Archives par étiquette : première œuvre

Les pieds dans le plat agro-alimentaire

Noëlle MICHEL, Viande, LiLys, 2020, 252 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930848–89‑1

Le roman Viande s’est retrou­vé en finale du prix Fin­tro Écri­t­ures noires 2018. Et LiLys le pub­lie deux ans plus tard. Avec une mise en page un peu rudi­men­taire (pas de retrait) mais un texte soigneuse­ment poli.

Noëlle Michel, l’autrice, une ex-ingénieure d’origine dijon­naise, vit à Gand. Une Française pas­sion­née par le néer­landais ! Con­tin­uer la lec­ture

Le chemin de la résilience

Racha MOUNAGED, La blessure, Com­plic­ités, 2020, 168 p., 13 €, ISBN : 978–2351202722

Le roman débute par un événe­ment inat­ten­du. Nous sommes à Bey­routh, dans les années 1990. Jad, un jeune ado­les­cent, s’en prend, sans rai­son appar­ente, à un cama­rade de classe et le poignarde avec un couteau à huîtres. Com­ment le jeune garçon, promis pour­tant à de bril­lantes études, en est-il arrivé à com­met­tre cet acte insen­sé qui le mèn­era en cen­tre de réé­d­u­ca­tion ? Retour en arrière. Con­tin­uer la lec­ture

« Eh bien, cette scène, comme vous dites, était précisément une scène »

Gilles RIBERO, Clair­ières, Allia, 2020, 112 p., 10 € / ePub : 5.99 €, ISBN : 979–10-304‑1261‑1

gilles ribero clairières éditions alliaDès l’ouverture, Clair­ières pose dans le derme du con­cret des ques­tions d’ordre sym­bol­ique. Robert, le per­son­nage prin­ci­pal, se touche le ven­tre, et palpe en même temps que sa peau le pas­sage du temps. Il s’enfonce un doigt dans le nom­bril, jusqu’à la douleur. Dans son esprit se fait jour une intu­ition, qui lui fait reli­er sa nais­sance à sa mort, par le fil de la souf­france. Con­tin­uer la lec­ture

Une vie en mouvement

Véronique ADAM, Pas faite pour, M.E.O., 2020, 220 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0248‑7

veronique adam pas faite pour couverturePas faite pour. Le pre­mier roman de Véronique Adam.

Un roman ? Plutôt le jour­nal intime d’une jeune vio­loniste, Cécile, qui vient d’atteindre ses trente-cinq ans, sans les fêter vrai­ment. Jugez-en : « Nulle en musique, nulle en sport, nulle en amour, nulle en tout ! Nulle, mon deux­ième prénom ! » Con­tin­uer la lec­ture

C’est quoi, la Belgique ?

Robert MASSART, Une his­toire belge, M.E.O., 2020, 196 p., 17 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2807002517

robert massart une histoire belgeErnest Dubois, pro­fesseur de français mani­aque de la langue et ornitho­phobe, de retour d’un voy­age, se trou­ve con­fron­té à la présence inop­por­tune d’un oiseau intro­duit dans son apparte­ment. Il tourne les talons et s’enfuit dans la nuit. Dans les toi­lettes des dames de la gare du Midi, Kom­mer Baert, occupé à recopi­er les graf­fi­tis afin d’alimenter le cor­pus de son étude, est som­mé de vider les lieux par la tem­pétueuse Madame Pipi, Fin­t­je. C’est alors que les deux hommes se ren­con­trent, se suiv­ent, pren­nent langue, et c’est le début d’une his­toire d’amitié et de rival­ité, une his­toire où cha­cun devient un peu plus lui-même en se mêlant aux autres, une his­toire qui doit peu au rationnel, une his­toire belge en somme. Con­tin­uer la lec­ture

Une femme a marché sur la Lune !

Benoît SAGARO, La con­jonc­tion dorée, Nou­veaux auteurs, 2020, 546 p., 19,95 € / ePub : 13,99 €, ISBN :978–2‑8195–0615‑7

Une belle mise en place

Une note, avant l’ouverture du réc­it, tente de lui con­fér­er une dose de crédi­bil­ité, tein­tée d’une mise en alerte nar­ra­tive : le pro­jet spa­tial améri­cain aurait pro­filé dans son sil­lage une litanie de dis­pari­tions inquié­tantes ; il y a à Athènes, dans le musée archéologique nation­al, un objet antique, le mécan­isme d’Anticythère, qui n’en finit pas d’interpeller les chercheurs. Un pro­logue, dans la foulée, zoome sur une machine engour­die par le froid lunaire. Elle se dresse à côté des débris d’un mod­ule, d’empreintes « con­nues de l’humanité entière » et qui, pour­tant, recè­lent les indices d’une « his­toire dra­ma­tique ». Soudain, « une lueur verdâtre » sur un écran, des chiffres défi­lent, tout se fige, une « lueur rougeâtre » et le mot « ERROR ». Con­tin­uer la lec­ture

Vertige de l’amour

Nat­acha DIEM, L’invention d’Adélaïde Fou­chon, Piran­ha, 2020, 208 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2371190818

Deux Adélaïde se racon­tent. Il y a d’abord la petite fille, du genre « garçon man­qué », skate­board sous le bras, qui pour­tant rêverait de ressem­bler aux autres petites filles en jolies robes, cordes à sauter en mains. Il y a ensuite la femme qui, apprenant le décès de son père, part à la ren­con­tre d’elle-même. Deux réc­its se racon­tent, se con­stru­isent par­al­lèle­ment, se croisent, se répon­dent et s’éclairent l’un l’autre. Con­tin­uer la lec­ture

Louis Adran ou les sortilèges d’une nouvelle voix poétique

Un coup de cœur du Car­net

Louis ADRAN, Cinq lèvres couchées noires, Cheyne, coll. « Grands fonds », 2020, 80 p., 17 €, ISBN : 978–2‑84116–281‑9 

Rarement les sor­tilèges du verbe se font sen­tir avec une telle ful­gu­rance, une telle inten­sité à l’occasion d’un pre­mier recueil. Pre­mier ouvrage pub­lié par Louis Adran né en 1984 à Bey­routh, le recueil poé­tique Cinq lèvres couchées noires délivre une sidérante puis­sance. Entre réc­it placé sous le signe du mys­tère et magie d’une langue réin­ven­tant ses lois, le recueil campe l’errance d’un groupe de sol­dats jetés sur les routes des villes, des cam­pagnes, d’une guerre dont l’auteur tait la teneur. Con­tin­uer la lec­ture

Aux frontières du réel

Thibaud PETIT, Jack, Mur­mure des Soirs, 2020, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930657–61‑5

« On peut sur­vivre de mille et un passés mais on meurt dès qu’on a per­du son seul avenir. » Ce con­stat cristallise les élans scrip­turaux du nar­ra­teur de Jack. Cet homme, frag­ilisé, dans la trentaine, emmé­nage dans un apparte­ment (aus­si étriqué que ses moyens et peu pim­pant que son allure) suite à une rup­ture sen­ti­men­tale non métabolisée. Bien sûr, il y a déjà eu le tri des sou­venirs, l’installation dans un quarti­er agréable, les encour­age­ments des proches, la for­mu­la­tion pos­i­tive de réso­lu­tions. Mais tout s’est enchaîné très vite, trop même. À présent, il y a surtout cet espace de céli­bat, ce min­i­mal­isme imposé, cette nou­velle page d’existence à écrire. Alors pourquoi ne pas se pren­dre au mot et l’écrire, ce roman jamais abouti, tel « un mec ayant besoin d’outils pour aller mieux » ? « Il m’offrait la pos­si­bil­ité d’adopter un autre regard sur mon his­toire et de faire de ce fardeau que je traî­nais de la matière à tra­vailler et à espér­er. En quelque sorte, il me pous­sait à regarder vers l’avant et à arrêter de croire que le passé m’emprisonnait, au risque d’en mourir. » Con­tin­uer la lec­ture

Un passé en embuscade

Bernard CAPRASSE, Le cahi­er orange, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 390 p., 17.50 €, ISBN : 9782874895906

La guerre 40–45 est sans aucun doute un fer­ment nar­ratif qui ne cesse de nour­rir la lit­téra­ture en général et celle des auteurs belges fran­coph­o­nes en par­ti­c­uli­er. Les con­flits armés bous­cu­lent l’ordre de choses, sus­pendent le cours des activ­ités habituelles, sépar­ent les familles, dépla­cent les per­son­nes et créent un espace-temps prop­ice au repo­si­tion­nement des per­son­nes. Ils per­me­t­tent des règle­ments de compte en sous-main, rebat­tent les cartes rela­tion­nelles et sen­ti­men­tales, rem­plis­sent les boîtes à sou­venirs de douleurs, de deuils, de pri­va­tions, de ran­coeurs, mais aus­si de joies intens­es liées aux retrou­vailles, au retour de la paix, à la libéra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Brasiers : prix Fintro Écritures noires

Marie-Pierre JADIN, Brasiers, Ker, 2020, 153 p., 18 €, ISBN : 9782875862686

Lau­réate du prix Fin­tro Écri­t­ures noires remis dans le cadre de la Foire du livre de Brux­elles pour son pre­mier roman, Brasiers, Marie-Pierre Jadin pro­pose un réc­it à hau­teur d’hommes et de femmes aux fron­tières de leurs his­toires per­son­nelles et de la grande His­toire, celle de la Sec­onde Guerre mon­di­ale et de la Guerre froide. Con­tin­uer la lec­ture

« Ode à l’amour, la souffrance et la mort »

Jas­mine NGUYEN, Po’aime-moi, Bleu d’encre, 2019, 52 p., 12 €, ISBN : 78–2‑930725–27‑7

La poésie joue un rôle ultime dans la vie des auteurs ; sans doute aus­si des lecteurs. S’il existe cent mille raisons de pren­dre la plume et d’écrire des poèmes, il en est une majeure où toutes peut-être se rejoignent : tran­scen­der la langue et par ce chemin, sub­limer la réal­ité. Or celle-ci est sans mesure pour Jas­mine Nguyen. Médecin spé­cial­isée dans les can­cers du sang, auteure ici d’un pre­mier recueil, elle a man­i­feste­ment acquis une con­science pré­cise de ce que l’écriture et la poésie appor­tent à sa vie. Un exu­toire et une libéra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Quoi de neuf docteur ?

Jean-Pierre BALFROID, Le choix de Mia, M.E.O., 2020, 284 p., 20 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0225‑8

Le réc­it débute sur un geste fort : médecin gyné­co­logue de son état, Jean, qui assiste aux funérailles de son amante, est invité par le mari de la défunte à pren­dre la parole et il lâche le morceau devant l’assemblée médusée. Mia, cette jeune femme que l’on pleure était aus­si sa bien-aimée et avec sa perte, le sol se dérobe sous ses pieds. Il s’ensuit une rixe avec l’époux en colère, la police est appelée, le cara­bin inso­lent emmené au poste. Con­tin­uer la lec­ture

Trois petits tours et puis s’en vont…

Un coup de cœur du Car­net

Aïko SOLOVKINE, Rodéo, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 220 p., 8.50 €, ISBN : 978–2‑87568–482‑0

Le roman Rodéo d’Aïko Solovkine, bien que salué par les cri­tiques lors de sa pre­mière pub­li­ca­tion en 2014 chez Fil­ip­son et récom­pen­sé par le prix de la Pre­mière œuvre de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles en 2016, avait con­tin­ué de cir­culer dans une com­mu­nauté restreinte de lecteurs. Sa deux­ième édi­tion est un événe­ment atten­du, tant il est évi­dent que le réc­it de cette jeune autrice n’avait pas eu alors la vis­i­bil­ité qu’il méri­tait. Aug­men­té d’une post­face, comme c’est tou­jours le cas dans la col­lec­tion Espace Nord, ce roman met en scène les actions d’une jeunesse mâle oubliée dans une région rurale belge délais­sée. Con­tin­uer la lec­ture

En suspens(e)

Cather­ine BARSICS, Dis­parue, Arbre à paroles, coll. « If », 2019, 13 €, ISBN : 978–2‑87406–687‑0

« Des petites mains : des menottes. » Dans cette for­mule se cristallise, pour une part, l’enjeu du pre­mier recueil que signe Cather­ine Bar­sics aux Édi­tions L’Arbre à Paroles, Dis­parue. Le texte se présente, tel que l’indique l’exergue, comme une « enquête poé­tique, sur les traces de Suzanne Glo­ria Lyall, dis­parue en 1998 à Albany (état de NY) ». Le pari est réus­si : le lecteur dédale dans l’enfance et l’adolescence de Suzanne Glo­ria Lyall, au gré des pho­tos ou des instants vécus et recueil­lis, comme une façon de « pré­par­er [s]on sou­venir / des années à l’avance ». Le recueil ne se can­tonne ni à un témoignage extérieur, ni ne trans­pose, textuelle­ment, la dimen­sion factuelle que nous pou­vons retrou­ver dans cer­tains doc­u­men­taires télévi­suels trai­tant de dis­pari­tions ou d’affaires non élu­cidées.

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Bruxelles, section criminelle

Anne-Cécile HUWART, Mourir la nuit, Onlit, 2019, 252 p., 18 € / ePub : 6 €, ISBN : 978–2‑87560–114‑8

S’il est un domaine de la vie que l’on con­naît essen­tielle­ment par la fic­tion, c’est bien celui de la crim­i­nal­ité. On est nour­ri de romans policiers, de films noirs, crim­inels, de séries télévisées, téléchargées ou en flux dif­fusées, de Faites entr­er l’accusé… On absorbe les gestes (la ges­tic­u­la­tion par­fois) des enquê­teurs, les tech­niques sci­en­tifiques, les procé­dures judi­ci­aires au point de finir par les croire vrais alors qu’ils ne sont que vraisem­blables (et encore…), qu’ils sont nour­ris autant par leur pro­pre mytholo­gie que par la réal­ité du ter­rain. Davan­tage ? Qu’en sait-on vrai­ment ? Pour dépass­er la fic­tion, Anne-Cécile Huwart, jour­nal­iste spé­cial­isée dans les affaires judi­ci­aires, la san­té, l’enseignement, le social est allée observ­er au plus près l’instruction des crimes. Puis elle l’a racon­tée au plus juste, « de l’intérieur, sans voyeurisme, dans le respect de l’instruction et de la dig­nité des vic­times et de leurs proches. » In fine, out­re le fait qu’il n’y ait héroï­sa­tion ni de la police ni des crim­inels, le plus éton­nant est le rap­port au temps : rien ne va vite. Entre le moment où le meurtre est com­mis et l’énoncé du ver­dict, il se passe des années. Anne-Cécile Huwart a respec­té cette tem­po­ral­ité lente. Elle a mené son tra­vail minu­tieuse­ment, au long cours. Son enquête a duré près de six ans. Un temps que per­met le livre et que ne souf­frent pas les médias et les réseaux soci­aux. Con­tin­uer la lec­ture