Ghislain COTTON, Itinéraire d’un voyou, Murmure des soirs, 2017, 265 p., 20€, ISBN : 978–2930657-34–9
C’est « le récit […] d’une tranche de vie passée dans ce monde de voyous qui, pour survivre, nous oblige à nous faire voyous à notre tour. À moins de rester pieds et mains liés par notre morale que les plus rusés nous imposent pour ne pas nous trouver sur leur chemin pourri ». C’est le récit d’Adrien de Bucy, né Debucy le 4 juin 1951, « quelques semaines avant qu’un gamin ne saute de l’uniforme de boy-scout dans celui de roi des Belges ». Son père, l’honorable Auguste, était juge de profession ; un sacerdoce pour cet homme à l’austérité bornée, qui sanctionnait avec fermeté la moindre incartade des justiciables, aussi bien au sein du Palais de Justice que sous son toit. Quant à sa mère, la douce et belle Sabine, toute pétrie de convenances catholiques et de pathologies imaginaires, elle couvait ses deux fils d’une affection inquiète. Non, Adrien n’était pas l’unique enfant de ce foyer bourgeoisement étouffant, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’était pas seul : son fayot de frère et lui ne partageaient rien, si ce n’est la génétique.
À lire : extrait d'Itinéraire d'un voyou
Pour son troisième roman publié chez Murmure des Soirs, Douze mesures pour un meurtre, Michel Lauwers nous emmène à Hokum, petite ville de l’état du Mississippi, après la Deuxième Guerre mondiale. Descendu à l’unique hôtel, Alan Malox, employé d’une firme de disques de New York, s’écroule dans le fauteuil qu’il occupait au salon après avoir avalé son jus de citron quotidien, agrémenté d’une dose mortelle de cyanure. Pour Sol Chambers, le jeune shérif chargé de l’enquête, un meurtre dans sa juridiction est une occasion inespérée de démontrer ses qualités de fin limier.
Voici un roman attachant, au charme suranné d’une époque révolue, au parfum léger d’eau de rose, situé à la charnière des XIXe et XXe siècles dans un univers petit-bourgeois liégeois tout empreint de convenances, de bondieuserie et de corsetage moralisateur. Mademoiselle de ces gens-là est l’histoire de « Mademoiselle », c’est-à-dire la jolie Clémence, fille de notaire, qui un jour d’enfance fut éblouie par un jeune forain merveilleux et un premier baiser innocent à travers la haie du jardin ; elle en contracta un amour secret et ne vécut plus jamais que par le souvenir obsédant de ce Romain. Durant vingt ans, jusqu’à ce qu’elle le retrouve enfin – nous ne dévoilons rien vraiment ici tant les retrouvailles sont prévisibles –, elle subira, plus que ne vivra réellement, une existence dominée par un fantôme. « Ces gens-là » est le terme dénigrant et apeuré dont la « bonne » société désigne les gens du voyage, saltimbanques et forains, ces « moins que rien » ou barakîs comme on dit à Liège, dont on se méfie quoiqu’ils apportent fête, imaginaire et goût de l’ailleurs.
Par l’intermédiaire d’un ami, Marc Pirlet rencontre pour la première fois en avril 2013 Bruna, une vieille dame qui habite sur les hauteurs de Seraing. Celle-ci vient souvent l’après-midi en ville, à Liège, prendre un chocolat chaud dans un endroit accueillant sa solitude. Pourquoi va-t-il la rencontrer, bientôt régulièrement ? Parce que cette dame menue, charmante d’ailleurs, a une histoire qu’elle a longtemps tenue sous silence mais qui maintenant, alors qu’elle a atteint quatre-vingt-six ans, doit se confier. C’est avec constance et ferveur que Marc Pirlet va l’écouter et recueillir des propos qu’il faut communiquer à tous. C’est en effet une confidence de l’enfer vécu que Bruna tient à faire avant de disparaître, pour que rien ne s’oublie, ne se perde de la mémoire. L’enfer, ce sont ces années passées dans les camps de concentration nazis, les camps de la mort. C’est en 1941 que Bruna, qui a 16 ans, et son frère sont arrêtés dans la maison familiale de Seraing par les agents de la Gestapo qui recherchent le père, communiste polonais, disparu depuis l’exode de mai 1940. Rapidement déportée en Allemagne et à travers plusieurs lieux de détention, elle arrive au sinistre camp de Ravensbrück où elle passera plusieurs années terribles avant de terminer dans cet autre enfer qu’était Bergen-Belsen, d’où elle sera libérée puis rapatriée vers la Belgique en état d’extrême faiblesse.
Lorsque Madeleine, surnommée Mad, obtient ce qu’elle a toujours voulu, à savoir vendre une cinquantaine de ses toiles lors d’un vernissage, elle suffoque et décide de sortir de cette galerie de paysages gris. Une décision s’impose à elle : prendre un nouveau départ à 53 ans. Sans plus attendre, elle rompt avec son agent et achète une maison à la campagne. 
Quand arrive leur crépuscule, les idoles ont deux solutions : soit elles se retirent en un Walhalla qui commence à sentir le roussi, pour y agoniser loin des regards et boire jusqu’à lie la coupe amère du déclin ; soit elles ébrouent une dernière fois leur majesté et descendent de la montagne parmi les hommes afin de livrer, façon prophète, une nouvelle vérité.
D’un côté, il y a Violaine Carpentier. Trente ans, même pas cinquante kilos, secrétaire au sein d’une grande boîte, un chat. Non reconnue par son père, faire-valoir de sa mère désaimante. Un viol comme seul passif sexuel. Sa vie ? « Trente ans de tristesse et de malaise indicible à la recherche de mots suffisamment précis pour dépeindre la mélancolie de mes journées passées à me chercher et à comprendre le sens. Le sens d’une vie subie, un peu plus chaque jour, le sens de cette incapacité à sourire pleinement, le sens de cette crispation aigre et amère à l’évocation d’un jour de plus. Une vie à refuser de vivre, vie d’automate, une vie sans mode d’emploi, la vie d’un cadavre articulé par les pulsations cardiaques d’un cœur qui n’en finit pas de saigner. » Invisible aux yeux de sa génitrice Julie/tte (trop occupée à refuser de vieillir et à scruter son reflet dans des pupilles désirantes), de ses collègues et de l’ensemble de l’humanité, Violaine ploie sous le poids de son existence pourtant bien vide, pourtant proche du Néant. Les rares fois où il lui faut faire face à des obligations sociales, elle se documente dans les magazines, visionne des films et laisse traîner ses oreilles dans les cafeterias. Une proie. 


Des incursions, sous forme de portraits, dans l’histoire contemporaine de l’Allemagne, notamment à partir des traces mémorielles de la Deuxième Guerre Mondiale et une certaine forme de fantastique surgissant dans le quotidien : tels sont les ingrédients du recueil de neuf nouvelles que publie l’avocat liégeois Jean-Marc Rigaux sous le titre Nouvelles d’Est.
Inspiré sans doute par le titre du film de1979 signé Nicholas Meyer, Jean-Marc Rigaux, avocat liégeois et nouvelliste patenté, publie C’était demain, un recueil dont le premier texte « Welcome to the limit », confirme un bel appétit pour le fantastique mâtiné de science fiction. Un employé de laboratoire y développe des recherches personnelles visant à neutraliser la tension superficielle de la membrane biologique. Bingo : ça marche ! Et si bien qu’en l’expérimentant sur lui, il devient pour quelques heures tout l’immeuble, toute la France et jusqu’à la Terre entière.