Archives par étiquette : Théâtre

Retrou­vez ici tous nos arti­cles et recen­sions con­sacrés au théâtre

Des langues et des gouffres

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Dress­ing room, Lans­man, 2022, 40 p., 10 €, ISBN: 978–2‑8071–0344‑3
François EMMANUEL, Les trains dans la plaine, Lans­man, coll. « Théâtre à vif », 56 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0345‑0

Les gens vont au théâtre pour se dis­traire les idées mais aus­si pour se mesur­er au monde, savoir ce qui est bien et pas bien, ce qui est con­damnable ou non, ce que l’on prend en pitié. Ça fait réfléchir, ça remue les pro­fondeurs, dans l’in­con­scient. Les gens vont se voir finale­ment.
Michael Lons­dale, À voix nue, France cul­ture, 2011

emmanuel dressing roomMichael Lons­dale résume bien cette étrange machine qu’est le théâtre avant que d’être spec­ta­cle. François Emmanuel vient de pub­li­er deux pièces aux édi­tions Lans­man, Dress­ing room et Les trains dans la plaine. Deux pièces absol­u­ment dif­férentes dans la langue et cepen­dant à aucun moment con­traires. Il s’agit de la ques­tion cen­trale de l’amour, de la dig­nité, de la patience et des ver­sions car­ni­vores de l’homme qui rôde par­mi nous. Con­tin­uer la lec­ture

Passion posthume

André VERSAILLE, Armande ou le cha­grin de Molière, Press­es de la cité, 2022, 366 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑258–20011‑1

versaille armande ou le chagrin de molièreDix-sept févri­er 1699. Voilà vingt-six ans que Jean-Bap­tiste Poquelin, dit Molière, a quit­té Armande Béjart. Seule la mort sem­ble être par­v­enue à sépar­er le cou­ple qu’ils ont for­mé durant de longues années. Leur mariage fut briève­ment heureux, le temps que la jeune femme demeure admi­ra­tive du dra­maturge à la notoriété gran­dis­sante. Dev­enue comé­di­enne pour incar­n­er ses per­son­nages et mère pour répon­dre à ses désirs, elle s’éloigne peu à peu de l’auteur lorsqu’elle réalise qu’elle veut égaler sa célébrité par ses inter­pré­ta­tions. Elle se met en quête de recon­nais­sance dans ses rôles comme dans ses rela­tions extra­con­ju­gales. Ils font alors sem­blant. Molière l’aime et est pro­fondé­ment attaché à elle, il refusera de la quit­ter. Et ce n’est que quelque temps après la mort de Madeleine, sa pro­pre mère mais aus­si la pre­mière femme de son époux, qu’Armande réalis­era à quel point elle tient à celui qui l’a façon­née sans jamais cess­er de l’aimer. Con­tin­uer la lec­ture

Contes à rebours d’une utopie

Thomas DEPRYCK, Macadam Cir­cus et Qui dort dîne (ou presque), Lans­man, 2021, 92 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0316‑0

depryck macadam circus qui dort dine ou presque

Dans ce recueil des édi­tions Lans­man abri­tant les pièces Macadam Cir­cus et Qui dort dîne (ou presque), Thomas Depryck livre une parabole acide et sur­réal­iste de la con­di­tion humaine dans les sociétés cap­i­tal­istes. Où êtres humains et ani­maux jouent tour à tour les rôles de sauveur et de sauvé/à‑sauver.

Sous la plume de Thomas Depryck, l’écri­t­ure s’ap­par­ente à un sport de com­bat. Écrire ? Affron­ter le réel, s’en défendre, l’at­ta­quer, le repouss­er, s’y accrocher. Comme une matière radioac­tive que l’on sculpte, en même temps qu’elle nous façonne aus­si. Con­tin­uer la lec­ture

Comme une apparition

René BIZAC, Comme une lance, Lans­man, 2021, 60 p., 11 €, ISBN : 9782807103320

bizac comme une lanceComme une lance de René Bizac s’of­fre comme une étrange pièce dra­ma­tique onirique dotée d’une langue sou­vent proche de l’hy­per­réal­isme.

La mère de l’au­teur est décédée à l’âge de 92 ans et c’est à un hom­mage pro­fond et lucide que se livre l’au­teur dans cette pièce toute en sub­til­ité dialogique.

Une liste, celle des affaires de la mère, jusqu’au plus triv­ial, et puis, « Voilà la cham­bre est vide”. Con­tin­uer la lec­ture

Corps/esprit toujours en ligne de partage de l’homme ?

Alex LORETTE, La ligne de partage des eaux, Lans­man, coll. « Poche », 2021, 40 p., 8 €, ISBN : 978–2‑8071–0331‑3

lorette la ligne de partage des eauxLe court texte d’Alex Lorette paru en octo­bre dans la col­lec­tion “Poche” des édi­tions Lans­man est de ceux qui doivent être dits à voix haute s’ils ne sont portés à la scène. Parce que La ligne de partage des eaux n’est rien de moins que 34 pages hale­tantes, celles du réc­it d’un homme occupé de courir. Seul, il court dans les bois, suit le tracé d’une riv­ière, d’un fleuve, d’une route, tombe, se blesse, se redresse, se remet à courir.

Qui est cet homme qui court ? Con­tin­uer la lec­ture

Vols de nuit

Pietro PIZZUTI, Qui a tué Amy Wine­house, Oiseaux de nuit, coll. “Rideaux rouges”, 2020, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–19‑3
Pietro PIZZUTI, Pop-corn, Oiseaux de nuit, coll. “Rideaux rouges”, 2020, 96 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–18‑6

Les actri­ces et les acteurs sont les luci­oles de nos scènes ; ils appa­rais­sent, elles dis­parais­sent et demeurent dans la mémoire du spec­ta­teur et des autres actri­ces et acteurs. Le sou­venir d’une voix, le trem­ble­ment d’un geste, la présence d’un corps l’intonation sin­gulière don­née à un mot, tout fait que le théâtre s’appuie sur une magie de la mémoire et de l’oubli con­joints. Con­tin­uer la lec­ture

L’ange de la mort sonne toujours deux fois

Paul EMOND, Don Qui­chotte avant la nuit et Grac­chus, Lans­man, 2021, 100 p., 12 €, ISBN : 9782807103245

emond don quichotte suivi de gracchusDeux textes de Paul Emond, Don Qui­chotte avant la nuit et Grac­chus, rassem­blés dans une même pub­li­ca­tion, met­tent en scène des êtres proches du tré­pas. L’ange de la mort rôde à chaque page. Cet entre-deux – entre vie et mort – est sym­bol­isé par une belle illus­tra­tion de Maja Polack­o­va en page 55.

Dans Don Qui­chotte avant la nuit, deux hommes se tien­nent côte à côte dans un grand lit, dernière rési­dence de leur pas­sage sur terre. L’un appré­cie par­ti­c­ulière­ment la lec­ture. L’autre est un grand bavard. Une femme, surnom­mée la passeuse, les accom­pa­gne dans leur dernier voy­age et leur prodigue des soins, notam­ment sa fameuse huile de pas­sage. Tous deux n’ont plus beau­coup d’appétit et s’assoupissent sou­vent. Con­tin­uer la lec­ture

Architectes de l’imaginaire : une exposition à découvrir

affiche architectes de l'imaginaire

Du 22 sep­tem­bre au 10 novem­bre 2021, le Forum des Halles à Lou­vain-la-Neuve accueille l’ex­po­si­tion Archi­tectes de l’imag­i­naire : regards sur la scéno­gra­phie belge du 20e siè­cle. L’ex­po­si­tion est pro­duite par l’U­CLou­vain Cul­ture, les AML (Archives & Musée de la Lit­téra­ture), en parte­nar­i­at avec le Cen­tre d’études théâ­trales. Con­tin­uer la lec­ture

Cinq, quatre, trois… : la trilogie d’Anne-Cécile Vandalem

Anne-Cécile VANDALEM, King­dom précédé de Trist­esses et Arc­tique, Actes Sud papiers, 2021, 144 p., 18 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782330151768

vandalem kingdom precede de tristesses et arctique Juger un livre est une autre affaire que de juger un spec­ta­cle. Anne-Cécile Van­dalem fait paraître chez Actes Sud les trois pièces qu’elle rassem­ble comme une trilo­gie, une trilo­gie dénuée de titre (Le Sang des promess­es aurait pu être un bon titre mais il faut croire qu’il était déjà pris) ou plutôt com­posée de trois titres dis­tincts : Trist­esses, Arc­tique, King­dom. Trois titres qui désig­nent des lieux, réels ou imag­i­naires, tous isolés dans le Nord. Con­tin­uer la lec­ture

Pénélope n’attend plus

Geneviève DAMAS, Quand tu es revenu, Lans­man, 2021, 56 p., 11 €, ISBN : 9782807103191

damas quand tu es revenuEn amour, est-ce que l’on peut par­tir et revenir, comme une fleur, vingt ans plus tard ? Peut-on promet­tre de tou­jours revenir ? Les hommes et les femmes sont-ils égaux dans ce voy­age ? Regar­dons le mythe d’Ulysse. Péné­lope l’a atten­du bien sage­ment, repous­sant nom­bre de pré­ten­dants. Dans les his­toires, le héros part et revient tou­jours. Nous sommes bercés par ce mythe, mais n’est-il pas temps de le décon­stru­ire ? Com­ment cela se passerait-il dans la vraie vie ? Que se passerait-il si celui que vous avez aimé revient vingt ans plus tard ? Con­tin­uer la lec­ture

Voyage onirique à Saint-Martin‑d’Ardèche

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, Ceci n’est pas un rêve, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2020, 122 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–23‑0

delmotte-weber ceci n'est pas un reveAlice, pho­tore­porter de guerre, a besoin de s’éloigner du rythme intense de sa vie pro­fes­sion­nelle. Après avoir décou­vert un échange de let­tres entre les deux artistes pein­tres sur­réal­istes, Leono­ra Car­ring­ton et Leonor Fini, elle se rend à Saint-Martin‑d’Ardèche sur leurs traces. Depuis qu’elle est arrivée dans ce vil­lage, Alice rêve énor­mé­ment. C’est comme si ses songes se matéri­al­i­saient, comme si des univers par­al­lèles se man­i­fes­taient. Elle s’immisce dans la vie des deux pein­tres et assiste aux épisodes de 1939, lorsque Leono­ra, en cou­ple avec Max Ernst, accueille Leonor et son ami Fed­eri­co fuyant la cap­i­tale et la fureur nazie. Suite à un appel de sa rédac­trice en chef, Alice accepte de con­juguer son repos avec un reportage sur les deux artistes. Peu à peu, le présent d’Alice se mélange au passé des deux femmes. Elle assiste à leurs con­ver­sa­tions sans être vue. Mais par­fois, un bruit, un élé­ment témoigne de sa présence. Alice marche dans leurs pas. Elle pro­duit des pho­tos étranges, d’une autre tex­ture, qui s’in­spirent de la dimen­sion poé­tique des deux artistes. Elle a l’impression de pou­voir enfin vrai­ment s’ex­primer, même si sa rédac­trice en chef n’est pas du même avis. Con­tin­uer la lec­ture

La rentrée littéraire 2021 se prépare

rentrée litteraire 2021

L’été est là et l’actualité édi­to­ri­ale, par­ti­c­ulière­ment chargée ces derniers mois, va se met­tre elle aus­si au farniente. Pour une courte péri­ode seule­ment : dès la deux­ième quin­zaine d’août, ce sera la ren­trée lit­téraire. Ampleur et défer­lement au pro­gramme. Con­tin­uer la lec­ture

Elle voyage en solitaire

Céline DELBECQ, À cheval sur le dos des oiseaux, Lans­man et Rideau de Brux­elles, 2021, 60 p., 11 €, ISBN : 978–2807103153

delbecq a cheval sur le dos des oiseauxCarine Bie­len, la cinquan­taine, vit dans un cen­tre avec Logan, son fils qui ne bronche pas de la journée, mais hurle par­fois la nuit. La seule manière pour Carine de calmer ses ter­reurs noc­turnes est de se blot­tir tout con­tre lui. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez cet enfant ? Carine se livre avec ses mots sim­ples et mal­adroits, mais tou­jours francs. Elle racon­te qu’elle aime bien boire un petit coup de rouge le soir, une fois que le petit est couché, voire un peu plus les soirs de grand vent. Le vent char­rie trop de bruits inquié­tants, voire d’idées noires… Elle évoque la manière dont Logan a été conçu, un soir pass­able­ment éméchée, avec un copain de comp­toir de L’auberge. Elle digresse beau­coup et expose tout l’amour qu’elle porte à son fils. Cet enfant qui aime les oiseaux, tout comme elle. Con­tin­uer la lec­ture

Vue panoptique sur la folie humaine

Thier­ry JANSSEN, Fac­teur humain, Lans­man, 2021, 60 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0311

janssen facteur humainCom­ment racon­ter le monde et notre époque ? En le con­tant ! Tel est le pari artis­tique de Thier­ry Janssen dans son œuvre Fac­teur humain. En usant d’un con­te tan­tôt noir comme l’en­cre de seiche, tan­tôt comique à souhait, où le tar­mac du réal­isme offre une piste de décol­lage idéale au fan­tas­tique. Où le réc­it intimiste des rela­tions humaines épouse le réc­it de la fin du monde et du sort de l’hu­man­ité.

Trois per­son­nages for­ment un tri­an­gle infer­nal. Au début sim­ples spec­ta­teurs de la folie envi­ron­nante, ils en devi­en­nent ensuite des acteurs, bas­cu­lant du côté obscur. Un retour à la rai­son est-il pos­si­ble ? La cloi­son qui sépare délire et rai­son est-elle aus­si ténue ? Con­tin­uer la lec­ture

Cap ou pas cap ?

Stanis­las COTTON, Ce que baleine veut, coll. « Théâtre à vif », 2021, 48 p., 10 €, ISBN : 9782807103108

cotton ce que baleine veutQuelque chose ne tourne pas rond chez les Per­limpin. Capucine, la nar­ra­trice, a remar­qué un change­ment de com­porte­ment chez son petit frère Philib­ert. Ce dernier n’agit pas comme d’habitude. Du genre à râlot­er facile­ment et à hous­piller sa sœur, il devient tac­i­turne et accepte tout ce qu’elle lui demande. Il s’isole dans sa cham­bre, par­le tout bas et passe des heures devant son ordi­na­teur. Ses par­ents, Ali­da et Edmond, ne remar­quent pas tout de suite ses sautes d’humeur et ses actes inhab­ituels. Capucine par con­tre le sur­prend à net­toy­er de fond en comble la mai­son, tra­vers­er à toute vitesse un car­refour dan­gereux ou insul­ter vio­lem­ment ses par­ents. Le tout avec pho­tos ou vidéos à l’appui. La nuit, Philib­ert dort peu et écoute les chants d’une baleine qui ago­nise. Capucine a peur que son frère devi­enne fou. Il n’est plus lui-même. Les trucs tor­dus s’enchainent jusqu’à un acte final qui pour­rait bien lui être fatal. Qu’a‑t-il bien pu se pass­er pour que Philib­ert agisse de cette manière ? Con­tin­uer la lec­ture

Sans voix

Jes­si­ca GAZON, Syn­ovie, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2020, 108 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–06‑3

gazon synovieÀ quinze ans, alors que la vie lui sourit, Syn­ovie est prise d’un mal mys­térieux. Sa voix devient molle. Son sourire se crispe. C’est un coup dur pour cette pas­sion­née de théâtre et de lec­ture à voix haute. Ce blocage, à pre­mière vue inof­fen­sif, devient de plus en plus fréquent. Per­son­ne, même le médecin du vil­lage, ne prend son prob­lème au sérieux. Quelques mois plus tard, elle voit un neu­ro­logue qui diag­nos­tique de la spas­mophilie. Ce mal serait donc psy­chologique. Toute­fois, son défaut d’articulation s’intensifie. Syn­ovie choisit la voie du silence et se tait autant au cours de théâtre qu’à l’école. Un an après l’apparition des pre­miers symp­tômes, même dég­lu­tir devient dif­fi­cile. Sa mère n’y com­prend rien. Son père est dans le déni. Comme les vrais médecins ne trou­vent rien, sa mère se tourne vers les sci­ences occultes et erre de mag­né­tiseuse en marabout… Mais rien ne marche. Ses paupières con­tin­u­ent de s’affaisser. Son vis­age de pen­dre. Son corps la lâche peu à peu. Une nuit, son état s’aggrave. Ses par­ents l’emmènent chez un vieux médecin de cam­pagne qui veut faire des exa­m­ens sup­plé­men­taires et l’envoie chez un bon neu­ro­logue. Le ver­dict finit par tomber : elle souf­fre de myasthénie, une mal­adie rare. Le chemin de la guéri­son com­mence alors… Con­tin­uer la lec­ture