Guillaume SORENSEN, Le planisphère Libski, Olivier, 2019, 336 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑8236–1492‑3
Guillaume Sorensen est un jeune auteur de 26 ans travaillant et vivant en Belgique (près d’Arlon), diplômé du Master de création littéraire du Havre, également rédacteur de critiques culturelles, et Le planisphère Libski est son premier roman. On peut se réjouir de ce qu’un jeune auteur se voie ouvrir les portes d’une maison d’édition notoire. Le propos est alléchant : une expédition en bateau autour du monde à la rencontre des espèces animales migratrices avec un équipage haut en couleurs, un héros doté d’une thèse en philosophie, et, nous dit la quatrième de couverture, un « humour irrésistible ». Notons que le roman est sélectionné dans la liste du Prix des lecteurs de la librairie L’esprit large à Guérande (Bretagne), récompensant des premiers romans. Continuer la lecture

Ces trous dans ma vie. Par ces mots frappants, poignants, Isabelle Fable évoque les êtres aimés disparus. Les fait revivre par la force de l’amour, leur rend chair et âme, voix et regard. S’émeut, s’émerveille de « cette proximité paradoxale que crée la mort d’un être aimé, qui nous quitte… et qui vient faire partie de notre profondeur intime. Nous nous chargeons de lui, en quelque sorte. Nous le prenons en nous pour une autre forme de vie, subtile. »
La fantaisie au théâtre est comme une voilette posée sur le visage des protagonistes des drames et des tragédies. La fantaisie joue la légèreté en marchant sur la pointe des pieds dans un territoire dévasté.
Elie est cinéaste et il débarque en Tunisie au plein cœur des mouvements du printemps arabe. Son arrivée dans le pays vise initialement à préparer un retour sur les lieux de tournage du film de Jean-Jacques Andrien, Le fils d’Amr est mort (1975). Mais dès qu’il pose le pied sur le sol tunisien, il est pris dans le tourbillon d’espoir qui anime la population qui se mobilise dans les rues. Dans sa foulée et derrière sa caméra, nous arpentons les assemblées, les sit-in, les défilés.
Pêcheur de crustacés et de gastéropodes en mer de Bretagne, Vladimir Savidan, qui se souciait beaucoup de la sécurité des autres mais ne portait jamais de gilet de sauvetage, a vu un jour l’Atlantique prendre l’ascendant sur Baïkonour, son Cleopatra Fisherman 38, et a disparu au fonds des flots, laissant comme seul legs à Edith et Anka celui des épouses et progénitures de marins : après l’attente, un corps manquant. L’absence d’une marque tangible de fin de vie. L’une et l’autre réagissent d’ailleurs très différemment à la tragédie. Amoureuse depuis l’enfance de cette immensité d’eau – rêvant même d’y trouver sa place, de préférence à la barre – Anka contracte une colère sourde contre cette amie chère qui lui a ravi définitivement son modèle et père, en maîtresse avide. A contrario, la femme du loup de mer est dans le déni, fomente des prières par intermédiaire pour faire revenir l’être aimé et, tout à trac, se mue en fabrique de soupes. Des potages qu’elle prend soin de mettre dans des thermos individuels pour tous les camarades de son mari, avec pour promesse qu’ils les lui rendent. Dans cette tractation, elle entrevoit qu’ils reviendront au port et fait un pacte avec l’espoir, crée du lien entre la terre ferme et l’océan.
Joseph Buren, le héros et narrateur, a un super-pouvoir : imprimer sa volonté par télépathie. La contrepartie ? Non la solitude abyssale des super-héros estampillés Marvel/Stan Lee mais un besoin de sommeil irrépressible et une incapacité à travailler, à en éprouver l’envie.
Avec Miss Patchouli, Tania Neuman-Ova nous plonge dans l’univers de Lilou, la quarantaine, qui tente de mener sa barque avec son mari Richard et ses filles. L’aînée, née d’une précédente union, vit avec son père à Paris, tandis que les deux cadettes, Alana (14 ans) et Kayla (13 ans) habitent avec leurs parents. L’histoire d’une famille recomposée classique, me direz-vous ? Oui, mais rien n’est simple face à une adolescente (Alana) en pleine rébellion qui multiplie les provocations et les insultes vis-à-vis de ses parents. 
S’il est surtout connu pour être l’auteur de romans noirs — Chants des gorges ou plus récemment,
Quand il publie Le martyre d’un supporter en 1928 à la Renaissance du Livre, Maurice Carême n’a pas encore trente ans et il est loin d’être le poète que psalmodieront, par cœur – sinon à contrecoeur – des générations d’écoliers sages. C’est dire si faire figurer un tel titre dans la collection patrimoniale Espace Nord est une gageure, et presque une provocation que de le préférer à l’étrange Médua, connu d’un happy few à peine plus étendu, mais qui présente au moins l’intérêt de se rattacher au courant du réalisme magique.
Mars 2017, à la veille de son cinquante-septième anniversaire, Éric-Emmanuel Schmitt devient orphelin : cinq ans après son père, sa mère s’éteint. « Un jour comme les autres, tout devient différent. » Comment poursuit-on la route quand on est « plus l’enfant de personne » ? Où trouver la force d’accomplir le « devoir de bonheur » si cher à sa maman quand seul le chagrin semble vouloir de lui ? On lui répète qu’il faut deux ans pour faire son deuil mais à quoi peut bien rimer ce genre de lieux communs ? 
Sous-titré “roman”, La clé USB commence curieusement par une vingtaine de pages à caractère encyclopédique, d’ailleurs rigoureusement documentées, autour de la futurologie contemporaine : prospective stratégique, méthode Delphi, films de science-fiction, cybersécurité et ordinateur quantique, système informatique blockchain, monnaie électronique bitcoin. Ce procédé n’est pas sans rappeler le prologue érudit de Moby Dick, où la baleine fait l’objet de multiples citations savantes ou anecdotiques, mais ici le champ d’étude est étroitement lié au motif du cryptage, c’est-à-dire à la dialectique savoir-secret. La narration proprement dite commence à la page 26 : un expert à la Commission européenne présente devant le Parlement son rapport sur les atouts de la technologie blockchain, à la suite de quoi il est abordé par deux lobbyistes. Ainsi débute une investigation totalement individuelle et officieuse, avec halte secrète en Chine dans le style palpitant d’un roman d’espionnage, violences physiques en moins. Le but ultime du héros n’est pas précisé – peut-être quelque rapport ultérieur et confidentiel à la Commission sur une tentative d’escroquerie sophistiquée, avec à la clé quelque gratification pour cet exploit méritoire quoique indiscipliné… 