Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

Ce que fait la postmigration aux lettres belges de langue française, et à la Belgique

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence PIEROPAN et Hubert ROLAND (sous la dir. de), Post­mi­gra­tion, Textyles n°68, Ker, 2025, 198 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–535‑9

textyles postmigrationQuelle force, quelle richesse, quelle util­ité bien-fondée, ce numéro 68 de Textyles, la revue des Let­tres belges de langue française ! Il offre à la fois un aperçu d’une lit­téra­ture encore trop mécon­nue, de ses auteurs et autri­ces (Nicole Mal­in­coni, Carmeli­na Car­racil­lo, Car­o­line De Mul­der, Leila Houari, Clé­men­tine Faik-Nzu­ji, Souad Fila, Zaïch Ham­di, Kenan Görgün, entre autres), de ses enjeux, ain­si que de la vie d’une par­tie de la pop­u­la­tion belge. De plus, ici et là, il perce d’un fais­ceau lumineux les ténèbres qui assom­bris­sent le présent, et nous engage vers un monde nou­veau, un monde en com­mun. Vrai­ment en com­mun. Con­tin­uer la lec­ture

L’infini à portée de quatrains

Christophe GILOT, Ten­ta­tive d’épuisement d’un jeu de qua­trains, Cac­tus inébran­lable, coll. « Micro­cac­tus », 2026, 94 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–126‑2

gilot tentative d'épuisementChristophe Gilot, en pub­liant ce deux­ième opus chez Cac­tus inébran­lable, Ten­ta­tive d’épuisement d’un jeu de qua­trains, mar­que une fois encore son gout pour la poésie et les qua­trains, mais aus­si, en ren­dant hom­mage à Georges Perec, pour les con­traintes d’un OULIPO qu’il con­nait par­faite­ment… Perec a ouvert tant et tant de voix et de voies dans cette écri­t­ure à con­traintes où il a dévelop­pé avec un génie éblouis­sant de nou­velles ter­res d’asile et de con­quêtes dans la lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Quand la lumière courtise l’ombre

Louis ESCOUFLAIRE, L’in­stinct de l’autruche, Empaj, 2026, 304 p., 21 €, ISBN : 9782931011485

escouflaire l'instinct de l'autrucheTrès tôt, cer­tains auteurs ont fait de la plume leur alliée. Et Louis Escou­flaire en fait par­tie. À l’aube de ses 17 ans, il pub­lie, aux édi­tions Mem­o­ry,  le recueil de nou­velles D’un sim­ple regard dis­tin­gué par le prix de la Fon­da­tion Lau­re Nobels (2014). Il ne s’arrête pas en si bon chemin et en 2026, il réserve une sur­prise à son lec­torat. Sortez vos agen­das : le 1er avril, l’auteur wal­lon sort son pre­mier roman, L’instinct de l’autruche, aux Édi­tions Empaj. Et le présente en avant-pre­mière à la Foire du livre. Con­tin­uer la lec­ture

La vie devant soi 

Nathalie STALMANS, Le retour des oies sauvages, Lamiroy, coll. “Opus”, 76 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39081–075‑9

stalmans le retour des oies sauvagesLa men­tion « 1830Belgique2030 », au bas de la cou­ver­ture, inter­pelle. « Un label, qui pour­ra être apposé quelles que soient les col­lec­tions où se trou­ve le livre », pré­cise l’éditeur Lamiroy, qui songe déjà au bicen­te­naire nation­al. Si led­it ouvrage entre­tient une con­nex­ion avec l’histoire du pays. Quant à la col­lec­tion… Le retour des oies sauvages s’intègre dans les « Opus », des novel­las dont la longueur se situe entre la nou­velle et le roman. De belles plumes s’y sont déjà essayées, comme Alain Magerotte, Luc Del­lisse, Ziska Larouge… Con­tin­uer la lec­ture

La boucle et le bilan

Cari­no BUCCIARELLI, La lap­i­da­tion et autres réc­its créa­tion­nistes, M.E.O., 2026, 173 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8070–0576‑1

bucciarelli la lapidationEn nous livrant ce nou­v­el opus, La lap­i­da­tion et autres réc­its créa­tion­nistes, Cari­no Buc­cia­rel­li signe une forme de bilan ou de réflex­ions à pro­pos de son art et de ses sujets de prédilec­tion, ain­si que de mul­ti­ples con­sid­éra­tions sur la puis­sance de la créa­tion, de l’écri­t­ure et sur le dénoue­ment et le déploiement d’une vie. Con­tin­uer la lec­ture

Deux familles juives dans la tourmente

Coralie VANKERKHOVEN, La bon­bon­nière des Wag­ows­ki, Mur­mure des soirs, coll. « Brèves du soir », 2026, 304 p., 19 €, ISBN : 978–2‑931235–35‑5

vankerkhoven la bonbonnière des wagowskiLes cir­con­stances m’ont amené à lire La bon­bon­nière des Wag­ows­ki avant, pen­dant et après une journée de com­mé­mora­tion au Mémo­r­i­al et camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. L’occasion de pren­dre con­science de l’importance d’un texte comme celui-ci et d’en soulign­er l’urgence dans l’actualité du moment. Le tra­vail de mémoire qui con­cerne tout le monde se révèle plus néces­saire que jamais alors qu’il ne restera bien­tôt plus de sur­vivants et sur­vivantes pour témoign­er en direct. Con­tin­uer la lec­ture

Un anti-héros aux prises avec la vie

Loren­zo MORELLO, J’espère que vous allez bien, M.E.O., 2026, 180 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0567‑9

morello j'esmère que vous allez bienFaute d’occupations, un homme insignifi­ant devient écrivain. For­tuné à la mort de son père, il cherche à s’occuper entre ges­tion immo­bil­ière déléguée et séances de mus­cu­la­tion.

Nous ne con­naitrons jamais le prénom de ce jeune ren­tier. Seule cer­ti­tude : le nar­ra­teur n’est pas un gag­nant. Il a tout de l’anti-héros : pas d’amis, pas de famille, pas d’amoureuse. Jaloux des suc­cès lit­téraires de son ex qui rem­porte le Rous­sel (enten­dez par là le Rossel), il déroule des lieux com­muns sur les femmes et le cli­mat, entre deux ater­moiements : « Qu’avais-je fait pour mérit­er son mépris ? Pour quelle rai­son se fai­sait-elle un point d’honneur à m’ignorer ? Étais-je à ce point trans­par­ent, à ce point dénué de présence qu’elle me jugeât si peu digne d’intérêt ? » Con­tin­uer la lec­ture

Le poids du silence

Annie PRÉAUX, Quelque chose à te dire, M.E.O., 2026, 199 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0570‑9

preaux quelque chose a te direLe nou­veau réc­it d’Annie Préaux s’ouvre sur l’annonce d’un décès : l’héroïne Agathe apprend le départ de sa mère. Agathe est une dame de 77 ans qui a gran­di dans le Bori­nage à Mons et a été élevée par sa tante Yvette, appelée affectueuse­ment Mamouyette, avec son cousin Michel, qu’elle con­sid­ère comme son « jumeau de cœur ». Elle n’est pas affec­tée par la perte de sa mère et pour cause, celle-ci ne s’est jamais occupée d’elle. Nous plon­geons alors dans les sou­venirs d’Agathe, qui n’a pas d’explication à cet aban­don. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa mère (Blanche) était enceinte lorsqu’elle a épousé son père (Armand), et que ce dernier a été tué par une balle per­due en 1944, quelques mois avant sa nais­sance. Con­tin­uer la lec­ture

… cet infini tiré à quatre épingles…

Patrick DEVAUX (texte) et Cather­ine BERAEL (gravures), Aval­oirs, Coudri­er, 2026, 75 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–082‑5

Devaux AvaloirsLes gravures de Cather­ine Berael réson­nent en un écho idéal aux courts textes de Patrick Devaux réu­nis sous le titre d’Aval­oirs. Elles ont en effet la dou­ble car­ac­téris­tique de con­serv­er les traces presque diaphanes d’un instant et, en même temps de les effac­er jusqu’à l’abstraction. La brièveté, la sobriété des poèmes réson­nent ain­si comme l’écho, loin­tain et trans­par­ent, de ce qui fut l’inspiration du poète jusqu’à ce qu’il réus­sisse à en retenir l’essentiel. Chaque texte se situe au bord d’un précipice, dont l’alignement ver­ti­cal de la typogra­phie accentue l’abîme qu’il dévoile. Con­tin­uer la lec­ture

Des silhouettes qui vont, viennent et disparaissent…

Roland LADRIÈRE, La danse uni­verselle, Tail­lis Pré, 2026, 75 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–252‑1

ladriere la danse universelleLa danse uni­verselle, titre du nou­veau recueil de Roland Ladrière, pour­rait être un mou­ve­ment bal­ancé orig­i­naire d’Espagne ou d’Italie, une cha­conne peut-être. En tous cas, une danse à trois temps ryth­mée par les trois moments de l’existence, la nais­sance, la vie, la mort. Une danse, un mou­ve­ment per­pétuel qui s’illustre ici par la présence du même poème en tête et en fin de vol­ume. Con­tin­uer la lec­ture

Au cœur d’un drame

Nathalie NOTTET, Et la vie est à pren­dre, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2026, 248 p., 20 €, ISBN : 9782390770077

nottet et la vie est à prendreAprès L’envers des pôles (2015) et Le pre­mier accroc (2022), Nathalie Not­tet revient avec un nou­veau roman déroutant Et la vie est à pren­dre pub­lié aux édi­tions Weyrich, dans leur col­lec­tion « Plumes du coq ».

Un geste décon­stru­it page après page, des phras­es cour­tes qui analy­sent les raisons de maux plus pro­fonds qu’un geste… Angèle, la nar­ra­trice, fait face aux con­séquences du drame qu’elle a provo­qué : un coup de trophée sur le crâne de son mari, une mort rapi­de, laconique. Et puis la longue recherche d’une expli­ca­tion pour elle, un drame décor­tiqué par les juges, les amis, la famille, sans jamais pren­dre en compte la réal­ité d’Angèle et ses véri­ta­bles raisons. Con­tin­uer la lec­ture

Bouillon de mots

Jacques NICOLAS, Inven­taires, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 132 p. 16 €, ISBN : 9782390770053

nicolas inventaireÀ la faveur d’un séjour à l’hôpital, au temps du con­fine­ment, Jacques Nico­las s’est pris au jeu de la nos­tal­gie « qui engen­dre à la fois la jouis­sance et l’amertume ». Loin de son Bouil­lon natal, dans ce cube en béton où il regarde s’égoutter une per­fu­sion, il arpente les couloirs, scru­tant un monde si loin du sien, prend des notes et nous informe de l’évolution de son état. Pour lui et pour nous, il se remé­more le temps jadis et feuil­lette son album men­tal, faisant défil­er les vis­ages et les anec­dotes. Une fig­ure s’impose, celle de l’Hypocras dont il a vis­ité la demeure aban­don­née quelques années après son décès. Dans ce sanc­tu­aire où le fil du temps est demeuré sus­pendu, il scrute les objets, les traces de vie et les mots que son ami lais­sait un peu partout, au gré de ses obser­va­tions et pen­sées, sur tous les papiers qu’il avait sous la main. Il procède à un relevé minu­tieux des scories du passé, témoins d’une exis­tence sin­gulière. Au pays de la Semois, c’est la riv­ière qui donne le ton, elle qui préfère les méan­dres aux lignes droites. Elle dicte son rythme non­cha­lant et invite à la rêver­ie et à la prom­e­nade. Au fil des chemins, on salue les hommes et les femmes qui pren­nent le soleil ou taquinent le gou­jon, on engage la con­ver­sa­tion mêlée de patois : Con­tin­uer la lec­ture

La guerre afghane d’un père… belge

Un coup de cœur du Car­net

Alain LALLEMAND, Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 420 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑39077–012‑1

lallemand ma plus belle declaration de guerreSi Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre a con­nu une pre­mière édi­tion en 2014 chez Luce Wilquin, cette reparu­tion chez Weyrich a gardé toute son actu­al­ité. La toile de fond en est l’Afghanistan en 2008–2009 sous tutelle des États-Unis et de leurs alliés à l’époque, mais la sit­u­a­tion de ce pays désor­mais sous régime tal­iban est cat­a­strophique, en par­ti­c­uli­er pour les Afghanes, totale­ment oubliées. De plus, l’Histoire bégaie et d’autres bour­biers human­i­taires se sont mul­ti­pliés depuis. Quant à la rela­tion intime entre un par­ent et son enfant, ici un père et son fils con­fron­tés à des choix cru­ci­aux, elle a cette uni­ver­sal­ité qui fait la qual­ité d’un grand roman. Con­tin­uer la lec­ture

Souffles et lueurs de la nuit

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Véronique GOOSSENS, Avant que nos corps s’illuminent, Chat polaire, 2026, 60 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–42‑1

emmanuel avant que nos corps s'illuminentDans l’atelier de Véronique Goossens, dont il appré­cie depuis longtemps les gravures, François Emmanuel décou­vre un jour une série inti­t­ulée Errance et Aubade. Lui vient alors l’envie d’écrire à par­tir d’elle un réc­it poé­tique ; ayant choisi vingt-et-une planch­es, il les range dans un ordre pré­cis, pré­fig­u­rant ain­si le cours du texte dont il entre­prend la rédac­tion. Avec la vig­i­lante éditrice Marie Taffore­au, les images sont recadrées puis repro­duites, la mise en page ajustée, le for­mat accru, aboutis­sant aujourd’hui à ce livre mince et mag­nifique où la vie d’une femme aimante est saisie dans sa pure intéri­or­ité, de l’enfance jusqu’à l’approche de la fin… Les gravures ini­tiales, cepen­dant, n’ont rien de flat­teur ou de char­mant : en noir et blanc sur un fond légère­ment jaune-vert qui les réchauffe à peine, elles présen­tent une allure fan­toma­tique, par­fois même inquié­tante, telles des appari­tions dans la brume. Sauf une excep­tion, chaque image com­porte d’un à trois per­son­nages adultes ou enfants, ici immo­biles et là en mou­ve­ment, alter­na­tive­ment debout, assis ou couchés sur le sol. Par­fois nus, par­fois vêtus, le plus sou­vent mécon­naiss­ables, les corps peu sex­ués élu­dent toute forme de séduc­tion ou d’érotisme. Au con­traire, la fac­ture cré­pus­cu­laire, voire cauchemardesque, sem­blerait se prêter à un drame fan­tas­tique mieux qu’à une rêver­ie amoureuse. Con­tin­uer la lec­ture

Valse avec Camille Claudel

Veroni­ka MABARDI, Sous le regard des stat­ues de Camille Claudel, Esper­luète, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782359842067

mabardi camille claudelCom­ment abor­der Camille Claudel après les visions romanesques, dra­maturgiques, ciné­matographiques, choré­graphiques offertes par Anne Del­bée, Michèle Des­bor­des, Lau­rence Cre­ton, Bruno Nuyt­ten, Bruno Dumont, Marie-Claude Pietra­gal­la et d’autres ? C’est à par­tir d’un dou­ble geste que Veroni­ka Mabar­di inter­roge l’œuvre et la vie de l’artiste. D’une part, comme le titre l’énonce, le réc­it se tient au plus près du geste créa­teur de Camille Claudel. Veroni­ka Mabar­di écrit depuis un lieu, sous un angle défi­ni : sous le regard des stat­ues, depuis la mise en abyme de l’œil de Camille Claudel dans ses sculp­tures. D’autre part, tail­lé à coups de burin, le bloc textuel décrit le chemin d’une ren­con­tre élec­tive qui s’inscrit dans une tem­po­ral­ité longue. On suit Veroni­ka Mabar­di sur les traces géo­graphiques, esthé­tiques de Camille Claudel, sur les lieux où elle vécut ; elle nous fait entr­er dans le ven­tre des musées qui abri­tent ses œuvres. Con­tin­uer la lec­ture

L’Autre est-il un autre ?

Giuseppe SANTOLIQUIDO, Let­tres à l’Autre, Ker, 2026, 108 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–532‑8

santoliquido lettres a l'autreLet­tres à l’Autre, de Giuseppe San­toliq­ui­do est con­sti­tué de deux réc­its qui alter­nent rigoureuse­ment. D’une part, celui d’un homme en prison qui écrit à quelqu’un, dans une nar­ra­tion en « je ». Et d’autre part, la descrip­tion en « il » de la vie de Pierre Augi­er ; il vit avec sa femme Mireille et ses deux enfants dans le domaine agri­cole de ses beaux-par­ents. Il est infir­mi­er à l’hôpital et essaye d’aider à la ferme le reste du temps. Lui aus­si écrit, des let­tres à « l’Autre », autant à l’hôpital qu’à la ferme, en se cachant. Ce n’est que pro­gres­sive­ment et par petits indices (par exem­ple, un pronom per­son­nel inat­ten­du) que l’on devine l’identité de la per­son­ne à laque­lle ces let­tres, de cha­cun des réc­its, sont des­tinées. Et la révéla­tion de cette iden­tité crée une sur­prise à la fin du roman. Le titre Let­tres à l’Autre indique autant le nom­bre élevé de let­tres que la dou­ble orig­ine de celles-ci, la prison et le domaine. Con­tin­uer la lec­ture