André-Joseph DUBOIS, Vie et mort de saint Tercorère le Maudit, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2023, 150 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782874897382
L’omniprésence du fait religieux dans nos cultures occidentales a longuement imprégné les textes littéraires même lorsque ceux-ci n’étaient pas destinés principalement à entretenir la ferveur des fidèles. Dans les hagiographies de la tradition catholique, le merveilleux le dispute à la réalité pour forger des destins admirables patiemment recensés dans des manuels, distillés dans un calendrier spécifique dont les reliquats agrémentent d’ailleurs toujours les séquences de prévisions météorologiques. Continuer la lecture








La mère toujours à nous faire croire que notre famille est le meilleur endroit du monde. Ne pas sortir seule dans le village, ne pas parler aux étrangers, ne pas aller dans le fenil, car un ballot pourrait nous écraser, surtout ne pas passer derrière la Schubert, car elle tape du sabot, faire attention aux trains, car l’un peut en cacher un autre, choisir ses fréquentations, car il y en a de mauvaises, ne pas embrasser les garçons le premier soir, car l’appétit des hommes est grand… une description de l’extérieur en un univers monstrueux. Des trucs qui déforgent le caractère.
Voici une enquête policière qui vous offre une visite dans le monde clos de la vie monacale. Le corps d’un jeune novice vient d’y être retrouvé sans vie. Le médecin attitré du couvent qui vient constater le décès émet des doutes quant aux causes de la mort, mais l’insistance du prieur le persuade d’en rester là. Lorsque de nouveaux faits sanglants surviennent peu après, le secret ne peut être gardé : deux autres frères se retrouvent hospitalisés et la police ouvre une enquête. L’intrusion des forces de l’ordre dans cet univers coupé du monde bouleverse le cours des choses. La vie y est d’ordinaire vouée à la prière et au silence, les conversations sont réduites au minimum, les offices ouverts au public sont les seuls moments de contact avec l’extérieur. C’est dire si les langues ne sont guère promptes à se délier face au commissaire Philippe Légaut qui est en charge de l’affaire et qui représente la justice des hommes là où prévaut celle de Dieu.
Carl Vanwelde est médecin et écrivain. Outre des poèmes, il rédige depuis une quinzaine d’années des chroniques qui paraissent dans Le journal du médecin et qui sont rassemblées dans le présent recueil. Dans son court prologue, l’auteur prévient le lecteur qui chercherait quelque prolongation des séries télévisées urgentistes trépidantes que les pages que l’on apprête à tourner sont « significatives de la transformation que le contact des autres apporte ». Contacts : celui du regard qui embrasse un intérieur lors d’une visite à domicile, pour se centrer ensuite sur le visage, celui de l’écoute des mots entendus, puis de l’examen des corps avec l’oreille, avec les doigts.
La vie de Julius est plutôt morose depuis qu’il a perdu son travail… ou peut-être l’a‑t-elle toujours été ? Cet éternel célibataire est très solitaire. Il voit parfois sa vieille sœur Marcella qui vit dans une petite maison de l’ancien béguinage de Mont-Saint-Amand. À l’époque, il allait aussi parfois rendre visite à Lieve, une prostituée du quartier de la gare. Poussé par un élan inhabituel – comme s’il était temps qu’il aille à contre-sens de sa vie – il entre chez un antiquaire et en ressort avec une statuette représentant le dieu Pan, le sexe dressé. Il ne sait expliquer pourquoi il est attiré par cet objet. Il veut montrer la statuette à Marcella. La vieille femme qui perd la vue sourit joyeusement en touchant le membre de la statuette. Julius sent que quelque chose a changé dans sa vie depuis qu’il a acquis cette statuette, comme si sa mélancolie voulait disparaître. Il veut revoir Lieve, mais il apprend qu’elle ne travaille plus dans le café où il allait la retrouver.
On se souviendra d’
Prenez quatre jeunes auteurs prêts à tout pour percer. Installez-les confortablement dans l’aile d’un beau château. Donnez-leur trente jours pour mettre la dernière main à leur nouveau projet littéraire. Promettez à un seul d’entre eux la publication et les feux de la rampe. Attendez. Observez.
Sans doute est-ce une caractéristique majeure et heureuse du roman policier actuel que de donner tout autant de place à la vie intime des enquêteurs en charge d’élucider un crime qu’à la résolution de l’énigme criminelle elle-même. En marge de l’enquête, d’autres enjeux personnels existent, qui interagissent avec celle-ci tout en formant un récit parallèle. La fille sur le banc s’inscrit pleinement dans cette veine narrative en nous intégrant dans l’équipe policière chargée de l’affaire sous la direction de Steve, un taiseux tout entier voué à sa mission qui le mobilise de jour comme de nuit, au point qu’il en oublie sa famille, ou néglige de dormir ou de manger. Sa volonté de comprendre les ressorts du crime et de dépasser les apparences crée en lui un mouvement mental sans repos auquel Bernadette De Rache nous associe tout en suivant tour à tour les autres membres de l’équipe : Marie l’impétueuse, qui fonctionne à l’instinct, Angelo, le magicien qui délie les secrets des ordinateurs et portables.