Charlie DEMOULIN, Silence me mord, La grange batelière, 2024, 96 p., 15 €, ISBN : 9791097127466
Que faire quand le sentiment de l’absurde, du crépuscule éternel nous vrille, quand la musique du néant bourdonne dans les tympans ? C’est depuis ce lieu béant, depuis ce nihilisme que Charlie Demoulin lance Silence me mord, premier récit (davantage que roman) que l’on lira comme un autoportrait à l’ère du désenchantement généralisé. Gravitant autour de la came et du sexe, la vie du narrateur baigne dans un non-sens que la défonce et la baise compulsives permettent d’endurer. Si la formule « Last exit to Bruxelles » convoquée en quatrième de couverture propose une filiation avec Last Exit to Brooklyn de Hubert Selby Jr, les similitudes dans la description des tribus underground ne sont qu’apparentes. Récit qui se passe durant le confinement, Silence me mord est cadenassé par la solitude, par la vacuité de l’existence, rythmé par une écriture-survie abrupte, discontinue, éruptive. Nous sommes dans l’après Selby, dans une quête d’expériences extrêmes qui se fracassent contre les murs de la société, contre les murs intérieurs. Charlie Demoulin écrit depuis un horizon barré, celui de l’après l’âge d’or de la drogue et de l’érotisme, celui de la désorientation d’un monde. Le plan mondain s’est réduit à une addition d’entités solipsistes que l’auteur ausculte. Continuer la lecture






Adrien d’Hose vient de publier sa première pièce de théâtre, Square Edison, aux Éditions Lansman et, pour un homme ou une femme de théâtre, c’est toujours un événement particulièrement délicat et formidable. Délicat en ce sens où l’auteur publiquement dévoile déjà les prémices d’un style et, formidable, en ce sens où l’édition de théâtre permet de venir et de revenir au texte en dehors même des aléas et des difficultés de production scénique.
Dans ce roman, Le chant du chardonneret, Carine Mestdag nous offre une émouvante et grave pérégrination dans l’espace de la mélancolie d’un écrivain japonais Sakutaro, amoureux de la littérature et de la poésie françaises mais qui, un jour, décide de quitter sa vie parisienne, de faire table rase de la plupart des objets qui l’ont accompagné, de brûler ses vaisseaux et de partir s’installer dans le sud-ouest de la France afin de disparaître du monde. Là, il va se remettre à écrire et à se livrer à la vertigineuse revisitation du passé, de son amour pour Hatoko, leur vie commune, les moments partagés avec leurs familles au Japon, les circonstances de sa mort…
La nuit est froide pour un mois de juin. Elle regrette de ne pas avoir pris de veste. Elle regarde l’heure sur son téléphone. 00h52. Elle voit aussi un message de Marc. « Appelle-moi, je m’inquiète. » Elle sourit ; évidemment qu’il s’inquiète. Elle monte sur le petit pont au-dessus du canal. L’éclairage est faible, mais elle peut tout de même observer l’eau du canal Saint-Martin et les graffitis sur les quais.
Le premier roman de Michel Desmarets nous fait découvrir les souvenirs de Côme, qui a perdu son frère aîné et replonge dans son passé en foulant le sable d’une plage qu’il affectionne. Il emmène son lecteur dans ses territoires intimes, dans les explorations de l’enfance et les jeux fraternels teintés d’euphorie et d’émerveillement, devenus ainsi inoubliables.
Retraçant les séismes éprouvés depuis l’enfance, Mater Dolorosa est une pietà poétique de combat dans laquelle l’autrice incarne à la fois la mère et l’enfant, recoud ses propres plaies pour mieux faire face au monde, s’en protéger et l’accueillir. Mater Dolorosa : écrire et parler pour répartir sur les épaules des coupables le poids d’un passé qui pèse comme des pierres, lourdes et tranchantes au fond des poches de celle qui doit avancer à contre-courant pour ne pas sombrer.
Les aphorismes de Blaise Lesire, dit le Marquis de l’Orée, dans ce premier livre Opuscule navrant, au titre d’une délicate ironie, se fondent sur une seule certitude, celle de l’incertitude, et, comme il le dit de façon apparemment tragique, de « l’insanité du bonheur ».
Premier roman de la journaliste Paloma de Boismorel, La fin du sommeil se présente comme un exercice de style métatextuel rondement mené : un sans-faute, toutefois sans grande inventivité.
Melvile est un jeune trentenaire qui travaille dans une boîte de com à Bruxelles. Depuis que sa compagne l’a quitté sous prétexte qu’il est « une petite chose faible et fragile », il repasse en boucle les souvenirs de sa relation, obsédé par cette femme, même si elle l’a entraîné dans une relation toxique, où elle l’a poussé à changer pour être à la hauteur de ses attentes.
Jacob Dreyfus est un coriace. Journaliste, il a reçu le prix Pulitzer pour son enquête sur les nouveaux groupuscules suprémacistes blancs parue dans le Washington Post. Cette récompense fabuleuse le met au centre de l’attention alors que, dans la foulée, les autorités procèdent à des arrestations, y compris dans les rangs du Sénat. Elle lui vaut aussi rapidement des menaces de mort insistantes qui touchent l’ensemble de sa famille, mettant en évidence ses origines juives. À telle enseigne que les autorités décident de lui faire quitter les États-Unis et de l’installer avec sa femme et son fils en France sous une autre identité avec la protection permanente d’un garde du corps. Ce qui impose à Jacob, devenu Cyril Buissière, de rompre tout lien avec son passé, y compris avec le reste de sa famille.