Aniss EL HAMOURI, Comme un frisson, Vide Cocagne, 2017, 163 p., 20 euros, ISBN-13: 979–1090425798
Un sentiment de vide a envahi Renata. Inexplicable et diffus, il la paralyse (elle tente, vainement, d’envoyer un manuscrit qu’elle a rédigé à des éditeurs) et la fait se complaire dans les vestiges d’une relation amoureuse passée. Renata est désespérément seule avec elle-même.
Et puis soudain, quelque chose d’inattendu… À l’approche du danger, une vibration sourde résonne dans sa boîte crânienne. Elle a l’impression de pouvoir percevoir la menace avant même qu’elle n’arrive. C’est cette sensation, et sa rencontre avec Corbeau et Beluga, deux marginaux magnifiques, qui va pousser Renata à tester ses propres limites. Ensemble, le trio va s’autoriser les pires excès et s’enfoncer lentement, mais surement dans une quête de sens autodestructrice. Continuer la lecture
Je n’ai aucune idée de ce que peut donner sur les papilles gustatives Le goût de la limace, titre donné à son premier livre par Zoé Derleyn, mais je peux certifier que vous y savourez le goût de la nouvelle.
Avocat et criminologue, spécialiste d’Henry de Montherlant, auquel il a consacré 
Existe-t-il une littérature brute à l’instar d’un art brut ? La question nous est venue à la lecture du premier roman de Simon Johannin, L’été des charognes. Le jeune écrivain donne la parole à un enfant qui a grandi au contact de la nature, dans un milieu plutôt sauvage. Sa langue en est symptomatiquement marquée, à tel point que l’écriture parfois torturée créée pour l’occasion par Johannin attirera autant de lecteurs qu’elle risque d’en désorienter d’autres. 
Nouveau venu sur la scène littéraire belge, Olivier El Khoury a déboulé la balle au pied, affublé des couleurs du club de football de Bruges. Son premier roman, superbement intitulé Surface de réparation, pourrait contribuer à rapprocher deux mondes parfois situés aux antipodes l’un de l’autre.
Les deux héros se sont rencontrés dans un bar à Bruxelles où ils ont pris l’habitude de se raconter leur journée. Lui a 52 ans et travaille à la radio ; elle a la moitié de son âge. Nous ne connaîtrons pas leur prénom. Pendant quelques mois, ils se retrouvent au même endroit sans se fixer de rendez-vous, pour le plaisir de parler. Un lien se tisse peu à peu, ils vont à un concert, puis se voient chez elle, en journée et à rideaux fermés uniquement, c’est que l’homme est marié et père de famille.
Vu de l’extérieur, le n°18 de l’allée du Silence a tout de l’habitation modèle avec jardinet propret, où niche une famille qui semble l’être tout autant : Charles, le père, est pragmatique et ses lunettes ne tolèrent aucune salissure. Chantal, la mère, gère les cordons de la bourse familiale de façon économe et livre des plateaux-repas au domicile des personnes âgées ou alitées. Leurs filles, Marie (13 ans) et Élodie (6 ans) sont élevées de façon très pieuse, avec la Radio Chrétienne Francophone en fond sonore continu, au point que l’aînée préfère Bernadette Soubirous à toutes les stars pailletées dont s’amourachent les jeunes de son âge. Elles partagent une même chambre qui devient le théâtre de leur imaginaire, leur rempart contre le monde extérieur. À quelques pâtés de maison de là, leur grassouillette et guillerette Mamie Framboise ne dit jamais non à un bon gâteau et ne raterait pour rien au monde un match des Diables Rouges.
Claire, une traductrice bordelaise, doit laisser partir la prunelle de ses yeux. Son fils, Sacha, s’en va à Pune, en Inde, pour poursuivre son cursus scolaire. Elle craint ce départ, elle qui a vu tant d’êtres aimés disparaître. Elle a élevé son fils seule, le père s’étant tué en voiture alors qu’elle était encore enceinte de Sacha. Fait étrange : ses propres parents sont également morts quelques semaines plus tard dans un accident de voiture.
Il y a des romans où la réponse à cette question se construit dans l’ombre des hommes effacés par la terrible gomme de l’Histoire, drame, tragédie, méditations. D’autres choisissent les voies plus aériennes du bonheur ou de ce qui tente de lui ressembler à force de répétitions et d’application. Les hommes sont si malhabiles dans le bonheur et si magnifiques dans la joie de sa reconstruction…
Dans une ville de province, Bogart travaille à l’office d’accommodation des vieux diplômes, chargé officiellement d’aider les universitaires à s’insérer dans le monde réel et à trouver un travail décent, officieusement un lieu où des « pros du bluff » s’échangent des petits boulots sans lendemain, une « agence tous risques des remplacements impossibles ». 
Tout le monde connaît peu ou prou le blogueur Marcel Sel, qu’on le lise ou pas, qu’on s’en amuse ou qu’on s’en irrite…
À Seraing, cité d’acier aux horizons bas et aux espoirs comprimés, Lionella est une adolescente qui détonne. Loin des amusements de son âge, élevée dans une famille italienne où l’on tient la musique pour nourriture spirituelle, elle n’a d’yeux pour son violoncelle. Entraînée par son professeur, Monsieur Sohet, pour le prochain concours Arpèges – retransmis à la télévision et d’ampleur internationale – la jeune fille frondeuse bute sur le choix de la pièce qu’elle devra présenter. Comment se démarquer de ces concerti si rabâchés ? Complètement bleu de la violoncelliste, son ami Kevin – doux rêveur dans une famille monoparentale sous haute tension – lui offre un coffret glané en brocante. Lionella y découvre avec ravissement non seulement une partition ancienne, mais aussi une médaille coupée et un carnet, celui d’Ada, une orpheline vénitienne du XVIIIe siècle. Débute alors, à mesure que les pages du journal intime défilent et que les notes de la sonate retrouvée s’apprivoisent en vue de la compétition, un étrange dialogue entre la Serésienne et celle qui fut l’élève de Vivaldi à l’Ospedale della Pietà. De quels mystères est porteuse cette violoncelliste oubliée par les âges ? Quel était cet étrange lieu qui recueillait les fillettes laissées-pour-compte afin d’en faire des musiciennes émérites ? Se peut-il que la trouvaille de Kevin soit une œuvre inconnue du compositeur des Quatre Saisons, celui qu’on surnommait le prêtre roux ?
D’emblée, dans son premier roman, La disparition de la chasse, publié aux éditions Quidam qui (à notre connaissance) accueillent leur premier Belge dans leur catalogue, Christophe Levaux plonge le lecteur dans une civilisation en déliquescence, dont les esprits s’essoufflent et souffrent passablement.