La rentrée littéraire belge : une revue de presse

revue de presse - illustration

Pho­to Pix­abay

Plus de 500 romans défer­lant vers les librairies de la mi-août à la fin sep­tem­bre, selon le cal­cul de Livres Heb­do. La ren­trée lit­téraire aura fait dans la démesure, cette année encore. Et con­damné à l’anony­mat les nom­breux livres qui n’au­ront pas la chance d’être des “têtes de gon­do­le”.

Les auteurs et autri­ces belges, nom­breux, qui ont par­ticipé à cette grande liturgie autom­nale des Let­tres ont béné­fi­cié, comme tous leurs con­frères, d’une expo­si­tion médi­a­tique vari­able. Tour d’hori­zon des jour­naux, mag­a­zines et blogs, sur papi­er ou en ligne, et de ce qu’ils écrivent de la ren­trée belge.

Les listes de la ren­trée
Nothomb et Wauters, stars de la ren­trée
Des pre­miers romans remar­qués
Les romanciers à la fête
Il n’y a pas que le roman…
Pour con­clure

Les listes de la rentrée

N.B. : Un hyper­lien ren­voie vers tous les arti­cles évo­qués disponibles en ligne  (gra­tu­ite­ment ou sur abon­nement). L’ab­sence de lien indique un arti­cle paru unique­ment en édi­tion papi­er.
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Face aux piles de livres qui s’amoncellent dans les armoires, une pre­mière manière d’opérer une sélec­tion est de présen­ter une liste, met­tant en exer­gue les 10, 20 ou 50 choix de la rédac­tion pour cette ren­trée.

Les Inrocks en ont même choisi 60 : 30 romans, 10 essais et 20 BD, tra­duc­tions et livres fran­coph­o­nes mélangés. Dans cette liste, une autrice de chez nous : Lou Kanche, pour son pre­mier roman Rien que le soleil, paru chez Gras­set. L’hebdomadaire en salue « la phrase sen­suelle » et appré­cie cette « ode à l’indépendance et à la lib­erté ».

Le même roman fig­ure dans les « 12 coups de cœur » retenus par Les Échos en intro­duc­tion à cette ren­trée lit­téraire. « Le coup d’es­sai de Lou Kanche est fiévreux et ten­du », com­mente Alexan­dre Fil­lon.

Focus Vif, le sup­plé­ment cul­turel du Vif‑L’Express, a quant à lui retenu de cette ren­trée 40 romans, fran­coph­o­nes et traduits. Trois auteurs belges par­mi eux : Philippe Mar­czews­ki pour Un corps trop­i­cal de  (Inculte), « roman rocam­bo­lesque qui ne se dépar­tit jamais d’un sens du tra­gi-comique indé­ni­able » ; Antoine Wauters pour Mah­moud ou la mon­tée des eaux (Verdier), « apnée poé­tique, […] roman puis­sant », et Amélie Nothomb pour Pre­mier sang (Albin Michel), « Sans doute le roman le plus intime de la star belge de chaque ren­trée lit­téraire ». Le même mag­a­zine a aus­si sélec­tion­né « les essais qu’on attend le plus » cet automne. Deux Belges dans cette caté­gorie : Porti­er de nuit de Véronique Bergen (Impres­sions nou­velles) et Paul Klee jusqu’au fond de l’avenir de Stéphane Lam­bert (Arléa).

Le Soir du 20 août con­sacre une pleine page à la ren­trée lit­téraire et une colonne à la « forte présence » des Belges. Le quo­ti­di­en annonce ensuite les romans les plus atten­dus de cette ren­trée, dans une liste non com­men­tée où les livres parus en Bel­gique voisi­nent avec ceux qui sont pub­liés dans l’Hexagone. Y sont de nou­veau men­tion­nés Pre­mier sang, Un corps trop­i­cal, Rien que le soleil et Mah­moud ou la mon­tée des eaux, mais aus­si L’Asturienne de Car­o­line Lamarche (Impres­sions nou­velles), Alice et les autres de Vin­ciane Moeschler (Mer­cure de France), Cen­dres d’Anne Duvivi­er (M.E.O.), Archie d’Alia Car­dyn (Robert Laf­font), La garde-robe de Sébastien Min­istru (Gras­set), L’arbre du retour de Luc Baba (Maesltröm), Crime d’initiés de Michel Claise (Genèse), Le com­plexe du gastéropode de Cather­ine Deschep­per (Weyrich) ou encore Retour en pays natal de Nico­las Crousse (Cas­tor astral). La liste reprend aus­si les pre­miers romans : S’en aller de Sophie d’Aubreby (Inculte), Ces enfants-là de Vir­ginie Jor­tay (Impres­sions nou­velles), La fille sur le banc de Bernadette de Rache (Weyrich). Pour les nou­velles, le jour­nal retient les Bel­giques de Luc Del­lisse, Colette Nys-Mazure et Lau­rent Demoulin, les recueils de Tris­tan Alle­man et Cari­no Buc­cia­rel­li à paraitre chez Tra­verse et les Chroniques de fin de mil­lé­naire d’Eric Dejaeger, atten­dues au Cac­tus inébran­lable. Trois essais — Paul Klee, jusqu’au fond de l’avenir de Stéphane Lam­bert, Le tapis volant de Patrick Dev­ille (entre­tiens menés par Pas­ca­line David, Diag­o­nale) et Porti­er de nuit. Lil­iana Cavani de Véronique Bergen – et une réédi­tion, celle de la poésie et des essais de Roger Bodart chez Sam­sa – com­plè­tent cette sélec­tion.

Dans sa présen­ta­tion de la ren­trée parue le 18 août, La Libre s’est livrée au même exer­ci­ce, met­tant elle aus­si en avant dans la rubrique « On en par­le » une sélec­tion de livres d’auteurs belges – des romans exclu­sive­ment, et la plu­part pub­liés en France – prévus entre août et octo­bre : La garde-robe, Un corps trop­i­cal, Alice et les autres, Retour en pays natal, Rien que le soleil, L’Asturienne, Ces enfants-là, Archie, Ici, la Béringie de Jere­mie Brugi­dou (édi­tions de l’Ogre), S’en aller et L’heure des olives de Claude Don­nay (M.E.O.).

Dans ses “20 coups de coeur”, Le Figaro met en avant les 20 romans fran­coph­o­nes de la ren­trée que la rédac­tion a préférés. L’un d’eux est Pre­mier sang : “D’une écri­t­ure à la fois déli­cate et vive comme l’épée d’un hus­sard, [Amélie Nothomb] prête sa voix à son père pour rédi­ger une vraie-fausse auto­bi­ogra­phie”. Le même quo­ti­di­en pro­pose aus­si une sélec­tion de pri­mo-romanciers, “12 auteurs à décou­vrir”. Comme Les Inrocks, le jour­nal retient Rien que le soleil de Lou Kanche : “Pari réus­si pour Lou Kanche, qui nous offre un pre­mier roman de haute tenue. Si ses per­son­nages prin­ci­paux sont jeunes, comme elle — elle est née en 1991 -, son texte, son sens de la nar­ra­tion, ses pen­sées pos­sè­dent les accents de la matu­rité”.

Les Grenades, le média fémin­iste de la RTBF, reti­en­nent de cette ren­trée « 10 livres fémin­istes à ne pas man­quer ». Deux autri­ces belges y sont réper­toriées : Vir­ginie Jor­tay dont Ces enfants-là est décrit comme « un  roman déjà large­ment remar­qué et com­paré au sen­sa­tion­nel La famil­ia grande de Camille Kouch­n­er » et Joëlle Sam­bi, pour le recueil de poèmes Cail­lass­es (L’arbre de Diane), que les Grenades salu­ent comme « une sorte de man­i­feste con­tre les vio­lences raciales, sex­istes et homo­phobes ».

Livres Heb­do pub­lie “le pal­marès des libraires” : le mag­a­zine a inter­rogé 353 libraires pour établir un classe­ment des 20 romans fran­coph­o­nes et 20 romans étrangers parus à la ren­trée lit­téraire. Une seule roman­cière belge intè­gre ce classe­ment : Amélie Nothomb, dont Pre­mier sang se classe 16e. Le même mag­a­zine souligne que l’autrice belge est la “star” du classe­ment : elle a été l’écrivaine la plus sou­vent citée en dix années d’ex­is­tence du pal­marès des libraires.

Sous cou­ver­ture, l’émis­sion lit­téraire télévisée de la RTBF, pro­pose sur sa page web une sélec­tion d’ou­vrages renou­velée chaque semaine depuis la ren­trée. Les sélec­tions heb­do­madaires ont tour à tour repris Mah­moud ou la mon­tée des eaux d’An­toine Wauters (“Antoine Wauters choisi [sic] la poésie pour par­ler de la Syrie, de la rage et de l’horreur”), Rien que le soleil de Lou Kanche,et, le 26 sep­tem­bre, Retour en pays natal de Nico­las Crousse (une réflex­ion sur la pater­nité et le rôle des pères dans notre société) et Ces enfants-là de Vir­ginie Jor­tay (“un vrai voy­age dans le temps, plus pré­cisé­ment au cœur des années 70 en Bel­gique, dans une famille dite “mod­erne””).

Nothomb et Wauters, stars de la rentrée

Amélie Nothomb est à chaque ren­trée lit­téraire – elle n’en a man­qué aucune depuis 1992 et la sor­tie de son pre­mier roman Hygiène de l’assassin – l’une des autri­ces les plus médi­a­tique­ment en vue. Cette année 2021, où elle présente un roman con­sacré à son père décédé en 2020, ne déroge pas à la règle. Moins habituel, un autre auteur belge béné­fi­cie lui aus­si d’une très grande faveur des médias : Antoine Wauters, dont le roman fig­ure dans les pre­mières sélec­tions du prix Décem­bre et du Médi­cis, entre autres.

nothomb premier sang

Si les livres d’Amélie Nothomb sont tous large­ment com­men­tés dans la presse, ils don­nent sou­vent lieu à des appré­ci­a­tions diver­gentes. Pre­mier sang, le cru 2021, sem­ble quant à lui sus­citer une rare una­nim­ité. « Pour la pre­mière fois, Amélie nous bluffe », titre d’ailleurs Jérôme Garcin dans Bib­liObs, sous le charme de cette « comédie pétil­lante et incon­venante ». Pour Téléra­ma, Nathalie Crom se mon­tre très élo­gieuse vis-à-vis d’une roman­cière « au meilleur d’elle-même : cru­elle, ten­dre, drôle ». Dans La Libre, Guy Duplat, qui accorde 3 étoiles à l’ouvrage, appré­cie « un fort bel hom­mage à son père, Patrick Nothomb ». Un peu moins ent­hou­si­aste que son con­frère (2 étoiles), Pierre Mau­ry du Soir met lui aus­si en exer­gue l’hommage au père : « Dess­iné à traits pré­cis et affectueux par Amélie Nothomb, il devient en tout cas un per­son­nage attachant qu’on ne regret­tera pas d’avoir con­nu ain­si, par l’intermédiaire de son dou­ble romanesque». Les blogueurs sont du même avis : Le coin lec­ture de Nath loue « un roman émou­vant, mag­nifique, très per­son­nel », tan­dis que Lu, Cie & Co met en avant les qual­ités styl­is­tiques d’un roman « excellem­ment écrit, avec un goût inouï pour le mot juste ».

Le livre d’Amélie Nothomb a été évo­qué dans une large gamme de médias, d’Elle au Masque et la plume, des plus pop­u­laires aux plus éli­tistes, dont on ne peut don­ner ici qu’un échan­til­lon. Mah­moud ou la mon­tée des eaux d’Antoine Wauters a prob­a­ble­ment moins touché les plate­formes (très) grand pub­lic. À la guerre des étoiles, Antoine Wauters l’emporte toute­fois large­ment.

wauters mamhmoud ou la montee des eauxC’est l’auteur de Césarine de nuit que Le Monde des livres du 27 août a choisi pour sa Une. Jean Birn­baum voit dans le « superbe » Mah­moud ou la mon­tée des eaux un roman qui « réaf­firme la puis­sance des mots pour désign­er le Mal ». L’Écho, qui lui décerne 5 étoiles, vante « [u]n réc­it éblouis­sant de lib­erté, à la fois actuel et sans âge ». Pour Le Soir (3 étoiles), Pierre Mau­ry souligne qu’ « Antoine Wauters romanci­er reste poète ». Une poésie que met­tent aus­si en avant Véronique Rossig­nol pour Livres Heb­do  (« la poésie qui reste, quand tout a été sub­mergé ») et Le coin lec­ture de Nath (« C’est puis­sant, émou­vant.  Cer­tains pas­sages sont à lire à voix haute appor­tant encore plus de puis­sance, de force à un espoir, un cri de lib­erté »). Le mag­a­zine en ligne Dia­critik évoque le roman d’Antoine Wauters par le biais d’une inter­view de l’auteur.  Johan Faer­ber souligne en préam­bule que Mah­moud ou la mon­tée des eaux est « un des très grands romans de cette ren­trée lit­téraire. Véri­ta­ble splen­deur de langue, boulever­sante épopée d’un homme pris dans plus d’un demi-siè­cle d’histoire de la Syrie, chant nu sur la nature qui trem­ble devant l’humanité et sa rage de destruc­tion : tels sont les mots qui vien­nent pour tâch­er de retran­scrire la force vive d’un réc­it qui emporte tout sur son pas­sage». Pour Lire — Le Mag­a­zine lit­téraire qui lui décerne 4 étoiles, “[s]a prose incan­ta­toire trans­fig­ure les gen­res (con­tes, romans, réc­its, poèmes) pour créer des per­son­nages rares et des mon­des par­fois imag­i­naires dans lesquels s’in­scrivent les inquié­tudes et les drames de notre temps”.
Voix dis­cor­dante dans ce con­cert de louanges, Jeanne Bacharach émet de sérieuses réserves sur le roman pour En atten­dant Nadeau : “Le désir de poésie et de beauté qui habite chaque page de ce livre recou­vre mal­heureuse­ment une forme de naïveté et ques­tionne, par son exo­tisme, la légitim­ité de l’auteur à s’emparer d’un tel sujet.

Des premiers romans remarqués

Après une ren­trée 2020 où les maisons d’édition avaient misé sur des valeurs sûres, la ren­trée 2021 a vu le grand retour des pre­miers romans. Nom­breux sur la ligne de départ – Livres Heb­do en annonçait 75 sur les 521 romans de la ren­trée –, ils ont béné­fi­cié d’une atten­tion cer­taine des médias.

kanche rien que le soleil

Rien que le soleil, le pre­mier opus de Lou Kanche, a con­nu, on l’a dit, les hon­neurs des sélec­tions de ren­trée des Inrocks, du Figaro et des Échos. Le webzine Baz’Art se mon­tre tout aus­si con­quis : « Lou Kanche dit l’incertitude de l’époque et de la jeunesse, le ver­tige de l’impossible, les con­tra­dic­tions entre con­fort et attrait des loin­tains. Rien que le soleil vibre d’une sen­su­al­ité inquiète et sou­vent puis­sante ». Le livre décroche aus­si 2 étoiles dans La Libre. Marie-Anne Georges s’attarde notam­ment sur le style par­ti­c­uli­er de l’autrice : « Cas­cade de mots dans une même phrase qui englobe autant le ressen­ti de l’héroïne que les con­ver­sa­tions qu’elle tient avec ses amis ».

jortay ces enfants-là

Ces enfants-là de Vir­ginie Jor­tay reçoit 2 étoiles dans Le Soir. Jean-Claude Vantroyen voit dans ce livre un « roman vio­lent [qui] est le réc­it d’un long itinéraire vers la libéra­tion ». Les Grenades, qui ont donc classé le vol­ume par­mi les 10 livres fémin­istes de la ren­trée, lui ont ensuite con­sacré une cri­tique plus longue, signée par July Robert. Elle décrit le livre comme un « réc­it visant à retran­scrire un mécan­isme struc­turel d’intrusion visuelle et physique », dont elle espère qu’il don­nera aux lecteurs et lec­tri­ces « force et puis­sance afin de s’inscrire (plus) sere­ine­ment dans le monde ». Sur son blog, Joëlle Palmieri approu­ve avec vigueur ce “pavé dans le marais des années de « libéra­tion sex­uelle » et au-delà un javelot dans l’univers invis­i­ble de ces mères com­plices de leurs maris, amants, amis, bien volon­tiers vio­leurs, pédophiles, inces­tueux”. Le blog de Argali salue “[u]n réc­it bru­tal, sans faux sem­blant, qui dit cru­ment mais avec sincérité le vécu d’une jeune fille. Une écri­t­ure ciselée et pré­cise, une plume féroce pour une his­toire boulever­sante et édi­fi­ante à lire absol­u­ment”. De même pour Bazar Mag­a­zin, Anouk Van Ges­tel par­le d’un “pre­mier roman coup de poing”.

brugidou ici la beringie

Pub­lié aux édi­tions de l’Ogre, Ici, la Béringie de Jere­mie Brugi­dou a fait l’objet de plusieurs papiers élo­gieux. Il est l’un des pre­miers romans de la ren­trée béné­fi­ciant d’une avant-cri­tique dans Livres Heb­do au mois de juil­let. Sean Rose souligne que « tout l’art de ce pri­mo-romanci­er à l’écri­t­ure à la fois poé­tique et flu­ide, est de nous plonger dans les blanch­es éten­dues de la Béringie comme dans les paysages intérieurs des per­son­nages, et de nous faire enten­dre la res­pi­ra­tion de la Terre en nous ren­dant atten­tifs aux bat­te­ments de cils de ce grand corps cos­mique. […] la Béringie est une métonymie de notre con­di­tion de vivant, une métaphore de l’im­per­ma­nence qui la car­ac­térise ».
Dia­critik con­sacre au roman et à son auteur une inter­view et une cri­tique, signée par Jean-Philippe Cazier. Il expose l’ambitieux pro­jet du pri­mo-romanci­er : « Le pre­mier roman de Jere­mie Brugi­dou est un roman d’aventure et une forme de dystopie, une réflex­ion anthro­pologique et poli­tique autant qu’une œuvre qui tend vers la SF, un livre de rêves comme une enquête où la sci­ence et l’imaginaire vont ensem­ble. Le livre artic­ule toutes ces dimen­sions pour dire et imag­in­er le monde – notre monde, ce qu’il est et ce qu’il pour­rait être ».
Dans L’Humanité, Alain Nico­las décèle l’influence du ciné­ma – Brugi­dou avait déjà un par­cours de cinéaste avant de s’es­say­er à l’écri­t­ure romanesque – sur le livre : « Le roman, très visuel, procède par tableaux puis­sam­ment évo­ca­teurs ». Libéra­tion, par la plume de Frédérique Rous­sel, con­sacre une brève cri­tique à « cet intéres­sant et prenant pre­mier roman à trois temps ».
Pour En atten­dant Nadeau, Sébastien Omont a aus­si savouré sa lec­ture : “La réus­site d’Ici, la Béringie tient à la manière dont l’écriture de Jere­mie Brugi­dou tisse des con­nex­ions entre ce qu’on a l’habitude de tenir pour séparé – péri­odes, règnes, dis­ci­plines sci­en­tifiques – et au fait qu’il arrive à évo­quer tout un espace-temps, avec sa flo­re et sa faune – des champignons aux mam­mouths – à tra­vers les his­toires de ses per­son­nages, tout en esquis­sant une autre façon à la fois d’habiter le monde et de racon­ter”.

d aubreby s en aller

Focus Vif a quant à lui beau­coup aimé S’en aller de Sophie d’Aubreby : « En qua­tre moments-clés encadrés par des ellipses (de quoi per­me­t­tre au texte de con­serv­er son souffle sin­guli­er, entre ten­sions et relâche­ments), Sophie d’Aubre­by donne corps et gestes à cette pro­tag­o­niste en quête ardente d’é­man­ci­pa­tion. Il y a autant de ven­tre que d’élé­gance dans ces pages-là ». Le blog Charybde 27 se mon­tre lui aus­si par­ti­c­ulière­ment ent­hou­si­aste : « Écrit avec beau­coup d’habileté, de sen­si­bil­ité et d’intelligence, S’en aller est d’emblée un roman qui mar­que, qui bous­cule les corps, dure­ment, pour inscrire son échap­pée belle dans le para­doxe et dans la lutte quo­ti­di­enne qui n’exclut ni amour ni ami­tié, bien au con­traire. Alors que nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin de fig­ures mythiques sachant rester sub­tiles, d’exemples réels et fic­tion­nels dépourvus de car­i­ca­ture mais sources de sig­ni­fi­ca­tion, Sophie d’Aubreby nous en offre une mag­nifique, puis­sante et com­plice ». Un peu plus réservé pour Le Soir, Pierre Mau­ry décerne 2 étoiles au roman et insiste sur la tra­jec­toire fémin­iste nuancée qu’il met en scène : « Une tra­jec­toire unique. Exem­plaire quand même ».

de rache la fille sur le banc

Sur son blog Les Plaisirs de Marc Page, Willy Lefèvre met à l’honneur La fille sur le banc de Bernadette De Rache (Weyrich). Il salue « une écri­t­ure plaisante, un réc­it struc­turé et un art con­som­mé de plonger le lecteur dans l’intrigue. Aux dia­logues mesurés suc­cè­dent des descrip­tions d’espace dignes du regard affûté d’un grand met­teur en scène. […] Tout sem­ble naturel tant l’écriture est juste, bien ponc­tuée, loin des exer­ci­ces de pures fan­taisies éphémères d’auteur(e)s en vaine recherche de notoriété ».

Les romanciers à la fête

Si les pre­miers romans béné­fi­cient sou­vent d’une atten­tion par­ti­c­ulière, due notam­ment à l’attrait de la nou­veauté, les romanciers con­fir­més n’ont pas non plus été oubliés en cette péri­ode.

baba l'arbre du retour

Pour Les Plaisirs de Marc Page, Willy Lefèvre annonce la sor­tie prochaine de L’ar­bre du retour de Luc Baba (Mael­ström reEvo­lu­tion), qu’il a lu sur man­u­scrit : “L’écriture est cinglante. Le verbe sif­fle comme le fou­et. La plume acérée de l’auteur mar­que le lecteur tant la mémoire est mise à vif”.

crousse retour en pays natal

Avec Retour en pays natal, Nico­las Crousse obtient 3 étoiles du jour­nal Le Soir, où il est par ailleurs jour­nal­iste cul­turel. C’est Jean-Claude Vantroyen qui chronique son livre : « Nico­las Crousse se racon­te, mais cette intim­ité n’exclut jamais le lecteur, au con­traire, elle par­le à tout le monde, elle est, osons le mot, uni­verselle ». Une uni­ver­sal­ité qui a aus­si mar­qué Emmanuelle Jowa pour Paris Match : “Il y a de l’universel dans ce réc­it qui, out­re la réflex­ion sur l’amour fil­ial et la pater­nité, est une ode à la vie, à l’amitié, aux belles choses et aux belles pen­sées”. Pour Le Soir Mag, qui lui décerne 3 étoiles, le livre est « un très atten­dris­sant bou­quet de mots venu de l’enfance ».

donnay l'heure des olives

Pour Les belles Phras­es, le blog dont il est rédac­teur en chef, Éric Allard a lu et approu­vé L’heure des olives, le nou­veau roman de Claude Don­nay (M.E.O.) : « Un roman beau et fort, qui provoque le fris­son. Ancré, engagé dans son époque, la nôtre, il pose de mul­ti­ples ques­tions exis­ten­tielles sans les résoudre toutes, de sorte que le lecteur les prenne à son compte et pro­longe ain­si sa réflex­ion ». C’est Isabelle Bielec­ki qui rend compte du roman sur le site de l’AREAW : “Claude Don­nay, nous entraîne d’une plume alerte dans le tour­nant d’une vie pour nous pos­er une ques­tion exis­ten­tielle : efface-t-on une mau­vaise action par une bonne quand d’autres se con­tentent d’aller à con­fesse ?”.

duvivier cendres

Pub­lié comme celui de Claude Don­nay aux édi­tions M.E.O., le roman Cen­dres d’Anne Duvivi­er fait lui aus­si l’objet d’une recen­sion sur le site de l’AREAW. Patrick Devaux souligne que “[l]’intrigue menée de main de maître touche aux cen­dres comme on touche à la vie quo­ti­di­enne”. Dans Les belles Phras­es, Philippe Leuckx a appré­cié le « charme de vacances » qui émane du livre : « Enjoué, vif, flu­ide, le roman se lit vite et il y respire un air – assez rare – de légèreté mât­inée de grav­ité ». Une impres­sion de lec­ture qui rejoint celle de François-Xavier Van Caulaert dans Les Plaisirs de Marc Page : « si vous en avez marre de la gri­saille, que vous souhaitez avoir une impres­sion de vacances ital­i­ennes, courez à la librairie acheter ce roman, servez-vous un bon verre et partez décou­vrir l’histoire d’Hélène, Lila et Vio­lette ». Le blog Mes impres­sions de lec­ture salue quant à lui “Un plaidoy­er pour la vie famil­iale calme ou pais­i­ble ou plutôt un réquisi­toire con­tre la famille qui n’est que pré­texte à men­songes, tromperies et autres vile­nies. Cha­cun lira ce livre à sa façon mais tous le liront avec intérêt et plaisir”.

lamarche l'asturienne

Pour L’Asturienne, Car­o­line Lamarche récolte une pleine page dans Libéra­tion. Frédérique Fanchette voit dans ce grand roman famil­ial « une déc­la­ra­tion de ten­dresse, une ten­ta­tive de pour­suiv­re après la mort une con­ver­sa­tion avec un père affectueux mais réservé ». Qui s’ex­prime dans une his­toire pas­sion­nante pour ses lecteurs : « Peut-on s’enthousiasmer pour l’histoire d’un métal ? Oui, au fil de la lec­ture, cette saga de pio­nniers cap­i­tal­istes, de décou­vreurs de mines, d’innovateurs, prend corps ». Pour La Libre, Fran­cis Matthys con­sacre lui aus­si un papi­er élo­gieux au nou­veau livre de la lau­réate du prix Goncourt de la nou­velle 2019, lui décer­nant 3 étoiles : « Cette œuvre ambitieuse récla­ma des années de recherch­es à celle qui inscrit ses pas dans ceux de ses ancêtres. […] Pour sa richesse humaine et his­torique, son intégrité, ses colères et l’élégance de la langue, L’Asturienne est un réc­it que Mar­guerite Yource­nar aurait aimé ». Tania Markovic et Pas­cale Seys, pour la RTBF, met­tent aus­si en exer­gue “le tra­vail titanesque effec­tué par l’auteure” dans les archives famil­iales au ser­vice d’une “quête mémorielle qui aura néces­sité la pas­sion des “vieux papiers”, de la patience, un amour pour l’écriture et une grande impli­ca­tion per­son­nelle”.
Dans Le Soir, Pierre Mau­ry accorde lui aus­si 3 étoiles à un livre qu’il présente comme une saga famil­iale réussie : “Tout ce qui inscrit une saga famil­iale dans l’histoire indus­trielle, sociale et poli­tique se trou­ve réu­ni dans un réc­it flu­ide et pour­tant mar­qué par de ter­ri­bles sec­ouss­es”. Le jour­nal­iste voit toute­fois surtout dans le livre de Car­o­line Lamarche “un exem­ple frap­pant du grand écart entre ce que vivent les ouvri­ers et ce qu’en com­pren­nent, ou veu­lent en com­pren­dre, leurs patrons”.

marczewski un corps tropical

Après le remar­qué Blues pour trois tombes et un fan­tôme, Philippe Mar­czews­ki a pub­lié cette année Un corps trop­i­cal. Lequel reçoit 4 étoiles de Sophie Creuz pour L’Écho : « Fan­taisie méta­physique, médi­ta­tion sur la nature du temps, la résis­tance des corps et des mythes, le sec­ond roman du Lié­geois Philippe Mar­czews­ki est un hila­rant et bril­lant trompe-l’œil ». Dans Dia­critik, Chris­t­ian Ros­set livre une longue analyse, très ent­hou­si­aste, du roman : « Si Un corps trop­i­cal joue avec le détourne­ment de cer­tains clichés, avec une belle intel­li­gence du déplace­ment, ce qui frappe, c’est l’originalité, non du par­cours en lui-même – même s’il est aus­si imag­i­natif que savoureux, aus­si infor­mé qu’imprévisible –, mais de son point de départ : cette “piscine à vagues arti­fi­cielles d’un parc trop­i­cal” que seul quelque enrac­iné du Nord qui aurait le sens du Sud, ou plutôt de la nav­i­ga­tion entre les pôles, pou­vait inven­ter (je ressens cela comme une inven­tion, même si le lieu existe vraisem­blable­ment dans les envi­rons de Liège). La force d’entraînement du livre vient de l’équilibre bien trou­vé entre ce qui procède du cal­cul et ce qui se fie au hasard – entre com­po­si­tion et impro­vi­sa­tion […] ».
Sophie Creuz, qui a décidé­ment beau­coup aimé le livre, l’évoque aus­si pour la RTBF-Musiq 3, dans un arti­cle qui présente erroné­ment Un corps trop­i­cal comme le pre­mier roman de son auteur : “Philippe Mar­czews­ki trou­ve par­faite­ment le ton et le rythme pour exprimer à la fois la niais­erie bonasse de son per­son­nage et son indo­lence tout en le plongeant dans la réal­ité bru­tale, réelle de Tropiques qui sen­tent bien moins la vanille mais que [sic] l’huile grasse fre­latée et la poudre de kalach­nikov”.
Un corps trop­i­cal récolte encore 3 étoiles dans Le Soir. C’est Jean-Claude Vantroyen qui com­mente le livre : “Philippe Mar­czews­ki racon­te cette drôle d’épopée dans un style totale­ment per­son­nel, tout inscrit dans la tête de ce « je » qui sup­pute, rêve, cauchemarde, para­noïse dans une sorte de log­or­rhée au débit puis­sant comme l’Amazone, dont on pour­rait crain­dre qu’elle nous lasse et qui, au con­traire, nous emballe et imprime sa mar­que à ce roman”. Pour Frédérique Rous­sel qui lui con­sacre une brève dans Libéra­tion, Un corps trop­i­cal est “un roman d’aventures tragi­comique qu’on ne lâche pas, celui d’un por­teur de valis­es cré­d­ule, qui de fil en aigu­ille se retrou­ve au fin fond de la forêt ama­zoni­enne mal­gré lui”.

moeschler alice et les autres

Alice et les autres, le nou­veau roman de Vin­ciane Moeschler, est triple­ment étoilé à la fois par La Libre et par Le Soir. Pour la pre­mière, Lau­rence Ber­tels souligne « l’écriture con­cise, musi­cale, imagée et […] une suc­ces­sion de phras­es cour­tes », ajoutant que « cette plongée dans les abysses de la pen­sée humaine et le pou­voir de l’inconscient dénonce surtout, entre les lignes, l’inacceptable. Et rend aux petites filles la pureté à laque­lle elles ont droit, envers et con­tre tout ». Pour Le Soir, Jean-Claude Vantroyen pré­cise qu’ « On avance dans ce réc­it comme dans le labyrinthe des glaces de la Foire du Midi. Des miroirs partout, et le plus sou­vent ils défor­ment la réal­ité. […] C’est une his­toire dans laque­lle l’autrice nous entraîne, implaca­ble­ment, à nous regarder dans un miroir et à exam­in­er nos dou­bles et nos trou­bles, les rôles que l’on endosse. Et dans laque­lle, imman­quable­ment, elle se pro­jette, elle l’écrivaine qui vit tou­jours plusieurs vies à la fois”.

Il n’y a pas que le roman…

Les romans se sont tail­lé la part du lion dans la presse en cette ren­trée. Les autres gen­res ne sont toute­fois pas oubliés. La preuve.

sambi caillasses 1

Côté poésie, Cail­lass­es, le recueil de Joëlle Sam­bi plébisc­ité par Les Grenades, reçoit aus­si un bel accueil dans La Libre. Marie Baudet sig­nale un « pre­mier recueil de poésie qui grésille, démange, dérange, décape. Par celle qui […] con­tin­ue de choisir pour arme le sty­lo ». Le Soir con­sacre un por­trait à la poétesse à l’oc­ca­sion de la sor­tie du recueil. Signé par Nico­las Crousse, il présente Cail­lass­es comme “un chant de rage. Joëlle Sam­bi y évoque poé­tique­ment […] l’ombre du patri­ar­cat et le besoin de soror­ité. Elle affiche aus­si son homo­sex­u­al­ité, autre frag­ment de son iden­tité […] Les chants de Joëlle Sam­bi sont indis­so­cia­bles de ses colères”.

bergen portier de nuit liliana cavani

Dans La Libre tou­jours, Fran­cis Matthys accorde 3 étoiles à l’essai de Véronique Bergen, Porti­er de nuit. Lil­iana Cavani : « À ce film mau­dit (mais devenu culte), la pro­lifique académi­ci­enne belge Véronique Bergen con­sacre une étude qui con­firme sa finesse de lec­ture et l’étendue de sa cul­ture philosophique et artis­tique ». Pour Lelitteraire.com, Jean-Paul Gavard-Per­ret souligne que “[l]a phi­lo­sophe ques­tionne de manière essen­tielle ce qu’un tel film trans­porte et trans­forme […] Il existe dans ce livre une lumière néces­saire sur ce qu’un tel film fait cir­cu­ler”. Sur le blog De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, hébergé par le quo­ti­di­en suisse 24 heures, le même cri­tique écrit que “Véronique Bergen tou­jours bril­lante dans son écri­t­ure et sa pen­sée pousse plus loin les analy­ses sur ce film et son incan­des­cence aus­si éro­tique que trag­ique. […] Et Bergen rap­pelle que les moral­istes ne per­me­t­tent donc pas de répon­dre à ce qu’il en est de l’éros. Il pèse de tout le poids de l’in­ter­dit ou d’un impens­able en miroir d’un autre impens­able”. Pour Dia­critik, Jean-Philippe Cazier abor­de le livre via un sub­stantiel entre­tien avec Véronique Bergen : “Véronique Bergen suit les par­ti pris esthé­tiques, ciné­matographiques, poli­tiques, éthiques de la réal­isatrice ital­i­enne, se ten­ant au plus près des forces obscures, para­doxales, peut-être insup­port­a­bles du psy­chisme, du désir, forces qui ani­ment des êtres en proie aux souf­fles les plus vio­lents de l’Histoire, des corps, des âmes”.

lambert paul klee jusqu au fond de l'avenir

Jean-Luc Favre a lu Paul Klee, jusqu’au fond de l’avenir de Stéphane Lam­bert pour Actu­alit­té : « La pré­ci­sion intérieure, le juste ton, d’emblée », écrit-il, « inter­pelle le lecteur pas­sion­né et aver­ti, — à l’aide d’un fil­tre exploratoire, ou tout bon­nement, une grille de lec­ture, pro­pre à l’auteur ». Le livre a aus­si sus­cité l’intérêt du média suisse Bon pour la tête,  pour lequel « Stéphane Lam­bert nous entraîne sur les traces de l’artiste, entre réal­ité quo­ti­di­enne et mytholo­gie immé­mo­ri­ale, ques­tion­nant le lien entre le paysage mon­tag­neux, l’ancrage au sol et la vision lunaire de l’artiste». Pour le site nonfiction.fr, Maryse Emel s’in­téresse à la tech­nique d’écri­t­ure de Stéphane Lam­bert, à la manière dont il peut abor­der Paul Klee par le lan­gage ver­bal : “Stéphane Lam­bert par ce filoche­ment de son écri­t­ure dans un retour au chaos de l’origine, s’efforce à une tur­bu­lence du signe en train de naître. C’est là le moment de la ren­con­tre entre la poésie et les œuvres de Paul Klee”.

ringlet va ou ton coeur te mène

L’Avenir con­sacre un arti­cle et une inter­view au nou­veau livre de Gabriel Ringlet, Va où ton coeur te mène (Albin Michel), “un livre aux into­na­tions de tes­ta­ment spir­ituel”, fruit d’un “tra­vail long de deux ans afin de retrac­er le chemin ini­ti­a­tique du prophète Élie”. Pour La Libre, Bosco d’Otreppe com­mente, en prélude à son inter­view de Gabriel Ringlet : “Par une approche lit­téraire qui fait revivre Élie aus­si bien auprès des croy­ants que des non-croy­ants, il donne à goûter à la voix d’un prophète qui n’a pas cher­ché à étouf­fer le feu d’amour brûlant qui soule­vait son cœur, ni à finale­ment incendi­er la terre qui ne pou­vait le suiv­re”.

leruth de callatay quand l'économie nous est contée

La Libre a con­sacré une dou­ble page à Quand l’économie nous est con­tée. Pub­lié sous la direc­tion d’E­ti­enne de Callataÿ et Luc Leruth à la Let­tre volée, ce livre donne la parole à d’émi­nents écon­o­mistes pour une lec­ture d’oeu­vres lit­téraires sous l’an­gle de l’é­conomie : “Ces écon­o­mistes ont-ils voulu détecter dans la lit­téra­ture des apports dépas­sant l’intention des poètes et des romanciers ? C’est pos­si­ble, et cela n’aurait rien de choquant. Il s’agit là de la lib­erté du lecteur, miroir de celle de l’auteur. Le seul respect dû à l’écrivain est de ne pas en faire son porte-voix.

david le tapis volant de patrick deville

Dans L’É­cole des Let­tres, Nor­bert Czarny s’est intéressé à un livre d’en­tre­tiens édité par Diag­o­nale et orchestré par Pas­ca­line David : “[l]es entre­tiens [de Patrick Dev­ille] avec la jour­nal­iste et éditrice Pas­ca­line David, aus­si pré­cis que pas­sion­nants et rassem­blés dans Le tapis volant de Patrick Dev­ille, éclairent le par­cours de l’écrivain, depuis l’ensemble pub­lié chez Minu­it jusqu’à ce pro­jet qui devrait arriv­er à son terme dans dix ans”.

Tuyêt Nga Nguyen Belgiques

Côté nou­velle, le blog Les Plaisirs de Marc Page con­sacre le 25 sep­tem­bre un arti­cle à un livre qui ne devrait pour­tant rejoin­dre les tables des libraires que le 20 octo­bre : Bel­giques de Tuyêt-Nga Nguyen, à paraitre chez Ker. Willy Lefèvre, qui signe l’ar­ti­cle, est con­quis par le livre : “le recueil de Tuyêt est sans con­teste, à mes yeux, l’un des meilleurs de la col­lec­tion. […] c’est l’émotion de l’émerveillement qui saute aux yeux dès les pre­miers mots. […] C’est donc tan­tôt avec humour, tan­tôt avec pudeur que Tuyêt-Nga Nguyên va nous con­ter sa vision de ses Bel­giques”.

maeterlinck pelleas et melisande

Enfin, les réédi­tions pat­ri­mo­ni­ales ont elles aus­si retenu l’attention des jour­nal­istes, ceux du Soir sin­gulière­ment. Alain Lalle­mand évoque la réédi­tion de Maeter­linck (théâtre et essais) dans la col­lec­tion Espace Nord. Rap­pelant au pas­sage l’indifférence de la Bel­gique lorsque Maeter­linck a reçu le Nobel de lit­téra­ture – il est à ce jour le seul Belge à avoir reçu cette dis­tinc­tion –, A. Lalle­mand met l’accent sur le tra­vail édi­to­r­i­al, cahiers icono­graphiques et dis­posi­tifs cri­tiques, qui accom­pa­g­nent cette réédi­tion qui ferait « un beau vol­ume de la Pléi­ade » et con­clut : « Ain­si éclairée, l’œuvre retrou­ve toute son actu­al­ité ». Jean-Claude Vantroyen a quant à lui lu la réédi­tion en deux vol­umes, l’un dédié à la poésie, l’autre aux essais, des œuvres de Roger Bodart aux édi­tions Sam­sa. Il souligne que cette dou­ble paru­tion « est un événe­ment. Parce que la voix poé­tique de Bodart est puis­sante et tou­jours essen­tielle » et que l’auteur est « [u]ne per­son­nal­ité de la vie intel­lectuelle belge ».

bodart dialogues

Pour conclure

Bien que for­cé­ment incom­plet, ce tour d’horizon de la ren­trée lit­téraire vue par la presse et le web lit­téraire esquisse quelques ten­dances sig­nifi­antes. L’attention prépondérante accordée au roman, tout d’abord : il est le genre-roi, à la ren­trée peut-être encore plus que pen­dant le reste de l’année. Il con­cen­tre sur lui l’essentiel de l’attention des médias, alors que, para­doxale­ment, les classe­ments heb­do­madaires des meilleures ventes com­pilés par Livres Heb­do mon­trent que les lecteurs se tour­nent plutôt vers les man­gas, les livres pra­tiques et les essais.

Cette revue de presse mon­tre encore que les médias belges à dif­fu­sion nationale con­ser­vent un fort tro­pisme parisien, les livres belges qu’ils évo­quent étant pour la plu­part des livres d’auteurs et autri­ces belges pub­liés dans l’Hexagone. Et ces livres-là sont eux-mêmes peu nom­breux par rap­port aux ouvrages d’auteurs de toutes nation­al­ités recen­sés, bien que Le Soir ait créé il y a plusieurs mois une rubrique « C’est du belge » dans sa sec­tion heb­do­madaire con­sacrée au livre. Ce jour­nal veille ain­si à la présence d’au moins un livre d’auteur belge dans ses pages chaque semaine.

Ce sont surtout les blogueurs qui offrent un écho aux pub­li­ca­tions des maisons d’édition belges. Ce con­stat appelle bien sûr des nuances. Ain­si, par exem­ple, la cou­ver­ture médi­a­tique don­née au pre­mier roman de Vir­ginie Jor­tay, paru aux Impres­sions nou­velles, mon­tre qu’il existe de belles excep­tions. Par ailleurs, notre tour d’hori­zon se borne à la presse écrite, sans prise en compte de la télévi­sion, des pod­casts ou de la radio, qui pour­raient quelque peu rééquili­br­er la bal­ance. Enfin, il se ter­mine au 1er octo­bre, alors que les édi­teurs belges pub­lient tra­di­tion­nelle­ment leurs ouvrages de ren­trée plus tard que leurs homo­logues français. Alors que l’essentiel de la ren­trée hexag­o­nale est déjà disponible, beau­coup de livres édités en Bel­gique vont seule­ment se fray­er un chemin vers les tables des libraires. D’ici quelques semaines, le bilan pour­rait donc être quelque peu dif­férent.

Enfin, on notera que la plu­part des recen­sions évo­quées ici sont pos­i­tives, voire très pos­i­tives. D’aucuns y ver­ront un affadisse­ment de la cri­tique, dev­enue machine à pro­mo­tion plutôt qu’e­space d’ex­i­gence et de dis­cerne­ment. D’autres l’interpréteront comme une déci­sion réfléchie de con­sacr­er l’espace, for­cé­ment lim­ité, dévolu au livre à des lec­tures qui ent­hou­si­as­ment plutôt qu’à celles qui ont déçu.
Peut-être faut-il aus­si voir dans la pro­fu­sion des étoiles dis­tribuées le reflet d’une ren­trée de haute tenue, qui vient couron­ner une année lit­téraire 2021 par­ti­c­ulière­ment riche après les incer­ti­tudes de 2020.

Nau­si­caa Dewez 

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