Archives par étiquette : première œuvre

Chevauchée urbaine

Char­lie DEMOULIN, Silence me mord, La grange batelière, 2024, 96 p., 15 €, ISBN : 9791097127466

demoulin silence me mordQue faire quand le sen­ti­ment de l’absurde, du cré­pus­cule éter­nel nous vrille, quand la musique du néant bour­donne dans les tym­pa­ns ? C’est depuis ce lieu béant, depuis ce nihilisme que Char­lie Demoulin lance Silence me mord, pre­mier réc­it (davan­tage que roman) que l’on lira comme un auto­por­trait à l’ère du désen­chante­ment général­isé. Grav­i­tant autour de la came et du sexe, la vie du nar­ra­teur baigne dans un non-sens que la défonce et la baise com­pul­sives per­me­t­tent d’endurer. Si la for­mule « Last exit to Brux­elles » con­vo­quée en qua­trième de cou­ver­ture pro­pose une fil­i­a­tion avec Last Exit to Brook­lyn de Hubert Sel­by Jr, les simil­i­tudes dans la descrip­tion des tribus under­ground ne sont qu’apparentes. Réc­it qui se passe durant le con­fine­ment, Silence me mord est cade­nassé par la soli­tude, par la vacuité de l’existence, ryth­mé par une écri­t­ure-survie abrupte, dis­con­tin­ue, érup­tive. Nous sommes dans l’après Sel­by, dans une quête d’expériences extrêmes qui se fra­cassent con­tre les murs de la société, con­tre les murs intérieurs. Char­lie Demoulin écrit depuis un hori­zon bar­ré, celui de l’après l’âge d’or de la drogue et de l’érotisme, celui de la désori­en­ta­tion d’un monde. Le plan mondain s’est réduit à une addi­tion d’entités solip­sistes que l’auteur aus­culte. Con­tin­uer la lec­ture →

En quête d’absolu

Alice HENDSCHEL, Iris et Octave, ou les mésaven­tures de deux jeunes amants qui se croy­aient cos­miques, Bel­fond, 2024, 364 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑7144–0325‑4

hendschel iris et octaveAprès une rup­ture de dix-huit mois, Iris et Octave par­tent célébr­er leurs retrou­vailles dans la mai­son de cam­pagne de Mami­mosa, la grand-mère de l’héroïne. Ani­més par leur désir de fusion et d’intensité, ils s’isolent pour mieux se ressen­tir, unir leur corps et se gorg­er de leur pas­sion réciproque.

Ayant tous deux plus ou moins 25 ans, ils se sont ren­con­trés lors de leurs études à l’université. D’un côté, Iris est une belle jeune femme rousse, intense et flam­boy­ante, un brin dépen­dante des hommes ; de l’autre, Octave est un héros baude­lairien sen­si­ble, idéal­iste et ter­ri­fié par l’ennui. Tous deux épris de lec­ture et de poésie, ces deux-là étaient faits pour se ren­con­tr­er. Con­tin­uer la lec­ture →

Quelques cris

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie MARQUÈS, Nos ven­dredis, Impres­sions nou­velles, 2024, 208 p., 19 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–150‑7

marques nos vendredisTrône, au rang des nou­veautés de la ren­trée lit­téraire, Nos ven­dredis, pre­mier roman de Nathalie Mar­quès. L’ouvrage, pub­lié aux Impres­sions Nou­velles, est présen­té comme un roman choral. Avec beau­coup de sub­til­ité, il décrit les des­tins croisés d’habitants d’un quarti­er cos­su du Bra­bant Wal­lon : bobo, calme et famil­ial. Con­tin­uer la lec­ture →

Repousser les démons, faire place à la vie

Un coup de cœur du Car­net

Anne-Sophie KALBFLEISCH, Eure­ka dans la nuit, Rouer­gue, coll. « La brune », 2024, 384 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782812626111

kalbfleisch eureka dans la nuitQui oserait encore se ris­quer à dire que les autri­ces belges nég­li­gent le genre du roman noir ? Depuis quelques décen­nies déjà, cer­taines d’entre elles se sont imposées comme des références et leur répu­ta­tion dépasse allè­gre­ment nos fron­tières, leur per­me­t­tant de con­quérir un large lec­torat, que l’on songe à Pas­cale Fonte­neau, Nadine Mon­fils ou Bar­bara Abel, pour ne citer que celles les plus en vue par­mi elles. Con­tin­uer la lec­ture →

Nourrir les chiens non par amour des chiens mais parce qu’ils errent la nuit seuls dans les squares

Bastien HAUSER, Une sin­gu­lar­ité, Actes Sud, 2024, 256 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 978–2‑330–18951‑8

hauser une singularitéQu’est-ce que le sens ? D’une vie ? D’un livre ? D’une fic­tion ? Décidé­ment, les mas­ters de créa­tion lit­téraire en écoles d’art se révè­lent de belles pépinières d’autrices et d’auteurs pub­liés. Celui de La Cam­bre, ini­tié par Gilles Col­lard, a servi de trem­plin ou de coup de pouce à Bastien Hauser, un Suisse, jeune, établi à Brux­elles. Une sin­gu­lar­ité, livre aux accents curieuse­ment lynchéens, est son pre­mier roman. De Brux­elles à Tuc­son, on y suit l’effondrement physique et men­tal d’Abel Fleck, un homme jeune, vic­time, à pas d’âge, d’un AVC, le jour même où est révélée la pre­mière pho­togra­phie jamais prise d’un trou noir, sin­gu­lar­ité cos­mique dont rien n’émane, ni lumière, ni matière, ni infor­ma­tion. De Brux­elles à Tuc­son, Hauser tire aus­si le por­trait d’une jeunesse arty et bran­chouille, adepte des teufs, de l’alcool, de la dope, des amours libres et des musiques élec­tro. Abel Fleck faisant d’abord comme si rien ne lui était arrivé. Comme s’il pou­vait encore jouir, comme avant, avec insou­ciance, du monde de la nuit. Abel Fleck, pour­tant, au point d’en per­dre la tête, ne pou­vant s’empêcher de créer du sens, de reli­er ses trous de mémoire, ses absences et son acuité audi­tive accrue, à la présence de M87*, un trou noir tapi au fin fond de l’espace. Abel Fleck étant per­suadé que sa tête, la sin­gu­lar­ité qui, main­tenant, habite sa tête, en capterait les fréquences radio. Con­tin­uer la lec­ture →

Amours paléolithiques, délires pédiatriques et mégalomanie zoologique

Cécile HUPIN, Ne pas nour­rir les ani­maux, 180° édi­tions, 2024, 184 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94072–136‑8

hupin ne pas nourrir les animauxCécile Hupin étonne et détonne. Man­i­feste­ment, écrire l’amuse. Si vous aimez les auteurs et autri­ces qui pren­nent leur pied en écrivant, vous ne vous ennuierez pas à la lec­ture de Ne pas nour­rir les ani­maux à con­di­tion d’entrer dans son jeu ou plutôt son délire. Con­tin­uer la lec­ture →

La forêt, là, derrière…

Un coup de cœur du Car­net

Olivi­er TERLINDEN, Au-delà du vieux mur, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2024, 152 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑87489–928‑7

terlinden au dela du vieux murVoici un tout nou­v­el auteur qui appa­raît, Olivi­er Ter­lin­den, un écrivain dont nous décou­vrons le pre­mier opus, et, quelle joie de remet­tre ses pieds de lecteur dans les traces d’une lit­téra­ture de l’émerveillement ! Il nous livre avec Au-delà du vieux mur un pre­mier roman qui est tou­jours une appari­tion quand celui-ci réus­sit à percer une fois encore la cara­pace des fauss­es évi­dences du réel. Con­tin­uer la lec­ture →

Puissance des voix !

Adrien D’HOSE, Square Edi­son, Lans­man,  2023, 64 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0398‑6

d'hose square edisonAdrien d’Hose vient de pub­li­er sa pre­mière pièce de théâtre, Square Edi­son, aux Édi­tions Lans­man et, pour un homme ou une femme de théâtre, c’est tou­jours un événe­ment par­ti­c­ulière­ment déli­cat et for­mi­da­ble. Déli­cat en ce sens où l’au­teur publique­ment dévoile déjà les prémices d’un style et, for­mi­da­ble, en ce sens où l’édi­tion de théâtre per­met de venir et de revenir au texte en dehors même des aléas et des dif­fi­cultés de pro­duc­tion scénique. Con­tin­uer la lec­ture →

Dans le retrait des chants

Un coup de cœur du Car­net

Carine MESTDAG, Le chant du chardon­neret, Mur­mure des soirs, 2024, 163 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑931235–14‑0

mestdag le chant du chardonneretDans ce roman, Le chant du chardon­neret, Carine Mestdag nous offre une émou­vante et grave péré­gri­na­tion dans l’e­space de la mélan­col­ie d’un écrivain japon­ais Saku­taro, amoureux de la lit­téra­ture et de la poésie français­es mais qui, un jour, décide de quit­ter sa vie parisi­enne, de faire table rase de la plu­part des objets qui l’ont accom­pa­g­né, de brûler ses vais­seaux et de par­tir s’in­staller dans le sud-ouest de la France afin de dis­paraître du monde. Là, il va se remet­tre à écrire et à se livr­er à la ver­tig­ineuse revis­i­ta­tion du passé, de son amour pour Hatoko, leur vie com­mune, les moments partagés avec leurs familles au Japon, les cir­con­stances de sa mort… Con­tin­uer la lec­ture →

Winter is coming !

Un coup de cœur du Car­net

Mimosa EFFE, Les traîtres, Ker, 2024, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8758–6472‑7

effe les traitresLa nuit est froide pour un mois de juin. Elle regrette de ne pas avoir pris de veste. Elle regarde l’heure sur son télé­phone. 00h52. Elle voit aus­si un mes­sage de Marc. « Appelle-moi, je m’inquiète. » Elle sourit ; évidem­ment qu’il s’inquiète. Elle monte sur le petit pont au-dessus du canal. L’éclairage est faible, mais elle peut tout de même observ­er l’eau du canal Saint-Mar­tin et les graf­fi­tis sur les quais. 

Leçon d’efficacité nar­ra­tive ! Les traîtres nous hap­pent d’emblée, tant la langue de Mimosa Effe est sobre et vive, ferme et légère, tout à la fois, des allures de cray­on­né à la Hugo Pratt. Con­tin­uer la lec­ture →

Retour au pays de l’enfance

Michel DESMARETS, La plage d’après, Acad­e­mia, 2024, 176 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3646‑6

desmarets la plage d'aprèsLe pre­mier roman de Michel Des­marets nous fait décou­vrir les sou­venirs de Côme, qui a per­du son frère aîné et rep­longe dans son passé en foulant le sable d’une plage qu’il affec­tionne. Il emmène son lecteur dans ses ter­ri­toires intimes, dans les explo­rations de l’enfance et les jeux frater­nels tein­tés d’euphorie et d’émerveillement, devenus ain­si inou­bli­ables. Con­tin­uer la lec­ture →

« Alors pour habiter ce monde »

Mel MOYA, Mater Dolorosa, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2023, 116 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930822–26‑6

moya mater dolorosaRetraçant les séismes éprou­vés depuis l’enfance, Mater Dolorosa est une pietà poé­tique de com­bat dans laque­lle l’autrice incar­ne à la fois la mère et l’enfant, recoud ses pro­pres plaies pour mieux faire face au monde, s’en pro­téger et l’accueillir. Mater Dolorosa : écrire et par­ler pour répar­tir sur les épaules des coupables le poids d’un passé qui pèse comme des pier­res, lour­des et tran­chantes au fond des poches de celle qui doit avancer à con­tre-courant pour ne pas som­br­er. Con­tin­uer la lec­ture →

Des ratures éblouissantes

Un coup de cœur du Car­net

Blaise LESIRE, Opus­cule navrant, Cac­tus inébran­lable, 2023, 182 p.,  20 €, ISBN : 978–2‑39049–093‑7

« Tra­vailler pour l’incertain, aller sur mer, pass­er sur une planche »
Pas­cal, Pen­sées

lesire opuscule navrantLes apho­rismes de Blaise Lesire, dit le Mar­quis de l’Orée, dans ce pre­mier livre Opus­cule navrant, au titre d’une déli­cate ironie, se fondent sur une seule cer­ti­tude, celle de l’in­cer­ti­tude, et, comme il le dit de façon apparem­ment trag­ique,  de « l’in­san­ité du bon­heur ».

Lire un recueil d’apho­rismes est une opéra­tion de longue haleine, on peut se promen­er en trem­pant sa ligne dans le ruis­seau et en avançant à la paresseuse… Puis, soudain, une piqûre, un vif-argent entre deux eaux et un éblouisse­ment sur­git. Con­tin­uer la lec­ture →

Mise en abyme du néant

Palo­ma DE BOISMOREL, La fin du som­meil, Olivi­er, 2024, 256 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782823621235

de boismorel la fin du sommeilPre­mier roman de la jour­nal­iste Palo­ma de Bois­morel, La fin du som­meil se présente comme un exer­ci­ce de style méta­textuel ron­de­ment mené : un sans-faute, toute­fois sans grande inven­tiv­ité.

À l’heure de Wikipé­dia et de l’information à la portée de tous, les gens recherchent dans l’art un savoir incar­né et trans­gres­sif. Comme tout le monde, ils savent mais ils savent dif­férem­ment, la réal­ité ayant été col­orée et sec­ouée, elle forme désor­mais une sorte de mousse bizarre qu’ils boivent en souri­ant. Con­tin­uer la lec­ture →

À la croisée des chemins

Cyrille FALISSE, Seuls les fan­tômes, Bel­fond, 2024, 265 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑7144–0322‑3

falisse seuls les fantomesMelvile est un jeune trente­naire qui tra­vaille dans une boîte de com à Brux­elles. Depuis que sa com­pagne l’a quit­té sous pré­texte qu’il est « une petite chose faible et frag­ile », il repasse en boucle les sou­venirs de sa rela­tion, obsédé par cette femme, même si elle l’a entraîné dans une rela­tion tox­ique, où elle l’a poussé à chang­er pour être à la hau­teur de ses attentes. Con­tin­uer la lec­ture →

Traques

Jérémie CLAES, L’horloger, Héloïse d’Ormesson, 2024, 460 p., 22,90 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782350879291

claes l'horlogerJacob Drey­fus est un cori­ace. Jour­nal­iste, il a reçu le prix Pulitzer pour son enquête sur les nou­veaux grou­pus­cules supré­macistes blancs parue dans le Wash­ing­ton Post. Cette récom­pense fab­uleuse le met au cen­tre de l’attention alors que, dans la foulée, les autorités procè­dent à des arresta­tions, y com­pris dans les rangs du Sénat. Elle lui vaut aus­si rapi­de­ment des men­aces de mort insis­tantes qui touchent l’ensemble de sa famille, met­tant en évi­dence ses orig­ines juives. À telle enseigne que les autorités déci­dent de lui faire quit­ter les États-Unis et de l’installer avec sa femme et son fils en France sous une autre iden­tité avec la pro­tec­tion per­ma­nente d’un garde du corps. Ce qui impose à Jacob, devenu Cyril Buis­sière, de rompre tout lien avec son passé, y com­pris avec le reste de sa famille. Con­tin­uer la lec­ture →