Archives par étiquette : première œuvre

« Une onde / entre nos lèvres / closes »

Un coup de cœur du Car­net

Clara INGLESE, Lin­ea alba, Chat polaire, 2025, 109 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931–028360

inglese linea albaLa poésie, explo­rant et exp­ri­mant les expéri­ences les plus intimes, tran­scende celles-ci et en fait offrande aux lec­tri­ces et lecteurs. En mêlant poésie et réc­it théâ­tral­isé Clara Inglese inscrit Lin­ea alba, son pre­mier recueil dans une écri­t­ure délibéré­ment nar­ra­tive. Vivant l’expérience de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée, la poète a souhaité « remet­tre du mys­tère dans le par­cours d’enfantement hyper médi­cal­isé des cou­ples en pro­jet de famille ». Dans le même élan, l’écriture poé­tique exalte d’une lumière bien­v­enue la tra­ver­sée de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée dont sou­vent les seuls échos qui nous en parvi­en­nent sont mar­qués par la tech­nolo­gie, l’angoisse, et l’espoir déçu. Con­tin­uer la lec­ture

La Jeune Romancière fit entendre ce monde silencieux

Claire MATHOT, La sai­son du silence, Actes Sud, 2025, 170 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782330201586

mathot la saison du silenceUn vil­lage isolé, un bourg minus­cule, frap­pé d’un hiv­er rigoureux qui le coupe de tout autre monde, dans une époque indéter­minée, un endroit énig­ma­tique où chaque habi­tant est entière­ment défi­ni par son méti­er – Serveuse, Crémière, Mousse, Boulangère, Fos­soyeur, Écrivain, Aven­turi­er – où toute iden­tité est réduite à sa fonc­tion. Un lieu où le « faire » a anéan­ti l’« être ». Dans cette microso­ciété, la survie est une lutte de chaque instant, dès qu’un indi­vidu n’est plus jugé « utile », son sort est scel­lé. Au cœur de cette ten­sion, l’on suit le des­tin de trois per­son­nages con­fron­tés à leurs peurs pro­fondes et à la vio­lence du monde régi par l’utilitarisme. L’arrivée d’un étranger qui pré­tend con­naitre le passé du vil­lage vient semer le trou­ble et fait vac­iller les frag­iles cer­ti­tudes. Con­tin­uer la lec­ture

Au cœur des ténèbres

Bruno SANDERLING, Ban­gui Plage, Ker, 2025, 252 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87586–493‑2

sanderling bangui plageAvec Ban­gui-Plage, Bruno Sander­ling, con­sul­tant en droit inter­na­tion­al, vient de décrocher le prix du roman noir de la Foire du livre de Brux­elles (anci­en­nement prix Fin­tro). Un pre­mier (en l’occurrence) ou deux­ième roman, remis sur tapuscrit et tra­di­tion­nelle­ment pub­lié ensuite par les édi­tions Ker. Con­tin­uer la lec­ture

Télévision, ton univers (im)pitoyable

Olivi­er SCHOONEJANS, 20 Heures Acad­e­my, M+ édi­tions, 2025, 325 p., 21,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑38211–286‑1

schoonejans 20 heures academyPrenez deux extrêmes, d’une part les jour­naux télévisés et d’autre part les émis­sions de téléréal­ité, degré zéro de la télévi­sion, mélangez ces deux extrêmes, et vous obtenez la toile de fond de 20 Heures Acad­e­my, le pre­mier roman d’Olivi­er Schoone­jans, qui sait de quoi il par­le.

Olivi­er Schoone­jans est jour­nal­iste pour RTL-TVI et présente depuis plus de dix ans le jour­nal télévisé de 13h. Chaque édi­tion se ter­mine par l’interview d’unꞏe invitéꞏe. Régulière­ment, il s’agit d’un auteur ou d’une autrice et l’empathie, l’intérêt que le jour­nal­iste met dans ses ques­tions nous don­nait à penser que celui-ci pub­lierait un jour son livre. Voilà nos pré­dic­tions réal­isées avec ce pre­mier roman. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman du désir et de l’attente

Don­ald GEORGE, Pour le désir d’une reine, 180°, 2024, 199 p., 20 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 978–2‑940721–56‑6

george pour le desir d'une reineUn homme se livre et cela devient un livre. Pour son pre­mier roman, Don­ald George pro­pose une cor­re­spon­dance plutôt à sens unique, une sorte de carte du ten­dre, un jeu de patience entre un roman­tique énamouré et une déesse qui mul­ti­plie les désirs, ain­si que des tribu­la­tions entre Brux­elles, Spa et la Bre­tagne. Con­tin­uer la lec­ture

Désarçonner la langue

Un coup de cœur du Car­net

Natha­lie ATLANCan­berra, Ate­lier de l’agneau, 2024, 80 p., 18 €, ISBN : 9782374280851

atlan canberra 1Un titre peut briller comme un tal­is­man, un mot sacré, un ora­cle. Can­ber­ra, recueil en prose poé­tique de Nathalie Atlan, claque, cin­gle la joue, rameute le fan­tôme de la cap­i­tale de l’Australie. Chevauchée ryth­mée par vingt-huit chapitres, le réc­it tail­lé dans une sin­gu­lar­ité absolue se place sous la lib­erté d’une langue qui ne s’interdit aucune danse, aucune inven­tion, qui entend faire voir autant que dis­simuler, racon­ter autant que cacher, obvi­er, slalom­er dans le non-dit, le non-écrit. Can­ber­ra déroule une déam­bu­la­tion géo­graphique, men­tale, ésotérique, celle d’un groupe hétérogène com­posé de l’héroïne Alix Sarah Austin, de ses amis, de chevaux, de lap­ins, d’animaux qui courent entre les lignes. Le tra­jet du texte suit les tra­jets du navire, de l’avion, du zep­pelin qui emmè­nent la troupe de Lon­dres à Can­ber­ra. L’épopée se vit comme une exal­ta­tion de l’espace, du brouil­lage des fron­tières entre les humains, les ani­maux et les plantes, entre le réel et le mag­ique, entre le tan­gi­ble et le mythique. Con­tin­uer la lec­ture

La fragilité du bonheur

Isabelle SCHMIDT, Hap­pée par la mer, Flam­mar­i­on, 2024, 416 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782080454461

schmidt happée par la merGisèle, trente ans, est fac­trice dans un vil­lage bre­ton, Plougas­nou. Plutôt soli­taire, elle vit avec Bid­ule, son chat, et Boris, un homme totale­ment lisse et prévis­i­ble. Les habi­tants l’apprécient et se sont habitués à cette jeune femme, peu cau­sante, mais à l’écoute. Gisèle com­mence tou­jours sa tournée chez Odette qui tient une crêperie et attend de pied ferme les cartes postales de sa fille par­tie faire le tour du monde avec son copain. Odette dont elle con­nait toute la vie ou presque, et qui petit à petit prend une place impor­tante dans la sienne. Elle passe aus­si tous les jours pren­dre un thé chez son amie Clé­men­tine qui tra­vaille dans le café du vil­lage. Con­tin­uer la lec­ture

Un amour en diagonale

Frédéric ROELS, Ren­dez-vous, Lans­man, 2024, 40 p., 10 €, ISBN : 9782807104204

roels rendez-vousLéa et Ted se retrou­vent sur la Ram­bla, à Barcelone. Un ren­dez-vous qui sem­ble ne pas avoir été con­venu, mais qui est une évi­dence pour tous les deux. Qui sont-ils l’un pour l’autre ? Der­rière les for­mules de politesse, des mots laconiques et une cer­taine gêne, on sent une forte atti­rance. Ils sont comme hors du temps. Leur dia­logue est étrange, quelque peu philosophique. Leurs pas les mènent vers la mer. On remonte le temps au rythme de leurs foulées. Dix ans plus tôt, ils se sont ren­con­trés lors du tour­nage de Ren­dez-vous à Barcelone de Guy Long­prez. Léa Goldoni, actrice vedette française, y tient le pre­mier rôle. Ted, quant à lui, un Bri­tan­nique solaire et soli­taire, com­pose la musique du film. Pho­tographe ama­teur, il aime assis­ter au tour­nage, pour s’imprégner au mieux de l’am­biance et faire rejail­lir toutes ces émo­tions dans sa musique. Il prend quelques clichés de Léa qui font sen­sa­tion. Jamais per­son­ne ne l’avait regardée de cette manière, avec ce regard si atyp­ique, en diag­o­nale. Une rela­tion inédite et pla­tonique voit le jour entre eux, leurs rap­ports restant toute­fois pro­fes­sion­nels. Les vies de famille, les besoins du méti­er les acca­parent. Les années passent. Mais cha­cun con­tin­ue à chercher des signes de l’autre. Con­tin­uer la lec­ture

Pour un cinéma freak, émancipateur et sans repos

Un coup de cœur du Car­net

Louise VAN BRABANT, Lau­ra Palmer au pays des miroirs, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2024, 128 p., 13 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 9782390701750

van brabant laura palmerFans de Twin Peaks, ras­surez-vous : le sub­lime essai de Louise Van Bra­bantLau­ra Palmer au pays des miroirs, n’épuise pas le sujet. Tout au con­traire. Il se pour­rait que les thès­es dévelop­pées ou sug­gérées ici relan­cent notre addic­tion. L’an­gle d’at­taque de l’autrice – faire de Lau­ra Palmer une héroïne fémin­iste, en somme – lui per­met, en tout cas, sans avoir l’air, d’esquiss­er d’autres pistes inter­pré­ta­tives à explor­er, me don­nant per­son­nelle­ment envie de me plonger, une fois de plus, dans la série mythique de David Lynch et Mark Frost en remet­tant en route ma pro­pre fab­rique à sens. Con­tin­uer la lec­ture

Courts circuits

Damien LEJEUNE, Mona Lisa mon amour, Bozon2x, 2024, 151 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931067–23‑9

lejeune mona lisa mon amourLa nou­velle est décidé­ment un genre lit­téraire qui se prête par­ti­c­ulière­ment à l’inventaire des vicis­si­tudes du genre humain. Par petites touch­es, en quelques mots, des car­ac­tères s’esquissent, des paroles s’échangent, des fig­ures appa­rais­sent en scènes brèves qui s’estompent bien­tôt, mais dont le voisi­nage des­sine une car­togra­phie aux ram­i­fi­ca­tions mul­ti­ples.

Ici, un cou­ple qui se fait face en deux séquences mati­nales à 44 ans d’intervalle, avec des bouf­fées de rage et de ten­dresse, dans le quo­ti­di­en d’un petit déje­uner. (1970–2014) Con­tin­uer la lec­ture

Céphalonie, j’irai à toi

Tatiana DE PERLINGHI, Terre Adélaïde, M.E.O., 2024, 216 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782807004610

de perlinghi terre adelaideTatiana de Per­linghi, par ailleurs réal­isatrice de doc­u­men­taires, a eu la très bonne idée pour son pre­mier roman de l’ouvrir, en épi­gramme, par le poème de Con­stan­tin Cavafy Quand tu par­ti­ras pour Ithaque. Cette Ithaque, c’est la « terre Adélaïde » du titre. Pas Ithaque exacte­ment, mais l’île grecque juste en face : Céphalonie. Con­tin­uer la lec­ture

Chevauchée urbaine

Char­lie DEMOULIN, Silence me mord, La grange batelière, 2024, 96 p., 15 €, ISBN : 9791097127466

demoulin silence me mordQue faire quand le sen­ti­ment de l’absurde, du cré­pus­cule éter­nel nous vrille, quand la musique du néant bour­donne dans les tym­pa­ns ? C’est depuis ce lieu béant, depuis ce nihilisme que Char­lie Demoulin lance Silence me mord, pre­mier réc­it (davan­tage que roman) que l’on lira comme un auto­por­trait à l’ère du désen­chante­ment général­isé. Grav­i­tant autour de la came et du sexe, la vie du nar­ra­teur baigne dans un non-sens que la défonce et la baise com­pul­sives per­me­t­tent d’endurer. Si la for­mule « Last exit to Brux­elles » con­vo­quée en qua­trième de cou­ver­ture pro­pose une fil­i­a­tion avec Last Exit to Brook­lyn de Hubert Sel­by Jr, les simil­i­tudes dans la descrip­tion des tribus under­ground ne sont qu’apparentes. Réc­it qui se passe durant le con­fine­ment, Silence me mord est cade­nassé par la soli­tude, par la vacuité de l’existence, ryth­mé par une écri­t­ure-survie abrupte, dis­con­tin­ue, érup­tive. Nous sommes dans l’après Sel­by, dans une quête d’expériences extrêmes qui se fra­cassent con­tre les murs de la société, con­tre les murs intérieurs. Char­lie Demoulin écrit depuis un hori­zon bar­ré, celui de l’après l’âge d’or de la drogue et de l’érotisme, celui de la désori­en­ta­tion d’un monde. Le plan mondain s’est réduit à une addi­tion d’entités solip­sistes que l’auteur aus­culte. Con­tin­uer la lec­ture

En quête d’absolu

Alice HENDSCHEL, Iris et Octave, ou les mésaven­tures de deux jeunes amants qui se croy­aient cos­miques, Bel­fond, 2024, 364 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑7144–0325‑4

hendschel iris et octaveAprès une rup­ture de dix-huit mois, Iris et Octave par­tent célébr­er leurs retrou­vailles dans la mai­son de cam­pagne de Mami­mosa, la grand-mère de l’héroïne. Ani­més par leur désir de fusion et d’intensité, ils s’isolent pour mieux se ressen­tir, unir leur corps et se gorg­er de leur pas­sion réciproque.

Ayant tous deux plus ou moins 25 ans, ils se sont ren­con­trés lors de leurs études à l’université. D’un côté, Iris est une belle jeune femme rousse, intense et flam­boy­ante, un brin dépen­dante des hommes ; de l’autre, Octave est un héros baude­lairien sen­si­ble, idéal­iste et ter­ri­fié par l’ennui. Tous deux épris de lec­ture et de poésie, ces deux-là étaient faits pour se ren­con­tr­er. Con­tin­uer la lec­ture

Quelques cris

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie MARQUÈS, Nos ven­dredis, Impres­sions nou­velles, 2024, 208 p., 19 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–150‑7

marques nos vendredisTrône, au rang des nou­veautés de la ren­trée lit­téraire, Nos ven­dredis, pre­mier roman de Nathalie Mar­quès. L’ouvrage, pub­lié aux Impres­sions Nou­velles, est présen­té comme un roman choral. Avec beau­coup de sub­til­ité, il décrit les des­tins croisés d’habitants d’un quarti­er cos­su du Bra­bant Wal­lon : bobo, calme et famil­ial. Con­tin­uer la lec­ture

Repousser les démons, faire place à la vie

Un coup de cœur du Car­net

Anne-Sophie KALBFLEISCH, Eure­ka dans la nuit, Rouer­gue, coll. « La brune », 2024, 384 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782812626111

kalbfleisch eureka dans la nuitQui oserait encore se ris­quer à dire que les autri­ces belges nég­li­gent le genre du roman noir ? Depuis quelques décen­nies déjà, cer­taines d’entre elles se sont imposées comme des références et leur répu­ta­tion dépasse allè­gre­ment nos fron­tières, leur per­me­t­tant de con­quérir un large lec­torat, que l’on songe à Pas­cale Fonte­neau, Nadine Mon­fils ou Bar­bara Abel, pour ne citer que celles les plus en vue par­mi elles. Con­tin­uer la lec­ture

Nourrir les chiens non par amour des chiens mais parce qu’ils errent la nuit seuls dans les squares

Bastien HAUSER, Une sin­gu­lar­ité, Actes Sud, 2024, 256 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 978–2‑330–18951‑8

hauser une singularitéQu’est-ce que le sens ? D’une vie ? D’un livre ? D’une fic­tion ? Décidé­ment, les mas­ters de créa­tion lit­téraire en écoles d’art se révè­lent de belles pépinières d’autrices et d’auteurs pub­liés. Celui de La Cam­bre, ini­tié par Gilles Col­lard, a servi de trem­plin ou de coup de pouce à Bastien Hauser, un Suisse, jeune, établi à Brux­elles. Une sin­gu­lar­ité, livre aux accents curieuse­ment lynchéens, est son pre­mier roman. De Brux­elles à Tuc­son, on y suit l’effondrement physique et men­tal d’Abel Fleck, un homme jeune, vic­time, à pas d’âge, d’un AVC, le jour même où est révélée la pre­mière pho­togra­phie jamais prise d’un trou noir, sin­gu­lar­ité cos­mique dont rien n’émane, ni lumière, ni matière, ni infor­ma­tion. De Brux­elles à Tuc­son, Hauser tire aus­si le por­trait d’une jeunesse arty et bran­chouille, adepte des teufs, de l’alcool, de la dope, des amours libres et des musiques élec­tro. Abel Fleck faisant d’abord comme si rien ne lui était arrivé. Comme s’il pou­vait encore jouir, comme avant, avec insou­ciance, du monde de la nuit. Abel Fleck, pour­tant, au point d’en per­dre la tête, ne pou­vant s’empêcher de créer du sens, de reli­er ses trous de mémoire, ses absences et son acuité audi­tive accrue, à la présence de M87*, un trou noir tapi au fin fond de l’espace. Abel Fleck étant per­suadé que sa tête, la sin­gu­lar­ité qui, main­tenant, habite sa tête, en capterait les fréquences radio. Con­tin­uer la lec­ture