Archives par étiquette : première œuvre

BX, je t’aime

Béné­dicte LOTOKO, Ça brille encore, Impres­sions nou­velles, coll. « For Intérieur », 2024, 214 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782390701033

lotoko ca brille encoreLa tem­po­ral­ité : un été fiévreux, un juil­let-août nerveux. Le lieu : Brux­elles, dans ses rues, ses espaces et ses endroits fam­i­liers, et dans des apparte­ments aus­si. La pro­tag­o­niste : Clotilde, une quadra, métisse, aisée, lec­trice com­pul­sive. La sit­u­a­tion ini­tiale : un peu beau­coup paumée, Clotilde ne parvient pas à faire le deuil de son amour passé, Antoine, avec qui elle a été en cou­ple un lus­tre. L’élément déclencheur : lors d’une soirée sur l’Allée du Kaai, où « la jeunesse alter­na­tive bronze entre deux taffes », elle croise un incon­nu qui lui plaît : « Du regard lan­goureux à la couleur de la peau, du style décon­trac­té à l’aisance altière, de sa jolie bouche à sa mus­cu­la­ture que je devine. C’est lui que je veux, c’est lui que je n’aurai pas. » Si Clotilde n’étouffe pas sous l’optimisme, sa ren­con­tre avec Taw­fiq va pour­tant ryth­mer ses prochaines semaines. Con­tin­uer la lec­ture →

Faits d’armes d’une brigade porcine

Ludovic MÉLON, La brigade des bus­es, Cal­mann-Lévy Noir, coll. « Cosy crime », 2023, 265 p.,14,90 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑702189–84‑9

mélon la brigade des busesUn roman qui paraît dans une col­lec­tion de romans noirs, qui plus est inti­t­ulée « Cosy crime » est déjà une manière de se sin­gu­laris­er. De plus, l’éditeur et/ou l’auteur agré­mente la cou­ver­ture de deux phras­es qui met­tent l’ouvrage sous le par­rainage d’Arsène Lupin « De dignes héri­tiers » et de Vidocq « La meilleure des brigades ». Avec en illus­tra­tion un cochon gras­souil­let sous un képi de police. Il ne nous reste plus qu’à aller voir ce qu’il y a sous le capot (ou la couenne) de ce pre­mier roman d’un polici­er né à Liège, ce qui ne manque pas d’évoquer une autre référence. Con­tin­uer la lec­ture →

L’Art est une fenêtre

Franck FENESTRE, La fin des Truc­moches, L’art-dit, 2023, 202 p., 20 €, ISBN : 978–2‑9192–2174‑5

fenestre la fin des trucmochesLif est un jeune homme de treize ans qui vit en autar­cie avec ses deux par­ents dans le vil­lage por­tant le nom far­felu de Lalalère. Sa mère est une vendeuse con­stam­ment inquiète à l’idée de ne pas avoir de quoi manger et son père est un artiste qui crée des Truc­moches, des objets arti­sanaux séduisant les touristes de pas­sage. Il n’est toute­fois pas sat­is­fait de son tra­vail et décide de se lancer dans un art qu’il estime révo­lu­tion­naire : des cer­cueils en forme de S, T, X ou Y qui fer­ont « danser les morts » dans leur dernière pos­ture. Le ton est don­né. Con­tin­uer la lec­ture →

« Take care, little Bastard »

Thymios FOUNTAS, Sauvez Bâtard, Arbre de Diane, 2023, 98 p., 14 €, ISBN : 9782930822297

fountas sauvez batardAu fond d’une ruelle, trois lais­sés-pour-compte, sortes d’archétypes aux couleurs beck­et­ti­ennes, sem­blent errer dans un monde futur­iste où règne le désar­roi, un monde où le ciel a dis­paru et se dis­loque en morceaux. Cafard, le « ramasse-miettes », Clébard, le « canidé colérique et kif­feur de pisse » et Clochard, le « sans-abri haut per­ché » tombent sur un cadavre. Cafard se retient d’en faire son repas. Clochard est en trip per­pétuel. Clébard, de nature agres­sive, mène le groupe. Ils net­toient les lieux pour accueil­lir un tri­bunal loufoque et Bâtard, leur coupable. Ce dernier avoue être « l’plus grand bâtard de l’univers faut bien qu’un gars soit bouc émet­teur de mis­ère », mais a‑t-il vrai­ment com­mis ce meurtre ? C’est alors qu’apparait Ekart, l’« amoureux en sueur », le mal­abar du quarti­er qui ne va pas tarder à tomber amoureux de Bâtard. Con­tin­uer la lec­ture →

Langue éblouie, vecteur de résistance…

Un coup de cœur du Car­net

Lisa DEBAUCHE, La nuit est encore debout c’est pour ça que je ne dors pas, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 150 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–473‑9  

debauche la nuit est toujours debout c'est pour ça que je ne dors pasLe poème veut la vie. Il ne renonce pas.

Tel pour­rait être l’acte de foi de Lisa Debauche sinon même son art poé­tique. Épouser au plus près la con­di­tion humaine, être l’instrument de mesure de ce qui en nous résiste envers et con­tre tout, déjouer l’indifférence, la super­fi­cial­ité, la vio­lence native, ouvrir mal­gré tout des portes per­me­t­tant à l’air de cir­culer, à l’être humain d’accueillir ses pos­si­bles, de ten­dre la main, telle est la fonc­tion du poème, vecteur de résis­tance. Con­tin­uer la lec­ture →

Et le septième jour, la bave coula à flots

Antoine JOBARD, Ate­lier panique, Sabot, 2023, 200 p., 13 €, ISBN : 9782492352157

jobard atelier paniqueCe qui nous dif­féren­cie des grands ani­maux, c’est pas telle­ment le rire, c’est qu’on triche tout le temps. 

Pre­mier roman d’Antoine Jobard, Ate­lier panique est une his­toire de con­t­a­m­i­na­tion et de fas­ci­na­tion. Une ren­con­tre per­verse entre deux per­son­nages paumés sous la forme d’une genèse à l’envers : sept jours pour tout détru­ire, une fuite en avant vers le néant. Le titre jux­ta­pose ce qui appa­raît comme les lieux desquels éma­nent les pro­tag­o­nistes : pour le pre­mier, jeune type un poil lym­pha­tique adepte d’actions directes et de sab­o­tage, la panique est cette deux­ième peau-man­teau dont il ne se défait que le temps de l’ivresse ; pour le sec­ond, vieux pein­tre à l’égo intariss­able, l’atelier est un micro­cosme fonc­tion­nant en vase clos où se réfugi­er, au risque de s’y per­dre. Tous deux sont recou­verts de l’individualisme crasse qui craque­lle les idéaux les plus purs et leur con­fère le ton jaunâtre de l’inconsistance. Con­tin­uer la lec­ture →

Afrique exigeante

Cather­ine GODEFROID, Couleur savane, après la pluie, Mur­mure des soirs, 2023, 305 p., 22 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑9312–3506‑5

godefroid couleur savane apres la pluieNous sommes en juin 2007. Lucie, une jeune botaniste spé­cial­isée en écolo­gie trop­i­cale, se pré­pare pour une mis­sion au parc nation­al de l’Omo en Éthiopie, où elle sera chargée de car­togra­phi­er la végé­ta­tion en asso­ciant des relevés de ter­rain et une analyse d’images satel­lites.

Lorsqu’elle arrive au quarti­er général du parc, elle décou­vre les infra­struc­tures rudi­men­taires, les normes de sécu­rité, mais égale­ment les spé­cial­istes de tous hori­zons avec qui elle tra­vaillera durant deux mois. Cha­cun est venu dans ce paysage reculé avec son expéri­ence, sa cul­ture et ses objec­tifs ; et entre une infir­mière, un zool­o­giste, un géo­graphe, un ranger et un chef d’équipe, il y a de quoi partager à bâtons rom­pus des points de vue var­iés sur les enjeux du parc. Con­tin­uer la lec­ture →

La loi du plus fort

Éti­enne MARLOT, Com­ment tuer un loup-garou, Ker, 2023, 187 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8758–6465‑9

marlot comment tuer un loup garouGareth est un jeune homme de 15 ans vivant à Attert, dans le Nord d’Arlon. Pas­sion­né de livres fan­ta­sy et de félins, il mène une vie rou­tinière jusqu’au jour où il tente de chas­s­er un chat noir se trans­for­mant sous ses yeux en pan­thère qui lui par­le et l’attaque dans la foulée. Il est fort heureuse­ment sauvé par Kzin, un chas­seur qui apprend à Gareth qu’il est doté de pou­voirs mag­iques activés par cette bataille. Con­tin­uer la lec­ture →

Redevables

Pas­cal LORENT, Retour à Anvie, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2023, 399 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782874898945

lorent retour à anvieBien des romans policiers, à l’instar de leurs nom­breuses décli­naisons des­tinées au petit écran, entraî­nent le lecteur dans des réc­its menés au pas de charge qui pren­nent soin de délivr­er leur dose régulière d’adrénaline. D’autres promè­nent tran­quille­ment leur fic­tion et mis­ent sur des atouts com­plé­men­taires pour attis­er le plaisir de la lec­ture.  Le pre­mier roman de Pas­cal Lorent appar­tient résol­u­ment à la sec­onde caté­gorie, prenant bien le temps d’installer ses per­son­nages, de con­stru­ire une ambiance, de l’insérer dans un espace et un temps don­nés. Con­tin­uer la lec­ture →

De la vision fractale comme force de vie

Lau­ra SCHLICHTER, Mur­mu­ra­tions, avec des pho­tos de Jaume Llorens, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « Root­leg », 2023, 9 €, ISBN : 9–782875054548

schlichter murmurationsMur­mu­ra­tions est le pre­mier recueil pub­lié par Lau­ra Schlichter, née en 1978 à Besançon. Fixée aujourd’hui à Brux­elles, elle y a rejoint en 2022 le col­lec­tif Slameke, dévelop­pé sur son compte Insta­gram @Laura_dans_lair un lab­o­ra­toire d’écriture et ini­tié un mou­ve­ment de col­lage poé­tique #lesmursmemur­murent. Con­tin­uer la lec­ture →

Un voyage vers l’origine

Olivi­er KERR, La fatigue du métal, M.E.O., 2023, 232 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0398‑9

kerr la fatigue du metalPour mon soix­an­tième anniver­saire, j’avais décidé de me faire un cadeau et de par­tir à la recherche de la poésie per­due. Je voulais retrou­ver ces super­po­si­tions improb­a­bles entre le rêve et le fil des jours, ces moments où le réel et l’imag­i­naire le plus débridé s’emboîtent et se com­plè­tent pour for­mer un tout har­monieux, que j’avais con­nu jadis puis qui avaient peu à peu dis­paru, étouf­fés sous l’empilement des années. (…) 

C’est par cette réflex­ion et ce pro­jet que com­mence La fatigue du métal, pre­mier roman d’Olivi­er Kerr (par ailleurs pein­tre, graveur et chroniqueur sous pseu­do­nymes divers, voyageur impéni­tent) qui offre d’emblée le plaisir d’un titre sur­prenant, presque antin­o­mique… La fatigue d’un objet, d’un être et ici du métal… Con­tin­uer la lec­ture →

En cas de besoin, ouvrez le livre…

Cécil­ia DUMINUCO, Le livre d’Espérensis, Mem­o­ry, 2023, 21 €, ISBN : 9782874134074

duminuco le livre d'esperensisAmélia Quin­quet vit en pilote automa­tique une vie qui ne lui con­vient pas. Vendeuse dans une librairie som­bre et pous­siéreuse, elle sent le mal-vivre et les idées noires la gag­n­er. Jusqu’au jour où elle est inter­pel­lée par un client âgé et bizarre qui dis­paraît après avoir acheté un ouvrage ayant pour titre Le livre d’Espérensis, qu’elle n’avait pas remar­qué jusque-là. Et alors que, gag­née par le dés­espoir, elle s’apprête à met­tre fin à ses jours en sautant d’un pont dans l’eau glacée, elle trou­ve l’ouvrage en ques­tion et le feuil­lette. Il est vide, mais une pre­mière page se rem­plit lorsqu’elle ren­tre chez elle et qu’elle l’examine à tête reposée, piquant sa curiosité. Il en sera ain­si chaque fois qu’elle l’ouvrira et les textes qu’elle lit lui sem­blent rédigés pour elle, en con­nex­ion avec ce qu’elle vit ou s’apprête à vivre, qu’il s’agisse de con­tes, de poèmes ou de sen­tences de quelques lignes, tou­jours signés de Chapo­ka Tee. Con­tin­uer la lec­ture →

« Entendons-nous bien, rien de ce que je raconte n’est métaphorique »

Deb­o­ra LEVYH, La ver­sion, Allia, 2023, 128 p., 12 €, ISBN : 9791030417395

levyh la version« Très franche­ment, je ne crois pas qu’on puisse par­ler d’un monde dans la langue d’un autre monde. Je ne veux pas dire que ce ne serait pas souhaitable, sim­ple­ment que ce n’est peut-être pas pos­si­ble. À moins de recourir à des arti­fices. » Par cet incip­it, le nar­ra­teur donne le ton : il s’agira d’envisager une réal­ité avec des out­ils cer­taine­ment insuff­isants, ou du moins pas exacte­ment adéquats. Et le défi se révèle iden­tique dans ces lignes : évo­quer le livre de Deb­o­ra Levyh, un texte dense, opaque, exploratoire, dans un français effi­cace et essen­tial­iste, ou com­ment ten­ter de faire entr­er une sphère dans un trou car­ré… Con­tin­uer la lec­ture →

Désaccord parfait

Cather­ine DEMAIFFE, Jusqu’au lever du jour, F dev­ille, 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 9782875990693

demaiffe jusqu'au lever du jourLe roman de Cather­ine Demaiffe débute par le réc­it de l’enfance des deux héros qui for­meront une famille quelques années plus tard, mais pour l’heure, nous décou­vrons pro­gres­sive­ment ce qui a forgé le car­ac­tère des prin­ci­paux intéressés. D’un côté, il y a Alexan­dra, élevée par des sœurs et sa tante Maria suite au décès de ses par­ents et ses frère et sœur dans un acci­dent d’avion. D’un autre côté, il y a Vic­tor, le fruit d’une union hors mariage, élevé seul par sa mère et taxé de bâtard durant toute sa jeunesse. Alexan­dra a gran­di dans l’admiration de son père pilote à la Roy­al Air Force, tan­dis que Vic­tor a essayé d’être un gen­til garçon mais a été abîmé par les assauts déplacés d’un homme d’église. Con­tin­uer la lec­ture →

Chat perché

Adèle MAURY, Gratin de chat, L’employé du Moi, 2023, 80 p., 18 €, ISBN : 9782390041078

maury gratin de chatAu point de départ du réc­it, une sit­u­a­tion très banale : dans une famille vivant à la cam­pagne, une mère et ses deux filles ont adop­té un chat. Surnom­mé alter­na­tive­ment « le chat », « chacha » ou « chatassse », le félin va occu­per une place de plus en plus déter­mi­nante dans la vie famil­iale, à tel point qu’une assi­ette et un siège lui sont par­fois réservés lors des repas. Pris en tenaille entre la sœur qui l’adore et celle qui le déteste, le petit ani­mal à fig­ure presque humaine cristallise les rancœurs, frus­tra­tions et désamours de la con­stel­la­tion famil­iale. Et ce, pen­dant que la mère aimante (trop aimante ?) sur­in­vestit sa rela­tion avec le chat, qu’on décou­vre au fil de l’histoire doté de la parole (à moins que ça ne soit plutôt les per­son­nages qui lui prê­tent un dis­cours humain…). Tout cela pour­rait mal finir ! Vers quel dénoue­ment les inter­ac­tions ambigües entre les habi­tantes de la mai­son et ce sin­guli­er félin nous mèneront-elles ? Con­tin­uer la lec­ture →

Musique des cœurs et des rancœurs

Mau­reen DOR, Con­cert au réfec­toire à 16h30, Buchet Chas­tel, 2023, 254 p., 19,9 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑283–03849‑9

dor concert au refectoire a 16h30Bernard Ver­rat à la ville est Hervé Vin­cent à la scène. Pas celle de grandes salles, non. Celle que son assis­tante de fille lui installe dans les maisons de retraite où il donne des réc­i­tals tout au long de l’année. Voilà 25 ans que cet ancien chef d’entreprise s’est recon­ver­ti en croon­er après avoir tout per­du. Et même si ses con­certs ont lieu à 16h30, il ne ménage pas ses efforts pour plaire à son pub­lic du troisième âge. Depuis cinq années, sa fille Lydie l’a rejoint à bord de la camion­nette aux let­tres dorées « HERVÉ VINCENT, LA MUSIQUE DES CŒURS, LA MUSIQUE AU CŒUR » et sil­lonne la France avec lui. Elle a même agré­men­té le show d’un moment très appré­cié des spec­ta­teurs, le clou du spec­ta­cle : une tombo­la un rien par­ti­c­ulière, avec tirage au sort quelque peu trafiqué. Car si le gag­nant, ou plus prob­a­ble­ment la gag­nante, pou­vait à son tour se mon­tr­er généreux avec le chanteur, Lydie se rap­procherait de son rêve d’une autre vie, dans la lux­ueuse mai­son de son enfance. Con­tin­uer la lec­ture →