Carnet, mon beau carnet, dis-moi… qui suis-je ?

Un coup de cœur du Car­net

Eve­lyne WILWERTH, Tig­nasse étoile, M.E.O., 2019, 164 p., 16€, ISBN : 978–2‑8070–0105‑3

Le dernier roman d’Evelyne Wilw­erth s’apparente au jour­nal intime d’une jeune fille, Jacinthe, en muta­tion phys­i­ologique, en inter­ro­ga­tion exis­ten­tielle, de sept à vingt-cinq ans. À part le titre, qui fait écho à la chevelure sauvage de l’héroïne, tout aimé !

La cou­ver­ture ! Un Spilli­aert[1] (Les Pieux, 1910), en adéqua­tion si com­plète avec le roman qu’on pour­rait en induire une pre­science du pein­tre ou, plus raisonnable­ment, l’irrigation d’une roman­cière empas­sion­née, un réc­it jail­lis­sant de la con­tem­pla­tion de la toile.

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L’adoption est une road-story

Isabelle SPAAK et Flo­rence BILLET, Une mère etc., Icon­o­claste, 2019, 192 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑37880–071‑0

Isabelle Spaak, prix Rossel 2004 pour Ça ne se fait pas, revient aujour­d’hui avec un réc­it aigu­isé, pub­lié chez L’i­con­o­claste.

Qui peut me dire s’il con­naît un enfant adop­té en paix avec lui-même ? En dépit de toute la fer­veur du monde, ces lais­sés-pour-compte des pre­miers jours fuient de toutes parts, tel un vase per­cé.

C’est à une explo­ration des alchimies famil­iales, de leurs mys­tères, que nous con­vie l’autrice d’Une mère, etc., s’in­spi­rant cette fois de l’his­toire vraie de Flo­rence Bil­let, née en Colom­bie, française d’adop­tion. Depuis les pages, le vécu upper­cute : si Flo­rence est renom­mée Emmanuelle dans la fic­tion, c’est le véri­ta­ble nom de sa mère biologique qui est inscrit, et l’en­chaîne­ment des épisodes de vie ont tout de la cadence sin­gulière, tac­chy­cardique, de l’au­then­tic­ité – ou peut-être, et c’est sans doute encore plus vrai : de l’ur­gence. Con­tin­uer la lec­ture

Aimer d’amitié

Jean-François FÜEG, Notre été 82, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2019, 127 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87489–525‑8

L’amitié est un sen­ti­ment uni­versel. Elle élève l’âme, cette immatéri­al­ité à la fois soli­taire et sol­idaire. Ain­si, l’amitié est peut-être la moitié de l’âme. Elle est un alter ego, un autre que soi, égal et juste, une pos­si­ble libéra­tion de l’esprit et du corps. Elle est intan­gi­ble et pure, comme l’amour. Elle est irra­tionnelle et non repro­ductible. Elle est donc immorale, car on ne peut aimer tout le monde de la même manière. Or la morale doit s’appliquer à tout être humain, dix­it Kant. Rute­beuf s’en fout. Con­tin­uer la lec­ture

Le prix des lecteurs Club pour Odile d’Oultremont

Odile d’Oul­tremont

Les lecteurs com­posant le jury du prix des lecteurs Club a ren­du son ver­dict : c’est Odile d’Oul­tremont qui est récom­pen­sée pour son roman Les déraisons (L’ob­ser­va­toire). Elle suc­cède au pal­marès à Chris­tiana More­au. 

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Petits arrangements avec la vie

Un coup de cœur du Car­net

Jacque­line DAUSSAIN, La journée mon­di­ale de la gen­til­lesse, Quad­ra­ture, 2018, 128 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑930538–88‑4

Voici un recueil de nou­velles bril­lant qui excelle à ren­tr­er dans l’univers de gens ordi­naires et à en extraire l’essentielle human­ité. Au départ de ces réc­its assez brefs de Jacque­line Daus­sain, point de faits extra­or­di­naires, mais des scènes de la vie ordi­naire dont se dégage rapi­de­ment la sin­gu­lar­ité des êtres. Ici, une dame évolue chaque jour dans les couloirs et les ser­vices d’un CHU où elle se trou­ve bien, en entre­tenant l’idée qu’elle y vient au chevet d’une par­ente malade après y avoir accom­pa­g­né son défunt mari.  Là, un homme un peu per­du s’égare et s’égaie dans un car­naval avant de rejoin­dre le domi­cile con­ju­gal où il reçoit un accueil ten­dre qui efface ses scrupules. Là encore, deux ex-con­joints s’écharpent, inqui­ets de ne pas trou­ver l’enfant dont ils parta­gent la garde. Ou encore : un père, dépassé dans la ges­tion de ses enfants pen­dant la semaine où il assure leur accueil en garde alternée, se lâche et leur autorise un peu tout. Con­tin­uer la lec­ture

Ceux qui aiment lire prendront le métro

Cette année encore, la Foire du livre de Brux­elles déroulera le tapis rouge aux jeunes lecteurs. Du 14 au 17 févri­er, ils sont invités à arpen­ter les allées de la Foire en suiv­ant les “lignes de métro”, des par­cours thé­ma­tiques reliant les stands des édi­teurs jeunesse.

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Mélusine et son double

Franz HELLENS, Mélu­sine ou la robe de saphir, Post­face de Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2019, 368 p., 9 €, ISBN: 978–2‑87568–408‑0 ; Le dou­ble et autres con­tes fan­tas­tiques, Post­face de Michel Gilles, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2019, 318 p., 9 €,  ISBN: 978–2‑87568–410‑3

Espace Nord pour­suit sa poli­tique de réédi­tion et de réim­pres­sion de textes des « fan­tas­tiqueurs » belges avec deux titres de Franz Hel­lens, l’un claire­ment fan­tas­tique, Le dou­ble, l’autre le pré­fig­u­rant, Mélu­sine.

Dans le vaste panora­ma du fan­tas­tique en Bel­gique, Franz Hel­lens occupe une place orig­i­nale, d’une manière qu’il a lui-même con­tribué à définir, par l’idée de « fan­tas­tique réel ». Le dou­ble et autres con­tes fan­tas­tiques est une antholo­gie reprenant des nou­velles pub­liées en fait sur près de cinquante ans, depuis Noc­tur­nal en 1919 jusqu’à Le dernier jour du monde en 1967. L’intérêt du choix est de pou­voir saisir l’évolution du fan­tas­tique d’Hellens ain­si que ses enjeux et manières qui ont var­ié. Con­tin­uer la lec­ture

Prix littéraire du parlement de la FWB : appel à candidatures

Depuis 1975, le Par­lement de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles attribue chaque année son « Prix lit­téraire », qui salue le tra­vail d’un auteur d’expression française de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles. Ce Prix met à l’honneur suc­ces­sive­ment dif­férents gen­res lit­téraire : la fic­tion en prose, la poésie, le théâtre et les essais. La prochaine ses­sion sera con­sacrée à l’es­sai. Les can­di­da­tures sont atten­dues pour le 22 févri­er 2019. Con­tin­uer la lec­ture

Les prix Libbylit

Récom­pen­sant des ouvrages de lit­téra­ture de jeunesse parus en 2018, les prix Lib­bylit sont remis lors de la Foire du livre de Brux­elles. La procla­ma­tion de cette édi­tion aura lieu le same­di 16 févri­er à 13h00, à la Foire du Livre, sur l’e­space Fin­tro. Les prix sont organ­isés par la sec­tion belge fran­coph­o­ne de l’IBBY (Inter­na­tion­al Board on Books for Young peo­ple), qui pub­lie la revue bimestrielle Lib­bylit. Le jury des prix est com­posé de recenseurs de la revue, tous pro­fes­sion­nels du livre de jeunesse : bib­lio­thé­caires, libraires, ani­ma­teurs et enseignants.

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Vous donnez votre langue au bison ?

Un coup de cœur du Car­net

Gaya WISNIEWSKI, Mon Bison, MeMo, 2018, 36 p., 15 €, ISBN : 9782352894001

Qu’est-ce qui a deux cornes, qui est cou­vert de longs poils et qui rumine ? Un indice : c’est un mam­mifère imposant, on le retrou­ve dans les plaines du Nord de l’Amérique et les forêts européennes, un man­teau recou­vre son pelage. Oui, le bison, par­di ! C’est aus­si un ani­mal qui aime se cacher dans les hautes herbes et que l’on apprivoise avec douceur. Un jour, une enfant de qua­tre ans a quit­té les bras de sa maman et a entre­pris d’en approcher un, douce­ment, patiem­ment. Peu à peu, elle s’est ain­si trans­for­mée en un être humain spé­cial à ses yeux, comme cela a eu lieu dans une autre his­toire entre un blondinet et un canidé roux. Mal­heureuse­ment, la nature a ses cycles que l’amour d’une petite fille ne con­naît pas : une fois le print­emps revenu, le bovidé a dû rejoin­dre ses con­génères. Avant de dis­paraître, il lui a juré de revenir chaque année, « quand le sol se cou­vri­ra de neige ».

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Prix de littérature Charles Plisnier : le lauréat

Philippe Leuckx

Le prix de lit­téra­ture Charles Plis­nier a été remis ce ven­dre­di 08 févri­er 2019 à la mai­son Losseau (Mons). Pour cette ses­sion, la poésie était à l’hon­neur.

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Prix René Fallet : 6 finalistes

Le prix René Fal­l­et a révélé les 6 final­istes de sa nou­velle édi­tion. Par­mi ceux-ci : une Belge. Le prix sera remis en juin, lors des Journées lit­téraires de Jaligny.

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La puissance du diamant

Dave DECAT, Voy­ou­cratie, CFC, 2018, 209 p., 35 €, ISBN : 978–2‑87572–037‑5

Dave Decat se sou­vient de la fas­ci­na­tion qu’il éprou­vait, enfant, devant les tableaux où coulait le sang des mar­tyrs. Comme sa mémoire est red­outable, il se sou­vient de beau­coup de choses  qui ont con­sti­tué sa sen­si­bil­ité, depuis l’adolescence, en suiv­ant ce qu’il appelle « les diag­o­nales de la fatal­ité » :  les ban­des dess­inées de Moe­bius, Druil­let et, surtout, Tar­di, les mag­a­zines tels que Le Crapouil­lot, L’Assiette au beurre ou Détec­tive, l’heroïc fan­ta­sy, le hard rock et le heavy met­al, quelques livres comme Le Bagne, d’Albert Lon­dres, Biribi, de Georges Darien ou Les Pégri­ots, d’Auguste Le Bre­ton… Con­tin­uer la lec­ture

France : palmarès des ventes de livres 2018

Adeline Dieudonné
Ade­line Dieudon­né

Les débuts d’an­née sont tra­di­tion­nelle­ment l’oc­ca­sion d’un bilan de l’an­née précé­dente. La lit­téra­ture n’échappe pas à la règle. En France, Le Figaro et L’Ex­press pub­lient cha­cun leur pal­marès des meilleures ventes d’au­teurs fran­coph­o­nes.

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Laurent De Sutter, pirate de la philosophie et du droit

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTER, Jack Spar­row. Man­i­feste pour une lin­guis­tique pirate, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2019, 128 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978–2‑87449–647‑9

Lau­rent de Sut­ter ouvre de manière ful­gu­rante et géniale la nou­velle col­lec­tion, inti­t­ulée « La fab­rique des héros », créée par Tan­guy Habrand et Dick Tomaso­vic aux Impres­sions Nou­velles. Son dévolu s’est porté sur Jack Spar­row, le héros de la série ciné­matographique Pirates des Caraïbes, inter­prété par John­ny Depp. Der­rière les aven­tures fan­tas­tiques de Jack Spar­row — ses com­bats avec les sol­dats, les zom­bies ou autres créa­tures sur­na­turelles —, der­rière son esthé­tique de l’ivresse, Lau­rent de Sut­ter met à jour son arme secrète : la parole. Non la déplo­ration du « words, words, words » for­mulée par Ham­let mais la parole comme sub­ver­sion. Les batailles entre la Couronne et la pira­terie ne sont que l’expression d’une lutte à mort entre deux mon­des, entre deux méta­physiques, le monde de l’ordre incar­né par la Couronne et le monde utopiste pirate réin­ven­tant les bases d’une société qui con­teste le pou­voir de la Couronne. Con­tin­uer la lec­ture

Le chant du mensonge

Jacques RICHARD, La femme qui chante, ONLiT, 2019, 176 p., 16€ / ePub : 9€, ISBN : 978–2‑87560–110‑0

Il y a quelque chose de froid dans l’œuvre scrip­turale de Jacques Richard. Cette impres­sion est d’autant plus déroutante que l’auteur n’hésite jamais à nous con­fron­ter à l’intériorité de ses per­son­nages. Dans leur intim­ité crû­ment dévernie, ces derniers nous tien­nent pour­tant en respect, à l’extérieur. Ils restent hors de portée. Les mécan­ismes d’empathie, si con­fort­a­bles, ne s’enclenchent donc pas ; ce n’est pas le pro­pos. On pour­rait se croire à une représen­ta­tion théâ­trale : il y a des pro­tag­o­nistes, des scènes, des mono/dialogues, mais aus­si une dis­tance entre le pub­lic plongé dans l’obscurité silen­cieuse et les acteurs évolu­ant en actes et en paroles sur les planch­es. Mais la com­para­i­son ne se pousse pas plus loin car rien n’est joué ni fac­tice chez Richard. Et c’est peut-être cette authen­tic­ité nue qui désta­bilise. Il est des choses qu’on préfère en effet ne pas (sa)voir : « Tout le monde sait qu’elles sont là, mais per­son­ne ne dit rien. Il ne faut pas tourn­er la tête de ce côté-là. Tant qu’on reste ici, ça va. » Con­tin­uer la lec­ture