Archives par étiquette : philosophie

Nietzsche à venir

Clé­ment BERTOT et Jean LECLERCQ (dir.), Niet­zsche et la phénoménolo­gie. Entre textes, récep­tions et inter­pré­ta­tions, Clas­siques Gar­nier, 2019, 405 p., 75 €, ISBN : 978–2‑406–08197‑5

La pen­sée de Niet­zsche est-elle la lit­téra­ture irra­tionnelle d’un illu­miné du 19e siè­cle ? Puisque cette grossièreté n’est pas ten­able, même pour un ratio­nal­iste résis­tant, de quelle pen­sée s’agit-il ?

Si, comme je le crois, l’activité philosophique aujourd’hui reste mar­quée par les avancées de la phénoménolo­gie de Husserl (en dépit de son idéal­isme sub­jec­tiviste), de l’on­tolo­gie de Hei­deg­ger (en dépit de ses dérives nation­al­istes, de la défense aber­rante d’un «esprit»  du nazisme à l’antisémitisme) et de la thérapeu­tique du lan­gage de Wittgen­stein (en dépit de son enlise­ment casu­isi­tique par une trop grande part de la philoso­phie ana­ly­tique), l’exigence de penser le monde dans un lan­gage non “métaphysique“est en même temps son enjeu. La philoso­phie naît et renaît à tra­vers le ques­tion­nement rad­i­cal hors de toute opin­ion, de tout préjugé, de toute idéolo­gie, à la racine hors de toute méta­physique accrochée à la vérité hors monde. Or ce ques­tion­nement, dans sa phase mod­erne, remonte à l’effort inouï de Niet­zsche de penser par-delà bien et mal — par-delà l’opposition entre l’essence et l’apparence, la vérité et l’erreur… Con­tin­uer la lec­ture →

Liberté, démocratie et universalisme

Robert LEGROS, L’expérience de la lib­erté, Her­mann, coll. « Le bel aujourd’hui », 2019, 184 p., 24 €, ISBN : 979–1037001436

Que désigne l’expérience et qu’en est-il de l’expérience de la lib­erté ? Com­ment, à par­tir de la phénoménolo­gie, pos­er une philoso­phie poli­tique qui ouvre une cri­tique du rel­a­tivisme ? Pro­fesseur émérite de l’Université libre de Brux­elles, de l’Université de Caen, auteur de nom­breux essais (Le jeune Hegel et la nais­sance de la pen­sée roman­tique, L’avènement de la démoc­ra­tie, L’humanité éprou­vée, Lev­inas. La vie de l’esprit…), Robert Legros inter­roge la sin­gu­lar­ité de l’expérience phénoménologique (en tant qu’elle « sus­pend » l’attitude naturelle, elle n’est pas cul­turelle), ses rap­ports avec la méta­physique d’une part, avec la philoso­phie poli­tique de l’autre. Y a‑t-il iden­tité entre phénoménolo­gie (« en tant qu’ouverture à une expéri­ence uni­verselle ») et méta­physique (posi­tion de Lev­inas) ou dis­jonc­tion (Hei­deg­ger) ? Dès lors qu’il n’y a pas d’humanité de l’homme sans une appar­te­nance à un monde, doit-on en déduire que le rel­a­tivisme est de mise, indé­pass­able, ou, au con­traire, s’appuyant sur la dimen­sion uni­verselle de l’expérience phénoménologique, con­clure à des normes uni­verselles ? Con­tin­uer la lec­ture →

Le tournant postcritique

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTER (dir.), Post­cri­tique, PUF, 2019, 296 p., 21 € / ePub : 16.99 €, ISBN : 978–2‑13–081745‑1

Conçu comme un man­i­feste appelant à une sor­tie du règne de la cri­tique, Post­cri­tique, l’ouvrage col­lec­tif dirigé par Lau­rent de Sut­ter, inter­roge bril­lam­ment l’hégémonie actuelle de la cri­tique, plus pré­cisé­ment la déf­i­ni­tion de la pen­sée (en tous ses régimes, ses reg­istres, ses dis­ci­plines) comme cri­tique. L’on pour­rait avancer que cet ouvrage pro­duit une cri­tique de la cri­tique, une généalo­gie d’une pos­ture de pen­sée qui, héritée des Lumières, entend plac­er son exer­ci­ce sous le signe d’un exa­m­en de ses con­di­tions. Mais, davan­tage qu’une cri­tique de la cri­tique, les con­tri­bu­tions inven­tent un pas de côté, tirent des lignes de fuite, pro­posant « un régime de pen­sée alter­natif à sa soumis­sion à l’exigence de lucid­ité — un régime de pen­sée post­cri­tique » (Lau­rent de Sut­ter). Val­ori­sa­tion de l’esprit cri­tique, cri­tique lit­téraire, de ciné­ma, d’art, héritage du crit­i­cisme kantien, des philoso­phies cri­tiques de Niet­zsche, Marx, de l’École de Franc­fort, de Fou­cault… : de nos jours, sévit une pen­sée cri­tique qui, dev­enue un mot d’ordre, se pose comme dotée d’une absolue légitim­ité. Dis­crim­i­nante, elle dis­qual­i­fie ce qu’elle tient pour illu­soire. Con­tin­uer la lec­ture →

Tu m’aimes combien ?

François DE SMET, Éros cap­i­tal, Les lois du marché amoureux, Flam­mar­i­on, coll. “Cli­mats”, 2019, 400 p., 21 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782081422698

On voudrait y croire encore, on voudrait y croire tou­jours que : l’amour est le plus beau, le plus pur des sen­ti­ments, la divine idylle peut nous apporter le bon­heur, nous emporter loin de la vie laborieuse, dis­pendieuse. On voudrait et puis des écrivains, des intel­lectuels brisent nos rêves. Ils nous font per­dre espoir. Mais peut-être que sans espoir – ce qui ne sig­ni­fie pas le dés­espoir – peut-on affron­ter la réal­ité au mieux, dans toutes ses dimen­sions. C’est ce que sem­ble dire le philosophe François De Smet à la fin d’Éros cap­i­tal, que ce que nous venons de lire « ne nous empris­onne dans aucun déter­min­isme ». On ajoutera : peut-être qu’il nous en libère. Mais que venons-nous de lire ?

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Traversée de la philosophie

Alain BAJOMÉE, Vie, mort, plaisir, souf­france et autres réjouis­sances. Une petite balade en philoso­phie, Illus­tra­tions de Thomas Bajomée et de Hen­ri Char­li­er, Édi­tions de la Province de Liège, 2019, 558 p., 18 €, ISBN : 9782390101338

Ni manuel ni his­toire de la philoso­phie de ses orig­ines à nos jours, Vie, mort, plaisir, souf­france et autres réjouis­sances nous con­vie à une tra­ver­sée libre de penseurs qu’Alain Bajomée abor­de sous l’angle des ques­tion­nements qu’ils ont soulevés et des enjeux con­tem­po­rains qu’ils véhicu­lent. Choi­sis­sant d’éclairer des notions (lib­erté, vérité, mal, réal­ité, être….), des prob­lèmes par des éclairages venant du ciné­ma, des séries TV ou de la musique, Alain Bajomée ramène l’activité philosophique à son ques­tion­nement, à l’étonnement qui lui a don­né nais­sance. Sans accentuer la coupure arti­fi­cielle et sujette à cau­tion entre pen­sée mythique et avène­ment du logos, l’avènement de la philoso­phie occi­den­tale au siè­cle avant J. C. cor­re­spond à une nou­velle manière de penser qui, s’affranchissant de l’explication par les dieux, par les mythes, s’interroge sur l’ordre du monde en se con­fi­ant aux lumières de la rai­son. Arbre com­posé d’une mul­ti­plic­ité de branch­es — logique, méta­physique, morale, esthé­tique, épisté­molo­gie… —, la philoso­phie en tant qu’« amour de la sagesse » se dif­fracte en domaines, en écoles, en courants. Con­tin­uer la lec­ture →

Régime de l’art et motif de la condensation

Kim LEROY, La con­den­sa­tion. Économie sym­bol­ique et sémi­o­tique fon­da­men­tale, Let­tre volée, 2019, 192 p., 21 €, ISBN : 978–2‑87317–522‑1

Enseignant la philoso­phie de l’art et la sémi­olo­gie des médias à l’Académie royale des Beaux-Arts de Brux­elles et à l’école d’ARTS à Mons, Kim Leroy éla­bore dans l’essai La con­den­sa­tion une approche des arts plas­tiques, de l’esthétique en général à par­tir du con­cept de « con­den­sa­tion ». Par­tant de l’emploi du terme « con­den­sa­tion » par Matisse dans ses Écrits et pro­pos sur l’art (« Je veux arriv­er à cet état de con­den­sa­tion des sen­sa­tions qui fait le tableau »), Kim Leroy élit cette notion afin de définir un enjeu majeur de la pen­sée de l’art : la ques­tion du pas­sage de la réal­ité sen­si­ble, physique de l’œuvre à sa réal­ité psy­chique. Con­tin­uer la lec­ture →

Manifeste pour une pop’philosophie

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTER, Qu’est-ce que la pop’philosophie ?, PUF, 2019, 128 p., 7 € / ePub : 5.49 €, ISBN : 978–2‑13–081634‑8

Dans Qu’est-ce que la pop’philosophie ?, man­i­feste nova­teur, ambitieux, tail­lé dans la vitesse de la pen­sée, Lau­rent de Sut­ter fait un sort au grand partage entre choses dignes d’être inter­rogées et choses reléguées dans l’inintéressant. À ceux qui, ran­i­mant l’interrogation socra­tique « Y a‑t-il une Idée de la boue, du poil ? », tranchent par la néga­tive, à ces excom­mu­ni­ca­teurs de réal­ités dotées d’une valeur ontologique et épisté­mologique moin­dre voire nulle, cet essai qui a la ful­gu­rance d’une flèche oppose la pen­sée joyeuse d’une égal­ité absolue entre tout ce qui peut faire l’objet d’un branche­ment. Com­po­si­tion musi­cale en 25 frag­ments, assor­tie de dix thès­es sur la pop’philosophie qui ren­versent les Dix com­man­de­ments sous-ten­dant l’exercice ordi­naire de la philoso­phie, l’ouvrage s’avance comme une machine de guerre pro­longeant, incar­nant le plan de la pop’philosophie que Deleuze appelait de ses vœux. Plus exacte­ment, Deleuze, tout en l’ayant par­tielle­ment mis en œuvre, le situ­ait comme un hori­zon à venir. Con­tin­uer la lec­ture →

Lucky Luke, un justicier blanc dans le lointain Ouest

Pierre ANSAY, Lucky Luke. La jus­tice et la philoso­phie, Couleur Livres, 2018, 177 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87003–889‑5

Philoso­pher à pro­pos de Lucky Luke : voilà la propo­si­tion que nous fait Pierre Ansay dans son dernier livre, lui qui s’était déjà livré au même exer­ci­ce avec Gas­ton Lagaffe (Couleur livres, 2012). On imag­ine sans trop de peine que l’improbable employé de bureau imag­iné par Fran­quin puisse inciter à la réflex­ion par son insond­able paresse et sa créa­tiv­ité biscornue.Par con­tre, c’est peut-être moins évi­dent pour le poor lone­some cow-boy inven­té par Mor­ris, parce qu’il est d’abord un homme d’action.

Pour­tant, quand Gas­ton passe son temps à être, Luc le Chanceux, lui, agit et, sur son ter­rain d’action, il est con­fron­té à cer­taines notions que les philosophes ont cou­tume de traiter : le bien et le mal, l’ordre, l’autorité, la loi et la jus­tice. Avec la nuance que ses auteurs des­ti­nent ces aven­tures à la jeunesse et qu’à rebours, par exem­ple, d’un Cor­to Mal­tese de Hugo Pratt, ils veu­lent d’abord faire sourire.

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Regard sur Jeff Koons

Lau­rent DE SUTTER, Pornogra­phie du con­tem­po­rain. Made in Heav­en de Jeff Koons, La Let­tre volée, coll. « Palimpses­tes », 2018, 64 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87317–516‑0

L’indignation qu’a sus­citée l’installation Made in Heav­en en 1991, plus récem­ment Les Tulipes, les ires et con­damna­tions que soulèvent les œuvres de Jeff Koons dans le monde des cri­tiques d’art (mer­can­til­isme, oppor­tunisme, infan­til­isme, mau­vais goût…), Lau­rent de Sut­ter les aus­culte, les dis­sèque au fil de Pornogra­phie du con­tem­po­rain. Made in Heav­en de Jeff Koons, un essai auda­cieux, déca­pant, incisif qui part du symp­tôme Koons pour livr­er les atten­dus d’une esthé­tique con­tem­po­raine. Un mot con­dense à ses yeux l’anathème dont Koons est vic­time : celui de kitsch dont il mon­tre que Clement Green­berg en a fait le repous­soir du mod­ernisme. Pour Green­berg, le kitsch est au mod­ernisme ce que l’arrière-garde est à l’avant-garde. Le rejet du kitsch (vu comme vul­gaire, académique, cul­ture stan­dard­is­ée, démoc­ra­ti­sa­tion de l’art…) que parta­gent Green­berg et Harold Rosen­berg s’appuie sur l’épineuse ques­tion de la déf­i­ni­tion de l’art, à savoir le partage entre un « art vrai, authen­tique » et la sphère du non-art. La divi­sion entre « grand art » et « art pop­u­laire », la visée essen­tial­iste chargée de pro­duire les canons esthé­tiques, les critères tran­scen­dants départageant l’art du non-art ont, depuis lors, été réfutées. Der­rière la volon­té d’exclure ce qui relève du kitsch, des straté­gies de dom­i­na­tion sont opérantes. Con­tin­uer la lec­ture →

Relecture d’Aristote

Syl­vain DELCOMMINETTE, Aris­tote et la néces­sité, Vrin, 2018, 648 p., 45 €, ISBN : 978–2‑7116–2736‑3

delcomminette_aristote et la necessite.jpgDans Aris­tote et la néces­sité, essai aus­si ambitieux que magis­tral, Syl­vain Del­com­minette entend repenser la cohérence du cor­pus d’Aristote à par­tir du con­cept de « néces­sité ». Analysant le rôle de la néces­sité dans de nom­breux domaines explorés par le Sta­girite (logique, méta­physique, physique, épisté­molo­gie, éthique…), Del­com­minette fait de ce con­cept un puis­sant levi­er apte à recon­stru­ire la « néces­sité » de la pen­sée aris­totéli­ci­enne dès lors que la néces­sité cesse de se con­fon­dre avec le déter­min­isme. S’écartant de l’interprétation « évo­lu­tion­niste » d’une pen­sée aris­totéli­ci­enne se rema­ni­ant au fil du temps, l’ambition de sys­té­ma­ti­sa­tion pour­suiv­ie dans l’essai vise à dégager la logique dynamique uni­taire, la vie de la pen­sée d’Aristote. Con­tin­uer la lec­ture →

Pensée et histoire de la franc-maçonnerie

Lam­bros COULOUBARITSIS, La com­plex­ité de la franc-maçon­ner­ie. Approche his­torique et philosophique, Ousia, 2018, 583 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87060–183‑9

couloubaritsis la complexite de la franc maconneriePro­fesseur émérite de l’Université Libre de Brux­elles, spé­cial­iste de la philoso­phie grecque et médié­vale, notam­ment d’Aristote, auteur entre autres d’ouvrages de référence — His­toire de la philoso­phie. Aux orig­ines de la philoso­phie européenne (De Boeck, 2003), His­toire de la philoso­phie anci­enne et médié­vale (Gras­set, 1998), La prox­im­ité et la ques­tion de la souf­france humaine (Ousia, 2005) —, Lam­bros Couloubar­it­sis pour­suit dans La com­plex­ité de la franc-maçon­ner­ie les réflex­ions dévelop­pées dans La philoso­phie face à la ques­tion de la com­plex­ité (Ousia, 2014). Alliant la voie his­to­ri­enne et l’approche philosophique, il livre une somme nova­trice et déci­sive sur le phénomène de la franc-maçon­ner­ie, démon­tant les clichés, la vul­gate qui entoure le mou­ve­ment, pro­posant des éclairages inédits. Con­tin­uer la lec­ture →

Après la loi de Laurent de Sutter

Un coup de cœur du Carnet

Lau­rent DE SUTTER, Après la loi, PUF, 2018, 272 p., 18 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑13–080144‑3

de sutter apres la loi.jpgDans le sil­lage de Mag­ic, Théorie du kamikaze, Lau­rent de Sut­ter signe avec Après la loi un ouvrage décisif qui révo­lu­tionne la pen­sée du droit. Au fil d’une éru­di­tion au ser­vice d’une inven­tiv­ité con­ceptuelle, il démonte le règne du légal­isme en Occi­dent, analyse la cor­réla­tion étroite entre loi, ordre, rai­son, police et exhume ce que l’empire de la loi a dû étouf­fer pour tri­om­pher : l’invention du droit. Le réel que la loi a for­c­los a pour nom le droit. L’entreprise magis­trale de Lau­rent de Sut­ter sépare deux régimes de pen­sée que l’on se plaît à con­fon­dre : celui de la loi qui, se ten­ant du côté de l’être, de la sanc­tion, du châ­ti­ment, s’arc-boute au sujet humain doté de droits et de devoirs et celui du droit qui, se ten­ant du côté du devenir, de la casu­is­tique, se fonde sur une per­son­ne humaine, ani­male, végé­tale… L’appel à fray­er un au-delà de la loi entend retrou­ver le droit, c’est-à-dire la magie, la jus­tice que le légal­isme a bâil­lon­nées. Le coup de force opéré par la loi con­siste à affirmer que, sans elle, le monde som­bre dans le chaos : seule l’hypothèse d’un désor­dre résul­tant de son absence donne « une jus­ti­fi­ca­tion à l’injustifiable ». Con­tin­uer la lec­ture →

De Pierre Ansay et des passeurs en général

Pierre ANSAY, Spin­oza au ras de nos pâquerettes, Couleur livres, 2016, 309 p., 19 €   ISBN : 978–2‑87003–697‑6

ansay-spinozaParaît que Spin­oza est rede­venu à la mode. Aus­si bien dans les milieux anar­chistes que dans ceux, plus à droite, des fer­vents de la lib­erté d’en­tre­pren­dre. C’est que la pen­sée du gail­lard, toute rigoureuse et pré­cise qu’elle soit, n’en reste pas moins mal­léable, sujette aux inter­pré­ta­tions les plus con­tra­dic­toires. C’est qu’on ne peut pas se con­tenter de lire Spin­oza. Croire, d’un coup, à la pre­mière lec­ture, être ren­tré dedans comme on dit. Spin­oza, on le déguste à force de le côtoy­er. Un peu. Beau­coup. Tous les jours. À force d’y revenir donc. De le relire. De ne pas hésiter à repren­dre ce qu’on croy­ait avoir déjà com­pris. C’est ce que nous sug­gère Pierre Ansay en tout cas, grand admi­ra­teur d’un philosophe qui, à pre­mière vue, pour­rait aisé­ment paraître obsolète, com­plète­ment décon­nec­té – et pour cause : Spin­oza n’est pas vrai­ment l’un de nos con­tem­po­rains ! – de nos réal­ités et modes de pen­sée actuels. Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on nous donne des bouées pour mieux plonger dans le monde

Un coup de coeur du Carnet

Pierre ANSAY, 36 out­ils con­ceptuels de Gilles Deleuze. Pour mieux com­pren­dre le monde et agir en lui, Couleur Livres, 2015, 408 p., 24 €

ansayGilles Deleuze ! Qui voudrait encore le lire ? Se per­dre puis se retrou­ver, un peu, puis se reper­dre, beau­coup, dans les méan­dres d’une des pen­sées les plus vagabon­des et les plus libres du siè­cle dernier ? Qui ?

Pas les ten­ants du statu-quo, les cyniques à‑quoi-bon­istes ou les sem­piter­nels râleurs et découragés de la vie, en tout cas ! Pas ceux et celles, non plus, qui se con­tentent des livraisons express­es de la pen­sée, du prêt-à-penser. Con­tin­uer la lec­ture →

Vers une poétique du droit des obligations

Un coup de coeur du Carnet

Lau­rent DE SUTTER, Mag­ic. Une méta­physique du lien, Paris, PUF, 2015, 110 p., 12 € / epub : 9,49 €

MagicInsai­siss­able Lau­rent de Sut­ter. Quand il n’enseigne pas à la VUB, le voici dans son bureau des PUF, où il a suc­cédé à Roland Jac­card pour diriger la pres­tigieuse col­lec­tion « Per­spec­tives Cri­tiques ». Et comme si ce n’était pas assez, il pub­lie, à tour de bras. Une lec­ture sur Deleuze et le droit. Une Méta­physique de la putain. Une Théorie du trou. Des pages sur le striptease vu comme « Art de l’agacement » (savoureuse for­mule). Aujourd’hui enfin, l’énigmatique Mag­ic. Con­tin­uer la lec­ture →

Duyckaerts, philosophe buissonnier

Un coup de cœur du Car­net

Éric DUYCKAERTS, Hegel ou la Vie en rose (et autres textes), Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015, 144 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930646–99‑2

duyckaertsPub­lié en 1992, Hegel ou la Vie en rose d’Éric Duy­ck­aerts fait l’objet d’une réédi­tion bien­v­enue en Espace Nord. Elle est suiv­ie de pro­pos tran­scrits depuis les con­férences-per­for­mances de l’auteur à la Bien­nale d’Art de Venise  en 2007 et de son texte Mesure pour mesure. L’ouvrage se con­clut sur une post­face de Julie Baw­in (ULg), sub­tile et mali­cieuse, à l’image de l’œuvre qu’elle com­mente.

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