Archives par étiquette : Samia Hammami

Le grand lapin bleu

Carl NORAC (auteur) et Gaya WISNIEWSKI (illus­tra­trice), Ma plus belle ombre, MeMo, 2022, 64 p., 18 €, ISBN : 9782352895176

norac et wisniewski ma plus belle ombreSi Yves Klein – qu’elle évoque dans une cita­tion – l’a essen­tial­isé, Gaya Wis­niews­ki, elle, le sub­lime. Un album tout de bleu, choix auda­cieux, résul­tat plein-les-yeux. Chaque page de Ma plus belle ombre touche l’âme tant les illus­tra­tions que l’on y décou­vre s’imposent par leur beauté trem­pée, leur poésie aquarelle. Entre les dessins et les mots, il n’y a qu’un petit bond à faire dans ce livre car l’un des deux héros du texte de Carl Norac n’est autre qu’un lapin, « poème de pro­fes­sion, partout et nulle part, ça rap­porte peu, par­fois des ennuis, mais chaque gris ou bleu, [il] invente une musique qui n’est jamais la même ». Con­tin­uer la lec­ture

« Tout le monde est un génie »

Sara GRÉSELLE, Les lundis de Camille, Ver­sant Sud jeunesse, 2022, 40 p., 14,90 €, ISBN : 9782930938585

greselle les lundis de camilleCom­bi­en de temps passe-t-on sur les bancs de l’école ? Il y a la mater­nelle, les pri­maires, les sec­ondaires et par­fois le supérieur. Com­bi­en d’heures qui s’écoulent à écouter un·e maître·sse ou un·e professeur·e ? Com­bi­en de leçons appris­es, de devoirs réal­isés, de tests notés ? Et com­bi­en de bul­letins et d’avis sur notre tra­vail, nos com­pé­tences, notre per­son­nal­ité ? Com­bi­en de remar­ques reçues, comme des cadeaux ou des poignards ? « Qu’est-ce que je vais mar­quer dans ton bul­letin, à toi ? Tu ne par­ticipes jamais. À part te taire, tu ne sais donc rien faire ? » Tel est le juge­ment que le bour­ru bougon mon­sieur Bour­gon plaque sur la dis­crète Camille devant tous ses condis­ci­ples alors qu’elle perd ses moyens à l’énoncé d’un cal­cul. Il l’estampille, la cat­a­logue, l’enferme par des mots. Con­tin­uer la lec­ture

Le collectionneur d’expériences

Thomas LAVACHERY, Le Net­suke, Esper­luète, 2022, 192 p., 22 €, ISBN : 9782359841572

lavachery le netsukeDans Le net­suke, le nou­veau roman de Thomas Lavach­ery, le nar­ra­teur Jacques Mellery racon­te avec une ten­dresse douce-amère la fin de son ado­les­cence. À cette époque, il passe ses journées hors de sa mai­son, dénuée de présence mater­nelle (par la mort) et pater­nelle (par l’effacement). En-dehors de l’école, où il ne brille pas par son impli­ca­tion, il explore sa com­mune et fréquente aus­si bien les esseulés que les familles de ses cama­rades au sein desquelles il se voit accueil­li avec évi­dence. Encore main­tenant, « [il] ignore ce qui plai­sait en [lui] mais [il] ne devai[t] pas en faire beau­coup pour [s]e faire accepter ». Peut-être était-ce dû à sa plas­tic­ité sociale, sym­pa­thique petit caméléon lui qui « changeai[t] de manière d’être, de par­ler, en fonc­tion des per­son­nes avec qui [il] se trouvai[t] ». Con­tin­uer la lec­ture

« Tout pousse, tout grandit »

Un coup de cœur du Car­net

Valen­tine LAFFITTE, Grandir, Ver­sant Sud jeunesse, 2022, 32 p., 13,50 €, ISBN : 978–2‑930938–57‑8

laffitte grandirDu haut d’un arbre, deux passereaux dodus s’apprêtent à quit­ter ces con­trées où l’automne se dépose avec lenteur : les feuilles, vidées de chloro­phylle, revê­tent une élé­gante robe d’un orange craque­lant. Près du tronc, Freya, instal­lée sur un drap rose, prof­ite des derniers moments avec « encore un peu de lumière avant les journées gris­es », tout en con­tem­pla­tion. Lorsque la pluie arrive, armée de crayons et de son imag­i­na­tion agile, la petite fille galope à tra­vers les plaines, s’institue cheffe-sirène, charme les ser­pents et apprivoise les canaris. « Dans l’obscurité de ses mains », elle active par­fois son pou­voir mag­ique de remé­mora­tion et se nour­rit alors de sou­venirs engrangés pen­dant l’été : les balades dans des lieux aux rocailles aux mille couleurs, le crépite­ment d’un feu de camp, un couch­er de soleil flam­boy­ant, des bouf­fées d’amitié aus­si libres que le vol d’un oiseau. En com­pag­nie de son chien, Freya s’emmitoufle et s’enfonce dans les con­tours hiver­naux de la nature. Lièvre qui fuit, « branch­es qui ploient sous la neige », oiseaux qui nid­i­fient, sap­ins qui cha­touil­lent le ciel, pas qui crissent ; c’est froid et feu­tré, c’est la sai­son du repos néces­saire et de la patience for­cée. Et enfin le print­emps, annon­cé par le chant des grenouilles, revient ! Joie frémis­sante des bour­geons… suiv­ie de la fraîche explo­sion de tiges, pétales, pis­tils et pédon­cules. « Dans ce grand cham­boule­ment, tout pousse, tout grandit », et Freya s’en délecte, avant de se met­tre à chanter les ceris­es sucrées, s’accrocher aux branch­es bavardes, s’aventurer tou­jours un peu plus loin dans la décou­verte de soi, des autres et du monde. Car Freya pousse et grandit aus­si, au rythme des saisons. Con­tin­uer la lec­ture

Mirage

Didi­er DUMONT, Je suis né comme un mourant, Canoë, 2022, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑490251–66‑7

dumont je suis né comme un mourantIl est des livres qui résis­tent aux attentes du lecteur. Impos­si­ble des les class­er dans un genre, d’y décel­er un déroule­ment con­venu, de les résumer en quelques mots. La pre­mière pub­li­ca­tion de Didi­er Dumont en relève assuré­ment. Au fil des pages de Je suis né comme un mourant, le nar­ra­teur naît à onze repris­es : « dans une cour d’école », « le 13 sep­tem­bre 2018 », « au bord d’un fleuve », « au bout d’une corde », « der­rière un seul bar­reau », « dans un rond de fumée », « pour [s]e pos­er des ques­tions », « après [s]es funérailles », « devant sa fenêtre », « avec une phrase pour tout bagage », « comme un mourant ». Autant d’incarnations pré­textes à des nar­ra­tions irréelles, des invo­ca­tions artis­tiques, des matéri­al­i­sa­tions énig­ma­tiques. Chaque chapitre se déroule comme dans un rêve : les lieux sont à la fois incon­nus et fam­i­liers, les per­son­nages appa­rais­sent et s’évanouissent, les sit­u­a­tions s’enchaînent de manière « étrange et péné­trante ». Il faut donc les abor­der dénué(e) du désir de tout com­pren­dre et « juste » se laiss­er porter par l’expérience pro­posée. Con­tin­uer la lec­ture

L’esquive

Jean-Louis SBILLE (auteur) et Kikie CRÊVECŒUR (illus­tra­trice), Pains per­dus, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2022, 64 p., 15 €, ISBN : 9782874291210

sbille crevecoeur pains perdusPains per­dus De prime abord, le titre choisi pour le trente-six­ième car­net de la col­lec­tion « La Petite Pierre » cha­touille les sou­venirs. Quelques tranch­es (ras­sis­es ou briochées, selon), des œufs, du lait, du beurre, du sucre ; la promesse d’un mets saupoudré de doux récon­fort. Cepen­dant, l’élan régres­sif est vite ren­voyé dans les cordes : sur la cou­ver­ture couleur sang, en impres­sion argen­tée, se détache l’image d’un gant et d’un sac de boxe. Les pains se font alors gnons, le beurre col­ore les yeux de noir. Et c’est bien du sport de com­bat dont il s’agira car, dès la pre­mière page tournée, Kikie Crêvecœur plante le décor (un ring) et la chro­ma­tique (noir, blanc, rouge). Con­tin­uer la lec­ture

« Chante la vie, chante »

David GIANNONI, Il faut savoir choisir son chant, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2022, 314 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87505–429‑6

giannoni il faut savoir choisir son chant« Il avait levé les yeux pour con­trôler l’état de la toi­ture. / Six cents trous de lumière perçaient les tuiles. / Entre chaque ray­on / Son être entier / Riait. » Tel est le chant inau­gur­al par lequel David Gian­noni inau­gure son recueil de « poé­con­tes » (mot-valise à l’évidence poé­tique se pas­sant d’explication). Au moment-même où ces mots ont été posés, l’évidence a sur­gi : ils con­stitueraient le début d’un voy­age de « 108 poèmes, 108 chants, 108 vari­a­tions d’un même chant, 108 per­les d’un chapelet tout per­son­nel et qui à la fois devait pou­voir se faire uni­versel ». Gian­noni a alors com­mencé une expéri­ence tout en récep­tiv­ité qui dur­erait près de qua­tre ans. Accueil­lir le Verbe quand et comme il se présen­terait, lui don­ner temps et forme, et finale­ment le prodiguer ; une démarche d’art et de spir­i­tu­al­ité, pleine et généreuse. Con­tin­uer la lec­ture

« Avec la mer du Nord… »

Michel JOIRET, Stel­la Maris, M.E.O., 2022, 180 p., 18 €, ISBN : 9782807003385

joiret stella marisCom­ment saisir la sin­gu­lar­ité de la Mer du Nord sans s’immerger dans le pre­mier cou­plet du Plat Pays de Brel ? Com­ment touch­er sa poésie en se gar­dant de pro­longer les lignes de fuite humides aux nuances gris­es de Spilli­aert ? Com­ment appréhen­der la men­tal­ité bal­néaire d’Ostende en igno­rant les masques, col­orés et mali­cieux, d’Ensor ? Com­ment percevoir l’air léger des plages (ensoleil­lées et bondées l’espace de quelques semaines) sans dode­lin­er sur la voix d’Arno char­ri­ant l’ode d’Adamo aux filles du bord de mer ? Com­ment avoir le cœur qui chavire sans fouler le sable couleur et den­sité Per­me­ke, sans crois­er les mon­u­men­taux Marins, sans se rire des mou­ettes en se par­fumant les doigts de crevettes gris­es ? En lisant le dernier livre de Michel Joiret, peut-être, qui s’inscrit dans la cer­ti­tude que la côte belge est de ces réal­ités qui ne s’apprivoisent que par l’appropriation artis­tique ou l’expérience intime. Con­tin­uer la lec­ture

La Poésie, partout

Jean-Louis MASSOT (auteur) et Thomas VENET (graphiste), Aus­si les gens, Cen­tre de Créa­tions pour l’Enfance de Tin­queux, coll. « Petit­VA ! », 2022, 40 p., 5 €

massot aussi les gens 2Elle est celle qui exige, qui s’apprivoise, qui s’esquive, qui invite, qui unit, qui exalte, qui sonde, qui illu­mine. Dans un même mou­ve­ment mul­ti­ple. Elle est celle qui marche sous la pluie, « indif­férente aux éclairs qui froiss[ent] le ciel », et qui ignore la propo­si­tion de pro­tec­tion. Celle qui ouvre le capot d’un minibus bleu et le remet en état de marche, offrant au voyageur, sta­tique et mélan­col­ique, l’opportunité de se recon­necter au mou­ve­ment. Celle qui repousse les con­tours du monde, qui enrobe les ter­rass­es d’une authen­tique douceur lis­boète. Celle dont le baromètre du bien-être se niche dans le ven­tre d’un chien récla­mant des caress­es. Celle qui se fait silence, par­fois, quand l’impuissance l’étreint, devant acci­dents et cat­a­stro­phes. Celle qui accom­pa­gne la mortelle chute des feuilles, avec plus de retenue toute­fois que les mar­ronniers. Celle qui ressent la nos­tal­gie d’une enfance autour de grains de café invis­i­ble­ment moulus. Elle est celle qui se décèle dans un geste, une lumière, un sen­ti­ment, une onde. Dans le quo­ti­di­en ou le sub­lime, elle est celle qui ani­me les âmes, qui tisse des fils invis­i­bles, qui éclaire ou obscurcit. La Poésie, partout. Con­tin­uer la lec­ture

Simplicité et Espérance

Colette NYS-MAZURE, Célébra­tion du quo­ti­di­en suivi de Sans y touch­er, Post­face d’Anne Prouteau, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 320 p., 9 €, ISBN :

nys mazure celebration de la lecture« J’ai besoin de vous écrire. Je souhaite cor­re­spon­dre avec vous. Une envie obstinée de partager les plaisirs et les peines du chemin quo­ti­di­en. Dans ce monde, il fait de plus en plus froid, de plus en plus seul : que la parole et les gestes cir­cu­lent entre nous ! Si la mesure de nos pas dif­fère et si nous ne butons pas sur les mêmes cail­loux, notre aven­ture n’est-elle pas com­mune ? » Dans l’incipit de Célébra­tion du quo­ti­di­en, Colette Nys-Mazure choisit la cor­re­spon­dance comme « mode de com­mu­ni­ca­tion mod­este et juste » pour nous entretenir du mer­veilleux du quo­ti­di­en. Elle coud en mots un patch­work de tis­sus-pen­sées extraits du fil des jours, au creux d’un moment (d’ici et de main­tenant, d’un matin, à bord de la nuit), d’un espace (d’une cui­sine, en tran­sit, d’un bal­con, de la patrie des livres), d’une expéri­ence (d’une vie de femme, d’un itinéraire mater­nel, du désas­tre, de Pâques, du Roy­aume) ou d’un état (avec ent­hou­si­asme, d’une soli­tude, du silence). Chaque morceau assem­blé présente une tex­ture, des col­oris, des motifs pro­pres, mais une cou­ture – nette et ferme — les unit en une pro­tec­tion har­monieuse tout en douceur et en lumière. Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du miroir

Aliénor DEBROCQ, Mai­son miroir, Rouer­gue, coll. « La Brune », 2022, 304 p., 21 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782812623509

debrocq maison miroir« Rose passe la plu­part de ses journées chez elle. Avant, elle y rece­vait aus­si ses clients, mais elle a mod­i­fié ses habi­tudes depuis que la mai­son voi­sine est dev­enue une boîte à déci­bels. Elle n’ose plus accueil­lir per­son­ne, se sent prise en otage du vacarme, guette avec crainte le retour de la mar­maille, comme la nomme son mari. Dès que la petite troupe bar­i­olée passe le por­tail et s’engouffre à côté, Rose sait que le tin­ta­marre va tra­vers­er les murs. Finie, la tran­quil­lité. » Tel est le quo­ti­di­en sonore de cette quadra bour­geoise­ment instal­lée au creux d’un quarti­er vert de la ban­lieue brux­el­loise. Avant, le calme rég­nait. Avant, Rose ne se claque­mu­rait pas non plus chez elle. Elle menait une car­rière d’architecte con­scien­cieuse, d’épouse établie, de mère atten­tive à sa Boucles d’Or. Elle avançait sans se pos­er (trop) de ques­tions, suiv­ant le mou­ve­ment, inter­agis­sant par­faite­ment. Cer­tains trou­bles la tra­ver­saient bien enten­du ; ils demeu­raient juste assez inof­fen­sifs quant à la sta­bil­ité des fonde­ments de son exis­tence. Mais avant, Rose n’avait pas per­du son bébé ni subi de cure­tage, et n’était pas encore cette présence d’éther détachée du monde et pour­tant douloureuse­ment con­sciente de ses priv­ilèges. Avant, tout était moins déli­cat, et plus silen­cieux. Con­tin­uer la lec­ture

Ô poids ! suspends ta courbe !

Claude FROIDMONT, Dom­mage qu’elle soit si grosse…, F dev­ille, coll. « Œuvres au rouge », 2022, 270 p., 20 €, ISBN : 9782875990556

froidmont dommage qu'elle soit si grosseBernard est obèse, adipeux, gorgé de graisse, « comme un énorme beignet trem­pant dans son huile avant d’être abon­dam­ment sucré dans l’assiette ». Cette car­ac­téris­tique physique s’est imposée à lui dès son enfance, a été gon­flée par les soins culi­naires mater­nels, a nour­ri les moqueries de ses cama­rades de classe et les regards avides des incon­nus, a englouti ses vel­léités de se frot­ter au monde. La réclu­sion s’est rapi­de­ment pro­filée comme le salut pos­si­ble, entre les murs de sa cham­bre du vivant de ses par­ents d’abord, dans une mai­son au milieu des arbres (dont la boîte aux let­tres se situe à un kilo­mètre, tou­jours par­cou­ru en quad) ensuite. À l’abri, il s’adonne à ses péchés mignons : la nour­ri­t­ure, en chair et en let­tres. Car le nar­ra­teur présente un sec­ond pen­chant insa­tiable, celui des mots. Il avale, dévore, se gave de livres : ceux-ci con­stituent « des rem­parts à [s]a dif­fi­culté d’être », et les écrivains, une famille. Ses par­ents, alliés de tou­jours, l’ont à des­sein tôt dégagé de toute inquié­tude basse­ment matérielle et ont veil­lé à ce que leur poussin se sente comme un coq en pâte. Con­tin­uer la lec­ture

« Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous »

Régine VANDAMME & cie, Et si les ani­maux nous rendaient moins bêtes, Renais­sance du Livre, coll. « His­toires vraies », 2022, 208 p., 20 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782507057374

vandamme et si les animaux nous rendaient moins betesEn 2019, Régine Van­damme fait la douloureuse expéri­ence de per­dre, dans la même semaine, deux ani­maux de com­pag­nie, sa chat­te et sa chi­enne. Face à ce vide cru­el, des ques­tions intimes l’assaillent : que faire de leur dépouille ? com­ment sur­mon­ter leur absence ? quel quo­ti­di­en recréer sans elles ? com­ment soulager la peine, immense ? D’autres pen­sées plus générales éclosent en par­al­lèle, con­cer­nant la rela­tion de l’être humain et de l’animal. Pour per­me­t­tre une mise en per­spec­tive, un élar­gisse­ment des hori­zons et une meilleure com­préhen­sion de leur coex­is­tence, Van­damme émet un appel à his­toires, col­lecte de nom­breux réc­its et les rassem­ble dans Et si les ani­maux nous rendaient moins bêtes ? Con­tin­uer la lec­ture

Un seul arbre manque et tout est dépeuplé

Car­o­line LAMARCHE (autrice) et Aurélia DESCHAMPS (illus­tra­trice), Mille arbres, Cot­Cot­Cot, coll. « Com­bats », 2022, 80 p., 13,50 €, ISBN : 9782930941264

lamarche deschamps mille arbresPrésen­ter Car­o­line Lamarche serait vain. Ne pas soulign­er son éton­nant tal­ent, inex­cus­able. L’étoile Lamarche brille au sein d’une con­stel­la­tion qui n’a de cesse de s’étendre et de ren­forcer à chaque mou­ve­ment la cohérence de son noy­au. Dans le ciel des mots, sa lumière n’aveugle pas ; elle éclaire ou fil­tre, souligne ou enrobe. Elle se suit, en prose ou poésie, réc­its dens­es ou nar­ra­tions longues, solo ou col­lab­o­ra­tions, imag­i­naires d’enfants ou univers pour adultes. L’oralité tient égale­ment une place lumineuse dans la sphère lit­téraire lamarchi­enne : ses textes ont de nom­breuses fois été mis en scène et elle a écrit plusieurs pièces radio­phoniques. C’est d’ailleurs l’une de ces dernières qui se trou­ve à la base de ce roman pour jeunes ado­les­cents, inau­gu­rant ain­si la nou­velle propo­si­tion des réjouis­santes édi­tions Cot­Cot­Cot : « Com­bats, une col­lec­tion de romans engagés dont la devise est “com­bat­tre main­tenant pour con­stru­ire demain” ». Con­tin­uer la lec­ture

Madeleine, le goût de l’enfance

Françoise LISON-LEROY (autrice) et Françoise ROGIER (illus­tra­trice), Madeleine, Tétras Lyre, coll. « Let­trim­age », 2022, 30 p., 16 €, ISBN : 9782930685625

lison leroy rogier madeleineMadeleine a dix ans, d’abord bien­tôt, ensuite depuis peu. Ses pieds s’agitent nus ou bot­tés de rouge, dans la nature qui l’éclabousse et les flaques qui la réjouis­sent. Ses yeux se plis­sent de con­tente­ment quand ils ne se per­dent pas dans l’observation. Ses paumes, elles, s’ouvrent grand, telle­ment grand vers le ciel, mais se refer­ment aus­si pour ne pas qu’un bal­lon s’échappe. Son corps, agile, se niche sur la branche d’un pom­mi­er, s’accroche à un trapèze, se fige devant un cours d’eau. Et ses cheveux, noirs, s’affolent aux qua­tre vents, au gré de ses cabri­oles, puis se reposent sur ses épaules, lors de moments sus­pendus. Madeleine paraît joyeuse et curieuse, entière­ment dans l’instant. Autour d’elle, des feuilles col­orées, des jou­ets aban­don­nés, des oiseaux s’égaillant, des nuages pas­tel, des félins s’esquivant, une foule en mou­ve­ment. C’est dans cet univers graphique, à la com­po­si­tion pochée et cha­toy­ante, que con­nais­sance visuelle est faite avec Madeleine. Les déli­cieuses illus­tra­tions de Françoise Rogi­er, à elles seules, racon­tent déjà telle­ment… Con­tin­uer la lec­ture

« Entrer dans une ombre »

Ludovic DROUET, Der­rière l’hôtel & autres réc­its, L’L édi­tions, coll. « Déam­bu­la­tions chercheuses », 2021, 138 p., 7 €, ISBN : 9782960153347

drouet derriere l hotelÀ celles et ceux qui vibrent d’expérimental, le livre Der­rière l’hôtel & autres réc­its est pour vous. L’L édi­tions, sur­geon de la struc­ture cul­turelle L’L Ι chercher autrement en arts vivants, pro­pose des livres – lente­ment et soigneuse­ment pub­liés – plongeant leurs racines dans le tra­vail d’exploration(s) mené par des chercheur·e·s ayant béné­fi­cié d’une rési­dence à L’L. On sait à quel point ces moments sus­pendus, retirés et con­cen­trés s’imposent comme essen­tiels dans un proces­sus de créa­tion ; on apprend qu’au sein du vivi­er brux­el­lois ils sont offerts en tant qu’espaces-temps dédiés à « une recherche sans oblig­a­tion de résul­tat », sans con­créti­sa­tion scénique à la clef. L’enjeu ne se niche pas dans un aboutisse­ment, mais bien dans la quête. Incom­men­su­rable. Con­tin­uer la lec­ture