Plusieurs cordes à leur arc (ter) : six écrivains traducteurs

La rési­dence de tra­duc­tion du château de Sen­effe

À l’heure où de nom­breux tra­duc­teurs venus de toute l’Eu­rope sont réu­nis pour un mois de rési­dence esti­vale à Sen­effe, l’oc­ca­sion est belle de nous arrêter un instant sur ces pro­fes­sion­nels incon­tourn­ables de la chaine du livre : les tra­duc­teurs. D’eux, on attend à la fois la fidél­ité au texte source et la créa­tiv­ité lit­téraire sus­cep­ti­ble de ren­dre dans la langue cible tous les agré­ments du texte ini­tial. D’où un tra­vail tou­jours sur le fil du rasoir, dans le souci de faire men­tir l’adage Tradut­tore, tra­di­tore, sans entr­er pour autant dans une tra­duc­tion servile et plate.


Lire aus­si : Le tra­duc­teur est un auteur aus­si par Edith Soon­ckindt


Le tra­duc­teur, co-auteur du texte? On ne s’é­ton­nera pas que plusieurs d’en­tre eux soient aus­si des écrivains. Voici d’ailleurs une sélec­tion de six écrivains belges oeu­vrant égale­ment comme tra­duc­teurs. Con­tin­uer la lec­ture

De ceux qui ont pris la route sans savoir où aller

Un coup de cœur du Car­net

Anne HERBAUTS, Je ne suis pas un oiseau, Esper­luète, 2019, 80 p., 22 €, ISBN : 9782359841091

L’horizon n’est à per­son­ne. Il recule. Ne cesse.
Et des ciels beaux d’opéra, lam­beaux, tomberont, trag­iques, sur une espérance inimag­in­able.

Il a fal­lu du temps à Anne Herbauts pour par­venir à par­ler d’un sujet qui s’imposait à elle, mais qui, par sa grav­ité, ne pou­vait ni être pris à la légère, ni être traité de façon con­ven­tion­nelle : les migrants, le déracin­e­ment imposé. On en par­le à toute les sauces, les médias met­tent sur le sujet des mots qui déshu­man­isent, qui enfer­ment. Com­ment par­ler des migra­tions humaines au sens large, en se soustrayant à l’emprise de l’actualité ? Con­tin­uer la lec­ture

Corps étrangers à rejeter

Françoise DUESBERG, Souf­fler sur la blessure, Acad­e­mia, 2019, 111 p., 13€ / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–28-061‑0450‑2

Souf­fler sur la blessure est un roman qui abor­de la prob­lé­ma­tique de l’immigration vers l’Europe et des réfugiés. Encore, me direz-vous. Oui, encore. Mais il est néces­saire d’en par­ler. L’auteure a pris le par­ti de relater son his­toire en don­nant la voix essen­tielle­ment à deux per­son­nages : Pauline et Gabriel.

Pauline, seize ans, habite à Men­ton sur la Côte d’Azur. Elle vit une ado­les­cence ponc­tuée par l’école, sa pas­sion pour l’escalade, un régime dra­conien et la guerre qu’elle a décidé de men­er con­tre sa mère, pre­mière­ment parce que c’est sa mère (un excel­lent pré­texte pour cla­quer les portes et la con­tredire con­tin­uelle­ment), deux­ième­ment parce qu’elle a un nou­veau Jules qui rem­place un peu trop vite son père décédé, devenu un sujet presque tabou. Con­tin­uer la lec­ture

Plusieurs cordes à leur arc (bis) : six écrivains belges cinéastes

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Entre adap­ta­tions, nov­el­li­sa­tions, romans par­lant de ciné­ma… les liens entre la lit­téra­ture (belge) et le 7e art se décli­nent de mul­ti­ples façons. Cer­tains écrivains se lan­cent eux-mêmes dans le ciné­ma. D’au­cuns sous l’an­gle qui sem­ble la plus proche de la lit­téra­ture : l’écri­t­ure scé­nar­is­tique. D’autres s’aven­turent toute­fois jusqu’à la réal­i­sa­tion. Ces derniers nous intéresseront plus par­ti­c­ulière­ment ici.

Voici une sélec­tion de six écrivains belges qui sont aus­si réal­isa­teurs de films. Con­tin­uer la lec­ture

Au grand jeu de la société-écran

Myr­i­am LEROY, Les yeux rouges, Seuil, 2019, 192 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑02–142905‑3

L’univers des réseaux soci­aux et des échanges écrits qui s’y déroulent inspire peu à peu les auteurs de romans, don­nant une nou­velle forme d’expression au genre épis­to­laire de longue date exploité par les gens de let­tres. Cor­re­spon­dance réelle ou sim­ple pré­texte à une mise en forme d’un réc­it, il est pra­tiqué dans Les yeux rouges sous une vari­ante sec­onde, dans la mesure où la nar­ra­trice nous relate le con­tenu des envois reçus sans nous les livr­er don­ner in exten­so. Con­tin­uer la lec­ture

Et ce fut le baroque…

Agnès SAUTOIS, Ric­car­do ou Le copiste français, Mémo­grames, 2019, 240 p., 18.00 €, ISBN : 9782930698670

Si Richard Dela­lande, ital­ian­isé en « Ric­car­do » a pu réelle­ment exis­ter, ce fut avec une majus­cule dis­cré­tion qui l’éloigna des ouvrages spé­cial­isés. Il paraît bien que l’on doive donc à Anne Sautois, auteure pas­sion­née par les vies de com­pos­i­teurs, d’avoir ouvert son pro­pre imag­i­naire au vécu de ce copiste de par­ti­tions français, organ­iste au demeu­rant, et pour l’heure, neveu putatif de Michel-Richard Dela­lande, ce musi­cien français des XVI­Ie-XVI­I­Ie siè­cles qui doit surtout sa répu­ta­tion aux Sym­phonies pour le souper du Roy et sa pop­u­lar­ité actuelle à l’étendard sonore des émis­sions de l’Eurovision. Con­tin­uer la lec­ture

Plusieurs cordes à leur arc : six écrivains belges paroliers

Écrire des textes de chan­sons, écrire des romans ou de la poésie : un même méti­er? Même s’il existe, dans la chan­son française et fran­coph­o­ne, une longue tra­di­tion d’auteurs(-compositeurs-)interprètes, beau­coup de chanteurs font appel à des paroliers. Et par­mi ceux-ci, les écrivains ont sou­vent eu la cote. Et non des moin­dres : Patrick Modi­ano him­self n’a-t-il pas écrit plusieurs chan­sons pour Françoise Hardy? Con­tin­uer la lec­ture

Tristan Sautier. Ce qui reste du naufrage poétique

Tris­tan SAUTIER, Quan­tième naufrage intérieur, Coudri­er, 2019, 42 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930498–95‑9

Tristan Sautier Quantième naufrage intérieur le coudrierQue peut la poésie dans sa toute-puis­sante impuis­sance ? Quels rivages lui reste-t-il et au prix de quelle dé-labeur ? Auteur de nom­breux recueils poé­tiques — Corps né sans, Killed by Death, Cinq petites odes… —, d’essais (Le piège du sacré, L’avant-critique suivi de Sur Salah Stétié…), Tris­tan Sauti­er place les poèmes de Quan­tième naufrage intérieur sous l’égide de Jim Mor­ri­son et d’Henri Michaux cités en exer­gue. Mais c’est Rim­baud qui ori­ente l’aventure poé­tique en direc­tion de l’ascèse du verbe. Con­tin­uer la lec­ture

Résidence d’échange Namur-Québec : appel à candidatures

La Mai­son de  la Poésie de Namur lance un appel à can­di­da­tures pour une dou­ble rési­dence d’écri­t­ure, à Namur et à Québec. Elle s’adresse aux jeunes poètes. Toutes les infor­ma­tions ci-dessous. Con­tin­uer la lec­ture

Que demander sinon l’intensité ?

Roland LADRIÈRE, Un refuge chez Ver­meer précédé de Le détail pur dans l’indistinct, Tail­lis pré, 2019, 82 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–146‑3

Que deman­der sinon l’intensité ?” Ces mots, ren­con­trés au détour des poèmes en prose de Roland Ladrière com­posant Un refuge chez Ver­meer précédé de Le détail pur dans l’indistinct, pour­raient être placés en exer­gue du recueil.

Impres­sions sub­tile­ment gravées, images inci­sives ou nuancées, éclairs de pléni­tude ou d’amertume dessi­nent une par­ti­tion où la con­fi­dence ouvre sur le mys­tère. Con­tin­uer la lec­ture

Prix Langue et Littérature Joseph Hanse : l’appel à candidatures

L’as­so­ci­a­tion Charles Plis­nier lance un appel à can­di­da­tures pour le prix sexen­nal Langue et Lit­téra­ture Joseph Hanse. Toutes les modal­ités ci-dessous. Con­tin­uer la lec­ture

De la souris à la baleine

Cather­ine DAELE, Le chant de la baleine, Lans­man, 2019, 48 p., 10 €, ISBN : 9782807102453

À l’o­rig­ine comé­di­enne (for­ma­tion à l’IAD), Cather­ine Daele voy­age aujour­d’hui de la scène à l’écri­t­ure, por­tant un regard  sin­guli­er et vif sur le monde de l’en­fance et de l’ado­les­cence. Enchante­ment et lucid­ité sont la matière de ses per­son­nages. Plusieurs de ses pièces ont été mis­es en scène, lues lors d’événe­ments et primées notam­ment par le jury du CED-WB. Son théâtre est pub­lié chez Lans­man. Con­tin­uer la lec­ture

Six poètes belges lauréats de grands prix internationaux

Pour le pub­lic belge fran­coph­o­ne, les “prix lit­téraires” évo­quent surtout les grands prix français remis chaque automne : Goncourt, Renau­dot, Fem­i­na, Inter­al­lié, Médi­cis, Décem­bre et grand prix de l’A­cadémie française. Tous voués au roman (et acces­soire­ment à la nou­velle), ils con­sacrent le genre lit­téraire le plus prisé des lecteurs. Des auteurs Belges fig­urent au pal­marès de la plu­part de ces prix, acces­si­bles à tout roman fran­coph­o­ne pub­lié en France. On se sou­vient notam­ment de l’ex­cep­tion­nelle cuvée 2005, année où François Wey­er­gans avait rem­porté le Goncourt pour Trois jours chez ma mère tan­dis que le Médi­cis allait à Jean-Philippe Tou­s­saint pour Fuir.


Lire aus­si : L’af­faire du Goncourt belge par F‑X Lavenne


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Indépendance Cha Cha

Inge SCHNEID, Bak­wan­ga, la pierre bril­lante. Une vie de femme au Con­go de 1950 à l’Indépendance, Couleur Livres, coll. « Je », 2019, 206 p., 18€, ISBN : 978–2‑87003–893‑2

En 1950, à peine âgée de vingt ans, Inge Schneid débar­que au Con­go belge pour rejoin­dre son mari, Charles, alors jeune employé de la Forminière, une impor­tante société minière. Après un voy­age en avion éprou­vant et une tra­ver­sée du pays, elle rejoint la région du Kasaï, réputée pour ses mines de dia­mants. Inge fait la con­nais­sance d’un pays encore entière­ment aux mains des Belges et des Européens. La chaleur suf­fo­cante, l’humidité ambiante, les Con­go­lais, les vil­lages isolés, les plaines arides, les dens­es forêts… tout est neuf pour elle. Elle décou­vre la vie de colon, ses avan­tages et ses incon­vénients. Leur quo­ti­di­en sem­ble pais­i­ble à cette époque-là : les familles béné­fi­cient cha­cune de l’aide de plusieurs boys, les femmes passent le plus clair de leur temps au bord de la piscine du Club, on s’amuse le soir autour d’un bon whisky ou lors des sat­ur­day night fever… Charles n’est pas très fes­tif, mais Inge se plait à jouer de l’accordéon dans le petit orchestre du poste. Deux cents âmes européennes vivent à cette époque au poste de Bak­wan­ga. Tous les hommes sont employés à la société minière qui s’étend tou­jours plus, sur des mil­liers d’hectares. Con­tin­uer la lec­ture

Les six premières autrices de l’Académie royale

Quand il est ques­tion de femmes et d’A­cadémie, l’ex­em­ple qui sur­git le plus sou­vent (dans le monde fran­coph­o­ne du moins) est celui de Mar­guerite Yource­nar, pre­mière autrice admise à l’A­cadémie française. C’é­tait en 1980 ; l’A­cadémie avait été fondée en 1634. Quelque trois siè­cles après sa voi­sine hexag­o­nale, en 1920, la Bel­gique s’est dotée d’une Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es (Arllfb), com­posée comme l’A­cadémie française de 40 mem­bres. Dif­férence notable : l’A­cadémie belge a été mixte dès sa nais­sance. 60 ans, donc, avant que Yource­nar ne fasse son entrée sous la Coupole. Une Yource­nar qui était d’ailleurs mem­bre de l’A­cadémie belge depuis 10 ans (1970) lorsqu’elle est dev­enue immortelle

L’A­cadémie belge est créée sur propo­si­tion de Jules Destrée, alors min­istre des Sci­ences et des Arts. Il s’é­tait d’emblée mon­tré explicite dans sa volon­té d’in­clure des femmes dans l’A­cadémie. Il notait ain­si, dans son Rap­port au roi : «Dans ces dernières années les femmes de let­tres ont don­né trop d’in­con­testa­bles preuves de tal­ent pour que l’on songe à les écarter d’une Com­pag­nie lit­téraire». Nuance de taille : mixte ne veut pas dire par­i­taire. Loin s’en faut. Par­mi les 30 mem­bres belges (20 lit­téraires et 10 philo­logues) et 10 mem­bres étrangers (6 lit­téraires et 4 philo­logues), élus à vie par coop­ta­tion (c’est-à-dire sans dépôt de can­di­da­ture), les académi­ci­ennes restent large­ment minori­taires. Leur présence pro­gresse toute­fois : elles sont aujour­d’hui 10, alors qu’elles étaient… une seule à la créa­tion de l’in­sti­tu­tion.

Présen­ta­tion, par ordre chronologique de leur entrée, des 6 pre­mières mem­bres de l’A­cadémie royale. Con­tin­uer la lec­ture

Blake et Mortimer revisited

François SCHUITEN, Jaco VAN DORMAEL, Thomas GUNZIG, Lau­rent DURIEUX, Le dernier pharaon, Autour de Blake & Mor­timer, t. 11, Dar­gaud, 2019, 92 p., 17,95 €, ISBN : 9782870972809
Égale­ment ver­sion demi-for­mat à l’italienne. Ver­sion en noir et blanc à paraître en novem­bre 2019.

Avec Le Dernier pharaon, Autour de Blake & Mor­timer, t. 11, le quar­tet com­posé de François Schuiten (dessin et scé­nario), Jaco Van Dor­mael (scé­nario), Thomas Gun­zig (scé­nario), Lau­rent Durieux (couleur) met géniale­ment ses pas dans ceux d’Edgar P. Jacobs, créa­teur de la série Black & Mor­timer. L’album décline com­bi­en pro­longer une œuvre, c’est la révéler à elle-même, la pour­suiv­re en l’actualisant. Mar­quée par l’imaginaire et la puis­sance graphique de François Schuiten, la revis­i­ta­tion de l’univers d’Edgar P. Jacobs renoue avec Le mys­tère de la grande pyra­mide (1954). L’album s’ouvre sur  la pyra­mide de Khéops. Blake et Mor­timer se réveil­lent dans la cham­bre de la reine, frap­pés d’amnésie. Des années plus tard, appelé à Brux­elles afin d’étudier l’étrange ray­on­nement élec­tro­mag­né­tique qui, émanant du Palais de Jus­tice, a la pro­priété de ren­dre inopérants les appareils élec­triques, le pro­fesseur Mor­timer décou­vre un mur d’hiéroglyphes, des représen­ta­tions de Seth et autres divinités dont, féru d’égyptologie, Joseph Poe­laert a truf­fé son colosse de pierre. Tan­dis que Mor­timer et Hen­ri, le seigneur des lieux, avan­cent vers le Graal, le lieu secret d’où provient le phénomène d’irradiation, une défla­gra­tion lumineuse embrase le Palais, défer­le dans les rues de Brux­elles. Sur ordre de l’armée, les habi­tants sont évac­ués et déser­tent la cap­i­tale. Une cage de Fara­day enserre l’édifice afin de con­tenir son mag­nétisme. Une enceinte mure la ville qui, au fil des mois, se mue en une ville fan­tôme où la nature reprend ses droits, où les ani­maux sauvages ont établi leurs quartiers. Con­tin­uer la lec­ture