Sur un air d’opéra

Paul COLIZE, Un jour comme les autres, HC édi­tions, 2019, 448 p., 19 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑35720–462‑1

Paul Col­ize, roman après roman, amé­nage son ter­rain de jeu, com­plète la carte, ajoute des villes, des lacs, des apparte­ments, des caches et des labyrinthes. Chaque polar est le jou­et raf­finé et pré­cis que Paul Col­ize dis­pose dans l’espace lais­sé par ses polars précé­dents. Il écrit comme on col­lec­tionne. Et si le lecteur se délecte tou­jours, c’est aus­si parce que l’auteur s’amuse.

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Les prix littéraires de l’AEB : appel à candidatures

L’As­so­ci­a­tion des écrivains belges de langue française (AEB) décerne chaque année plusieurs prix lit­téraires. Pour l’édi­tion 2019, cinq prix seront remis. L’ap­pel à can­di­da­tures est lancé. Échéance : le 25 juin 2019. Con­tin­uer la lec­ture

Noir d’Espagne

François FILLEUL, Pois­sons volants, Ker, 2019, 246 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–248‑8

C’est le bout du bout du sud d’une Andalousie qui n’a que peu de rap­ports avec le « divin par­adis que l’on dit friv­o­le » chan­té par Luis Mar­i­ano. C’est un ruban de ville qui s’étire sur l’isthme méditer­ranéen reliant la province de Cadix au ter­ri­toire bri­tan­nique de Gibral­tar, séparé par une fron­tière dev­enue poreuse  (jusqu’à nou­v­el ordre, l’ombre du Brex­it planant for­cé­ment sur le Rocher…). La ville a pour nom La Lin­ea. On y vit assez pau­vre­ment entre débrouille et magouilles et en faisant face plutôt mal que bien à l’invasion per­ma­nente de rats, si cat­a­strophique qu’elle con­traint même les hôpi­taux publics à fer­mer bou­tique. Autre inva­sion plus saison­nière et mieux accep­tée, celle des exo­cets qui four­nissent une nour­ri­t­ure abon­dante mais de piètre qual­ité, après séchage de ces « pois­sons volants » accrochés comme des chaus­settes aux réseaux de cordes à linge. C’est dans ce con­texte andalou bien con­nu de lui pour y avoir vécu plusieurs années que François Filleul, Borain d’origine et pro­fesseur de français à Brux­elles, situe le polar qui lui a valu le deux­ième Prix Fin­tro voué aux « Écri­t­ures noires ». Un cahi­er des charges qu’il n’a pas boudé en mas­sacrant d’emblée au fusil d’assaut sept per­son­nes : des cou­ples d’amis apparem­ment sans his­toire réu­nis dans une mai­son de week-end pour leur tra­di­tion­nel ren­dez-vous des fêtes de fin d’année. Seuls rescapés de cette tuerie à pri­ori inex­plic­a­ble : un Belge, époux d’une fonc­tion­naire européenne et sa petite fille ain­si qu’une som­melière qui, retenue par son tra­vail, est arrivée trop tard sur les lieux pour grossir le bilan macabre. Con­tin­uer la lec­ture

Maurice Carême, un documentaire radiophonique

Mau­rice Carême — © Jean­nine Burny

Sou­vent con­sid­éré comme un poète pour la jeunesse voire un poète sco­laire, Mau­rice Carême (1899–1978) est en réal­ité l’au­teur d’une oeu­vre ample, mar­quée par la diver­sité. La sim­plic­ité appar­ente de ses poèmes est en fait le fruit d’un tra­vail savant. En atteste l’an­tholo­gie Nonante-neuf poèmes, récem­ment parue dans la col­lec­tion “Espace Nord”. A tra­vers leur choix de poèmes, les trois maîtres d’oeu­vre, Rony Demae­se­neer, Chris­t­ian Libens et Rossano Rosi, révè­lent un Carême mécon­nu et une oeu­vre poé­tique sen­si­ble et com­plexe. Con­tin­uer la lec­ture

La malédiction des trente-cinq ans

Jean-Louis AERTS, Un demi-siè­cle de men­songes, 180° édi­tions, 2018, 352 p., 19 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑931008–00‑3

Flo­r­effe, juin 2006 : Simon Voinet, le grand-père de Mary­lou, est ren­ver­sé par une voiture, qui dis­paraît dans la nature, et meurt sur le coup. Est-ce un acci­dent ou un meurtre ? L’inspecteur Gleizn­er mène l’enquête et bous­cule rapi­de­ment Mary­lou qui garde en elle de ter­ri­bles secrets.

Adop­tée à qua­tre ans, elle a été amenée quelques années plus tôt à faire la con­nais­sance de Dantiedov, un richissime vieil­lard améri­cain qui a eu une ter­ri­ble main­mise sur sa vie. Prise en affec­tion par le vieil homme, Mary­lou entre dans les con­fi­dences et est chargée d’écrire sa biogra­phie. Il lui fait part notam­ment d’une malé­dic­tion qui frappe la famille de son père biologique. Peu à peu, elle com­prend les enjeux dont elle fait l’objet. La vie de Mary­lou est parsemée de trou­blantes coïn­ci­dences : son grand-père est mort le 6 juin 2006, exacte­ment un siè­cle après que son aïeule, Rosa Cano­va, la mère de Dantiedov, a été vio­lée. Les atten­tats du 11 sep­tem­bre empor­tent Dantiedov et une par­tie de ses secrets, dans l’effondrement du WTC. Con­tin­uer la lec­ture

La Grande Guerre au pluriel

Un coup de cœur du Car­net

La guerre de nos écrivains. Une chronique lit­téraire de 14–18, Vol­ume com­posé par Lau­rence Boudart et Sask­ia Bursens, Avant-pro­pos de Marc Quaghe­beur, Pré­face de Lau­rence van Yper­se­le, Archives et Musée de la Lit­téra­ture, Hors col­lec­tion, 2018, 246 p., ISBN : 978–2‑87168–087‑1

Coup de cœur pour les dif­férentes facettes du pro­jet « Grande Guerre » des Archives et Musée de la Lit­téra­ture. Tout au long des qua­tre années du cen­te­naire de la Pre­mière guerre, les AML ont pub­lié chaque mois, sur un site spé­ciale­ment dédié, des archives d’auteurs con­cer­nant le con­flit. À par­tir des don­nées rassem­blées sur ce site, paraît aujourd’hui un livre reprenant une part de ces archives. Et une expo­si­tion reprend les doc­u­ments orig­in­aux.

Le but était de mon­tr­er com­ment la guerre avait été vécue par les écrivains. Le pro­jet n’était pas de faire une antholo­gie exhaus­tive. Mais de don­ner la parole aux écrivains en pro­posant des doc­u­ments qui mon­trent com­ment le con­flit a été vécu, doc­u­ments qui ne sont habituelle­ment acces­si­bles qu’aux chercheurs : les man­u­scrits de jour­naux per­son­nels ou de textes inédits, la cor­re­spon­dance, les pho­tos, les affich­es, etc. Et dans ce riche fond des AML, on décou­vre quelques per­les. Con­tin­uer la lec­ture

Le pays qu’on ne retrouve jamais

Joseph NDWANIYE, La promesse faite à ma sœur, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 240 p., 8.5 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑87568–412‑7
Un car­net péd­a­gogique télécharge­able gra­tu­ite­ment accom­pa­gne le livre

Voici que la col­lec­tion Espace Nord réédite le roman de Joseph Ndwaniye, La promesse faite à ma sœur, qui était paru en 2007. L’auteur né au Rwan­da et vivant en Bel­gique depuis plus de 30 ans y abor­de de façon intimiste le géno­cide qui a touché le pays en 1994. Fondé tout à la fois sur des sou­venirs per­son­nels (ceux du vil­lage quit­té en 1986) et sur une fic­tion (le retour au pays de Jean, lui aus­si établi en Bel­gique), le réc­it débute par celui d’une enfance dans une famille unie, pro­fondé­ment ancrée dans les tra­di­tions paysannes. Écrit à la pre­mière per­son­ne, et sans doute très proche de ce qu’a vécu l’auteur lui-même, il est cen­tré sur la vie famil­iale et vil­la­geoise dont les liens bien­veil­lants sécurisent la vie des enfants. Ici, le temps s’écoule avec douceur dans une vie sim­ple qui a le goût du bon­heur. Dans le Rwan­da des années 1960, l’accès à la sco­lar­ité per­met aux enfants de grandir en paix et aux plus chanceux d’entre eux d’espérer faire des études supérieures, pourquoi pas à l’étranger, comme ce sera le cas de Jean qui étudiera en Bel­gique et s’y installera.

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Manifeste pour une pop’philosophie

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTERQu’est-ce que la pop’philosophie ?, PUF, 2019, 128 p., 7 € / ePub : 5.49 €, ISBN : 978–2‑13–081634‑8

Dans Qu’est-ce que la pop’philosophie ?, man­i­feste nova­teur, ambitieux, tail­lé dans la vitesse de la pen­sée, Lau­rent de Sut­ter fait un sort au grand partage entre choses dignes d’être inter­rogées et choses reléguées dans l’inintéressant. À ceux qui, ran­i­mant l’interrogation socra­tique « Y a‑t-il une Idée de la boue, du poil ? », tranchent par la néga­tive, à ces excom­mu­ni­ca­teurs de réal­ités dotées d’une valeur ontologique et épisté­mologique moin­dre voire nulle, cet essai qui a la ful­gu­rance d’une flèche oppose la pen­sée joyeuse d’une égal­ité absolue entre tout ce qui peut faire l’objet d’un branche­ment. Com­po­si­tion musi­cale en 25 frag­ments, assor­tie de dix thès­es sur la pop’philosophie qui ren­versent les Dix com­man­de­ments sous-ten­dant l’exercice ordi­naire de la philoso­phie, l’ouvrage s’avance comme une machine de guerre pro­longeant, incar­nant le plan de la pop’philosophie que Deleuze appelait de ses vœux. Plus exacte­ment, Deleuze, tout en l’ayant par­tielle­ment mis en œuvre, le situ­ait comme un hori­zon à venir. Con­tin­uer la lec­ture

Bibliographie — 1er mars 2019

Avec la bib­li­ogra­phie du Car­net, retrou­vez toutes les pub­li­ca­tions, nou­veautés et réédi­tions, en lit­téra­ture belge.

Une liste établie par Thibault Car­i­on 

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Orange givrée au Jeu de Balle !

Nadine MONFILS, Crimes dans les Marolles (Nou­velles enquêtes de Nestor Bur­ma), French Pulp, 2019, 176 p., 15€ / ePub : 11.99 €, ISBN : 979–1‑0251–0465‑1

Le nou­veau roman de Nadine Mon­fils, né d’une com­mande, s’inscrit dans une col­lec­tion visant à redonner vie et lus­tre au célèbre Nestor Bur­ma, né sous la plume de Léo Malet (auteur d’un mag­nifique Le soleil n’est pas pour nous) dans les années 1940. Ce dernier avait creusé le sil­lon d’un polar à la langue très directe, dopée par l’humour et la verve sar­cas­tique, par­cou­rue aus­si de frémisse­ments poé­tiques. Il va sans dire que beau­coup d’entre nous ont croisé la route du détec­tive à la française dans ses adap­ta­tions en série télé (avec Guy Marc­hand dans le rôle-titre) et en BD (par Tar­di). Con­tin­uer la lec­ture

Décès de Claude Bauwens

Claude Bauwens (au cen­tre)

Nous apprenons ce jour le décès de l’écrivain Claude Bauwens, sur­venu le 12 jan­vi­er 2019. Né à Spi­ennes (région mon­toise) en 1939, Claude Bauwens laisse une oeu­vre essen­tielle­ment poé­tique.

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Quarante-huit fois 48cc

Ilan MANOUACH, Abrégé de la bande dess­inée fran­co-belge, 5e Couche, 2019, 48 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39008–018‑3

Curieux ouvrage que cet Abrégé de la bande dess­inée fran­co-belge livré par la mai­son d’édition indépen­dante La 5e Couche. Cet album con­ceptuel est l’œuvre de l’artiste Ilan Manouach, un plas­ti­cien et musi­cien né en 1980 à Athènes et qui a étudié à l’Institut Saint-Luc à Brux­elles. Son tra­vail autour de la bande dess­inée l’a amené à détourn­er dif­férents albums : notam­ment le Maus d’Art Spiegel­man, devenu Katz (imprimé en 2011 à petit tirage, il représente tous les per­son­nages avec des têtes de chat) ; ou Les Schtroumpfs Noirs dans Noirs (qui con­siste en une réim­pres­sion de l’album en util­isant unique­ment de l’encre cyan). En 2015 sort Tintin Akei Kon­go, une tra­duc­tion pirate en Lin­gala de l’album Tintin au Con­go. Son œuvre tac­tile Shaperead­er, com­posée de plusieurs pan­neaux en bois, se présente comme un réper­toire de formes revis­i­tant la bande dess­inée et des­tiné aux lecteurs malvoy­ants. Enfin, en 2018, Manouach pub­lie Blan­co, un album entière­ment vierge qui inter­roge entre autres sur la stan­dard­i­s­a­tion et la com­mer­cial­i­sa­tion (le terme blan­co désig­nant, dans le jar­gon de l’imprimerie, un exem­plaire non imprimé d’un livre, per­me­t­tant d’évaluer l’objet en tant que tel). Con­tin­uer la lec­ture

Les trois sœurs de l’Eldorado

Vir­ginie THIRION,Un pied dans le par­adis, Lans­man, 2018, 46 p., 10€, ISBN : 978–2‑8071–0214‑9

Madeleine et Jeanne, deux sœurs sans le sou, vivent dans l’ancien ciné­ma famil­ial qui n’est plus qu’une ruine. La belle époque de l’Eldorado est bien loin­taine. L’avenir n’offre plus que des pla­fonds croulants, des bouil­lons et du pain ras­sis. Alors par­fois une main inno­cente traine dans le ray­on trai­teur du super­marché le plus proche et emporte avec elle lotte à l’armoricaine ou lapin aux pruneaux. Les deux sœurs, qui sont comme un vieux cou­ple, aiment jouir de petits plaisirs. Un soir, Louise, leur sœur cadette, refait sur­face après dix ans d’absence. Elle n’a plus un rond et veut réin­té­gr­er le domi­cile famil­ial. Madeleine et Jeanne acceptent. Les voilà prêtes à se ser­rer la cein­ture à trois. La vie est moins som­bre quand on est plusieurs. Elles désirent toute­fois manger à leur faim et se met­tent à vol­er de plus en plus. Des petits plats cuis­inés dans le hyper, on passe aux vête­ments et aux vas­es dans les cimetières. Tout est bon pour se faire un peu de blé. Surtout qu’un expert leur somme de quit­ter leur domi­cile devenu insalu­bre. L’expropriation n’est plus très loin, mais les trois sœurs n’ont pas dit leur dernier mot. Telles des Robins des bois, elles extorquent les rich­es. Tout est per­mis pour sur­vivre. Louise ren­con­tre d’ailleurs un veuf riche au cimetière. La voilà leur solu­tion. À moins qu’elles ne soient tombées sur plus rusé qu’elles encore… Con­tin­uer la lec­ture

Les enjeux du libertinage

Michel BRIX, Lib­erti­nage des Lumières et guerre des sex­es, Kimé, 2018, 338 p., 28 €, ISBN : 978–2‑84174–905‑8

Maître de recherch­es à l’université de Namur, mem­bre de l’Académie royale de Langue et de Lit­téra­ture français­es de Bel­gique, spé­cial­iste de la lit­téra­ture française des XVIIIe et XIXe siè­cles, Michel Brix livre dans Lib­erti­nage des Lumières et guerre des sex­es une étude déci­sive sur la lit­téra­ture lib­er­tine du XVIIIe siè­cle. Tra­ver­sant un vaste cor­pus de textes où, à côté des plus célèbres (les réc­its de Cré­bil­lon fils, Lac­los, Sade…) fig­urent des per­les que la postérité a nég­ligées, il prend à rebrousse-poil la doxa dom­i­nante qui pose l’équation entre exer­ci­ce du lib­erti­nage et éman­ci­pa­tion du corset des règles religieuses et sociales. La cause sem­ble enten­due de nos jours : lié à la philoso­phie des Lumières, à sa « réha­bil­i­ta­tion de la nature humaine », à sa con­tes­ta­tion de la reli­gion, le prodigieux essor de la lit­téra­ture lib­er­tine aurait visé la libéra­tion des mœurs, le culte de la jouis­sance. L’idéal lib­ertin serait celui de l’affranchissement des con­ven­tions morales pour les deux sex­es. C’est cet éloge du par­a­digme lib­ertin en tant qu’apologie de l’amour libre que Michel Brix met à mal en s’appuyant sur un retour aux textes : là où la cri­tique a pro­jeté sa grille de lec­ture, a gauchi l’esprit et la let­tre des textes afin de faire du lib­erti­nage la nou­velle reli­gion sans Dieu, l’auteur développe, textes à l’appui, une thèse inverse, celle du lib­erti­nage comme instru­ment d’une dom­i­na­tion mas­cu­line. Con­tin­uer la lec­ture

Encore un prix pour Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné
Ade­line Dieudon­né

La vraie vie d’Ade­line Dieudon­né (L’I­con­o­claste) pour­suit son remar­quable par­cours avec un nou­veau prix : le Goncourt choix de l’I­tal­ie.

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Les yeux et les voix des guerres

Jean-Paul MARTHOZ, En pre­mière ligne – Les jour­nal­istes au cœur des con­flits, Pré­face de Pierre Haz­an, GRIP-Marda­ga, 2018, 272 p., 17,90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8047–0410‑0

Pro­fesseur de jour­nal­isme dans l’enseignement supérieur et chroniqueur au Soir, Jean-Paul Marthoz est à la fois jour­nal­iste de ter­rain et théoricien d’un méti­er dont il s’évertue à éclair­er la vraie nature, la légitim­ité et la déon­tolo­gie. Vaste tâche pour laque­lle il enchaîne de nom­breux ouvrages dont le dernier explore un sujet bien d’actualité et large­ment ouvert à la con­tro­verse : le rôle du jour­nal­iste « en pre­mière ligne, au cœur des con­flits ». On n’oublie pas les images col­portées,  par le ciné­ma en par­ti­c­uli­er,  du « reporter de guerre » dic­tant son papi­er gorgé de bruit, de fureur, mais aus­si de sim­ples rumeurs ou d’échos incon­trôlés de la presse locale, con­fort­able­ment instal­lé devant son whisky sur la ter­rasse d’un grand hôtel inter­na­tion­al, ou celle du baroudeur plus avide de pho­tos choc que soucieux de ten­ter une analyse réfléchie sur la sit­u­a­tion d’ensemble, et dont le seul objec­tif con­siste à « bercer » d’émotions fugaces et lucra­tives les lecteurs de son jour­nal, éventuelle­ment avec la béné­dic­tion non dés­in­téressée de sa direc­tion. Au-delà de ces clichés, l’auteur éla­bore une typolo­gie très fine de ces passeurs de l’information, ces yeux et ces voix des guer­res, hommes ou femmes, con­fron­tés à des con­textes haute­ment périlleux et sou­vent d’une telle com­plex­ité qu’ils requièrent autant de sens cri­tique et d’impartialité par rap­port aux événe­ments que de capac­ité à éval­uer avec lucid­ité les dan­gers encou­rus. Con­tin­uer la lec­ture