Archives par étiquette : première œuvre

De la fantasy qui questionne le présent

Un coup de cœur du Car­net

Anne-Sophie DEVRIESE, Biotanistes, ActuSF, 2021, 350 p., 19.90 / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑37686–349‑6

devriese biotanistesDis­crim­i­na­tions liées au genre, éco­cide, manip­u­la­tions du pou­voir et de l’information, impor­tance de la mémoire et de la trans­mis­sion : l’énumération des thèmes brassés dans ce pre­mier roman peut faire peur. Pour­tant, avec Biotanistes, Anne-Sophie Devriese évite l’écueil d’une lit­téra­ture don­neuse de leçons. Mieux : elle signe un roman-univers dont le lecteur met du temps à revenir même si, para­doxale­ment peut-être, il nous ramène sans cesse au présent. Con­tin­uer la lec­ture

La révolution des champignons

Clarisse DERRUINE, Décom­po­si­tion, Ker Édi­tions, 2021, 132 p., 12 €, ISBN : 9782875862969

derruinne decompositionDans Décom­po­si­tion, Clarisse Der­ru­ine nous donne à lire une dystopie qui se déroule dans une ville fic­tive et s’étend sur plus d’une dizaine d’années. Le monde tel que nous le con­nais­sons est atteint par un mal sin­guli­er : une colonie de champignons envahit le pays et s’infiltre partout dans les lieux publics, mais aus­si les foy­ers. Con­tin­uer la lec­ture

Comme un rayon doré au fond d’un lac

Maxime BULTOT, L’année la plus chaude, JC Lat­tès, 2021, 250 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑709667–38‑8

bultot l annee la plus chaudeJeune auteur belge de 32 ans for­mé à l’INSAS, Maxime Bul­tot tra­vaille comme réal­isa­teur, scé­nar­iste et assis­tant à la mise en scène. L’année la plus chaude est son pre­mier roman.

Dans ce livre sor­ti le 7 avril en librairie, Maxime Bul­tot nous sert une nar­ra­tion de l’infime. Le réc­it d’un quo­ti­di­en qui s’étire dans l’ennui d’un bled wal­lon chauf­fé à blanc pen­dant les deux mois d’été. Con­tin­uer la lec­ture

Quand commence notre histoire ?

Christophe PIROTTE, La deux­ième à droite, et droit devant jusqu’au matin !, Une heure en été, 2021, 316 p., 19 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑490636–13‑6

pirotte la deuxieme a droite et droit devant jusqu au matinL’histoire com­mence le 3 octo­bre 2017 à Paris. Gabriel Brown, présen­ta­teur-vedette du jour­nal de 20h sur la chaine de télé TV08 perd le con­trôle de son véhicule. Immé­di­ate­ment après ce choc, nous voilà propul­sés le 17 juil­let 1999 à Biar­ritz avec l’évocation d’une souf­france extrême : « je ne sur­vivrais pas à cette nuit : j’avais trop mal (…) J’allais devenir fou. (…) Ma vie n’avait plus aucun sens ».

Mais alors, quand com­mence cette his­toire ? Con­tin­uer la lec­ture

Partager sa mère

Jonathan ZACCAÏ, Ma femme écrit, Gras­set, 2021, 214 p., 18.60 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782246825463

zaccai ma femme écritVin­cent, acteur de for­tune et de notoriété moyenne, empêtré dans une famille chao­tique où cha­cun se réfugie dans ses pro­pres fic­tions, a per­du sa mère. Il peine à s’en relever. Vin­cent et elle avaient une rela­tion fusion­nelle, pétrie d’une loy­auté indé­fectible, de con­flits per­pétuels, et d’une admi­ra­tion réciproque pour l’artiste qu’il est, qu’elle était. Une sen­si­bil­ité exac­er­bée et le besoin d’inventer sa vie ne seront pas les moin­dres des héritages qui échoient à Vin­cent. Alors, pour avancer, pour sor­tir de sa léthargie, et aus­si pour « sor­tir de l’ombre », Vin­cent décide d’écrire un livre sur sa mère. Il y pense. Il allume son ordi­na­teur. Il rêve de ce livre. Il l’imagine. Bien enten­du, son pro­jet n’avance guère. C’est alors qu’il décou­vre que sa femme écrit sur le même sujet. Sa femme qui est effi­cace, qui n’est pas coincée comme lui dans les affres de l’absence, qui pousse devant elle non un livre, mais rien de moins qu’un scé­nario pour le ciné­ma, et qui con­naît des pro­duc­teurs, de grandes actri­ces influ­entes, bref, sa femme qui va réus­sir à écrire sur sa mère. Dès lors, la hache de guerre est déter­rée. Et l’équilibre pré­caire de Vin­cent s’écroule. Il avait trou­vé quelque chose pour recon­stru­ire l’être brisé qu’il était, et sa femme l’en dépos­sède. Vin­cent ne veut pas partager sa mère, ni sa douleur. Con­tin­uer la lec­ture

Lendemains de guerre et haines

Benoît DEMONTY, La longue nuit de l’humanité, Empaj, 2020, 247 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931011–19‑5

demonty la longue nuit de l'humanitéSi le titre est déclam­a­toire, La longue nuit de l’humanité est un pre­mier roman réus­si ayant plus de corps que de cœur. Tant d’un point de vue lit­téraire que du nom­bre de vic­times. D’une encre énergique, sans fior­i­t­ures quoiqu’épicée de jolis traits d’écriture, Benoît Demon­ty file les tranchées de la Grande Guerre au rythme car­diaque des poilus. Et même si, ni l’auteur né en 1974, ni le lecteur ne sont plus en mesure de véri­ta­ble­ment saisir les événe­ments, l’action, la nar­ra­tion et les hor­reurs qui s’y répan­dent impres­sion­nent. Davan­tage qu’au ciné­ma par exem­ple, lorsqu’on pense notam­ment à 1917 de Sam Mendes rel­e­vant plus de la per­for­mance tech­nique que de l’épique souf­france des sol­dats. Force donc de l’évocation sur l’image. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de réussir un attentat

Philippe GUSTIN, Sous la cein­ture, Ker, 2021, 222 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑87586–289‑1

gustin sous la ceinturePhilippe Gustin est le lau­réat du Prix Fin­tro Écri­t­ures Noires 2020, organ­isé pour la qua­trième fois par Fin­tro et la Foire du Livre de Brux­elles, attribué sur man­u­scrit. L’objectif ? Iden­ti­fi­er de nou­velles voix d’auteur.e.s de polar belges fran­coph­o­nes qui n’ont pas encore pub­lié à compte d’éditeur. Pour cette édi­tion, le jury a retenu un texte qui s’inscrit en pleine actu­al­ité (du moins avant l’arrivée de la pandémie de la Covid) : celle du ter­ror­isme, ou plutôt les ter­ror­ismes, puisqu’il y est ques­tion d’extrême-droite, d’islamisme et d’écoterrorisme… Con­tin­uer la lec­ture

Balance ton père !

Fran­cis­co PALOMAR CUSTANCE, Le fils du mata­dor, Diag­o­nale, 2021, 233 p., 18,50 , ISBN : 978–2‑930947–02‑0

custance le fils du matador« Rodri­go grim­pait à toute vitesse la pente qui le con­dui­sait au cimetière. Tout droit vers la proue du navire. L’éperon pré­ten­tieux qui sur­plom­bait les jardins et l’ensemble des loge­ments soci­aux (…). »

Le jeune garçon (onze ans) s’apprête à réalis­er un hap­pen­ing oscil­lant entre délin­quance et affir­ma­tion : pein­dre en rouge Fer­rari une tombe vis­i­ble depuis chez lui. Ses mul­ti­ples incar­tades le met­tent au ban de la société du coin, de l’école, de la famille ? Le héros de notre roman n’en a cure. Seul lui importe de devenir un jour mata­dor, comme son père et son grand-père. Et peu lui chaut d’être doué pour le dessin ou le chant. Être mata­dor ou rien. D’où l’école buis­son­nière, le cimetière trans­for­mé en arène, un chien ou un engin de for­tune adap­tés pour jouer les tau­reaux. Con­tin­uer la lec­ture

En quête de trait d’union

Paul VANDERSTAPPEN, El curan­dero, M.E.O., 2021, 153 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0264‑7

vanderstappen el curanderoAprès avoir vécu deux ans à San­ti­a­go, Pablo revient dans sa Bel­gique natale et décide d’écrire l’histoire de Glo­ria, une amie décédée au Chili. Il est cepen­dant con­fron­té à un obsta­cle incon­fort­able : son inca­pac­ité à écrire. Ani­mé par sa volon­té de com­pren­dre les émo­tions qui l’habitent, il fran­chit la porte du cab­i­net d’un psy pour ten­ter d’élucider son blocage. Nous sommes alors amenés à lire des sou­venirs et des rêves du pro­tag­o­niste entre­coupés de nom­breux pas­sages intro­spec­tifs. Con­tin­uer la lec­ture

6 jours de la vie d’une famille

Un coup de cœur du Car­net

Emmanuelle DOURSON, Si les dieux incen­di­aient le monde, Gras­set, 2021, 248 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 9–782246-823643

dourson si les dieux incendiaient le monde

Alors que l’on dit les maisons d’édition moins enclines à pub­li­er des pre­miers romans en ces temps tour­men­tés, Emmanuelle Dour­son s’est frayé un chemin vers les tables des libraires. Son sin­guli­er Si les dieux incen­di­aient le monde parait chez Gras­set pour la ren­trée lit­téraire d’hiver. Con­tin­uer la lec­ture

Retrouver les instants étoilés de nos vies

Éric CAUSIN, Étin­celles, Genèse, 2019, 154 p., 17,50 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9791094689608

Eric Causin EtincellesTout être ren­ferme au creux de lui des étin­celles secrètes. « La voca­tion humaine est de faire jail­lir ces étin­celles, cha­cun selon sa pro­pre voie. »

Cette con­vic­tion vibrante est au cœur d’un roman tout naturelle­ment inti­t­ulé Étin­celles, le pre­mier d’Éric Causin, prix Saga Café 2020.

De l’été 1914 au print­emps 1946, nous suiv­ons des per­son­nages qui nous devi­en­nent proches. Des des­tinées qui se croisent, se rejoignent ou se man­quent. Con­tin­uer la lec­ture

« Gérard est-il seulement Gérard ? »

OSKO, L’incapacité à dire Gérard, ONLiT, coll. « ONLiT Mini », 2020, 64 p., 8 €, ISBN : 978–2‑87560–124‑7

osko l incapacite a dire gerardL’incapacité à dire Gérard est le pre­mier livre d’Osko.

D’Osko, on sait qu’elle a 28 ans, vit à Brux­elles, a étudié la pein­ture et la vidéo­gra­phie. On sait aus­si qu’en 2019, elle s’essaie à l’écriture.

De Gérard, en revanche, on n’en sait pas beau­coup plus que cette inca­pac­ité qu’a la nar­ra­trice à le dire. Con­tin­uer la lec­ture

Petits arrangements avec les dettes

Jean Pierre JANSEN, On n’entre pas comme ça chez les gens, Quad­ra­ture, 2020, 118 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782931080047

jansen on n entre pas comme ca chez les gens« Quand un créanci­er ne veut ni pay­er ni s’arranger à l’amiable, c’est la plainte, le tri­bunal, le juge­ment, et finale­ment, dans le cas qui nous occupe, la saisie. C’est là que j’entre en scène ». Qu’il entre en scène. L’huissier. Le nar­ra­teur des quinze nou­velles du pre­mier recueil de Jean Pierre Jansen, On n’entre pas comme ça chez les gens ! avec sa dose d’humanité, de philoso­phie et un humour tout per­son­nel que rend bien le style fam­i­li­er de l’auteur, avec ses com­para­isons mali­cieuses. Con­tin­uer la lec­ture

Le plaisir (de fabriquer) des images

Pierre STIVAL, Une car­a­vane attachée à une Ford Taunus, roman à haut poten­tiel poé­tique, Cac­tus inébran­lable, coll. « Cac­tus poche », 2020, 102 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–016‑6

stival une caravane attachée a une ford taunusAvec Une car­a­vane attachée à une Ford Taunus, l’auteur tour­naisien Pierre Sti­val signe un pre­mier roman.
Roman ?
Oui.
Hybride, certes, comme l’indique le sous-titre roman à haut poten­tiel poé­tique, mais roman tout de même.
Les édi­tions du Cac­tus inébran­lable (l’éditeur qui grat­te et qui pique, comme elles le rap­pel­lent sur leur site) ont pour ligne édi­to­ri­ale le texte court, la nano-fic­tion, le frag­ment. Le sous-titre roman à haut poten­tiel poé­tique vient rap­pel­er ce ton/cette brièveté, des fois que le lecteur oublierait qu’il va plonger dans un inclass­able. Un objet lit­téraire non iden­ti­fié tout à la fois roman poé­tique et long poème en prose. Con­tin­uer la lec­ture

« Il y a toujours une fin aux confins … »

Un coup de cœur du Car­net

Anna AYANOGLOU, Le fil des tra­ver­sées, Gal­li­mard, 2019, 97 p., 12,50 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978–2‑07–284427‑0

anna ayanoglou le fil des traverseesCréé en 1913, le per­son­nage de Barn­a­booth, voyageur libre et déli­cat, nous entraîne à tra­vers l’Europe du début du 20e siè­cle. Sous la plume pré­cieuse de Valery Lar­baud, les villes du vieux con­ti­nent se suc­cè­dent, se déplient, de Moscou à Lon­dres, de Paris à Berlin. Occa­sion pour Barn­a­booth de dessin­er une car­togra­phie intime et per­son­nelle que le lecteur devine au fil des frag­ments com­pilés du  jour­nal et des poèmes. L’un de ceux-ci éclaire par­ti­c­ulière­ment le con­texte sen­ti­men­tal dans lequel s’effectue cette tra­ver­sée, Con­tin­uer la lec­ture

Lire entre les lignes

Ines LAMALLEM, San­tana, Ker, 2020, 92 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–287‑7

ines lamallem santana ker éditionsSan­tana relate l’histoire d’une rela­tion de soumis­sion entre Emma et Mikaël, deux ados de 17 ans dans la même école. Leur pre­mier con­tact est sur­prenant : Emma bous­cule par mégarde le jeune homme qui, pour se venger, lui vole son télé­phone et décide de le ven­dre sur Face­book. Inter­pel­lant. Le ton est don­né. Con­tin­uer la lec­ture