Journée Plan Lecture : les inscriptions sont ouvertes!

Dans le cadre du Plan Lec­ture, un pro­gramme de sen­si­bil­i­sa­tion à la lec­ture des 0–18 ans ini­tié par la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles, une journée de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et de ren­con­tres à des­ti­na­tion des acteurs des trois secteurs visés par le Plan Lec­ture (enfance, cul­ture et enseigne­ment) aura lieu le 30 avril prochain au Cen­tre Mar­cel Hicter — La Mar­lagne (Wépi­on). Con­tin­uer la lec­ture

Le bleu et le noir de la vie

Vir­ginie MOULIGNEAUX, Un trou dans la mémoire, Ker, 2019, 102 p., 12 €, ISBN : 9782875862501

Le texte qui ouvre le recueil de nou­velles de Vir­ginie Mouligneaux et lui donne son titre, Un trou dans la mémoire (prix de la Fon­da­tion Lau­re Nobels 2018), est prob­a­ble­ment le plus frap­pant.

Sur fond de guerre d’Espagne, un homme marche, au milieu de ses frères d’armes, vers le pelo­ton d’exécution. En ce moment ultime, lui, Álvaro Gar­ri­ga, qui « était mort un nom­bre incal­cu­la­ble de fois et il était né bien plus sou­vent encore », se sou­vient, au bout de tant d’années, du soir d’été « bleu et capi­teux », qui tourn­erait à l’orage, où Inès l’avait emmené voir la mer. Sans oser dire un mot ni faire un geste, il l’avait regardée s’éloigner sous l’averse alors qu’il aurait tant aimé l’embrasser. « Ses lèvres auraient eu un goût de pluie. » Et si cette heure-ci n’était pas la dernière…? (Un trou dans la mémoire) Con­tin­uer la lec­ture

Prix le goût des sciences pour HMS Beagle, aux origines de Darwin

L’al­bum HMS Bea­gle, aux orig­ines de Dar­win de Fabi­en Grol­leau et Jérémie Roy­er (Dar­gaud) a reçu le prix Le goût des sci­ences, caté­gorie livre sci­en­tifique jeunesse.  Con­tin­uer la lec­ture

Le roman-photo : traversée du genre

Jan BAETENS (Textes), Clé­men­tine MÉLOIS (dessins et couleurs), Le roman-pho­to, Le Lom­bard, coll. « La petite bédéthèque des savoirs », 2018, 88 p., 10 € / ePub : 4.99 €, ISBN : 978–2‑8036–3735‑5

Pub­lié dans la dynamique col­lec­tion « La petite bédéthèque des savoirs » créée par David Van­der­meulen, Le roman-pho­to de Jan Baetens (textes) et Car­o­line Mélois (dessins et couleurs) explore ce genre hybride, longtemps décrié, auquel Jan Baetens, poète, pro­fesseur en sémi­o­tique et en études cul­turelles à l’Université catholique de Lou­vain, a don­né ses let­tres de noblesse. Pio­nnier des études sur ce genre nar­ratif longtemps méprisé, assim­ilé à la presse de cœur bas de gamme, Jan Baetens nous fait voy­ager dans la genèse, les orig­ines du genre. Faisant ain­si un sort aux idées reçues, aux a pri­ori négat­ifs (proche de la bande dess­inée, le roman-pho­to agencerait des pho­tos stéréo­typées à des textes basiques placés sous le signe d’une his­toire à l’eau de rose), il retrace son appari­tion en Ital­ie après la Deux­ième Guerre mon­di­ale avant qu’il n’émerge en France (avec le mag­a­zine Nous deux). Loin de se résumer à une par­alit­téra­ture pour ménagères en mal de d’histoires d’amour, il offre une diver­sité qui fut longtemps mécon­nue. Étroite­ment asso­cié au ciné­ma, le roman-pho­to baigne dans des orig­ines nim­bées de flou. Cer­tains voient dans Cesare Zavat­ti­ni (le scé­nar­iste, entre autres, du Voleur de bicy­clette) l’inspirateur de ce genre poly­mor­phe. Afin de le cir­con­scrire, il importe de le définir en le dif­féren­ciant de deux gen­res appar­en­tés, le ciné-roman et le roman dess­iné.  


Lire aus­si : La petite bédéthèque des savoirs, un tra­vail d’ex­pert (C.I. n° 198)


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Le Wolf souffle ses dix bougies !

Fred­dy Leloup qui dort © Le Wolf

Depuis dix ans, le cœur de Brux­elles accueille la mai­son de la lit­téra­ture de jeunesse. En effet, c’est en 2009, à deux pas de la Grand Place, que le Wolf (habile acronyme de World of Lit­er­a­ture and Fan­ta­sy) a ouvert ses portes. Ce lieu mul­ti­ple, puisqu’il s’agit à la fois d’une librairie, d’une bib­lio­thèque, d’un lieu d’animations et ate­liers pour enfants, d’expositions et de ren­con­tres pro­fes­sion­nelles, a depuis accueil­li de nom­breux auteurs et illus­tra­teurs, ain­si que des mil­liers d’enfants et leur par­ents ou enseignants. Dix ans plus tard, on peut dire que Muriel Lim­bosch et Anne Janssen, ses fon­da­tri­ces, ont réus­si leur pari : le Wolf est devenu un lieu de référence, un incon­tourn­able du livre pour enfants. Con­tin­uer la lec­ture

Bruxelles, bien- et mal-aimée

Marc MEGANCK, Amour et désamour. Regards d’écrivains sur Brux­elles. 1845–1978, His­to­ria, 2018, 64 p., p.50 €, ISBN : 978–2‑93042–326‑5

Le vingtième titre de la col­lec­tion pro­posée par le Musée de la Ville de Brux­elles est l’un des plus attrayants : Amour et désamour. Regards d’écrivains sur Brux­elles 1845–1978. Cette petite antholo­gie, com­posée par Marc Meganck, s’ouvre par une let­tre de Balzac à sa bien-aimée Eve­line Han­s­ka, célébrant en Brux­elles une des villes  « sacrées », « pri­mor­diales », où ils se sont retrou­vés. Con­tin­uer la lec­ture

« Mais comment peut-on être artiste ? »

Léon WUIDAR, Mémoires d’un pein­tre lié­geois, 1945–1980, Pré­face de Xavier Canonne, Per­ron, 2018, 144 p., 30 €, ISBN : 978–2‑87114–260‑7

De la même manière que Mon­tesquieu inter­ro­geait l’altérité dans ses Let­tres per­sanes, pour mieux faire saisir qu’il n’y a pas anom­alie mais dif­férence, ouver­ture au monde plutôt que repli sur soi, ain­si pour­rait-on retenir entre nos doigts le fil rouge que tend l’artiste Léon Wuidar (Liège, 1938) dans ses Mémoires d’un pein­tre lié­geois.

Élevé, comme il le dit lui-même, « dans le silence d’un milieu famil­ial, sco­laire et social peu porté sur les ques­tions esthé­tiques », le jeune Wuidar devient par la suite pro­fesseur de dessin, puis au milieu des années 1970, d’arts graphiques à l’Académie des Beaux-Arts de Liège – tout en cher­chant en par­al­lèle son pro­pre chemin artis­tique. Et c’est prob­a­ble­ment ce qui frappe immé­di­ate­ment le lecteur dans ces mémoires, qui ne cou­vrent que les quar­ante pre­mières années de la vie de Wuidar : l’étonnement dis­cret, le regard presque incré­d­ule que l’auteur porte sur l’artiste qu’il est lui-même devenu. Con­tin­uer la lec­ture

De la complexité des relations fusionnelles

Eve­lyne HESPEL, Le petit tsar, Acro­dacro­livres, 2018, 276 p., 18 €, ISBN : 978–2930956350

Nous entrons dans le quo­ti­di­en de Nan­cy, une biol­o­giste de quar­ante-cinq ans qui vit avec son fils Corentin et Adam, un psy­chi­a­tre renom­mé. Nan­cy est habitée par de nom­breuses angoiss­es (peur des microbes, des ascenseurs, de la foule…), mais elle est aus­si et surtout très anx­ieuse vis-à-vis de son fils qui a raté le bac et fume des joints. Elle a une rela­tion fusion­nelle avec lui et même si elle est con­sciente de son prob­lème, elle reste enfer­mée dans l’ambivalence de son com­porte­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Demeure, souvenir

Claire MAY, Oost­duinkerke, Aire, 2019, 180 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94058–629‑5

Les lieux de vacances occu­pent une place sin­gulière dans les sou­venirs d’enfance. Leur prég­nance se trou­ve évidem­ment ren­for­cée lorsqu’une mai­son famil­iale y est attachée dans laque­lle on a l’occasion de revenir ensuite. Alors, chaque séjour rend vie au passé, don­nant l’illusion pleine d’un retour dans le temps.

La famille d’Emma est pro­prié­taire d’une vil­la à Oost­duinkerke où elle se plaît à revenir. Les lieux sont demeurés intacts et libèrent la machine à sou­venirs. Chaque séjour est l’occasion de déploy­er les rit­uels habituels de la prom­e­nade sur la digue, du repas dans tel restau­rant qui n’a pas changé. Con­tin­uer la lec­ture

Boutique des jours perdus

Francesco PITTAU, La quin­caille des jours, Car­nets du dessert de lune, 2018, 110 p., 14 €,
ISBN : 978–2‑93060–747‑4

Les jours passent comme un bou­quet de sen­sa­tions hétéro­clites, une mosaïque d’instants. Francesco Pit­tau tente de cap­tur­er ces sur­gisse­ments, ces révéla­tions fugi­tives, ces presque rien ; de les piquer dans un mot, dans quelques lignes, dans un poème.

Il y a l’émerveillement d’un réveil, un émer­veille­ment dont on ne sait la cause, seule­ment qu’il vous emplit :  Con­tin­uer la lec­ture

« Sam tu es indicible »

Christophe GHISLAIN, Sam, Albin Michel, 2019, 391 p., 21,50 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑226–43619‑1

Il y a des mots que l’on peine à trou­ver. Ceux dont on croit qu’ils n’existent plus. Dans un de ses poèmes Walt Whit­man évo­quait un dic­tio­n­naire des mots inac­ces­si­bles ; aujourd’hui j’y cherche ceux pour te par­ler. Ça com­mencerait par Sam et ne serait suivi d’aucune vir­gule, ça fuserait, ça serait cinglant, plus affûté qu’une lame d’acier et aus­si droit et clair. 

Sam, c’est le réc­it livré par Jer­ry, un trente­naire qu’un beau matin d’octobre Sam, sa com­pagne, a plan­té là, sans mot dire. Frap­pé de plein fou­et par ce départ, il doit faire face au manque, vivre avec lui ; tout comme son fils, Tobias. Un tête-à-tête avec un fis­ton de cinq ans qui les laisse seuls, en prise avec l’absence. Jusqu’au jour où il décide de tout pla­quer, saute dans sa Hon­da déglin­guée et file chercher son petit : « Tobias s’est approché. A vu les sacs sur la ban­quette arrière et a demandé On va où ? Je lui ai répon­du : On va chercher maman. ». Des­ti­na­tion : « Slut­te­navver­den », le toponyme livré par Sam lors de son pre­mier et dernier coup de fil, là où elle est allée. « Slut­ten av ver­den », le bout du monde. Débute alors un long voy­age, un périple sans fin dans les fjords, les riv­ières glacées, sur les sols frag­iles glacés, dans les tour­bil­lons enneigés, les plaines de la toundra. Con­tin­uer la lec­ture

L’ombre longue de nos épaules

Tim­o­téo SERGOÏ, Tra­vers­er le monde avec un sac de plumes, Mur­mure des soirs, 2019, 168 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930657–48‑6


Pen­dant dix ans j’ai voy­agé, tra­ver­sé quar­ante pays, écrit des cen­taines de feuil­lets. Des textes courts retraçant au jour le jour mon par­cours. C’était au début des années 2000. Je tenais un « blog ». Cela ne s’appelait pas encore comme ça. En route, rien n’était alors tech­no-sim­ple comme aujourd’hui. C’était un car­net de voy­age, un jour­nal de bord en lignes par mil­liers. Je me suis par­fois demandé que faire de tous ces textes intimes et exo­tiques. Faudrait-il les retra­vailler pour pub­li­er ? Con­tin­uer la lec­ture

Fable sur l’après-catastrophe

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, L’âme du cor­beau blanc, Mael­strÖm, 2019, 298 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–329‑9

Avec L’âme du cor­beau blanc, le romanci­er et essay­iste Jean Claude Bologne livre une éblouis­sante fic­tion qui tient de la fable poé­tique, méta­physique et théologique sur fond d’un événe­ment nom­mé la Grande Cat­a­stro­phe. Sous la forme d’une com­mu­nauté de sur­vivants, l’auteur campe le temps de l’après-apocalypse : seuls les pen­sion­naires d’un orphe­li­nat ont échap­pé à la dévas­ta­tion des eaux amères qui ont recou­vert la planète, tuant les hommes, la faune, la flo­re. Entourée d’un mur de dia­mant expan­sé (seule matière inat­taquable par l’acidité de l’eau), la colonie d’enfants est dirigée par des adultes ayant fait table rase de tout ce qui relève de l’ancien monde. Ayant provo­qué un anéan­tisse­ment écologique plané­taire, l’hubris, le prométhéisme, la folie de l’ancienne ère ont fait place à une com­mu­nauté où les livres ont été ban­nis et où règne l’unique loi du Texte (trans­mis orale­ment et par des fresques). « Les derniers seront les pre­miers », les orphe­lins, les aban­don­nés sont les seuls rescapés de la fin du monde. Dans cette ébauche d’un nou­v­el Éden — un Éden, un par­adis mât­iné de total­i­tarisme —, survient le meurtre qui défait la cohé­sion du groupe. Le doute cor­rode les esprits ; les repères, les tran­scen­dan­taux du vrai et du faux, du bien et du mal vac­il­lent.

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Les prix de l’Académie

Les auteurs et autri­ces récom­pen­sés en 2019 © Académie royale

Comme chaque année, l’A­cadémie royale de langue et de lit­téra­ture français­es a remis, ce same­di 9 mars, ses prix lit­téraires. Des récom­pens­es qui cou­vrent des gen­res lit­téraires var­iés et salu­ent la créa­tion lit­téraire belge fran­coph­o­ne dans son ensem­ble.

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Petits cœurs assoiffés d’amour cherchent éperdument à exister

Un coup de cœur du Car­net

Alia CARDYN, L’envol, Charleston, 2019, 333 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑36812–345‑4

Tous les 27 juil­let, Barn­abé Quills organ­ise une fête mag­nifique dans sa pro­priété au bord de l’océan. Chaque année, c’est l’émoi dans la petite ville de Black, où les invités se pré­par­ent dès le matin pour la soirée qui est désor­mais the place to be. Cette année, alors que les feux d’artifice s’épanouissent dans le ciel, Théa Vogue, dix-huit ans, saute de la falaise devant tout le monde.

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Le papillon et l’ogre

Corinne HOEX (texte), Marie BORALEVI (dessins), Et surtout j’étais blonde, Tétras Lyre, 2019, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930685–39‑7

Dans le recueil poé­tique superbe­ment illus­tré par Marie Borale­vi, Corinne Hoex cisèle en des textes aus­si per­cu­tants que con­cis un univers trou­ble grav­i­tant autour de l’enfance, de la con­di­tion fémi­nine. Sous la forme de comptines acérées, elle nous plonge dans la loi de la pré­da­tion mas­cu­line, dans le bal­let de la blondeur enfan­tine et de son saccage. Les exer­gues d’Annie Ernaux et de Car­o­line Lamarche don­nent le ton de cette éducation/déséducation sen­ti­men­tale que l’auteure de Ma robe n’est pas frois­sée, Le grand menu, Le ravisse­ment des femmes déplie en six scan­sions allant de l’état de grâce à la mise à mort de la nymphette. L’échiquier de la séduc­tion fémi­nine et de la destruc­tion ne ménage aucune issue : tou­jours déjà écrite, l’histoire dis­tille son chemin de croix, ses bagatelles pour un mas­sacre. Avec une économie d’écriture qui libère les feux de la cru­auté, Corinne Hoex taille le réc­it d’une immo­la­tion. Blondeur et beauté ont pour des­tin de se voir jetées en pâture à l’appétit des mâles. La loli­ta de Nabokov croise l’ogre de la Petite Poucette. La petite pis­seuse ver­sion Gains­bourg doit être rossée, brisée sur l’autel du Père. Con­tin­uer la lec­ture