en sor­tent. D’autres, las de souf­frir, deman­dent l’euthanasie. Com­ment ne pas être bouleversé·e par cette dame qui écrit des let­tres à ses petits-enfants qu’elle ne ver­ra jamais grandir ? Par cette jeune fille qui avait fait promet­tre à sa mère de ne pas mourir, mais dont la mère n’aura pas pu tenir la promesse ? Par ce jeune garçon qui rêvait de voir John­ny en con­cert, mais qui s’en est allé bien avant son idole ? Par cette jeune mère en phase ter­mi­nale qui perd son com­pagnon d’un acci­dent de moto ? Com­ment ne pas être révolté·e de voir des jeunes, à peine âgé·es de trente ans, mourir si tôt ? Con­tin­uer la lec­ture

Camille et Arthur, des bornes stellaires

Isabelle BIELECKILes rescapés de l’aube : Valse nue / Le bateau de sable, Coudri­er, 2022, 131 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–033‑7

bielecki les rescapés de l'aubeÀ tra­vers ce livre à deux temps, Les rescapés de l’aube (Valse nue et Le bateau de sable), Isabelle Bielec­ki s’empare de deux des­tins aus­si trag­iques l’un que l’autre : celui de Camille Claudel et d’Arthur Rim­baud.

Dans Valse nue, en sept tableaux et trois per­son­nages prin­ci­paux, l’autrice met en scène une Camille Claudel qui a déjà quit­té son maître et amant Rodin et s’est éloignée de sa famille. Con­tin­uer la lec­ture

Au-delà du fleuve

Alex LORETTE, La vie comme elle vient, Lans­man, 2022, 80 p., 12 €, ISBN : 9782807103467

lorette la vie comme elle vientAlors que sa vie sem­ble peu à peu tir­er sa révérence, Lucie regarde son passé. Elle se sou­vient de son arrivée en Bel­gique en 1958, âgée alors de dix-huit ans. Cette terre où elle s’est tout de suite sen­tie étrangère. Cette terre où il fait froid, où l’eau est verte, où le vent vient de la terre. Elle racon­te sa nais­sance, au fin fond du Con­go, au bord du fleuve, à qua­tre heures de marche de la pre­mière ville. Nais­sance à laque­lle sa mère n’a pas survécu. Elle se sou­vient de son enfance auprès de sa nour­rice noire, Mas­si­ga, au grand désar­roi de son grand-père qui con­sid­érait le peu­ple noir comme des sauvages. Le racisme et les idées colo­nial­istes étaient encore bien ancrées à cette époque. Mal­gré sa couleur blanche, Lucie se sent noire au-dedans. Con­tin­uer la lec­ture

La fin des évidences

Axel CORNIL, Là où le soleil se couche, Lans­man­/CED-WB, 2022, 72 p., 11 €, ISBN: 978–2‑8071–0343‑6

cornil la ou le soleil se couchePrix des Met­teurs en scène en 2021, la pièce d’Axel Cornil, Là où le soleil se couche, ne manque ni d’ambition ni de corps.

Le théâtre con­tem­po­rain oscille entre des pièces d’une extrême intim­ité et un théâtre poli­tique qui s’interroge de plus en plus sur la péren­nité des grands réc­its de nos civil­i­sa­tions. De plus en plus sou­vent, revient comme une anti­enne le réc­it de la fin de notre monde, de la bio­di­ver­sité et de l’existence même de l’homme.

Cette per­plex­ité anx­iogène donne matière à plusieurs pièces d’Axel Cornil, jeune auteur, comé­di­en, né dans la région de Mons il y a une trentaine d’années et qui a déjà un beau réper­toire à son act­if. Une dizaine de pièces jouées et qua­tre pub­liées chez l’éditeur Lans­man font de lui un des auteurs avec qui compter de la nou­velle généra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Des langues et des gouffres

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Dress­ing room, Lans­man, 2022, 40 p., 10 €, ISBN: 978–2‑8071–0344‑3
François EMMANUEL, Les trains dans la plaine, Lans­man, coll. « Théâtre à vif », 56 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0345‑0

Les gens vont au théâtre pour se dis­traire les idées mais aus­si pour se mesur­er au monde, savoir ce qui est bien et pas bien, ce qui est con­damnable ou non, ce que l’on prend en pitié. Ça fait réfléchir, ça remue les pro­fondeurs, dans l’in­con­scient. Les gens vont se voir finale­ment.
Michael Lons­dale, À voix nue, France cul­ture, 2011

emmanuel dressing roomMichael Lons­dale résume bien cette étrange machine qu’est le théâtre avant que d’être spec­ta­cle. François Emmanuel vient de pub­li­er deux pièces aux édi­tions Lans­man, Dress­ing room et Les trains dans la plaine. Deux pièces absol­u­ment dif­férentes dans la langue et cepen­dant à aucun moment con­traires. Il s’agit de la ques­tion cen­trale de l’amour, de la dig­nité, de la patience et des ver­sions car­ni­vores de l’homme qui rôde par­mi nous. Con­tin­uer la lec­ture

Contes à rebours d’une utopie

Thomas DEPRYCK, Macadam Cir­cus et Qui dort dîne (ou presque), Lans­man, 2021, 92 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0316‑0

depryck macadam circus qui dort dine ou presque

Dans ce recueil des édi­tions Lans­man abri­tant les pièces Macadam Cir­cus et Qui dort dîne (ou presque), Thomas Depryck livre une parabole acide et sur­réal­iste de la con­di­tion humaine dans les sociétés cap­i­tal­istes. Où êtres humains et ani­maux jouent tour à tour les rôles de sauveur et de sauvé/à‑sauver.

Sous la plume de Thomas Depryck, l’écri­t­ure s’ap­par­ente à un sport de com­bat. Écrire ? Affron­ter le réel, s’en défendre, l’at­ta­quer, le repouss­er, s’y accrocher. Comme une matière radioac­tive que l’on sculpte, en même temps qu’elle nous façonne aus­si. Con­tin­uer la lec­ture

Comme une apparition

René BIZAC, Comme une lance, Lans­man, 2021, 60 p., 11 €, ISBN : 9782807103320

bizac comme une lanceComme une lance de René Bizac s’of­fre comme une étrange pièce dra­ma­tique onirique dotée d’une langue sou­vent proche de l’hy­per­réal­isme.

La mère de l’au­teur est décédée à l’âge de 92 ans et c’est à un hom­mage pro­fond et lucide que se livre l’au­teur dans cette pièce toute en sub­til­ité dialogique.

Une liste, celle des affaires de la mère, jusqu’au plus triv­ial, et puis, « Voilà la cham­bre est vide”. Con­tin­uer la lec­ture

Corps/esprit toujours en ligne de partage de l’homme ?

Alex LORETTE, La ligne de partage des eaux, Lans­man, coll. « Poche », 2021, 40 p., 8 €, ISBN : 978–2‑8071–0331‑3

lorette la ligne de partage des eauxLe court texte d’Alex Lorette paru en octo­bre dans la col­lec­tion “Poche” des édi­tions Lans­man est de ceux qui doivent être dits à voix haute s’ils ne sont portés à la scène. Parce que La ligne de partage des eaux n’est rien de moins que 34 pages hale­tantes, celles du réc­it d’un homme occupé de courir. Seul, il court dans les bois, suit le tracé d’une riv­ière, d’un fleuve, d’une route, tombe, se blesse, se redresse, se remet à courir.

Qui est cet homme qui court ? Con­tin­uer la lec­ture

Vols de nuit

Pietro PIZZUTI, Qui a tué Amy Wine­house, Oiseaux de nuit, coll. “Rideaux rouges”, 2020, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–19‑3
Pietro PIZZUTI, Pop-corn, Oiseaux de nuit, coll. “Rideaux rouges”, 2020, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–18‑6

Les actri­ces et les acteurs sont les luci­oles de nos scènes ; ils appa­rais­sent, elles dis­parais­sent et demeurent dans la mémoire du spec­ta­teur et des autres actri­ces et acteurs. Le sou­venir d’une voix, le trem­ble­ment d’un geste, la présence d’un corps l’intonation sin­gulière don­née à un mot, tout fait que le théâtre s’appuie sur une magie de la mémoire et de l’oubli con­joints. Con­tin­uer la lec­ture

L’ange de la mort sonne toujours deux fois

Paul EMOND, Don Qui­chotte avant la nuit et Grac­chus, Lans­man, 2021, 100 p., 12 €, ISBN : 9782807103245

emond don quichotte suivi de gracchusDeux textes de Paul Emond, Don Qui­chotte avant la nuit et Grac­chus, rassem­blés dans une même pub­li­ca­tion, met­tent en scène des êtres proches du tré­pas. L’ange de la mort rôde à chaque page. Cet entre-deux – entre vie et mort – est sym­bol­isé par une belle illus­tra­tion de Maja Polack­o­va en page 55.

Dans Don Qui­chotte avant la nuit, deux hommes se tien­nent côte à côte dans un grand lit, dernière rési­dence de leur pas­sage sur terre. L’un appré­cie par­ti­c­ulière­ment la lec­ture. L’autre est un grand bavard. Une femme, surnom­mée la passeuse, les accom­pa­gne dans leur dernier voy­age et leur prodigue des soins, notam­ment sa fameuse huile de pas­sage. Tous deux n’ont plus beau­coup d’appétit et s’assoupissent sou­vent. Con­tin­uer la lec­ture

Cinq, quatre, trois… : la trilogie d’Anne-Cécile Vandalem

Anne-Cécile VANDALEM, King­dom précédé de Trist­esses et Arc­tique, Actes Sud papiers, 2021, 144 p., 18 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782330151768

vandalem kingdom precede de tristesses et arctique Juger un livre est une autre affaire que de juger un spec­ta­cle. Anne-Cécile Van­dalem fait paraître chez Actes Sud les trois pièces qu’elle rassem­ble comme une trilo­gie, une trilo­gie dénuée de titre (Le Sang des promess­es aurait pu être un bon titre mais il faut croire qu’il était déjà pris) ou plutôt com­posée de trois titres dis­tincts : Trist­esses, Arc­tique, King­dom. Trois titres qui désig­nent des lieux, réels ou imag­i­naires, tous isolés dans le Nord. Con­tin­uer la lec­ture

Pénélope n’attend plus

Geneviève DAMAS, Quand tu es revenu, Lans­man, 2021, 56 p., 11 €, ISBN : 9782807103191

damas quand tu es revenuEn amour, est-ce que l’on peut par­tir et revenir, comme une fleur, vingt ans plus tard ? Peut-on promet­tre de tou­jours revenir ? Les hommes et les femmes sont-ils égaux dans ce voy­age ? Regar­dons le mythe d’Ulysse. Péné­lope l’a atten­du bien sage­ment, repous­sant nom­bre de pré­ten­dants. Dans les his­toires, le héros part et revient tou­jours. Nous sommes bercés par ce mythe, mais n’est-il pas temps de le décon­stru­ire ? Com­ment cela se passerait-il dans la vraie vie ? Que se passerait-il si celui que vous avez aimé revient vingt ans plus tard ? Con­tin­uer la lec­ture

Voyage onirique à Saint-Martin‑d’Ardèche

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, Ceci n’est pas un rêve, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2020, 122 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–23‑0

delmotte-weber ceci n'est pas un reveAlice, pho­tore­porter de guerre, a besoin de s’éloigner du rythme intense de sa vie pro­fes­sion­nelle. Après avoir décou­vert un échange de let­tres entre les deux artistes pein­tres sur­réal­istes, Leono­ra Car­ring­ton et Leonor Fini, elle se rend à Saint-Martin‑d’Ardèche sur leurs traces. Depuis qu’elle est arrivée dans ce vil­lage, Alice rêve énor­mé­ment. C’est comme si ses songes se matéri­al­i­saient, comme si des univers par­al­lèles se man­i­fes­taient. Elle s’immisce dans la vie des deux pein­tres et assiste aux épisodes de 1939, lorsque Leono­ra, en cou­ple avec Max Ernst, accueille Leonor et son ami Fed­eri­co fuyant la cap­i­tale et la fureur nazie. Suite à un appel de sa rédac­trice en chef, Alice accepte de con­juguer son repos avec un reportage sur les deux artistes. Peu à peu, le présent d’Alice se mélange au passé des deux femmes. Elle assiste à leurs con­ver­sa­tions sans être vue. Mais par­fois, un bruit, un élé­ment témoigne de sa présence. Alice marche dans leurs pas. Elle pro­duit des pho­tos étranges, d’une autre tex­ture, qui s’in­spirent de la dimen­sion poé­tique des deux artistes. Elle a l’impression de pou­voir enfin vrai­ment s’ex­primer, même si sa rédac­trice en chef n’est pas du même avis. Con­tin­uer la lec­ture

Elle voyage en solitaire

Céline DELBECQ, À cheval sur le dos des oiseaux, Lans­man et Rideau de Brux­elles, 2021, 60 p., 11 €, ISBN : 978–2807103153

delbecq a cheval sur le dos des oiseauxCarine Bie­len, la cinquan­taine, vit dans un cen­tre avec Logan, son fils qui ne bronche pas de la journée, mais hurle par­fois la nuit. La seule manière pour Carine de calmer ses ter­reurs noc­turnes est de se blot­tir tout con­tre lui. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez cet enfant ? Carine se livre avec ses mots sim­ples et mal­adroits, mais tou­jours francs. Elle racon­te qu’elle aime bien boire un petit coup de rouge le soir, une fois que le petit est couché, voire un peu plus les soirs de grand vent. Le vent char­rie trop de bruits inquié­tants, voire d’idées noires… Elle évoque la manière dont Logan a été conçu, un soir pass­able­ment éméchée, avec un copain de comp­toir de L’auberge. Elle digresse beau­coup et expose tout l’amour qu’elle porte à son fils. Cet enfant qui aime les oiseaux, tout comme elle. Con­tin­uer la lec­ture

Vue panoptique sur la folie humaine

Thier­ry JANSSEN, Fac­teur humain, Lans­man, 2021, 60 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0311

janssen facteur humainCom­ment racon­ter le monde et notre époque ? En le con­tant ! Tel est le pari artis­tique de Thier­ry Janssen dans son œuvre Fac­teur humain. En usant d’un con­te tan­tôt noir comme l’en­cre de seiche, tan­tôt comique à souhait, où le tar­mac du réal­isme offre une piste de décol­lage idéale au fan­tas­tique. Où le réc­it intimiste des rela­tions humaines épouse le réc­it de la fin du monde et du sort de l’hu­man­ité.

Trois per­son­nages for­ment un tri­an­gle infer­nal. Au début sim­ples spec­ta­teurs de la folie envi­ron­nante, ils en devi­en­nent ensuite des acteurs, bas­cu­lant du côté obscur. Un retour à la rai­son est-il pos­si­ble ? La cloi­son qui sépare délire et rai­son est-elle aus­si ténue ? Con­tin­uer la lec­ture