Florian PÂQUE, Sisyphes, Lansman, 2022, 64 p., 11 €, ISBN: 978–2‑8071–0327‑6
Florian Pâque vient de publier aux Éditions Lansman une pièce qu’il a créée récemment avec la Cie Le Théâtre de l’Éclat et présentée en Avignon (La Scala) avec un très beau succès public et de presse. Pièce politique mais aussi loufoque et ludique comme si Pantalon jouait aux dés avec Brecht…
Sur scène, c’est la Cour des Miracles des déshérités et de leurs “exploitants” (le mot date, notre époque lui préfère le terme de “collaborateurs /trices »), des précarisés de toutes extractions et frappés de cette double peine sociale qui est de ne pas être né dans les lieux d’un pouvoir mais dans ceux de la pénibilité violente et de se voir régulièrement renvoyés en bout de queue au Bureau des Bonnes chances! Continuer la lecture





Michael Lonsdale résume bien cette étrange machine qu’est le théâtre avant que d’être spectacle. François Emmanuel vient de publier deux pièces aux éditions Lansman, Dressing room et Les trains dans la plaine. Deux pièces absolument différentes dans la langue et cependant à aucun moment contraires. Il s’agit de la question centrale de l’amour, de la dignité, de la patience et des versions carnivores de l’homme qui rôde parmi nous. 
Comme une lance de René Bizac s’offre comme une étrange pièce dramatique onirique dotée d’une langue souvent proche de l’hyperréalisme.
Le court texte d’Alex Lorette paru en octobre dans la collection “Poche” des éditions Lansman est de ceux qui doivent être dits à voix haute s’ils ne sont portés à la scène. Parce que La ligne de partage des eaux n’est rien de moins que 34 pages haletantes, celles du récit d’un homme occupé de courir. Seul, il court dans les bois, suit le tracé d’une rivière, d’un fleuve, d’une route, tombe, se blesse, se redresse, se remet à courir.
Deux textes de Paul Emond, Don Quichotte avant la nuit et Gracchus, rassemblés dans une même publication, mettent en scène des êtres proches du trépas. L’ange de la mort rôde à chaque page. Cet entre-deux – entre vie et mort – est symbolisé par une belle illustration de Maja Polackova en page 55.
Juger un livre est une autre affaire que de juger un spectacle. Anne-Cécile Vandalem fait paraître chez Actes Sud les trois pièces qu’elle rassemble comme une trilogie, une trilogie dénuée de titre (Le Sang des promesses aurait pu être un bon titre mais il faut croire qu’il était déjà pris) ou plutôt composée de trois titres distincts : Tristesses, Arctique, Kingdom. Trois titres qui désignent des lieux, réels ou imaginaires, tous isolés dans le Nord.
En amour, est-ce que l’on peut partir et revenir, comme une fleur, vingt ans plus tard ? Peut-on promettre de toujours revenir ? Les hommes et les femmes sont-ils égaux dans ce voyage ? Regardons le mythe d’Ulysse. Pénélope l’a attendu bien sagement, repoussant nombre de prétendants. Dans les histoires, le héros part et revient toujours. Nous sommes bercés par ce mythe, mais n’est-il pas temps de le déconstruire ? Comment cela se passerait-il dans la vraie vie ? Que se passerait-il si celui que vous avez aimé revient vingt ans plus tard ?
Alice, photoreporter de guerre, a besoin de s’éloigner du rythme intense de sa vie professionnelle. Après avoir découvert un échange de lettres entre les deux artistes peintres surréalistes, Leonora Carrington et Leonor Fini, elle se rend à Saint-Martin‑d’Ardèche sur leurs traces. Depuis qu’elle est arrivée dans ce village, Alice rêve énormément. C’est comme si ses songes se matérialisaient, comme si des univers parallèles se manifestaient. Elle s’immisce dans la vie des deux peintres et assiste aux épisodes de 1939, lorsque Leonora, en couple avec Max Ernst, accueille Leonor et son ami Federico fuyant la capitale et la fureur nazie. Suite à un appel de sa rédactrice en chef, Alice accepte de conjuguer son repos avec un reportage sur les deux artistes. Peu à peu, le présent d’Alice se mélange au passé des deux femmes. Elle assiste à leurs conversations sans être vue. Mais parfois, un bruit, un élément témoigne de sa présence. Alice marche dans leurs pas. Elle produit des photos étranges, d’une autre texture, qui s’inspirent de la dimension poétique des deux artistes. Elle a l’impression de pouvoir enfin vraiment s’exprimer, même si sa rédactrice en chef n’est pas du même avis.
Carine Bielen, la cinquantaine, vit dans un centre avec Logan, son fils qui ne bronche pas de la journée, mais hurle parfois la nuit. La seule manière pour Carine de calmer ses terreurs nocturnes est de se blottir tout contre lui. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez cet enfant ? Carine se livre avec ses mots simples et maladroits, mais toujours francs. Elle raconte qu’elle aime bien boire un petit coup de rouge le soir, une fois que le petit est couché, voire un peu plus les soirs de grand vent. Le vent charrie trop de bruits inquiétants, voire d’idées noires… Elle évoque la manière dont Logan a été conçu, un soir passablement éméchée, avec un copain de comptoir de L’auberge. Elle digresse beaucoup et expose tout l’amour qu’elle porte à son fils. Cet enfant qui aime les oiseaux, tout comme elle.
Comment raconter le monde et notre époque ? En le contant ! Tel est le pari artistique de Thierry Janssen dans son œuvre Facteur humain. En usant d’un conte tantôt noir comme l’encre de seiche, tantôt comique à souhait, où le tarmac du réalisme offre une piste de décollage idéale au fantastique. Où le récit intimiste des relations humaines épouse le récit de la fin du monde et du sort de l’humanité.