Archives par étiquette : Roman

Souvenir de la nuit du 21

Célestin de MEEÛS, Mytholo­gie du .12, Édi­tions du sous-sol, 2024, 144 p., 17,50 €, ISBN : 9782364688035

de meeus mythologie du .12D’un côté Théo, avec son ami Max, il zone sur les park­ings de cen­tres com­mer­ci­aux, roule et fume des joints. Il pense aus­si à Alice qui vient de le larguer, se remé­more ses cours d’histoire, sa fas­ci­na­tion pour les dieux grecs et, de temps en temps, réflé­chit à ce qu’il fera après l’été qui vient de com­mencer. De l’autre, Rom­bouts. Médecin, il tra­vaille dix heures par jour, dans un hôpi­tal qui le fai­sait rêver quand il était étu­di­ant, avant de regag­n­er son havre de paix, sa vil­la entourée d’un bois privé, au volant de sa Vol­vo hybride neuve et de se servir un whisky. Con­tin­uer la lec­ture

Une quête spirituelle originale

Daph­né TAMAGE, Le retour de Sat­urne, Stock, 2024, 234 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782234096578

tamage le retour de saturneEn préam­bule, l’autrice nous prévient : Sat­urne met trente ans à accom­plir une révo­lu­tion com­plète autour du soleil. « Ce qui sig­ni­fie, en astrolo­gie, que Sat­urne revient au bout de cette péri­ode dans la posi­tion exacte où elle se trou­vait quand vous êtes né. Et quand elle revient, vous êtes fichu. » Con­tin­uer la lec­ture

Tous les chemins mènent à Saint-Idesbald

Jean JAUNIAUX, Le juge­ment des glaces, M.E.O., 2024, 176 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782807004559

jauniaux le jugement des glacesDepuis la paru­tion de son pre­mier recueil de nou­velles, Le pavil­lon des douanes (2006), Jean Jau­ni­aux trace sou­vent son chemin dans le sable de la côte belge, avec une prédilec­tion pour Saint-Ides­bald, la sta­tion bal­néaire où Paul Del­vaux avait élu domi­cile. Si l’essentiel de son nou­veau roman s’y déroule, c’est à Brux­elles qu’il débute, au bord du canal. C’est là que Barthélémy, enseignant de son état, vient trou­ver la paix lorsqu’il quitte à bout de souf­fle ses élèves et qu’il pose le regard sur les quelques bateaux qui y sont amar­rés. Don­ner cours lui pèse désor­mais, à tel point qu’il se sur­prend à détester les jeunes qui sont en face de lui et qui lui don­nent envie de s’enfuir vers d’autres hori­zons. Con­tin­uer la lec­ture

Il faut tout un village pour élever un enfant

Françoise PIRART, Niz­nay­ou, M.E.O., 2024, 211 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0458‑0

pirart niznayouDans une ville en Ardenne, Lena tra­vaille dans une asso­ci­a­tion pour migrants où elle est assis­tante sociale. Elle s’enfonce dans un cou­ple mal assor­ti avec Tony, un homme jaloux adepte du fit­ness et du tir, mais aus­si des idées de l’extrême droite. Un jour, un garçon de 10 ans au regard péné­trant vient atten­dre Lena devant son bureau. Ébran­lée par son com­porte­ment énig­ma­tique, elle tente de com­mu­ni­quer avec lui, mais la bar­rière de la langue l’empêche d’en savoir plus. Elle le revoit quelques fois et décide de chercher des infor­ma­tions sur lui pour savoir qui il est. Con­tin­uer la lec­ture

Repousser les démons, faire place à la vie

Un coup de cœur du Car­net

Anne-Sophie KALBFLEISCH, Eure­ka dans la nuit, Rouer­gue, coll. « La brune », 2024, 384 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 9782812626111

kalbfleisch eureka dans la nuitQui oserait encore se ris­quer à dire que les autri­ces belges nég­li­gent le genre du roman noir ? Depuis quelques décen­nies déjà, cer­taines d’entre elles se sont imposées comme des références et leur répu­ta­tion dépasse allè­gre­ment nos fron­tières, leur per­me­t­tant de con­quérir un large lec­torat, que l’on songe à Pas­cale Fonte­neau, Nadine Mon­fils ou Bar­bara Abel, pour ne citer que celles les plus en vue par­mi elles. Con­tin­uer la lec­ture

Amélie Nothomb, aller et rebours

Amélie NOTHOMB, L’impossible retour, Albin Michel, 2024, 162 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782226495945

nothomb l'impossible retourDans l’abondante bib­li­ogra­phie d’Amélie Nothomb, l’autobiographie japon­aise con­stitue qua­si­ment un genre en soi, illus­tré déjà par Stu­peur et trem­ble­ments (1999), Méta­physique des tubes (2000), Ni d’Ève ni d’Adam (2007) et La nos­tal­gie heureuse (2013). L’impossible retour, le livre qu’elle dévoile en ouver­ture de la ren­trée lit­téraire 2024, vient s’inscrire dans cette série. Con­tin­uer la lec­ture

Les choix sont des fenêtres (ou des murs)

Olivi­er DUCULOT, Sofia, Ova­dia, 2024, 288 p., 20 €, ISBN : 978–2‑3639–2569‑5

duculot sofiaAprès avoir ter­miné ses études sec­ondaires, Vic­tor organ­ise une fête avec ses copains pour immor­talis­er ce moment charnière dans sa vie. Il passe alors la nuit avec Sofia, dont il est secrète­ment amoureux depuis quelque temps.

Vic­tor est issu d’une famille aisée, avec une mère au foy­er et un père chirurgien esthé­tique qui a créé sa pro­pre clin­ique. Ses par­ents for­ment un cou­ple tra­di­tion­nel, où l’épouse est soumise et où le mari accu­mule les maîtress­es sans cul­pa­bil­ité. Vic­tor tente de se con­stru­ire face à Yves, ce père indif­férent qu’il méprise pour plusieurs raisons. Con­tin­uer la lec­ture

Un moderne roman d’apprentissage

Georges THINÈS, Les vacances de Rocroi, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2024, 212 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8032–0082‑5

thines les vacances de rocroiSes human­ités bouclées dans un col­lège jésuite brux­el­lois, Georges – prénom de l’auteur – est envoyé en vacances à Rocroi chez une vague tante. Nous sommes en 1941 : il lui faut franchir la ligne de démar­ca­tion qui passe par Amiens et Rethel. Dans la vaste et anci­enne demeure où il débar­que, sur fond d’interdits posés par l’Occupant, vont s’enchainer divers imprévus : ren­con­tre de la jeune ser­vante Bertine « d’une beauté sur­prenante », présence tenace et fan­toma­tique d’un neveu nom­mé René, absence inex­plic­a­ble de la tante Joséphine, appel au sec­ourable et pater­nel M. Lebarq, recherch­es vaines dans les forêts avoisi­nantes, etc. Cepen­dant, l’imagination du jeune homme est imprégnée de la morale et de la spir­i­tu­al­ité héritées de ses maitres, avec des fig­ures ambigües telles que l’Ange exter­mi­na­teur, « l’ange de Rethel », le vis­age « malé­fique et ten­dre » ornant la cathé­drale de Reims, ou encore Beethoven, son Tes­ta­ment d’Heiligenstadt où il dit adieu à la vie mais sans vrai­ment y croire, ses lieder dédiés « à la Bien-aimée loin­taine ». S’ensuivent pour Georges de longues cog­i­ta­tions où se mêlent l’impression de se trou­ver à la croisée des chemins, l’attente vague de l’amour, le sen­ti­ment d’une faute com­mise – car il prend dans la vieille mai­son la place du neveu dis­paru, provoque incon­sciem­ment le départ de sa tante, acca­pare la bicy­clette-relique. Con­tin­uer la lec­ture

On ne voit bien qu’avec le cœur…

Nathalie BOUTIAU, Puis vien­dra le matin, Sam­sa, 2024, 242 p., 20 €, ISBN : 978–2‑8759–3565‑6

boutiau puis viendra le matinJeanne est une quin­quagé­naire qui tra­vaille au château de Freyr, un domaine de sept hectares. Elle décou­vre un matin une boîte avec une chat­te et trois cha­tons et décide de les sauver. Au fur et à mesure qu’elle leur prodigue des soins et leur cherche une famille d’accueil, la blessure d’un vieux deuil est réveil­lée, avec la cul­pa­bil­ité qui l’a accom­pa­g­né. Con­tin­uer la lec­ture

Nourrir les chiens non par amour des chiens mais parce qu’ils errent la nuit seuls dans les squares

Bastien HAUSER, Une sin­gu­lar­ité, Actes Sud, 2024, 256 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 978–2‑330–18951‑8

hauser une singularitéQu’est-ce que le sens ? D’une vie ? D’un livre ? D’une fic­tion ? Décidé­ment, les mas­ters de créa­tion lit­téraire en écoles d’art se révè­lent de belles pépinières d’autrices et d’auteurs pub­liés. Celui de La Cam­bre, ini­tié par Gilles Col­lard, a servi de trem­plin ou de coup de pouce à Bastien Hauser, un Suisse, jeune, établi à Brux­elles. Une sin­gu­lar­ité, livre aux accents curieuse­ment lynchéens, est son pre­mier roman. De Brux­elles à Tuc­son, on y suit l’effondrement physique et men­tal d’Abel Fleck, un homme jeune, vic­time, à pas d’âge, d’un AVC, le jour même où est révélée la pre­mière pho­togra­phie jamais prise d’un trou noir, sin­gu­lar­ité cos­mique dont rien n’émane, ni lumière, ni matière, ni infor­ma­tion. De Brux­elles à Tuc­son, Hauser tire aus­si le por­trait d’une jeunesse arty et bran­chouille, adepte des teufs, de l’alcool, de la dope, des amours libres et des musiques élec­tro. Abel Fleck faisant d’abord comme si rien ne lui était arrivé. Comme s’il pou­vait encore jouir, comme avant, avec insou­ciance, du monde de la nuit. Abel Fleck, pour­tant, au point d’en per­dre la tête, ne pou­vant s’empêcher de créer du sens, de reli­er ses trous de mémoire, ses absences et son acuité audi­tive accrue, à la présence de M87*, un trou noir tapi au fin fond de l’espace. Abel Fleck étant per­suadé que sa tête, la sin­gu­lar­ité qui, main­tenant, habite sa tête, en capterait les fréquences radio. Con­tin­uer la lec­ture

La petite mort du texte

Un coup de cœur du Car­net

Georges EEKHOUD, Voy­ous de velours ou L’autre vue, pré­face de Jacques Izoard, post­face ce Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 240 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–600‑8

eekhoud voyous de velours ou l'autre vue« Mais non, que me voulez-vous à moi qui ne saurais vous pein­dre, ou vous mod­el­er, ou vous dire en vers et en musique, aus­si beaux, aus­si suaves, aus­si éblouis­sants et bal­samiques que je vous sens et que je vous vois ! » Mais oui, que lui veu­lent-ils ces Voy­ous de velours qui ont don­né le titre à ce roman de Georges Eekhoud lors de son édi­tion en 1926 à la Renais­sance du livre (inti­t­ulé L’autre vue quand il a paru aux édi­tions Mer­cure de France en 1904), que lui veu­lent-ils, ces jeunes mar­gin­aux des quartiers pop­u­laires de Brux­elles ? En réal­ité, on ne l’apprendra guère. Et là, de toute façon, n’est pas la véri­ta­ble rai­son de cette cita­tion, de cette ques­tion, qui est avant tout l’énonciation de la poli­tique et de la poé­tique éro­tique du livre. Ce que « lui » recherche, ce qu’il leur prend et leur donne, c’est là que tout se joue. S’écrit. Con­tin­uer la lec­ture

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

Aurélia DEMARLIER, Efface-moi si tu peux, Alice Ter­tio, 2024, 244 p., 14 €, ISBN : 978–2‑8742–6572‑3

demarlier efface moi si tu peuxLe jour de ses 16 ans, Ealyn voit débar­quer dans sa cham­bre Zytry­on, le robot de la famille, pour lui souhaiter un joyeux anniver­saire. Créé par son père ingénieur en robo­t­ique, Zytry­on aide prin­ci­pale­ment Ealyn dans les tâch­es ménagères. Aujourd’hui, il lui soumet cepen­dant une propo­si­tion par­ti­c­ulière : il lui demande quelles per­son­nes elle souhaite qu’il efface. Croy­ant à une plaisan­terie, Ealyn cite cinq noms sans trop réfléchir, mais lorsqu’elle arrive à l’école, elle con­state que ces per­son­nes ont bel et bien dis­paru… Con­tin­uer la lec­ture

Les fils de la mémoire

Jean-Pierre GRIEZ, L’héritage assas­sin, Cerisi­er, coll. « Faits et gestes », 2024, 312 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87267–249‑3

griez l'héritage assassinAvec ce nou­veau roman, L’héritage assas­sin, Jean-Pierre Griez signe une enquête à pro­pos des ombres, des fal­si­fi­ca­tions et des dif­fi­cultés de mémoire du géno­cide des Tut­sis en 1994 au Rwan­da. L’auteur, qui vit actuelle­ment dans le Hain­aut, a déjà pub­lié plusieurs romans chez le même édi­teur et est aus­si réal­isa­teur d’un film d’an­i­ma­tion en 2020 sur l’His­toire de la République démoc­ra­tique du Con­go Caoutchouc rouge, rouge coltan. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman des frontières

Cather­ine BARREAU, La con­fi­ture de morts, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2024, 289 p., 9,5 €, ISBN :978–2‑87568–603‑9

barreau la confiture de morts espace nordVéra, ado­les­cente soli­taire, farouche même, vit à Namur une rela­tion forte avec son père Renaud. Der­rière cette vie sans aspérité appar­ente se pro­file le hameau gau­mais dont la famille – le clan – est orig­i­naire, Mortepire et ses mys­tères. Jusqu’à ses quinze ans, elle partageait son temps entre Namur et Mortepire, mais elle a brusque­ment cessé de s’y ren­dre, où elle est pour­tant atten­due. Elle a néan­moins fait la promesse à son père d’y retourn­er un jour, et à la mort inopinée de celui-ci, elle entre­prend ce voy­age. Ceux qui y vivent encore entre­ti­en­nent l’histoire légendaire d’une famille en rup­ture avec la société qui l’entoure, fidèle à des loy­autés anci­ennes qui la ren­dent dif­férente. À son arrivée, Véra com­pren­dra les secrets de la famille et accèdera à une forme de vérité. Elle pour­ra alors choisir de rester au hameau ou de franchir la « fron­tière ». Con­tin­uer la lec­ture

L’écriture comme don de vie

Rox­ane LEFEBVRE, Alna. À l’horizon de nos ven­tres, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 208 p., 15 €, ISBN : 9782875054920

lefebvre Alna à l'horizon de nos ventresDanseuse, per­formeuse, poétesse, Rox­ane Lefeb­vre délivre avec Alna. À l’horizon de nos ven­tres un chant aqua­tique, tel­lurique qui noue les har­moniques de l’enfantement, du cycle des généra­tions et de la genèse de Gaïa. La pul­sa­tion qui rythme ce roman poé­tique s’étire du temps du rêve au temps des orig­ines, de l’enfance per­due et retrou­vée à la nais­sance d’une petite fille. Ode à la terre et au ciel, à Gaïa et à Oura­nos, inter­ro­geant leur sépa­ra­tion, l’aspiration à leurs noces cos­miques, Alna tend un texte-ven­tre, qui part du ven­tre et retourne à lui, qui évoque le ven­tre d’Alna, « dés­espéré­ment vide » depuis des années. Con­tin­uer la lec­ture

Mémoire hallucinée aux doublures dégrafées

Alexan­dre VALASSIDIS, Tir­er, Scribes, 2024, 112 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782073066183

Valassidis TirerTir­er s’étire dans la den­telle sub­tile d’une nar­ra­tion taiseuse. Pour­tant muni d’un revolver et coincé der­rière la porte mys­térieuse d’un apparte­ment, le nar­ra­teur con­clut que « c’était à peu près tout ». La den­telle se fait alors dou­blure, la mémoire défail­lante du nar­ra­teur l’aiguillant vers la super­po­si­tion con­fort­able de deux épo­ques morcelées, qui aurait rai­son de l’existence du livre : Con­tin­uer la lec­ture