Archives de catégorie : Romans et récits

“Que rien ne fane” et surtout pas le plaisir

Noëlle MICHEL, Que rien ne fane, Le bruit du monde, 2026, 134 p., 18 €, ISBN : 978–2‑38601–095‑8

michel que rien ne faneSi vous aimez l’association Le gang des vieux en colère, vous allez ador­er Que rien ne fane de Noëlle Michel. La nar­ra­trice, 82 ans, revendique le droit au plaisir, à la lib­erté, aux fan­tasmes, dont une fas­ci­na­tion pour le musi­cien et chanteur Bri­an Molko. Les fans du groupe Place­bo apprécieront et n’auront pas besoin de la bande-son reprise à la fin du livre. Cette comédie roman­tique offre un bon moment de lec­ture, tout en abor­dant un sujet de société encore tabou, celui de la sex­u­al­ité des seniors, en par­ti­c­uli­er dans les maisons de repos, à tra­vers le por­trait d’une grand-mère bigre­ment attachante. Con­tin­uer la lec­ture

Deux familles juives dans la tourmente

Coralie VANKERKHOVEN, La bon­bon­nière des Wag­ows­ki, Mur­mure des soirs, coll. « Brèves du soir », 2026, 304 p., 19 €, ISBN : 978–2‑931235–35‑5

vankerkhoven la bonbonnière des wagowskiLes cir­con­stances m’ont amené à lire La bon­bon­nière des Wag­ows­ki avant, pen­dant et après une journée de com­mé­mora­tion au Mémo­r­i­al et camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. L’occasion de pren­dre con­science de l’importance d’un texte comme celui-ci et d’en soulign­er l’urgence dans l’actualité du moment. Le tra­vail de mémoire qui con­cerne tout le monde se révèle plus néces­saire que jamais alors qu’il ne restera bien­tôt plus de sur­vivants et sur­vivantes pour témoign­er en direct. Con­tin­uer la lec­ture

Un anti-héros aux prises avec la vie

Loren­zo MORELLO, J’espère que vous allez bien, M.E.O., 2026, 180 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0567‑9

morello j'esmère que vous allez bienFaute d’occupations, un homme insignifi­ant devient écrivain. For­tuné à la mort de son père, il cherche à s’occuper entre ges­tion immo­bil­ière déléguée et séances de mus­cu­la­tion.

Nous ne con­naitrons jamais le prénom de ce jeune ren­tier. Seule cer­ti­tude : le nar­ra­teur n’est pas un gag­nant. Il a tout de l’anti-héros : pas d’amis, pas de famille, pas d’amoureuse. Jaloux des suc­cès lit­téraires de son ex qui rem­porte le Rous­sel (enten­dez par là le Rossel), il déroule des lieux com­muns sur les femmes et le cli­mat, entre deux ater­moiements : « Qu’avais-je fait pour mérit­er son mépris ? Pour quelle rai­son se fai­sait-elle un point d’honneur à m’ignorer ? Étais-je à ce point trans­par­ent, à ce point dénué de présence qu’elle me jugeât si peu digne d’intérêt ? » Con­tin­uer la lec­ture

Le poids du silence

Annie PRÉAUX, Quelque chose à te dire, M.E.O., 2026, 199 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0570‑9

preaux quelque chose a te direLe nou­veau réc­it d’Annie Préaux s’ouvre sur l’annonce d’un décès : l’héroïne Agathe apprend le départ de sa mère. Agathe est une dame de 77 ans qui a gran­di dans le Bori­nage à Mons et a été élevée par sa tante Yvette, appelée affectueuse­ment Mamouyette, avec son cousin Michel, qu’elle con­sid­ère comme son « jumeau de cœur ». Elle n’est pas affec­tée par la perte de sa mère et pour cause, celle-ci ne s’est jamais occupée d’elle. Nous plon­geons alors dans les sou­venirs d’Agathe, qui n’a pas d’explication à cet aban­don. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa mère (Blanche) était enceinte lorsqu’elle a épousé son père (Armand), et que ce dernier a été tué par une balle per­due en 1944, quelques mois avant sa nais­sance. Con­tin­uer la lec­ture

Je m’attends ailleurs

Marc VAN STAEN, Les derniers jours de Lar­ry Park­er, 180°, 20 €, ISBN : 9782940721870

van staen les derniers jours de larry parkerTout quit­ter et s’installer dans un bled per­du pour y finir sa vie. Tel est le pro­jet de Lar­ry Park­er, écrivain renom­mé, lorsqu’il arrive à Bridge Town avec sa chi­enne et qu’il décou­vre la bour­gade en com­mençant par son cimetière. Et ce n’est pas pour rien. Sur son état de san­té, il ne fait aucun secret : les excès aux­quels il a soumis son corps et les maux tenaces qui le ron­gent lui lais­sent peu d’espoir, il sait sa fin proche. Dans un sur­saut sal­va­teur, il a décidé de savour­er le temps qui lui reste sans avoir à s’encombrer des oblig­a­tions et des rela­tions qui lui pèsent. Mais il est dif­fi­cile de pass­er inaperçu quand on a fait la une avec un roman devenu un clas­sique et que l’on a des fans partout en Amérique qui ont rêvé de ser­rer la main d’un auteur qui a comp­té pour eux. Et il est aus­si malaisé, quoi qu’on en dise, de se pass­er de la caresse douce de la notoriété et des louanges que l’on a pris l’habitude de recevoir.  Aus­si la nou­velle de sa présence cir­cule-t-elle sans peine en ce lieu où il se passe peu de choses et où l’on sur­veille volon­tiers ses sem­blables. Con­tin­uer la lec­ture

Mozart, de père en fils

Éric-Emmanuel SCHMITT, Juste après Dieu, il y a papa, Albin Michel, 2026, 193 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782226488589

Schmitt Juste après dieu il y a papaEn 2026, nous fêtons le 270e anniver­saire de la nais­sance de Mozart. Éric-Emmanuel Schmitt, habitué aux par­en­thès­es musi­cales dans sa bib­li­ogra­phie, lui con­sacre aujourd’hui un nou­veau roman, Juste après Dieu, il y a papa. Con­tin­uer la lec­ture

Au cœur d’un drame

Nathalie NOTTET, Et la vie est à pren­dre, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2026, 248 p., 20 €, ISBN : 9782390770077

nottet et la vie est à prendreAprès L’envers des pôles (2015) et Le pre­mier accroc (2022), Nathalie Not­tet revient avec un nou­veau roman déroutant Et la vie est à pren­dre pub­lié aux édi­tions Weyrich, dans leur col­lec­tion « Plumes du coq ».

Un geste décon­stru­it page après page, des phras­es cour­tes qui analy­sent les raisons de maux plus pro­fonds qu’un geste… Angèle, la nar­ra­trice, fait face aux con­séquences du drame qu’elle a provo­qué : un coup de trophée sur le crâne de son mari, une mort rapi­de, laconique. Et puis la longue recherche d’une expli­ca­tion pour elle, un drame décor­tiqué par les juges, les amis, la famille, sans jamais pren­dre en compte la réal­ité d’Angèle et ses véri­ta­bles raisons. Con­tin­uer la lec­ture

Bouillon de mots

Jacques NICOLAS, Inven­taires, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 132 p. 16 €, ISBN : 9782390770053

nicolas inventaireÀ la faveur d’un séjour à l’hôpital, au temps du con­fine­ment, Jacques Nico­las s’est pris au jeu de la nos­tal­gie « qui engen­dre à la fois la jouis­sance et l’amertume ». Loin de son Bouil­lon natal, dans ce cube en béton où il regarde s’égoutter une per­fu­sion, il arpente les couloirs, scru­tant un monde si loin du sien, prend des notes et nous informe de l’évolution de son état. Pour lui et pour nous, il se remé­more le temps jadis et feuil­lette son album men­tal, faisant défil­er les vis­ages et les anec­dotes. Une fig­ure s’impose, celle de l’Hypocras dont il a vis­ité la demeure aban­don­née quelques années après son décès. Dans ce sanc­tu­aire où le fil du temps est demeuré sus­pendu, il scrute les objets, les traces de vie et les mots que son ami lais­sait un peu partout, au gré de ses obser­va­tions et pen­sées, sur tous les papiers qu’il avait sous la main. Il procède à un relevé minu­tieux des scories du passé, témoins d’une exis­tence sin­gulière. Au pays de la Semois, c’est la riv­ière qui donne le ton, elle qui préfère les méan­dres aux lignes droites. Elle dicte son rythme non­cha­lant et invite à la rêver­ie et à la prom­e­nade. Au fil des chemins, on salue les hommes et les femmes qui pren­nent le soleil ou taquinent le gou­jon, on engage la con­ver­sa­tion mêlée de patois : Con­tin­uer la lec­ture

La guerre afghane d’un père… belge

Un coup de cœur du Car­net

Alain LALLEMAND, Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 420 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑39077–012‑1

lallemand ma plus belle declaration de guerreSi Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre a con­nu une pre­mière édi­tion en 2014 chez Luce Wilquin, cette reparu­tion chez Weyrich a gardé toute son actu­al­ité. La toile de fond en est l’Afghanistan en 2008–2009 sous tutelle des États-Unis et de leurs alliés à l’époque, mais la sit­u­a­tion de ce pays désor­mais sous régime tal­iban est cat­a­strophique, en par­ti­c­uli­er pour les Afghanes, totale­ment oubliées. De plus, l’Histoire bégaie et d’autres bour­biers human­i­taires se sont mul­ti­pliés depuis. Quant à la rela­tion intime entre un par­ent et son enfant, ici un père et son fils con­fron­tés à des choix cru­ci­aux, elle a cette uni­ver­sal­ité qui fait la qual­ité d’un grand roman. Con­tin­uer la lec­ture

Valse avec Camille Claudel

Veroni­ka MABARDI, Sous le regard des stat­ues de Camille Claudel, Esper­luète, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782359842067

mabardi camille claudelCom­ment abor­der Camille Claudel après les visions romanesques, dra­maturgiques, ciné­matographiques, choré­graphiques offertes par Anne Del­bée, Michèle Des­bor­des, Lau­rence Cre­ton, Bruno Nuyt­ten, Bruno Dumont, Marie-Claude Pietra­gal­la et d’autres ? C’est à par­tir d’un dou­ble geste que Veroni­ka Mabar­di inter­roge l’œuvre et la vie de l’artiste. D’une part, comme le titre l’énonce, le réc­it se tient au plus près du geste créa­teur de Camille Claudel. Veroni­ka Mabar­di écrit depuis un lieu, sous un angle défi­ni : sous le regard des stat­ues, depuis la mise en abyme de l’œil de Camille Claudel dans ses sculp­tures. D’autre part, tail­lé à coups de burin, le bloc textuel décrit le chemin d’une ren­con­tre élec­tive qui s’inscrit dans une tem­po­ral­ité longue. On suit Veroni­ka Mabar­di sur les traces géo­graphiques, esthé­tiques de Camille Claudel, sur les lieux où elle vécut ; elle nous fait entr­er dans le ven­tre des musées qui abri­tent ses œuvres. Con­tin­uer la lec­ture

L’Autre est-il un autre ?

Giuseppe SANTOLIQUIDO, Let­tres à l’Autre, Ker, 2026, 108 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–532‑8

santoliquido lettres a l'autreLet­tres à l’Autre, de Giuseppe San­toliq­ui­do est con­sti­tué de deux réc­its qui alter­nent rigoureuse­ment. D’une part, celui d’un homme en prison qui écrit à quelqu’un, dans une nar­ra­tion en « je ». Et d’autre part, la descrip­tion en « il » de la vie de Pierre Augi­er ; il vit avec sa femme Mireille et ses deux enfants dans le domaine agri­cole de ses beaux-par­ents. Il est infir­mi­er à l’hôpital et essaye d’aider à la ferme le reste du temps. Lui aus­si écrit, des let­tres à « l’Autre », autant à l’hôpital qu’à la ferme, en se cachant. Ce n’est que pro­gres­sive­ment et par petits indices (par exem­ple, un pronom per­son­nel inat­ten­du) que l’on devine l’identité de la per­son­ne à laque­lle ces let­tres, de cha­cun des réc­its, sont des­tinées. Et la révéla­tion de cette iden­tité crée une sur­prise à la fin du roman. Le titre Let­tres à l’Autre indique autant le nom­bre élevé de let­tres que la dou­ble orig­ine de celles-ci, la prison et le domaine. Con­tin­uer la lec­ture

Ligne claire sur fond noir 

Arnaud COLLETTE, Cathé­drale Nord, Ker, 2026, 186 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87586–537‑3

collette cathédrale nordArnaud Col­lette, qui a tra­vail­lé pour L’Avenir, La Libre ou Le Matin, avait déjà coécrit une biogra­phie poli­tique d’André Cools, par­ticipé à divers pro­jets tour­nant autour de Liège ou de la Wal­lonie, mais Cathé­drale Nord est son pre­mier roman, un polici­er qui vient de décrocher le prix du Roman noir de la Foire du Livre de Brux­elles 2026, la neu­vième édi­tion d’un prix (ex-Fin­tro) réservé aux nou­veaux con­teurs. Con­tin­uer la lec­ture

De cœur à cœur

Frank ANDRIAT, Je vous aime, Ker, 2026, 177 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87586–529‑8

andriat je vous aimeMax­ence est un jeune homme de 16 ans qui s’est forgé une image de glan­deur assis dans le fond de la classe pour cacher les mille et une ques­tions qui le tra­versent en per­ma­nence. Plutôt soli­taire, il est en décalage avec ses cama­rades con­stam­ment penchés sur leur smart­phone. Il reste un peu en retrait jusqu’au jour où Manon, une fille de la classe, annonce qu’elle a un can­cer et qu’elle va subir une chimio­thérapie. Max­ence n’est pas ami avec elle, mais cette annonce le touche et il ose le man­i­fester auprès de la jeune fille. Une ami­tié se tisse peu à peu entre eux, leurs dif­férences s’effacent alors pour laiss­er la place à l’essentiel. Con­tin­uer la lec­ture

Les gens qui doutent

Daph­né TAMAGE, Le chant des con­traires, Stock, 2026, 192 p., 19,10 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782234105645

tamage le chant des contrairesCelles et ceux qui ont lu Daph­né Tam­age con­nais­sent bien Apolline, jeune diplômée en quête de célébrité dans son pre­mier roman (À la recherche d’Alfred Hayes), trente­naire fraiche­ment pub­liée dans le deux­ième (Le retour de Sat­urne). Nous la retrou­vons désor­mais en quête d’elle-même et de recon­nais­sance mater­nelle dans Le chant des con­traires, troisième roman de l’autrice belge, paru chez Stock. Con­tin­uer la lec­ture

Les joies de la famille

Armel JOB, Le tes­ta­ment du dia­ble, Robert Laf­font, 2026, 288 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782221285473

job le testatment du diableFrançois Lebel est mort 
La nou­velle s’étalait en gros car­ac­tères noirs à la une de « La Gazette des Ardennes », édi­tion spé­ciale du mar­di 14 août 1990.  En temps nor­mal, la « Gazette » parais­sait le same­di, elle com­por­tait dix pages.  Ce mar­di-là, éditée dans l’urgence, elle se lim­i­tait à une dou­ble feuille.  Sous la manchette, les yeux étaient aus­sitôt hap­pés par un grand por­trait de Lebel datant de quelques années, un ruban de deuil en diag­o­nale dans l’angle supérieur gauche. La légende tenait en trois mots : Notre regret­té directeur. 

Cette année, Armel Job, orfèvre de la fine et ténébreuse mécanique de l’âme humaine, nous entraine, avec Le tes­ta­ment du dia­ble, dans une his­toire de famille à la fois ordi­naire et glauque comme il sait si bien le faire. Et en effet, si on y pense, quel meilleur révéla­teur de tout ce qui va, et plus encore de tout ce qui ne va pas, que la suc­ces­sion après la mort du dernier par­ent ? Con­tin­uer la lec­ture

Des vies fécondes

Claire MAY, Rêves d’azote, Hélice Hélas, 2026, 192 p., 20 €, ISBN : 978–2‑940700–93‑6

may rêves d'azoteMédi­ta­tion romanesque sur la fécon­dité, sur les liens entre généra­tions, Rêves d’azote con­stru­it un réc­it autour de ce qui relie les mon­des, de ce qui assure la per­pé­tu­a­tion de la lignée. Après un pre­mier roman, Oost­duinkerke (Édi­tions de l’Aire) couron­né par le prix de la pre­mière œuvre fran­coph­o­ne de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles et par le prix SPG, Claire May nous plonge dans le rêve de mater­nité et ce qui, par­fois, l’entrave. Délais­sant l’approche psy­chologique, l’exploration du désir d’enfanter, elle donne à enten­dre le par­cours d’une femme médecin recourant à la fécon­da­tion in vit­ro. Avec son com­pagnon Frédéric, la nar­ra­trice gagne la Lig­urie avec pour via­tique un ouvrage-tal­is­man, Au bon­heur des morts de Vin­ciane Despret. Là où l’essai de Vin­ciane Despret inter­roge les liens, les réc­its qui relient les morts aux vivants, la nar­ra­trice envis­age d’accomplir sem­blable tra­vail avec ceux et celles qui n’arrivent pas à naitre, qui échouent à voir le jour. Con­tin­uer la lec­ture