Marc MEGANCK, La lunette, F deville, coll. « Œuvres au jaune », 2023, 78 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87599–060‑0
Marc Meganck pratique une littérature à différentes vitesses (histoire, découvertes, policier, roman, …) et vient de nous offrir un objet étrange et merveilleux, triste et joyeux, mélancolique et d’une rare énergie, La lunette, micro-roman. Nous ne vous dévoilerons pas ici de quelle lunette il s’agit…
Dans la littérature et l’édition, les genres se mêlent facilement, sont plus « fluides » que dans le discours social : micro-roman et pourquoi pas nouvelle (comme les Anglo-Saxons, l’auraient probablement nommée en short-story) ? Mais, n’y eut-il pas récemment des « romans à nouvelles », des ciné-romans, des ciné ou vidéo-poèmes, des autofictions qui ne sont pas des romans autobiographiques… ? Les genres se mêlent, comme dans tous les lieux de notre psyché et du réel sociétal. Continuer la lecture






Le dossier de presse annonce un « roman noir », un « policier haletant », un « scénario original » arcbouté à « un morceau de musique » et « à une partie d’échecs ». La couverture, superbe, happe le regard. Fonds noir et illustration subtilement colorée signée Loustal. Deux jazzmen, contrebasse et saxophone, jouent de nuit sous la lumière d’un réverbère urbain.
Aurore a entamé des études de lettres à la Sorbonne. Elle ambitionne de devenir romancière et elle est revenue dans sa famille pour passer les vacances d’été, laissant son compagnon à Paris. Dans la demeure familiale, elle retrouve sa mère, Madeline qui vit aux côté de sa grand-mère, Huguette. Ici, point d’homme, juste le souvenir d’un grand-père parti trop tôt et d’un mari enfui. Ce retour marque une rupture avec la vie en ville, elle redécouvre un univers sur lequel l’aïeule règne sans partage, imposant une organisation intangible et dirigeant la vie de la maison. Pour sa petite-fille, qui doit être épuisée, elle veut un séjour sans histoire, du repos à l’ombre, de longues nuits, des repas réguliers.
Les secrets de famille, on le sait aujourd’hui, peuvent empeser l’existence de ceux et celles qui en supportent la charge, parfois sans le savoir. Ils ont la peau dure, peuvent faire sentir leurs effets par-delà les générations, jusqu’à ce que quelqu’un se décide à lever l’omerta et trouve les mots pour lever le verrou. C’est la démarche effectuée par Didier Robert qui est parti à la recherche d’un parent arrêté au petit matin par l’occupant allemand durant la Seconde guerre mondiale et qui n’est jamais revenu :
Les romans de Verena Hanf pétrissent toujours le matériau humain. La fragilité des funambules, dernier livre de l’autrice, ne déroge pas à la règle. On y retrouve également un autre invariant chez Hanf, qui se niche dans la mise en présence, voire dans la mise en friction, d’êtres et d’univers qui se seraient développés en parallèle si des éléments extérieurs n’avaient pas provoqué une rencontre. Comme celle d’Adriana, une jeune Roumaine au passé aussi rugueux que l’attitude qu’elle affiche, et Nina Jung, une psychologue confortablement installée aux agacements multiples. Tout, pratiquement, éloigne les deux femmes : leurs racines, leur éducation, leur statut social et marital, leur inscription au monde. Une faille aiguë les rassemble toutefois : leur maternité contrariée.