Archives par étiquette : Europe

1990, année de tous les possibles

Daniel SOIL, L’année nonante, M.E.O., 2025, 105 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0528‑0

soil l'année nonanteSi un ou une écrivain∙e belge devait finalis­er LE roman européen con­tem­po­rain, L’année nonante, le réc­it de Daniel Soil, pour­rait en con­stituer un chapitre. Et le fait que son livre aut­ofic­tion­nel soit tra­ver­sé par une romance n’est pas incom­pat­i­ble avec la dimen­sion européenne, même si le cou­ple de pro­tag­o­nistes est belge, même si le nar­ra­teur nomme sa dame de cœur la Sig­no­ra. Certain∙e∙s l’i­den­ti­fieront sans dif­fi­cultés comme autrice et essay­iste de chez nous, dont le nom de plume recou­vre un patronyme à con­so­nance… slave !  Con­tin­uer la lec­ture

Réarticuler nos mondes

Un coup de cœur du Car­net

Déb­o­rah V. BROSTEAUX, Les désirs guer­ri­ers de la moder­nité, Seuil, 2025, 224 p., 21,50 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782021591446

brosteaux les desirs guerriers de la modernité[…] l’Europe n’a jamais cessé d’être en guerre. […] Le rêve européen est moins un rêve de paix que la promesse d’une sépa­ra­tion : les peu­ples d’Europe n’auront plus à vivre la guerre, mais la guerre peut être menée au loin.

Déb­o­rah V. Brosteaux est chercheuse en philoso­phie et éditrice aux édi­tions Météores. En qua­tre chapitres riche­ment doc­u­men­tés, Les désirs guer­ri­ers de la moder­nité inter­roge la dis­tance qui sépare les Occi­den­taux (héri­tiers des guer­res colo­niales et néo-colo­niales menées par ceux qui se sont défi­nis comme mod­ernes en se revendi­quant simul­tané­ment du pro­grès et de la civil­i­sa­tion) des mul­ti­ples guer­res en cours « à l’autre bout du monde ». Ces guer­res sont pour­tant le fait des puis­sances occi­den­tales impliquées plus ou moins directe­ment dans la poli­tique de ces états et dans l’économie guer­rière (sou­tiens financiers, livrai­son d’armes, parte­nar­i­ats de divers­es natures). Ain­si ren­for­cée l’idée d’un « dehors bar­bare » étranger à notre civil­i­sa­tion de « grands inno­cents », la poli­tique migra­toire se durcit et la mil­i­tari­sa­tion des fron­tières s’intensifie.  Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire des vins

Valérie NIMAL, De vins et d’allégresses, Mur­mure des soirs, 2024, 148 p., 20 €, ISBN : 978–2‑931235–23‑2

nimal de vins et d allegressesLe vin, les vig­no­bles for­ment sou­vent les lignes de crête de nos civil­i­sa­tions et l’on sait, avec la dérè­gle­ment cli­ma­tique, à quel point les zones viti­coles sont en train de migr­er… Le sub­til et gouleyant livre de Valérie Nimal, De vins et d’allégresses, con­vie la lec­trice et le lecteur, non pas à un sim­ple jeu de dégus­ta­tion, mais à la décou­verte de ter­ri­toires en Europe (Por­tu­gal, Ital­ie, France, Croat­ie…) et Turquie en une bonne dizaine de nou­velles voyageuses.… Con­tin­uer la lec­ture

En équilibre sur la ligne du temps

Gré­goire POLET, Pax, Gal­li­mard, 2024, 448 p., 23,50 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782073055170

polet pax1919. La grande guerre a lais­sé de pro­fondes blessures et l’on n’a mis fin au con­flit qu’avec l’aide des États-Unis dont le Prési­dent Wil­son porte le pro­jet de créa­tion de la Société des Nations cen­sée notam­ment garan­tir le main­tien de la paix sur terre. C’est ce momen­tum de l’histoire de l’humanité que saisit Gré­goire Polet dans ce huitième roman qui sem­ble bâti sur un défi lit­téraire un rien débridé. Il prend soin en pro­logue de nous met­tre au par­fum : Con­tin­uer la lec­ture

Le visage changeant des émotions

Jean-Philippe TOUSSAINT, Les émo­tions, Minu­it, 2020, 238 p., 18,50 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑7073–4643‑8

jean-philippe toussaint les émotionsSi l’on s’en tient aux fon­da­men­tales et pri­maires, telles que réper­toriées par de nom­breuses études sci­en­tifiques à la suite du psy­cho­logue améri­cain Paul Ekman, les émo­tions seraient au départ, chez tout indi­vidu mas­culin et féminin, et quelle que soit sa cul­ture, au nom­bre de six. Six émo­tions qui vont de la plus pos­i­tive, la joie, à la plus néga­tive, le dégoût, et qua­tre autres qui ten­dent sou­vent vers la néga­tiv­ité : la peur, la sur­prise (quoiqu’il puisse y avoir de joyeuses sur­pris­es), la tristesse, la colère. Le dégoût reste la plus destruc­trice des émo­tions, et elle cumule mal­heureuse­ment d’autant plus de phas­es inten­sives et gradu­elles lorsqu’elle advient par sur­prise, sous l’emprise de la peur et de la tristesse. Con­tin­uer la lec­ture

Marginales 300 au chevet de l’Europe

COLLECTIF, La dernière EUR?, Mar­ginales n° 300–301, Print­emps-Été 2019, 170 p., 10 €  

La revue Mar­ginales célèbre aujourd’hui sa 300e livrai­son. Créée en 1945 par l’écrivain belge Albert Aygues­parse, elle a con­nu une inter­rup­tion de 1991 à 1998. Date à laque­lle Jacques de Deck­er, en prit la direc­tion, lui don­nant un nou­veau départ, mais aus­si une nou­velle spé­ci­ficité en ori­en­tant, à chaque paru­tion, les textes lit­téraires inédits et venus de tous hori­zons, vers un thème cen­tral. Con­tin­uer la lec­ture

Au refuge des mots

COLLECTIF, Des tra­ver­sées et des mots. Écri­t­ures migrantes, Marda­ga, 2019, 96 p., 14.90 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑80470–714‑9

Voici une ini­tia­tive orig­i­nale née dans la foulée de la Foire du livre : rassem­bler en un recueil des textes écrits par des migrants et d’autres créés pour l’occasion par quelques-uns de nos écrivains fran­coph­o­nes et par des per­son­nes impliquées dans les mou­ve­ments aux côtés des réfugiés. Ce pari lit­téraire qui jux­ta­pose les con­tri­bu­tions en un jeu de miroirs ne va pour­tant pas de soi. Comme le rap­pelle juste­ment Xavier Deutsch : Con­tin­uer la lec­ture

L’Europe entre dérives identitaires et mépris des peuples

Véronique DE KEYSER, Une démoc­ra­tie approx­i­ma­tive L’Europe face à ses démons, CAL, coll. « Lib­erté, j’écris ton nom », 2018, 100 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87504–030‑5

Plus de soix­ante ans après le Traité de Rome, peut-on dire que l’Europe est démoc­ra­tique ? C’est l’une des ques­tions que pose Véronique De Keyser, anci­enne députée social­iste européenne (de 2001 à 2014) et pro­fesseure émérite de psy­cholo­gie à l’ULiège, dans son livre Une démoc­ra­tie approx­i­ma­tive. L’Europe face à ses démons, lau­réat du Prix du livre poli­tique 2018.

La créa­tion de l’Europe après la Deux­ième guerre mon­di­ale sym­bol­i­sait la réc­on­cil­i­a­tion des peu­ples sur un champ de ruines. Jusqu’au début des années 2000, les crises qu’elle a tra­ver­sées ont été sur­mon­tées et son exis­tence n’a jamais été vrai­ment ques­tion­née. Il n’en est plus de même aujourd’hui (…) L’Europe a encore ses défenseurs, mais ses détracteurs se font de plus en plus nom­breux.

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Fêlures intimes de la prospérité

Sébastien FEVRY, Soli­tude Europe, pré­face de Philippe Longchamp, Cheyne, 2018, 107 p., 19 €, ISBN 978–2‑84116–261‑1

Rares sont les livres de poésie qui affron­tent explicite­ment les aspects ingrats de la vie con­tem­po­raine, qu’ils soient bénins ou dra­ma­tiques : attente du bus, pas­sager clan­des­tin d’un camion, recherche d’une sta­tion-ser­vice, épuise­ment pro­fes­sion­nel, yeux rougis par la fumée, divorce des par­ents, etc.  Tel est pour­tant Soli­tude Europe, pre­mier recueil de Sébastien Fevry, dont une des clés est peut-être don­née indi­recte­ment à la page 86 : « l’été où tu pris la déci­sion de tenir un jour­nal. » La tech­nique, en effet, est celle de la nar­ra­tion décousue, effilochée, addi­tion quo­ti­di­enne d’anec­dotes à pre­mière vue hétéro­clites. À pre­mière vue seule­ment, car plusieurs con­stantes s’im­posent vite. Essen­tielle­ment visuel, spa­tial et itinérant, l’imag­i­naire que met en œuvre cette écri­t­ure diariste est ponc­tué avec insis­tance par les motifs de la route, du véhicule, du park­ing, du zon­ing, du chemin de fer – les nom­breux toponymes ren­voy­ant aux États-Unis et surtout à l’Eu­rope occi­den­tale, prin­ci­pale­ment du nord : Arras, Ams­ter­dam, mer Bal­tique, Car­o­line du Sud, Dubrovnik, New­cas­tle, Paris, Turin, etc.  Il est aus­si ques­tion de restau­rants et de cafés, de salles de réu­nion ou de con­grès, d’hô­tels, d’un cen­tre com­mer­cial, lieux de pas­sage et de bras­sage humain où le “je” est tan­tôt acteur, tan­tôt sim­ple témoin ou même voix off. Tout sem­ble démon­tr­er une intense activ­ité humaine. Voici même un hôtel qui, la nuit, à l’in­su de ses clients, « ébran­le sa for­mi­da­ble masse / et remonte vers le nord »… Con­tin­uer la lec­ture

Propositions pour une politique migratoire

François GEMENNE et Pierre VERBEEREN, Au-delà des fron­tières. Pour une poli­tique migra­toire, CAL, coll. « Lib­erté, j’écris ton nom », 2018, 124 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87504–031‑2

Salu­ons l’essai de François Gemenne, chercheur qual­i­fié du FRS-FNRS et Pierre Ver­beeren, directeur général de Médecins du Monde, d’avancer dix propo­si­tions pra­tiques à l’attention de la Bel­gique mais surtout de l’Europe, sur la ques­tion des poli­tiques migra­toires. Face à la ter­ri­fi­ante mon­tée des extrêmes droites, aux men­aces qu’elles font peser sur la démoc­ra­tie, les lib­ertés, la ques­tion envi­ron­nemen­tale, cet essai fait bloc con­tre les pop­ulismes et leur fab­ri­ca­tion de boucs émis­saires (migrants, Rroms, pau­vres, chômeurs…).   Con­tin­uer la lec­ture

Bienvenue en Europe !

Marie DOUTREPONT, Moria. Chroniques des limbes de l’Europe, 180° édi­tions, 2018, 160 p., 15 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑930427–93‑5

« On peut faire un homme n’importe où, le plus étour­di­ment du monde et sans motif raisonnable ; un passe­port, jamais. Aus­si recon­naît-on la valeur d’un bon passe­port, tan­dis que la valeur d’un homme, si grande qu’elle soit, n’est pas for­cé­ment recon­nue. » Ces mots de Bertolt Brecht (Dia­logues d’exilés, 1941) ouvrent le réc­it de Marie Doutre­pont, Moria. Chroniques des limbes de l’Europe. Ils réson­nent encore cru­elle­ment aujourd’hui. La valeur de l’être humain, sa lib­erté de déplace­ment ne se déci­dent que par le lieu qui le voit naître. Con­tin­uer la lec­ture

Juste des jours meilleurs

Gré­goire POLET, Tous, Gal­li­mard, 2017, 348p., 22 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 9782072704659

poletAma­teur de défis lit­téraires, Gré­goire Polet nous a habitués aux réc­its poly­phoniques et aux fic­tions à entrées mul­ti­ples. Cette fois, il a décidé de rem­bobin­er le film des dernières années et de réécrire l’histoire en imposant des vari­antes aux faits tels qu’ils nous sont con­nus. Pour ce faire, il se déplace aux côtés de pro­tag­o­nistes du mou­ve­ment des Indignés par la voix de Car­oli­na Gracq, une Lié­geoise d’origine qui nous dévoile dans ses mémoires les sources de son engage­ment. Infir­mière par­tie en mis­sion avec Médecins Sans Fron­tières, elle y ren­con­tre Romuald Salis, médecin, et entre eux s’amorce une indé­fectible com­plic­ité. Revenus en Europe, ils sil­lon­nent les villes et rejoignent les mou­ve­ments soci­aux qui suiv­ent le crash bour­si­er de 2008.  Cette mil­i­tance urbaine trou­ve à s’exprimer dans des man­i­festes et se sent vite à l’étroit dans les habits d’un sim­ple groupe de pres­sion. C’est pourquoi la par­tic­i­pa­tion aux élec­tions lég­isla­tives s’impose d’évidence comme la con­ti­nu­ité de cette lame de fond qui ne cesse de recruter des émules partout en Europe. L’altermondialisme, la démoc­ra­tie directe, la non-vio­lence, le refus des priv­ilèges et l’écologie sont au menu d’un raz-de-marée élec­toral qui ouvre les portes du pou­voir, fer­mant la voie au vieux monde con­testé. Con­tin­uer la lec­ture

Le rayonnement d’un poète, Européen avant la lettre

Cat­a­logue illus­tré de l’exposition Verhaeren.Un poète pour l’Europe, 80 p.
Émile VERHAEREN, Les vil­lages illu­soires, 2016, Espace Nord, 224 p., 9 €
Émile VERHAEREN, Les Vil­lages illu­soiresDor­pen van zins­bedrog, traduit par Ste­faan Van den Bremt, gravures d’Henri Ramah, 2016, Lou­vain, éd. P, 80 p.
Émile Ver­haeren Veer­man, poèmes choi­sis et traduits par Koen Stas­si­jns, 2016, Lan­noo, Tielt, 364 p.

verhaeren europePoète majeur, dra­maturge orig­i­nal, cri­tique d’art intu­itif et péné­trant, Émile Ver­haeren est l’une des grandes fig­ures de notre his­toire, de notre cul­ture. L’une des plus chères, qui a mar­qué notre sen­si­bil­ité de son souf­fle, son lyrisme, sa force, sa fer­veur.

Cha­cun de nous garde en mémoire tels vers, telles pros­es aux accents per­son­nels ; évoque son sou­venir en se prom­enant dans les doux paysages des rives de l’Escaut qu’il a tant chan­tés.

Mais ce qu’on ne soupçonne pas tou­jours, c’est le ray­on­nement de son œuvre et de sa per­son­nal­ité, célèbres dès la fin des années 1890, et avec plus d’éclat encore entre 1900 et 1910, dans l’Europe entière et jusqu’en Russie. Sa foi dans le vieux con­ti­nent, son aspi­ra­tion à une Europe unie, exem­plaire (« L’Europe est une forge où se frappe l’idée »). Con­tin­uer la lec­ture

L’amitié en guise d’Europe

Eric PAUWELS, Quand j’étais petit, les cos­mo­nautes vivaient aus­si longtemps que les chênes, Motifs, 2016, 277 p.

pauwelsUn homme, dont on devine le grand âge, entre­prend un périple d’Anvers à Venise en train. Il a parsemé le par­cours d’étapes ami­cales au cours desquelles il pren­dra le temps des retrou­vailles avant de con­tin­uer sa route. De ce pèleri­nage, on aura vite com­pris que l’effet recher­ché est de savour­er l’instant présent. Le voyageur scrute les paysages qui défi­lent et cueille les images furtives quoi s’offrent à lui. Il en est de même des êtres qu’il croise et sa disponi­bil­ité lui vaut une belle galerie de ren­con­tres éphémères mais tou­jours placées sous le signe de l’étonnement posi­tif. Con­tin­uer la lec­ture