Cécile HUPIN, Ne pas nourrir les animaux, 180° éditions, 2024, 184 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94072–136‑8
Cécile Hupin étonne et détonne. Manifestement, écrire l’amuse. Si vous aimez les auteurs et autrices qui prennent leur pied en écrivant, vous ne vous ennuierez pas à la lecture de Ne pas nourrir les animaux à condition d’entrer dans son jeu ou plutôt son délire. Continuer la lecture

Adrien d’Hose vient de publier sa première pièce de théâtre, Square Edison, aux Éditions Lansman et, pour un homme ou une femme de théâtre, c’est toujours un événement particulièrement délicat et formidable. Délicat en ce sens où l’auteur publiquement dévoile déjà les prémices d’un style et, formidable, en ce sens où l’édition de théâtre permet de venir et de revenir au texte en dehors même des aléas et des difficultés de production scénique.
Dans ce roman, Le chant du chardonneret, Carine Mestdag nous offre une émouvante et grave pérégrination dans l’espace de la mélancolie d’un écrivain japonais Sakutaro, amoureux de la littérature et de la poésie françaises mais qui, un jour, décide de quitter sa vie parisienne, de faire table rase de la plupart des objets qui l’ont accompagné, de brûler ses vaisseaux et de partir s’installer dans le sud-ouest de la France afin de disparaître du monde. Là, il va se remettre à écrire et à se livrer à la vertigineuse revisitation du passé, de son amour pour Hatoko, leur vie commune, les moments partagés avec leurs familles au Japon, les circonstances de sa mort…
La nuit est froide pour un mois de juin. Elle regrette de ne pas avoir pris de veste. Elle regarde l’heure sur son téléphone. 00h52. Elle voit aussi un message de Marc. « Appelle-moi, je m’inquiète. » Elle sourit ; évidemment qu’il s’inquiète. Elle monte sur le petit pont au-dessus du canal. L’éclairage est faible, mais elle peut tout de même observer l’eau du canal Saint-Martin et les graffitis sur les quais.
Le premier roman de Michel Desmarets nous fait découvrir les souvenirs de Côme, qui a perdu son frère aîné et replonge dans son passé en foulant le sable d’une plage qu’il affectionne. Il emmène son lecteur dans ses territoires intimes, dans les explorations de l’enfance et les jeux fraternels teintés d’euphorie et d’émerveillement, devenus ainsi inoubliables.
Retraçant les séismes éprouvés depuis l’enfance, Mater Dolorosa est une pietà poétique de combat dans laquelle l’autrice incarne à la fois la mère et l’enfant, recoud ses propres plaies pour mieux faire face au monde, s’en protéger et l’accueillir. Mater Dolorosa : écrire et parler pour répartir sur les épaules des coupables le poids d’un passé qui pèse comme des pierres, lourdes et tranchantes au fond des poches de celle qui doit avancer à contre-courant pour ne pas sombrer.
Les aphorismes de Blaise Lesire, dit le Marquis de l’Orée, dans ce premier livre Opuscule navrant, au titre d’une délicate ironie, se fondent sur une seule certitude, celle de l’incertitude, et, comme il le dit de façon apparemment tragique, de « l’insanité du bonheur ».
Premier roman de la journaliste Paloma de Boismorel, La fin du sommeil se présente comme un exercice de style métatextuel rondement mené : un sans-faute, toutefois sans grande inventivité.
Melvile est un jeune trentenaire qui travaille dans une boîte de com à Bruxelles. Depuis que sa compagne l’a quitté sous prétexte qu’il est « une petite chose faible et fragile », il repasse en boucle les souvenirs de sa relation, obsédé par cette femme, même si elle l’a entraîné dans une relation toxique, où elle l’a poussé à changer pour être à la hauteur de ses attentes.
Jacob Dreyfus est un coriace. Journaliste, il a reçu le prix Pulitzer pour son enquête sur les nouveaux groupuscules suprémacistes blancs parue dans le Washington Post. Cette récompense fabuleuse le met au centre de l’attention alors que, dans la foulée, les autorités procèdent à des arrestations, y compris dans les rangs du Sénat. Elle lui vaut aussi rapidement des menaces de mort insistantes qui touchent l’ensemble de sa famille, mettant en évidence ses origines juives. À telle enseigne que les autorités décident de lui faire quitter les États-Unis et de l’installer avec sa femme et son fils en France sous une autre identité avec la protection permanente d’un garde du corps. Ce qui impose à Jacob, devenu Cyril Buissière, de rompre tout lien avec son passé, y compris avec le reste de sa famille.
La temporalité : un été fiévreux, un juillet-août nerveux. Le lieu : Bruxelles, dans ses rues, ses espaces et ses endroits familiers, et dans des appartements aussi. La protagoniste : Clotilde, une quadra, métisse, aisée, lectrice compulsive. La situation initiale : un peu beaucoup paumée, Clotilde ne parvient pas à faire le deuil de son amour passé, Antoine, avec qui elle a été en couple un lustre. L’élément déclencheur : lors d’une soirée sur l’Allée du Kaai, où « la jeunesse alternative bronze entre deux taffes », elle croise un inconnu qui lui plaît : « Du regard langoureux à la couleur de la peau, du style décontracté à l’aisance altière, de sa jolie bouche à sa musculature que je devine. C’est lui que je veux, c’est lui que je n’aurai pas. » Si Clotilde n’étouffe pas sous l’optimisme, sa rencontre avec Tawfiq va pourtant rythmer ses prochaines semaines.
Un roman qui paraît dans une collection de romans noirs, qui plus est intitulée « Cosy crime » est déjà une manière de se singulariser. De plus, l’éditeur et/ou l’auteur agrémente la couverture de deux phrases qui mettent l’ouvrage sous le parrainage d’Arsène Lupin « De dignes héritiers » et de Vidocq « La meilleure des brigades ». Avec en illustration un cochon grassouillet sous un képi de police. Il ne nous reste plus qu’à aller voir ce qu’il y a sous le capot (ou la couenne) de ce premier roman d’un policier né à Liège, ce qui ne manque pas d’évoquer une autre référence.
Lif est un jeune homme de treize ans qui vit en autarcie avec ses deux parents dans le village portant le nom farfelu de Lalalère. Sa mère est une vendeuse constamment inquiète à l’idée de ne pas avoir de quoi manger et son père est un artiste qui crée des Trucmoches, des objets artisanaux séduisant les touristes de passage. Il n’est toutefois pas satisfait de son travail et décide de se lancer dans un art qu’il estime révolutionnaire : des cercueils en forme de S, T, X ou Y qui feront « danser les morts » dans leur dernière posture. Le ton est donné.
Au fond d’une ruelle, trois laissés-pour-compte, sortes d’archétypes aux couleurs beckettiennes, semblent errer dans un monde futuriste où règne le désarroi, un monde où le ciel a disparu et se disloque en morceaux. Cafard, le « ramasse-miettes », Clébard, le « canidé colérique et kiffeur de pisse » et Clochard, le « sans-abri haut perché » tombent sur un cadavre. Cafard se retient d’en faire son repas. Clochard est en trip perpétuel. Clébard, de nature agressive, mène le groupe. Ils nettoient les lieux pour accueillir un tribunal loufoque et Bâtard, leur coupable. Ce dernier avoue être « l’plus grand bâtard de l’univers faut bien qu’un gars soit bouc émetteur de misère », mais a‑t-il vraiment commis ce meurtre ? C’est alors qu’apparait Ekart, l’« amoureux en sueur », le malabar du quartier qui ne va pas tarder à tomber amoureux de Bâtard.
Le poème veut la vie. Il ne renonce pas.