Archives par étiquette : première œuvre

Amours paléolithiques, délires pédiatriques et mégalomanie zoologique

Cécile HUPINNe pas nour­rir les ani­maux, 180° édi­tions, 2024, 184 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94072–136‑8

hupin ne pas nourrir les animauxCécile Hupin étonne et détonne. Man­i­feste­ment, écrire l’amuse. Si vous aimez les auteurs et autri­ces qui pren­nent leur pied en écrivant, vous ne vous ennuierez pas à la lec­ture de Ne pas nour­rir les ani­maux à con­di­tion d’entrer dans son jeu ou plutôt son délire. Con­tin­uer la lec­ture

La forêt, là, derrière…

Un coup de cœur du Car­net

Olivi­er TERLINDEN, Au-delà du vieux mur, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2024, 152 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑87489–928‑7

terlinden au dela du vieux murVoici un tout nou­v­el auteur qui appa­raît, Olivi­er Ter­lin­den, un écrivain dont nous décou­vrons le pre­mier opus, et, quelle joie de remet­tre ses pieds de lecteur dans les traces d’une lit­téra­ture de l’émerveillement ! Il nous livre avec Au-delà du vieux mur un pre­mier roman qui est tou­jours une appari­tion quand celui-ci réus­sit à percer une fois encore la cara­pace des fauss­es évi­dences du réel. Con­tin­uer la lec­ture

Puissance des voix !

Adrien D’HOSE, Square Edi­son, Lans­man,  2023, 64 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0398‑6

d'hose square edisonAdrien d’Hose vient de pub­li­er sa pre­mière pièce de théâtre, Square Edi­son, aux Édi­tions Lans­man et, pour un homme ou une femme de théâtre, c’est tou­jours un événe­ment par­ti­c­ulière­ment déli­cat et for­mi­da­ble. Déli­cat en ce sens où l’au­teur publique­ment dévoile déjà les prémices d’un style et, for­mi­da­ble, en ce sens où l’édi­tion de théâtre per­met de venir et de revenir au texte en dehors même des aléas et des dif­fi­cultés de pro­duc­tion scénique. Con­tin­uer la lec­ture

Dans le retrait des chants

Un coup de cœur du Car­net

Carine MESTDAG, Le chant du chardon­neret, Mur­mure des soirs, 2024, 163 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑931235–14‑0

mestdag le chant du chardonneretDans ce roman, Le chant du chardon­neret, Carine Mestdag nous offre une émou­vante et grave péré­gri­na­tion dans l’e­space de la mélan­col­ie d’un écrivain japon­ais Saku­taro, amoureux de la lit­téra­ture et de la poésie français­es mais qui, un jour, décide de quit­ter sa vie parisi­enne, de faire table rase de la plu­part des objets qui l’ont accom­pa­g­né, de brûler ses vais­seaux et de par­tir s’in­staller dans le sud-ouest de la France afin de dis­paraître du monde. Là, il va se remet­tre à écrire et à se livr­er à la ver­tig­ineuse revis­i­ta­tion du passé, de son amour pour Hatoko, leur vie com­mune, les moments partagés avec leurs familles au Japon, les cir­con­stances de sa mort… Con­tin­uer la lec­ture

Winter is coming !

Un coup de cœur du Car­net

Mimosa EFFE, Les traîtres, Ker, 2024, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8758–6472‑7

effe les traitresLa nuit est froide pour un mois de juin. Elle regrette de ne pas avoir pris de veste. Elle regarde l’heure sur son télé­phone. 00h52. Elle voit aus­si un mes­sage de Marc. « Appelle-moi, je m’inquiète. » Elle sourit ; évidem­ment qu’il s’inquiète. Elle monte sur le petit pont au-dessus du canal. L’éclairage est faible, mais elle peut tout de même observ­er l’eau du canal Saint-Mar­tin et les graf­fi­tis sur les quais. 

Leçon d’efficacité nar­ra­tive ! Les traîtres nous hap­pent d’emblée, tant la langue de Mimosa Effe est sobre et vive, ferme et légère, tout à la fois, des allures de cray­on­né à la Hugo Pratt. Con­tin­uer la lec­ture

Retour au pays de l’enfance

Michel DESMARETS, La plage d’après, Acad­e­mia, 2024, 176 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3646‑6

desmarets la plage d'aprèsLe pre­mier roman de Michel Des­marets nous fait décou­vrir les sou­venirs de Côme, qui a per­du son frère aîné et rep­longe dans son passé en foulant le sable d’une plage qu’il affec­tionne. Il emmène son lecteur dans ses ter­ri­toires intimes, dans les explo­rations de l’enfance et les jeux frater­nels tein­tés d’euphorie et d’émerveillement, devenus ain­si inou­bli­ables. Con­tin­uer la lec­ture

« Alors pour habiter ce monde »

Mel MOYA, Mater Dolorosa, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2023, 116 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930822–26‑6

moya mater dolorosaRetraçant les séismes éprou­vés depuis l’enfance, Mater Dolorosa est une pietà poé­tique de com­bat dans laque­lle l’autrice incar­ne à la fois la mère et l’enfant, recoud ses pro­pres plaies pour mieux faire face au monde, s’en pro­téger et l’accueillir. Mater Dolorosa : écrire et par­ler pour répar­tir sur les épaules des coupables le poids d’un passé qui pèse comme des pier­res, lour­des et tran­chantes au fond des poches de celle qui doit avancer à con­tre-courant pour ne pas som­br­er. Con­tin­uer la lec­ture

Des ratures éblouissantes

Un coup de cœur du Car­net

Blaise LESIRE, Opus­cule navrant, Cac­tus inébran­lable, 2023, 182 p.,  20 €, ISBN : 978–2‑39049–093‑7

« Tra­vailler pour l’incertain, aller sur mer, pass­er sur une planche »
Pas­cal, Pen­sées

lesire opuscule navrantLes apho­rismes de Blaise Lesire, dit le Mar­quis de l’Orée, dans ce pre­mier livre Opus­cule navrant, au titre d’une déli­cate ironie, se fondent sur une seule cer­ti­tude, celle de l’in­cer­ti­tude, et, comme il le dit de façon apparem­ment trag­ique,  de « l’in­san­ité du bon­heur ».

Lire un recueil d’apho­rismes est une opéra­tion de longue haleine, on peut se promen­er en trem­pant sa ligne dans le ruis­seau et en avançant à la paresseuse… Puis, soudain, une piqûre, un vif-argent entre deux eaux et un éblouisse­ment sur­git. Con­tin­uer la lec­ture

Mise en abyme du néant

Palo­ma DE BOISMOREL, La fin du som­meil, Olivi­er, 2024, 256 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782823621235

de boismorel la fin du sommeilPre­mier roman de la jour­nal­iste Palo­ma de Bois­morel, La fin du som­meil se présente comme un exer­ci­ce de style méta­textuel ron­de­ment mené : un sans-faute, toute­fois sans grande inven­tiv­ité.

À l’heure de Wikipé­dia et de l’information à la portée de tous, les gens recherchent dans l’art un savoir incar­né et trans­gres­sif. Comme tout le monde, ils savent mais ils savent dif­férem­ment, la réal­ité ayant été col­orée et sec­ouée, elle forme désor­mais une sorte de mousse bizarre qu’ils boivent en souri­ant. Con­tin­uer la lec­ture

À la croisée des chemins

Cyrille FALISSE, Seuls les fan­tômes, Bel­fond, 2024, 265 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑7144–0322‑3

falisse seuls les fantomesMelvile est un jeune trente­naire qui tra­vaille dans une boîte de com à Brux­elles. Depuis que sa com­pagne l’a quit­té sous pré­texte qu’il est « une petite chose faible et frag­ile », il repasse en boucle les sou­venirs de sa rela­tion, obsédé par cette femme, même si elle l’a entraîné dans une rela­tion tox­ique, où elle l’a poussé à chang­er pour être à la hau­teur de ses attentes. Con­tin­uer la lec­ture

Traques

Jérémie CLAES, L’horloger, Héloïse d’Ormesson, 2024, 460 p., 22,90 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782350879291

claes l'horlogerJacob Drey­fus est un cori­ace. Jour­nal­iste, il a reçu le prix Pulitzer pour son enquête sur les nou­veaux grou­pus­cules supré­macistes blancs parue dans le Wash­ing­ton Post. Cette récom­pense fab­uleuse le met au cen­tre de l’attention alors que, dans la foulée, les autorités procè­dent à des arresta­tions, y com­pris dans les rangs du Sénat. Elle lui vaut aus­si rapi­de­ment des men­aces de mort insis­tantes qui touchent l’ensemble de sa famille, met­tant en évi­dence ses orig­ines juives. À telle enseigne que les autorités déci­dent de lui faire quit­ter les États-Unis et de l’installer avec sa femme et son fils en France sous une autre iden­tité avec la pro­tec­tion per­ma­nente d’un garde du corps. Ce qui impose à Jacob, devenu Cyril Buis­sière, de rompre tout lien avec son passé, y com­pris avec le reste de sa famille. Con­tin­uer la lec­ture

BX, je t’aime

Béné­dicte LOTOKO, Ça brille encore, Impres­sions nou­velles, coll. « For Intérieur », 2024, 214 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782390701033

lotoko ca brille encoreLa tem­po­ral­ité : un été fiévreux, un juil­let-août nerveux. Le lieu : Brux­elles, dans ses rues, ses espaces et ses endroits fam­i­liers, et dans des apparte­ments aus­si. La pro­tag­o­niste : Clotilde, une quadra, métisse, aisée, lec­trice com­pul­sive. La sit­u­a­tion ini­tiale : un peu beau­coup paumée, Clotilde ne parvient pas à faire le deuil de son amour passé, Antoine, avec qui elle a été en cou­ple un lus­tre. L’élément déclencheur : lors d’une soirée sur l’Allée du Kaai, où « la jeunesse alter­na­tive bronze entre deux taffes », elle croise un incon­nu qui lui plaît : « Du regard lan­goureux à la couleur de la peau, du style décon­trac­té à l’aisance altière, de sa jolie bouche à sa mus­cu­la­ture que je devine. C’est lui que je veux, c’est lui que je n’aurai pas. » Si Clotilde n’étouffe pas sous l’optimisme, sa ren­con­tre avec Taw­fiq va pour­tant ryth­mer ses prochaines semaines. Con­tin­uer la lec­ture

Faits d’armes d’une brigade porcine

Ludovic MÉLON, La brigade des bus­es, Cal­mann-Lévy Noir, coll. « Cosy crime », 2023, 265 p.,14,90 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑702189–84‑9

mélon la brigade des busesUn roman qui paraît dans une col­lec­tion de romans noirs, qui plus est inti­t­ulée « Cosy crime » est déjà une manière de se sin­gu­laris­er. De plus, l’éditeur et/ou l’auteur agré­mente la cou­ver­ture de deux phras­es qui met­tent l’ouvrage sous le par­rainage d’Arsène Lupin « De dignes héri­tiers » et de Vidocq « La meilleure des brigades ». Avec en illus­tra­tion un cochon gras­souil­let sous un képi de police. Il ne nous reste plus qu’à aller voir ce qu’il y a sous le capot (ou la couenne) de ce pre­mier roman d’un polici­er né à Liège, ce qui ne manque pas d’évoquer une autre référence. Con­tin­uer la lec­ture

L’Art est une fenêtre

Franck FENESTRE, La fin des Truc­moches, L’art-dit, 2023, 202 p., 20 €, ISBN : 978–2‑9192–2174‑5

fenestre la fin des trucmochesLif est un jeune homme de treize ans qui vit en autar­cie avec ses deux par­ents dans le vil­lage por­tant le nom far­felu de Lalalère. Sa mère est une vendeuse con­stam­ment inquiète à l’idée de ne pas avoir de quoi manger et son père est un artiste qui crée des Truc­moches, des objets arti­sanaux séduisant les touristes de pas­sage. Il n’est toute­fois pas sat­is­fait de son tra­vail et décide de se lancer dans un art qu’il estime révo­lu­tion­naire : des cer­cueils en forme de S, T, X ou Y qui fer­ont « danser les morts » dans leur dernière pos­ture. Le ton est don­né. Con­tin­uer la lec­ture

« Take care, little Bastard »

Thymios FOUNTAS, Sauvez Bâtard, Arbre de Diane, 2023, 98 p., 14 €, ISBN : 9782930822297

fountas sauvez batardAu fond d’une ruelle, trois lais­sés-pour-compte, sortes d’archétypes aux couleurs beck­et­ti­ennes, sem­blent errer dans un monde futur­iste où règne le désar­roi, un monde où le ciel a dis­paru et se dis­loque en morceaux. Cafard, le « ramasse-miettes », Clébard, le « canidé colérique et kif­feur de pisse » et Clochard, le « sans-abri haut per­ché » tombent sur un cadavre. Cafard se retient d’en faire son repas. Clochard est en trip per­pétuel. Clébard, de nature agres­sive, mène le groupe. Ils net­toient les lieux pour accueil­lir un tri­bunal loufoque et Bâtard, leur coupable. Ce dernier avoue être « l’plus grand bâtard de l’univers faut bien qu’un gars soit bouc émet­teur de mis­ère », mais a‑t-il vrai­ment com­mis ce meurtre ? C’est alors qu’apparait Ekart, l’« amoureux en sueur », le mal­abar du quarti­er qui ne va pas tarder à tomber amoureux de Bâtard. Con­tin­uer la lec­ture

Langue éblouie, vecteur de résistance…

Un coup de cœur du Car­net

Lisa DEBAUCHE, La nuit est encore debout c’est pour ça que je ne dors pas, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 150 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–473‑9  

debauche la nuit est toujours debout c'est pour ça que je ne dors pasLe poème veut la vie. Il ne renonce pas.

Tel pour­rait être l’acte de foi de Lisa Debauche sinon même son art poé­tique. Épouser au plus près la con­di­tion humaine, être l’instrument de mesure de ce qui en nous résiste envers et con­tre tout, déjouer l’indifférence, la super­fi­cial­ité, la vio­lence native, ouvrir mal­gré tout des portes per­me­t­tant à l’air de cir­culer, à l’être humain d’accueillir ses pos­si­bles, de ten­dre la main, telle est la fonc­tion du poème, vecteur de résis­tance. Con­tin­uer la lec­ture