Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Un regard neuf dans le miroir au hibou

Jean-Marie KLINKENBERG (dir.), Relire La légende d’Ulenspiegel, Textyles n° 54, Sam­sa, 2019, 15 €

Durant toute l’année 2017, le sesqui­cen­te­naire de La Légende d’Ulenspiegel fut salué par bon nom­bre de pub­li­ca­tions d’importance, au pre­mier rang desquelles l’édition défini­tive du texte, établie par le spé­cial­iste incon­testé de la ques­tion, Jean-Marie Klinken­berg. Aujourd’hui, le même dirige le dossier de la cinquante-qua­trième livrai­son de la revue Textyles, qui nous invite à relire l’œuvre matricielle de De Coster. L’Académicien (adjec­tivé « bel­gique ») y signe une étude exhaus­tive sur le tra­vail philologique con­sid­érable qu’exige ce livre hors-norme, qui est « tout sauf un énon­cé con­sen­suel ». Qua­tre autres con­tri­bu­tions sub­stantielles précè­dent celle de Klinken­berg, et cha­cune pro­pose un regard neuf sur des aspects aus­si var­iés que les adap­ta­tions, la langue, la récep­tion, enfin la dimen­sion com­par­a­tive.


Lire aus­si : De Coster, entre le rire et le cri (C.I. 198)


Con­tin­uer la lec­ture

Fresque de vies dinantaises

Aurélien DONY, Le cœur en Lesse, M.E.O., 2019, 94 p., 14 € / ePub : 8.49 €, ISBN : 978–2‑8070–0198‑5

Dans son recueil de nou­velles inti­t­ulé Le cœur en Lesse, Aurélien Dony nous promène dans Dinant et ses envi­rons. « Fille de la Meuse », Dinant emporte dans ses flots les rêves et les sou­venirs des hommes qui ont croisé son chemin.

À Anseremme, sur le pont Saint-Jean, Léo enlace son frère dis­paru depuis plusieurs années. Sous ses pieds, la Lesse se jette égale­ment dans les bras de la Meuse qui, ren­for­cée par ce courant arden­nais, s’en va léch­er l’île de Moni­at où Jus­tine et Math­ieu savourent leur amour d’ado­les­cents. Près du via­duc Charle­magne, elle ren­con­tr­era Camille, 26 ans, per­chée au bord d’une balustrade qui fait face au vide d’une vie trop lisse. Elle passera ensuite sous l’ancien pont fer­rovi­aire où Émile Lan­der­mont se perd dans les sou­venirs de sa vie de con­trôleur. Elle con­tin­uera enfin sa route vers Dinant. Con­tin­uer la lec­ture

Sardane dansera

Édith HENRY, J’ai sep­tante ans et je danse la sar­dane, Coudri­er, 2019, 75 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930498–97‑3

L’anagramme de sar­dane, c’est dansera. Un cer­cle de garçons et de filles, de mèch­es, allumées par la fébril­ité des mains qui bien se tien­nent, bras ten­dus à la per­pen­dic­u­laire du corps, buste droit et jambes autonomes ; les danseurs se touchent des yeux et se mesurent sur le pavé des places publiques par petits pas syn­copés, répétés et syn­chrones jusqu’au tour­nis des­tiné. Con­tin­uer la lec­ture

Pas de sauce lapin pour les doudounes

Chris­t­ian O. LIBENS, Les seins des saintes, Weyrich, Coll. « Noir Cor­beau », 2019, 170 p., 14 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782874895340

Peur sur Liège depuis qu’un gas­tronome d’une espèce par­ti­c­ulière saigne des jeunes femmes, pros­ti­tuées de préférence, en leur dévo­rant goulu­ment les seins… Tout cru, à même le corps et sans autre accom­mode­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Poupée d’Irlande

Serge DELAIVE, Suite irlandaise en qua­torze sta­tions, Angle Mort, 2019, 24 p., 5 €, ISBN : 978–2‑9602174–3‑8

delaive suite irlandaiseLe livre est si léger ! Six pages agrafées de cuiv­re. La cou­ver­ture bleu nuit est si sobre ! Serge Delaive, Suite irlandaise en qua­torze sta­tions, gravés à la rouille en creux, mis en page comme une croix cel­tique tête en bas. Le coin supérieur droit des pages est coupé rond et pas celui inférieur. En qua­trième de cou­ver­ture, seul le nom de la mai­son d’édition, Angle mort, c’est tout. Je n’ai pas encore ouvert et je suis déjà ému. C’est telle­ment épuré que cela atteint son but. Con­tin­uer la lec­ture

Histoires de pinces à linge et d’un chat

Ève CALINGAERT (texte) et Roger DEWINT (illus­tra­tions), Éloge de la pince à linge, Quadri, 2019, 32 p.

La pince à linge dont il est ques­tion dans les aquarelles de Roger Dewint n’est pas d’un plas­tique col­oré ni d’un métal inoxyd­able ; elle est d’un bois plutôt brun clair (dans une gamme de couleurs se déploy­ant du beige jaunâtre au gris terne), ten­drement enser­ré et mor­du par un ressort con­férant à la fois unité et mobil­ité à ses deux bâton­nets façon­nés. C’est celle qui est aban­don­née sur un fil ou qui se repose au fond d’un seau après avoir rem­pli sa fonc­tion de fix­a­tion ; celle qui obture les nar­ines d’un per­son­nage de bande dess­inée face à une odeur intolérable ; celle qui se colle dos à dos avec ses copines et ter­mine en sous-plat de « fête des pères » ou en brico­lage plus élaboré à la façon François Pignon. C’est celle-là que l’on retrou­ve dans cha­cune des illus­tra­tions de Dewint ain­si que dans la pre­mière des deux nou­velles d’Ève Cali­gaert. Con­tin­uer la lec­ture

Eau à la bouche et mise en bière !

Fran­cis GROFF, Morts sur la Sam­bre, Weyrich, coll. « Noir Cor­beau », 2019, 276 p., 19 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑87489–532‑6

Comme tou­jours à cette heure mati­nale, les abor­ds de l’écluse de Lan­delies étaient déserts. Dans leur haute mai­son dont deux fenêtres lais­saient pass­er une lumière jaunâtre, chaude­ment tamisée par des filets de brume, l’éclusier et sa famille ter­mi­naient prob­a­ble­ment leur petit déje­uner, mais nul bruit ne fil­trait au-dehors. 

Dès l’entame, un réc­it bien écrit et atmo­sphérique. Un sus­pense effi­cace­ment cam­pé. Qui nous installe dans la foulée de Jean-Régis de Chas­sart, un mag­is­trat, quand il s’ébroue le long d’un chemin de halage des bor­ds de Sam­bre, se lance dans son jog­ging biheb­do­madaire, croise un traque­nard aux lim­ites du fan­tas­tique, lutte con­tre la noy­ade et d’énigmatiques agresseurs : Con­tin­uer la lec­ture

De la paléontologie

Antoine BALZEAU (textes), Pierre BAILLY (dessins), Homo sapi­ens, Lom­bard, coll. « La petite bédéthèque des savoirs », 2019, 88 p., 10 € / ePub : 4.99 €, ISBN : 978–2‑8036–7272‑1

Signé par le paléoan­thro­po­logue et chercheur au CNRS Antoine Balzeau et le dessi­na­teur Pierre Bail­ly (créa­teur notam­ment de Petit Poilu), le nou­v­el opus de la petite bédéthèque des savoirs, inti­t­ulé Homo sapi­ens, retrace l’évolution de la paléon­tolo­gie et con­dense les ques­tion­nements actuels sur les orig­ines de l’espèce humaine. L’histoire de l’humanité fait l’objet de trois chapitres — les théories, les temps préhis­toriques et l’articulation de notre présent et de notre futur — et procède par prob­lé­ma­ti­sa­tions qui met­tent au jour les a pri­ori, les idées pré­conçues relat­ifs à l’évolution. Dans sa pré­face, David Van­der­meulen revient sur l’incompatibilité entre la Bible et les décou­vertes de Buf­fon, de Cuvi­er. Les sec­on­des font état d’une appari­tion de l’homme avant le déluge, ce qui con­tred­it l’enseignement de l’Église. Afin de ne remet­tre en cause la théolo­gie, des sci­en­tifiques tels que Cuvi­er ou Buck­land con­cilieront preuves géologiques et réc­it biblique. Con­tin­uer la lec­ture

Sait-on jamais tout ce que le passé nous réserve ?

Marie-Bernadette MARS, L’échelle des Zago­ria, Acad­e­mia, 2019, 218 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0452‑6

Voici le réc­it sen­si­ble d’une jeune femme qui accom­pa­gne son aînée vers la fin de ses jours. Au fil des vis­ites que Léa rend à sa grand-mère Sta­ma­tia, elle con­state les pro­grès de la mal­adie qui embrouille les méan­dres de l’esprit de son aïeule. Les moments de lucid­ité devi­en­nent plus rares, mais ils sont d’une grande inten­sité rela­tion­nelle. À ses côtés, la jeune fille décou­vre des pans de sou­venirs anciens dont elle n’avait pas con­nais­sance et qui por­tent sur la péri­ode qui a précédé son arrivée en Bel­gique. De la jeunesse de Sta­ma­tia, elle sait peu de choses hormis son veu­vage pré­coce suite au décès acci­den­tel de son mari et son arrivée en Bel­gique qui la coupera défini­tive­ment de ses racines grec­ques. À mesure que se suiv­ent ses vis­ites, sa grand-mère pré­cise une demande : elle souhaite que Léa parte à la recherche de Maria, sa très proche amie d’enfance, dans son vil­lage natal de Tse­pelo­vo. Con­tin­uer la lec­ture

L’attente sans teinte

Philippe LEUCKX, Le men­di­ant sans tain, Coudri­er, 2019, 55 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930498–93‑5

Près du Palais de Jus­tice à Brux­elles, le long du tri­bunal d’application des peines cog­nant avec la Place Louise, l’on voit une flopée de car­tons fix­ant le domi­cile de per­son­nes sans. Puis ils dis­parais­sent, reparais­sent, dis­parais­sent, réap­pa­rais­sent. C’est ain­si tout l’année et j’ai sou­vent voulu m’approcher, pos­er une ques­tion banale, nouer con­tact, exprimer je ne sais pas quoi ; une sol­i­dar­ité, je sup­pose. Mais nos yeux, s’ils se sont croisés, ne se sont jamais ren­con­trés. Alors, chaque fois, de la tristesse me coulait un peu dans les veines, mon vis­age se tour­nait vers le sol, et je repre­nais mon chemin, m’interrogeant le cœur. Con­tin­uer la lec­ture

Une institution pour toujours en cours d’institution

Un coup de cœur du Car­net

Jacques DUBOIS, L’institution de la lit­téra­ture, pré­face de Jean-Pierre Bertrand, post­face de Jacques Dubois, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 320 p. 9,5 €, ISBN : 978–2‑87568–417‑2

Jacques Dubois a eu une car­rière riche, cohérente et mul­ti­ple[1]. L’enseignement uni­ver­si­taire (d’assistant en Moyen Âge à pro­fesseur émérite), la lit­téra­ture (Simenon, Proust, Stend­hal…) et la soci­olo­gie (proche de Pierre Bour­dieu) en sont les socles fon­da­teurs et nourriciers. Des socles à l’origine et à l’appui de L’institution de la lit­téra­ture, paru ini­tiale­ment en 1978 et qui reparaît, aug­men­té d’une pré­face et d’une post­face, dans la col­lec­tion Espace Nord qu’il a  con­tribué à créer et qu’il a lui-même dirigée plusieurs années durant. Con­tin­uer la lec­ture

« Dieu n’a jamais existé mais Eddy bien »

Jeanne RAHIER, Tout Eddy est dit. Écrits 1969–1979, Édi­tion établie par Jean-Jacques Mes­si­aen, Avant-pro­pos d’André Stas, Edi­tions John­ny Bersou & Son, 2019, 190 p.

Bien sûr, vous ne con­nais­sez pas Jeanne Rahi­er, et per­son­ne ne pour­ra vous en faire grief, car la pro­duc­tion de cette Serési­enne (1896–1981) était vouée à demeur­er au rang de ce que Mar­cel Jouhan­deau appelait avec déli­catesse « la lit­téra­ture con­fi­den­tielle ». C’était cepen­dant compter sans l’endurance du PPP (Poly­graphe Provin­cial Paten­té) Jean-Jacques Mes­si­aen qui a tout mis en œuvre pour révéler les textes de cette plume atyp­ique dont il a gardé le plus vif sou­venir. Ado­les­cent, il les a enten­du lire par leur auteure lors des nom­breuses vis­ites qu’il lui rendait, rue Peeter­mans, « dans le fond de Seraing » comme on dit dans la région. « Une voix chaude aux into­na­tions gouailleuses, striée des blessures de l’existence et pour­tant por­teuse de vie et pleine d’espoir ». Con­tin­uer la lec­ture

Bouquet de pensées

Pierre CORAN, Aurélia FRONTY, L’ABC du petit philosophe, À pas de loups, 2018, 64 p., 16,50 €, ISBN : 9–782930-787398

On savait Pierre Coran poète. Avec ce recueil de maximes, on le décou­vre philosophe. Au fil de sa pro­lifique car­rière d’écrivain jeunesse, cet ancien directeur d’école a joué, de recueil en album, avec les let­tres, les sons, les mots, et a surtout mis le tout à hau­teur d’enfants. Il leur mon­tre mieux que per­son­ne que la langue française est un grand ter­rain de jeu et les invite à venir s’y amuser. Et il suf­fit de voir ce poète à l’œuvre en ani­ma­tion pour con­stater que cela marche ! Dans son ABC du petit philosophe signé avec Aurélia Fron­ty, en cent-qua­tre petits poèmes, il invite à réfléchir, évoque, fait rire, sur­prend. Con­tin­uer la lec­ture

Sur la route de soi

Dina KATHELYN, Passe le train, Acad­e­mia, 2019, 154 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0445‑8

Dans ce roman de Dina Kathe­lyn, nous sommes plongés dans la vie d’Élodie, une jeune femme légère­ment com­plexée et ren­fer­mée, qui ne se sent exis­ter qu’à tra­vers le regard de l’autre et qui n’arrive pas à se faire respecter parce qu’elle ne se respecte pas elle-même. Nous la suiv­ons dans une tranche de vie d’une trentaine d’années. Une trentaine d’années où nous lisons sa vie pro­fes­sion­nelle et famil­iale en fil­igrane et où sa vie amoureuse est au pre­mier plan. Con­tin­uer la lec­ture

Pleins feux sur Batman

Dick TOMASOVIC, Bat­man. Une légende urbaine, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2019, 142 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978–2‑87449–687‑5

En inter­ro­geant le mythe Bat­man, la plas­tic­ité du super-héros de DC Comics, Dick Tomaso­vic nous plonge non seule­ment dans les tré­fonds de l’inconscient indi­vidu­el du célèbre jus­tici­er masqué mais aus­si dans les méan­dres de l’inconscient col­lec­tif de sociétés gan­grenées par le crime. Fon­da­teur et directeur avec Tan­guy Habrand de la très belle col­lec­tion « La fab­rique des héros » qui a vu le jour il y a peu aux Impres­sions nou­velles, pro­fesseur d’Études ciné­matographiques et de Théories et pra­tiques des arts du spec­ta­cle à l’Université de Liège, Dick Tomaso­vic dis­sèque la sin­gu­lar­ité de ce per­son­nage créé en 1939 par Bob Kane et Bill Fin­ger. Dépourvu de pou­voirs sur­na­turels et du folk­lore pro­pre aux héros de légende, ex-enfant trau­ma­tisé par le meurtre de ses par­ents, devenu un red­outable détec­tive-jus­tici­er, évolu­ant au fil du temps, au fil de ses innom­brables adap­ta­tions, Bat­man a pour­tant sus­cité une bat­ma­nia que le temps n’est pas par­venu à démen­tir. Con­tin­uer la lec­ture

Et si le crime n’était qu’un prétexte

Ziska LAROUGE, La grande fugue, Weyrich, 2019, 219 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑87489–533‑3

Une vio­loniste éten­due dans une mare de sang, son archet plan­té dans la carotide, sur scène. C’est sur cette image que com­mence La grande fugue. Enfin, c’est sur cette image que s’ouvre le roman mais l’intrigue, elle, com­mence quelques jours aupar­a­vant, voire encore plus tôt. Qui est la vic­time ? Qui lui a ôté la vie ? Pourquoi ? L’enquête poli­cière pro­pre­ment dite atten­dra un peu. Le temps de retrac­er les derniers instants de la défunte, et de son quatuor à cordes à l’avenir désor­mais plutôt com­pro­mis : les Bar­rées. Con­tin­uer la lec­ture