Nicolas HANOT, Les vaches de monsieur Burbur, Editions du Sablon, 2022, 304 p., 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782931112250
C’est un projet de haute tenue que celui des éditions du Sablon. Quand Olivier Weyrich s’est lancé dans l’aventure, pour republier des ouvrages menacés de disparition et proposer de nouveaux titres qui lui semblaient cohérents, il prenait le genre de risques qu’on aime voir prendre aujourd’hui, à une époque où l’on consacre la toute-puissance de l’écran et de la vitesse : faire de livres pour lier les gens. Les éditions du Sablon ont cette ambition : mettre en avant des plumes belges originales et faire voyager les lecteurs en Europe à travers des textes forts. Après Sempoux, Deutsch, Basile et Wijckaert notamment, les éditions du Sablon publient un premier roman haut en couleurs : Les vaches de monsieur Burbur, de Nicolas Hanot. Continuer la lecture
Il est marin pêcheur, c’est ce qu’il voulait faire depuis tout petit. La violence des flots, les tempêtes, la lutte pour maîtriser l’immaîtrisable, il en a besoin.
Norma, roman est paru en 2006 aux éditions Luce Wilquin. Lauréat du prix Charles Plisnier en 2007, le livre poursuit son chemin avec une réédition aux éditions du Sablon en 2021 – l’occasion pour les lecteurs et les lectrices de (re)plonger dans une réalité alternative où le temps du mythe n’est plus. Un espace où Norma Jean a abandonné Marilyn aux extrapolations de la foule carnassière et vieillit, avec le souvenir de l’autre, au milieu du désert de Mojave.
Françoise Pirart plonge directement son lecteur dans le feu de l’action en situant le début du récit à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem où 2 frères, Érik (15 ans) et Sylvain (12 ans), sont en cavale suite à un drame. De ce drame, nous aurons des détails au compte-goutte et nous serons surtout amenés à lire la relation particulière entre les deux frères.
Les forêts, leur mystère, leur terre fertile, leurs ombres inquiétantes, leurs bruissements, leurs craquements, leur profondeur aspirante, leurs dangers tapis. Leur faune. Et cette « petite pygmée toute blanche, en pagne bleu ensanglanté dans le noir » qui court, qui court, qui court. Seule, l’enfant blessée détale à travers les « ténèbres en comprimant bien fermement [s]a fesse trouée ». Que fuit-elle, cette guerrière téméraire ? Que cherche-t-elle, cette insane ensauvagée ? À quoi aspire cette innocente écarlate ? Car si la nature se révèle dangereuse, la main humaine l’est souvent plus encore. N’est-ce pas elle qui décoiffe les cerfs et les éviscère, qui pose les pièges-à-loups aveuglément voraces, qui enferme l’indécence dans les caves à mazout, qui craque les allumettes expiatoires et chiquenaude les noyaux d’olives noires ? Alors, oui, les bois dévorants paraissent quelquefois l’unique échappatoire. 
Double réédition bienvenue de deux textes du poète et romancier André Sempoux qui nous a quittés voici un an et demi : Dévoration et Torquato… Si les deux romans procèdent d’une époque et d’une inspiration bien différentes, un élément commun pourrait les relier : l’empreinte majuscule et possiblement castratrice du père sur la destinée du fils. Dans Dévoration, au cours d’un voyage et au fil de deux lettres adressées à son amant, un homme, tout en évoquant leurs souvenirs, lui révèle enfin ce que fut le poids sur sa vie, comme sur leur vie commune, d’un secret toujours bien gardé en lui. Celui d’un père collaborateur des nazis durant la Seconde Guerre et promis à un poste ministériel dont la Libération devait forcément l’éloigner sans ruiner ses convictions délétères. Réfugié en Normandie avec Ingrid, sa jeune maîtresse, il vit des retraits opérés sur un capital placé en Suisse. Retraits assurés chaque année par son fils, empoisonné par cette mission clandestine qui le « dévore » à l’égal du secret honteux dont elle est indissociable. Tout comme de la soumission imposée par la fatalité à l’emprise létale d’un père dont le sang bat dans ses propres veines et qui, pour l’heure, est tout proche de la mort.
Dans ce récit d’anticipation, Xavier Deutsch nous projette en décembre 2087 dans les Asturies. Émile Poil, un vieil homme de 86 ans, dont le métier consiste à conduire des personnes, communiquer des messages et allumer des feux, est chargé cette fois-ci d’emmener un jeune garçon de 12 ans, Antonin, auprès de Cisco, à 40 kilomètres dans les montagnes. Des raisons de ce voyage, nous ne savons rien et un brin de mystère planera tout au long du récit.
On ne boudera pas ici un double plaisir.