Françoise LISON-LEROY, Nid, monotypes de Pascaline WOLLAST, Esperluète, 2023, 56 p., 15 €, ISBN : 9782359841732
Mon corps est une armoire. Je vis dedans. Quand elles viennent, je voudrais me cacher ailleurs. Je pourrais m’enfuir et elles ne verraient rien, je serais toujours là.
Juxtaposées dans leur écrin blanc et noir, les phrases de Françoise Lison-Leroy ricochent sur les estampes de Pascaline Wollast, également magnétiques et sibyllines, à mi-chemin entre l’énigme et l’évidence. Ce bref récit poétique contient deux parties : « On a changé de pays » et « L’autre nuit » — deux parties qui se présentent comme les rives d’un fleuve, entre lesquelles serpente une histoire millénaire et pourtant toujours neuve. On a changé de pays introduit l’idée d’un mouvement, peut-être une fuite, un départ en tout cas qui bute d’emblée sur les murs d’une étrange maison, dont on ne sait s’il s’agit d’une prison ou d’un centre de soin – voire, de tout autre chose. Mais s’agit-il seulement d’échapper à quelque chose ou quelqu’un ? Peut-être est-il plutôt question de se soustraire aux regards, pour mieux retrouver ses souvenirs et les parfums tactiles du premier nid (ou premier lit) à l’approche du dernier. Continuer la lecture













Premier roman de Jean-Luc Outers, paru en1987 aux éditions Gallimard, L’ordre du jour reparait dans la collection Espace Nord. Cette réédition est l’occasion de remettre sur les tables un récit dont le tranchant est loin d’avoir été émoussé par les années.
J’écris : voici mon frère, il n’a fait que passer, mais la phrase ment. Alors je cherche les traces qu’il a laissées dans le regard des autres. Il me relie à eux. Qu’est-ce qui s’est inscrit en eux de son passage ?
Au bord de la Lesse, une petite fille creuse des trous dans son ventre pour y enfouir la honte d’exister dans un monde qui ne veut pas d’elle. “Élargir le gouffre, déplacer la montagne, voilà le labeur qui occupe la grande part de ses jours et de ses nuits”. À grandir sans amour, “de manière tordue, comme un chêne solitaire et déjà vieux” à la sève trempée du poison de l’inceste, Jeanne semble ne pouvoir accéder qu’à une jeunesse charpentée par les drogues et les relations abusives. Si la résilience avait un nom, elle porterait celui de ce personnage cumulant tous les maux, millénaires, qui s’abattent sur les corps et les esprits des femmes.