Archives par étiquette : F. Deville éditions

De la chaleur humaine

Marc MEGANCK, La lunette, F dev­ille, coll. « Œuvres au jaune », 2023, 78 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87599–060‑0

meganck la lunetteMarc Meganck pra­tique une lit­téra­ture à dif­férentes vitesses (his­toire, décou­vertes, polici­er, roman, …) et vient de nous offrir un objet étrange et mer­veilleux, triste et joyeux, mélan­col­ique et d’une rare énergie, La lunette, micro-roman. Nous ne vous dévoilerons pas ici de quelle lunette il s’agit…

Dans la lit­téra­ture et l’édition, les gen­res se mêlent facile­ment,  sont plus « flu­ides » que dans le dis­cours social : micro-roman et pourquoi pas nou­velle (comme les Anglo-Sax­ons, l’auraient prob­a­ble­ment nom­mée en short-sto­ry) ? Mais, n’y eut-il pas récem­ment des « romans à nou­velles », des ciné-romans, des ciné ou vidéo-poèmes, des aut­ofic­tions qui ne sont pas des romans auto­bi­ographiques… ? Les gen­res se mêlent, comme dans tous les lieux de notre psy­ché et du réel socié­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’enfer de l’engrenage

Didi­er ROBERT, Une pêche mirac­uleuse, F dev­ille, 2022, 59 p., 9 €, ISBN : 9782875990624

obert une peche miraculeuseUne pêche mirac­uleuse est un micro roman qui dévoile une his­toire famil­iale se déroulant dans un huis clos étouf­fant. C’est la sai­son de la pêche, Roger et Lisa sont par­tis avec la car­a­vane et leurs deux enfants pour s’adonner à ce loisir saison­nier.

La ten­sion est pal­pa­ble lorsque Lisa et ses fils s’arrêtent presque de respir­er lorsque Roger revient d’un apéro qui a duré plusieurs heures. Il a l’alcool vio­lent et la sit­u­a­tion dégénère vite, d’autant plus que sa femme est fière et rend coup pour coup jusqu’à ce que l’inégalité physique prenne le dessus. Les enfants ne sont pas en reste dans la mesure où ils repro­duisent entre eux la vio­lence dont ils sont vic­times, ce qui donne à lire une scène de pugi­lat puis­sante, presque sur­réal­iste. Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du bocal

Ver­e­na HANF, L’enfer du bocal, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2023, 162 p., 17 €, ISBN :9782875990679

hanf l'enfer du bocalLe philosophe Alexan­dre Jol­lien, dans son Petit traité de l’abandon, a émis l’idée que, « ren­con­tr­er l’autre, c’est se repos­er un peu de soi ». Sans nul doute, Jacques Janssens pour­rait à présent acqui­escer devant cette sage affir­ma­tion. Il y a neuf mois infi­nis, sa vie et son moral avaient lour­de­ment chuté. Dans la société où il per­for­mait depuis des années, suite à un remaniement (et de bass­es mani­gances), sa place dans l’organigramme avait con­nu un ren­verse­ment coper­ni­cien : il « avait dégringolé, le Jacques, [et] se rangeait dans la ligne large des employés de base, tout en bas de la page ». Au boulot, coincé der­rière les vit­res de son espace délim­ité dans l’open space, ce low per­former pas­sait ses inter­minables journées, seul, ostracisé, à regarder évoluer ses col­lègues-pira­nhas et flot­ter ses pen­sées-fugus. Il le maud­is­sait, cet aquar­i­um, et « ses écailles avaient per­du toutes ses couleurs » à force de rumin­er l’humiliation. Et si seule­ment c’était l’unique trahi­son… Con­tin­uer la lec­ture

Le Chemin du crime

André LINARD, Des cail­loux dans les chaus­sures, F dev­ille, 2022, 410 p., 24 €, ISBN : 978‑2875-99053–2

linard des cailloux dans les chaussuresCom­postelle, le Camino francés… Depuis le début du 9ème siè­cle chré­tien, ce pèleri­nage a déplacé une  mul­ti­tude de croy­ants, pèlerins pour indul­gences puis pèlerins d’aventure, de ren­con­tres, de foi et de corde… Com­postelle, au-delà des Pyrénées… On mar­chait pour faire quelque chose d’intime et de col­lec­tif à la fois pour s’en remet­tre à Dieu…

En 2008, l’auteur, le jour­nal­iste, l’homme du droit jour­nal­is­tique et du voy­age André Linard avait, avec Suzanne Dubois, fait d’une traite le tra­jet vers Saint-Jacques, trois mois de marche… Ce chem­ine­ment leur avait per­mis de ren­con­tr­er autant la mag­nif­i­cence du sub­lime que maintes inter­ro­ga­tions à pro­pos des dérives de ce fab­uleux par­cours. Leur livre, Com­postelle, La mort d’un mythe [Couleur livres, 2010] avait dévelop­pé nom­bre de cri­tiques et d’interrogations à pro­pos de ce pèleri­nage devenu en par­tie une forme de loi d’ex­ploit de tourisme de masse. L’écrivain-voyageur anglais Bruce Chatwin, dans Anatomie de l’er­rance, a révélé à quel point la chré­tien­té avait dévelop­pé une piété antag­o­niste dans l’élé­va­tion des cathé­drales ver­sus les pèleri­nages. La pierre, le temps et la fugac­ité. Le Chemin de Com­postelle aujour­d’hui est aus­si encom­bré que l’Himalaya aux heures de pointe, on y fait la file et le busi­ness, l’idéologie New Age, le développe­ment per­son­nel, l’hygiénisme, la nature comme nou­velle reli­gion etc… ont fait de cette tribu­la­tion un étrange com­pro­mis. Con­tin­uer la lec­ture

Ô poids ! suspends ta courbe !

Claude FROIDMONT, Dom­mage qu’elle soit si grosse…, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2022, 270 p., 20 €, ISBN : 9782875990556

froidmont dommage qu'elle soit si grosseBernard est obèse, adipeux, gorgé de graisse, « comme un énorme beignet trem­pant dans son huile avant d’être abon­dam­ment sucré dans l’assiette ». Cette car­ac­téris­tique physique s’est imposée à lui dès son enfance, a été gon­flée par les soins culi­naires mater­nels, a nour­ri les moqueries de ses cama­rades de classe et les regards avides des incon­nus, a englouti ses vel­léités de se frot­ter au monde. La réclu­sion s’est rapi­de­ment pro­filée comme le salut pos­si­ble, entre les murs de sa cham­bre du vivant de ses par­ents d’abord, dans une mai­son au milieu des arbres (dont la boîte aux let­tres se situe à un kilo­mètre, tou­jours par­cou­ru en quad) ensuite. À l’abri, il s’adonne à ses péchés mignons : la nour­ri­t­ure, en chair et en let­tres. Car le nar­ra­teur présente un sec­ond pen­chant insa­tiable, celui des mots. Il avale, dévore, se gave de livres : ceux-ci con­stituent « des rem­parts à [s]a dif­fi­culté d’être », et les écrivains, une famille. Ses par­ents, alliés de tou­jours, l’ont à des­sein tôt dégagé de toute inquié­tude basse­ment matérielle et ont veil­lé à ce que leur poussin se sente comme un coq en pâte. Con­tin­uer la lec­ture

Cène de crime !

Patrizio FIORILLI, Au com­mence­ment, il y eut le mal, F dev­ille, 2022, 234 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87599–054‑9

fiorilli au commencement il y eut le malAu com­mence­ment… de la lec­ture, ou juste avant celle-ci, à la lisière d’un univers vierge, il y a l’étonnement. Devant des dis­tor­sions entre les pre­mière et qua­trième de cou­ver­ture. Mise en page tonique, illus­tra­tion de Loustal et couleurs envoû­tantes, mais aucun mot sur l’auteur Patrizio Fio­r­il­li et faute d’accord dans le texte d’accroche. Croix dess­inées en front d’ouvrage, Ponce Pilate et le Christ évo­qués au dos du livre, mais un ban­deau annonce une finale de prix polar (Foire du livre de Brux­elles 2021). Quid ? Un réc­it polici­er se fau­fi­lant dans un décor his­torique ? En l’occurrence dans la Jérusalem du Ier siè­cle, aux alen­tours de la Pâque juive, de la cru­ci­fix­ion de Jésus ? Con­tin­uer la lec­ture

Marcher sur son père

Marc MEGANCK, Marcher Noir, Chroniques du monde con­finé, 180° édi­tions, 2021, 118 p., 17 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 978–2‑940721–01‑6
Marc MEGANCK, Le jour où mon père n’a plus eu le dernier mot, F dev­ille, 2021, 282 p., 20 €, ISBN : 978–2‑875990–51‑8

meganck marcher noir

Avec un mois d’écart, Marc Meganck pub­lie deux titres qui parta­gent des thèmes devenus pro­pres, ayant dévelop­pé pour lui-même toutes les qual­ités d’un anti-héros : un beau quadra inqui­et du temps qui passe dans une société qui le dépasse à grande vitesse. Or cet état lui per­met de par­faire son art sub­til de la dépres­sion tran­quille, ani­mée d’une pas­sive lucid­ité souf­frant, oui, souf­frant, de sym­pa­thie et d’empathie pour le monde qui l’entoure directe­ment. Con­tin­uer la lec­ture

La petite fille aux allumettes et au bidon d’essence

Didi­er VANDEN HEEDE, Meurtres en trois cou­plets, F dev­ille, coll. « Œuvres au noir », 2021, 340 p., 23 €, ISBN : 978–2‑87599–048‑8

vanden heede meurtres en trois coupletsLe dossier de presse annonce un « roman noir », un « polici­er hale­tant », un « scé­nario orig­i­nal » arcbouté à « un morceau de musique » et « à une par­tie d’échecs ». La cou­ver­ture, superbe, happe le regard. Fonds noir et illus­tra­tion sub­tile­ment col­orée signée Loustal. Deux jazzmen, con­tre­basse et sax­o­phone, jouent de nuit sous la lumière d’un réver­bère urbain. Con­tin­uer la lec­ture

Ce que mystère cache

Brigitte MOREAU, La com­plainte d’Isabeau, F dev­ille, 2021, 270 p., 20 €, ISBN : 9782875990464

moreau la complainte d'isabeauAurore a entamé des études de let­tres à la Sor­bonne. Elle ambi­tionne de devenir roman­cière et elle est rev­enue dans sa famille pour pass­er les vacances d’été, lais­sant son com­pagnon à Paris. Dans la demeure famil­iale, elle retrou­ve sa mère, Made­line qui vit aux côté de sa grand-mère, Huguette. Ici, point d’homme, juste le sou­venir d’un grand-père par­ti trop tôt et d’un mari enfui. Ce retour mar­que une rup­ture avec la vie en ville, elle redé­cou­vre un univers sur lequel l’aïeule règne sans partage, imposant une organ­i­sa­tion intan­gi­ble et dirigeant la vie de la mai­son. Pour sa petite-fille, qui doit être épuisée, elle veut un séjour sans his­toire, du repos à l’ombre, de longues nuits, des repas réguliers. Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche du tant perdu

Didi­er ROBERT, L’empreinte du silence, F dev­ille, 2021, 150 p., 15 €, ISBN : 9782875990389

robert l empreinte du silenceLes secrets de famille, on le sait aujourd’hui, peu­vent empeser l’existence de ceux et celles qui en sup­por­t­ent la charge, par­fois sans le savoir. Ils ont la peau dure, peu­vent faire sen­tir leurs effets par-delà les généra­tions, jusqu’à ce que quelqu’un se décide à lever l’omerta et trou­ve les mots pour lever le ver­rou. C’est la démarche effec­tuée par Didi­er Robert qui est par­ti à la recherche d’un par­ent arrêté au petit matin par l’occupant alle­mand durant la Sec­onde guerre mon­di­ale et qui n’est jamais revenu : Con­tin­uer la lec­ture

De la difficulté de l’attachement

Ver­e­na HANF, La fragilité des funam­bules, F dev­ille, 2021, 300 p., 23 €, ISBN : 9782875990396

hanf la fragilité des funambulesLes romans de Ver­e­na Hanf pétris­sent tou­jours le matéri­au humain. La fragilité des funam­bules, dernier livre de l’autrice, ne déroge pas à la règle. On y retrou­ve égale­ment un autre invari­ant chez Hanf, qui se niche dans la mise en présence, voire dans la mise en fric­tion, d’êtres et d’univers qui se seraient dévelop­pés en par­al­lèle si des élé­ments extérieurs n’avaient pas provo­qué une ren­con­tre. Comme celle d’Adriana, une jeune Roumaine au passé aus­si rugueux que l’attitude qu’elle affiche, et Nina Jung, une psy­cho­logue con­fort­able­ment instal­lée aux agace­ments mul­ti­ples. Tout, pra­tique­ment, éloigne les deux femmes : leurs racines, leur édu­ca­tion, leur statut social et mar­i­tal, leur inscrip­tion au monde. Une faille aiguë les rassem­ble toute­fois : leur mater­nité con­trar­iée. Con­tin­uer la lec­ture