Archives par étiquette : première œuvre

Beau comme un coup de poing dans le ventre

Aniss EL HAMOURI, Comme un fris­son, Vide Cocagne, 2017, 163 p., 20 euros, ISBN-13: 979–1090425798

el hamouriUn sen­ti­ment de vide a envahi Rena­ta. Inex­plic­a­ble et dif­fus, il la paral­yse (elle tente, vaine­ment, d’envoyer un man­u­scrit qu’elle a rédigé à des édi­teurs) et la fait se com­plaire dans les ves­tiges d’une rela­tion amoureuse passée. Rena­ta est dés­espéré­ment seule avec elle-même.

Et puis soudain, quelque chose d’inattendu… À l’approche du dan­ger, une vibra­tion sourde résonne dans sa boîte crâni­enne. Elle a l’impression de pou­voir percevoir la men­ace avant même qu’elle n’arrive. C’est cette sen­sa­tion, et sa ren­con­tre avec Cor­beau et Bel­u­ga, deux mar­gin­aux mag­nifiques, qui va pouss­er Rena­ta à tester ses pro­pres lim­ites. Ensem­ble, le trio va s’autoriser les pires excès et s’enfoncer lente­ment, mais sure­ment dans une quête de sens autode­struc­trice. Con­tin­uer la lec­ture

Le goût de la nouvelle

Un coup de cœur du Carnet

Zoé DERLEYN, Le goût de la limace, Quad­ra­ture, 2017, 98 p., 15€/ePub : 9.99 €, ISBN : 9782930538747

derleyn le gout de la limace.jpgJe n’ai aucune idée de ce que peut don­ner sur les papilles gus­ta­tives Le goût de la limace, titre don­né à son pre­mier livre par Zoé Der­leyn, mais je peux cer­ti­fi­er que vous y savourez le goût de la nou­velle.

Le goût de la limace est pub­lié aux édi­tions Quad­ra­ture, mai­son lou­vaniste de pas­sion­nés de la nou­velle, seul genre à fig­ur­er à son cat­a­logue, pub­liant qua­tre titres par an. Les dix textes pro­posés par Zoé Der­leyn ne man­quent pas d’atouts : ils camp­ent en quelques lignes les sit­u­a­tions évo­quées, avec une belle économie de moyens, comme dans Le camion, où la descrip­tion détail­lée de quelques meubles sem­ble recel­er un secret (« Il y a dans cette armoire une sorte de secret tex­tile que je ne suis pas sup­posée chercher à percer »), crée un cli­mat de légère ten­sion qui dis­simule le som­bre passé d’une grand-mère au cen­tre du réc­it. Con­tin­uer la lec­ture

Un hyperréalisme tenté par le délire

Hen­ri DE MEEÛS, Pitou et autres réc­its, Mar­que belge, 2017, 637 p., 25€, ISBN :  978–2‑39015–016‑9

de meeusAvo­cat et crim­i­no­logue, spé­cial­iste d’Henry de Mon­ther­lant, auquel il a con­sacré un site inter­net et un ouvrage, Hen­ri de Meeûs fait cet automne son entrée dans la lit­téra­ture fran­coph­o­ne de Bel­gique avec un copieux recueil de quinze nou­velles : Pitou et autres réc­its.

Pour la plu­part ancrées dans un quo­ti­di­en typ­ique­ment belge, ces fic­tions rejoignent une autre tra­di­tion nationale en ce qu’elles cul­tivent la fibre fan­tas­tique. Pitou, la nou­velle qui donne son titre au recueil, est emblé­ma­tique. Le train-train quo­ti­di­en d’un retraité instal­lé à Coxyde est per­tur­bé par un neveu garçon-coif­feur qui l’appelle au sec­ours après avoir per­du sa mère (sœur du nar­ra­teur) et l’emploi qu’il con­voitait dans un salon de l’avenue Louise. Con­tin­uer la lec­ture

Simon Johannin, Prix littéraire de la Vocation

johannin simon

Le Prix “lit­téraire de la Voca­tion” a été décerné à Simon Johan­nin pour son pre­mier roman L’été des charognes (édi­tions Allia). Le romanci­er français instal­lé en Bel­gique est primé ex-aequo avec Nina Leg­er. Con­tin­uer la lec­ture

Le bel été charognard de Simon Johannin

Simon JOHANNIN, L’été des charognes, Allia, 2017, 140 p., 10 €/ePub : 6.49 €, ISBN : 9–791030-405842

johannin.jpgExiste-t-il une lit­téra­ture brute à l’instar d’un art brut ? La ques­tion nous est venue à la lec­ture du pre­mier roman de Simon Johan­nin, L’été des charognes. Le jeune écrivain donne la parole à un enfant qui a gran­di au con­tact de la nature, dans un milieu plutôt sauvage. Sa langue en est symp­to­ma­tique­ment mar­quée, à tel point que l’écriture par­fois tor­turée créée pour l’occasion par Johan­nin attir­era autant de lecteurs qu’elle risque d’en désori­en­ter d’autres. Con­tin­uer la lec­ture

Prix littéraires : des Belges finalistes

Capouet-Modèle

Alors que les sélec­tions pour les prix lit­téraires d’au­tomne ne cessent de tomber, plusieurs Belges fig­urent à ces places d’hon­neur, avant — qui sait? — de rafler l’un ou l’autre prix. Plusieurs jeunes auteurs ont ain­si été recon­nus par le jury du Prix lit­téraire de la voca­tion et par celui du Prix Sen­g­hor du pre­mier roman fran­coph­o­ne.  Con­tin­uer la lec­ture

La vie en blauw en zwart

Olivi­er EL KHOURY, Sur­face de répa­ra­tion, Noir sur Blanc, coll. « Nota­bil­ia », 2017, 150 p., 14 €/ ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑88250–483‑8

el khouryNou­veau venu sur la scène lit­téraire belge, Olivi­er El Khoury a déboulé la balle au pied, affublé des couleurs du club de foot­ball de Bruges. Son pre­mier roman, superbe­ment inti­t­ulé Sur­face de répa­ra­tion, pour­rait con­tribuer à rap­procher deux mon­des par­fois situés aux antipodes l’un de l’autre.

Le roman com­mence sur les cha­peaux de roues avec la nais­sance du héros/an­ti-héros, en plein match du F.C. Bruges, dont le père est un fan incon­di­tion­nel au point de priv­ilégi­er le club à l’arrivée du fis­ton. Une pas­sion irra­tionnelle pour les Bleus et Noirs dont hérit­era le fils avec la même rad­i­cal­ité et la même mau­vaise foi. « Ma femme à moi, c’est Bruges », procla­ment-ils. Con­tin­uer la lec­ture

Cœurs inaptes à aimer cherchent oxygène

Vic­toire DE CHANGY, Une dose de douleur néces­saire, Autrement, 2017, 142 p., 14,50€/ ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑7467–4586‑5

de changyLes deux héros se sont ren­con­trés dans un bar à Brux­elles où ils ont pris l’habitude de se racon­ter leur journée. Lui a 52 ans et tra­vaille à la radio ; elle a la moitié de son âge. Nous ne con­naîtrons pas leur prénom. Pen­dant quelques mois, ils se retrou­vent au même endroit sans se fix­er de ren­dez-vous, pour le plaisir de par­ler. Un lien se tisse peu à peu, ils vont à un con­cert, puis se voient chez elle, en journée et à rideaux fer­més unique­ment, c’est que l’homme est mar­ié et père de famille. Con­tin­uer la lec­ture

Insecte et homard

Romane BIRON, Le dia­ble en pan­tou­fles, Mael­strÖm, 2017, 120p.,13€, ISBN : 978–2‑87505–266‑7

bironVu de l’extérieur, le n°18 de l’allée du Silence a tout de l’habitation mod­èle avec jar­dinet pro­pret, où niche une famille qui sem­ble l’être tout autant : Charles, le père, est prag­ma­tique et ses lunettes ne tolèrent aucune salis­sure. Chan­tal, la mère, gère les cor­dons de la bourse famil­iale de façon économe et livre des plateaux-repas au domi­cile des per­son­nes âgées ou alitées. Leurs filles, Marie (13 ans) et Élodie (6 ans) sont élevées de façon très pieuse, avec la Radio Chré­ti­enne Fran­coph­o­ne en fond sonore con­tinu, au point que l’aînée préfère Bernadette Soubirous à toutes les stars pail­letées dont s’amourachent les jeunes de son âge. Elles parta­gent une même cham­bre qui devient le théâtre de leur imag­i­naire, leur rem­part con­tre le monde extérieur. À quelques pâtés de mai­son de là, leur gras­souil­lette et guillerette Mamie Fram­boise ne dit jamais non à un bon gâteau et ne rat­erait pour rien au monde un match des Dia­bles Rouges. Con­tin­uer la lec­ture

Un nid d’effrayants dermestes

Astrid CHAFFRINGEON, Cueil­lir ses rires comme des bour­geons, Avant-Pro­pos, 2017, 168 p., 20€, ISBN : 978–2‑39000–047‑1

chaffringeonClaire, une tra­duc­trice bor­de­laise, doit laiss­er par­tir la prunelle de ses yeux. Son fils, Sacha, s’en va à Pune, en Inde, pour pour­suiv­re son cur­sus sco­laire. Elle craint ce départ, elle qui a vu tant d’êtres aimés dis­paraître. Elle a élevé son fils seule, le père s’étant tué en voiture alors qu’elle était encore enceinte de Sacha. Fait étrange : ses pro­pres par­ents sont égale­ment morts quelques semaines plus tard dans un acci­dent de voiture. Con­tin­uer la lec­ture

Où va le temps qui passe ?

Mar­tine GENGOUX, Pas sim­ple de s’ap­pel­er Vio­lette avec un pro­fil de baobab, Ed. De L’Aube, 2017, 236 p., 17, 90€/ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8159–2163‑3

gengouxIl y a des romans où la réponse à cette ques­tion se con­stru­it dans l’ombre des hommes effacés par la ter­ri­ble gomme de l’Histoire, drame, tragédie, médi­ta­tions. D’autres choi­sis­sent les voies plus aéri­ennes du bon­heur ou de ce qui tente de lui ressem­bler à force de répéti­tions et d’application. Les hommes sont si mal­ha­biles dans le bon­heur et si mag­nifiques dans la joie de sa recon­struc­tion… Con­tin­uer la lec­ture

Préparatifs sur fond d’idylle et de meubles en kit

Bertrand MENUT, La sta­tion bal­néaire qui attendait la mer, Paul & Mike., 2017, 195 p., 14,90€/ePub : 4,99 €, ISBN : 9782366510966

menutDans une ville de province, Bog­a­rt tra­vaille à l’office d’accommodation des vieux diplômes, chargé offi­cielle­ment d’aider les uni­ver­si­taires à s’insérer dans le monde réel et à trou­ver un tra­vail décent, offi­cieuse­ment un lieu où des « pros du bluff » s’échangent des petits boulots sans lende­main, une « agence tous risques des rem­place­ments impos­si­bles ». Con­tin­uer la lec­ture

Prix Edmée de la Rochefoucauld pour Monsieur Origami

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Jean-Marc Ceci a reçu le Prix Edmée de la Rochefou­cauld pour son roman Mon­sieur Origa­mi (Gal­li­mard). Doté de 3000 €, ce prix récom­pense un pre­mier roman. Con­tin­uer la lec­ture

Une commode bleue contre un mur ocre

Un coup de coeur du Carnet

Mar­cel SEL, Rosa, ONLiT, 2017, 300 p., 19.50 €/ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87560–086‑8

selTout le monde con­naît peu ou prou le blogueur Mar­cel Sel, qu’on le lise ou pas, qu’on s’en amuse ou qu’on s’en irrite…

Le voilà qui endosse le cos­tume de romanci­er et, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître… et un coup de cœur.

Vous allez com­mencer à lire ce roman ; vous allez le dévor­er et il vous dévor­era.  Con­tin­uer la lec­ture

Filles-flammes entre Meuse et lagune

Chris­tiana MOREAU, La sonate oubliée, Préludes, 2017, 256 p., 15.60 €/ePub : 10.99 €, ISBN : 9782253107811

moreauÀ Seraing, cité d’acier aux hori­zons bas et aux espoirs com­primés, Lionel­la est une ado­les­cente qui détonne. Loin des amuse­ments de son âge, élevée dans une famille ital­i­enne où l’on tient la musique pour nour­ri­t­ure spir­ituelle, elle n’a d’yeux pour son vio­lon­celle. Entraînée par son pro­fesseur, Mon­sieur Sohet, pour le prochain con­cours Arpèges – retrans­mis à la télévi­sion et d’ampleur inter­na­tionale –  la jeune fille fron­deuse bute sur le choix de la pièce qu’elle devra présen­ter. Com­ment se démar­quer de ces con­cer­ti si rabâchés ? Com­plète­ment bleu de la vio­lon­cel­liste, son ami Kevin – doux rêveur dans une famille mono­parentale sous haute ten­sion – lui offre un cof­fret glané en bro­cante. Lionel­la y décou­vre avec ravisse­ment non seule­ment une par­ti­tion anci­enne, mais aus­si une médaille coupée et un car­net, celui d’Ada, une orphe­line véni­ti­enne du XVIIIe siè­cle. Débute alors, à mesure que les pages du jour­nal intime défi­lent et que les notes de la sonate retrou­vée s’apprivoisent en vue de la com­péti­tion, un étrange dia­logue entre la Serési­enne et celle qui fut l’élève de Vival­di à l’Ospedale del­la Pietà. De quels mys­tères est por­teuse cette vio­lon­cel­liste oubliée par les âges ? Quel était cet étrange lieu qui recueil­lait les fil­lettes lais­sées-pour-compte afin d’en faire des musi­ci­ennes émérites ? Se peut-il que la trou­vaille de Kevin soit une œuvre incon­nue du com­pos­i­teur des Qua­tre Saisons, celui qu’on surnom­mait le prêtre roux ? Con­tin­uer la lec­ture

On abat même les chasseurs

Un coup de coeur du Carnet

Christophe LEVAUX, La Dis­pari­tion de la chas­se, Quidam, coll. “Made in Europe”, 2017, 142 p., 16 €   ISBN : 978–2‑37491–055‑0

levaux-disparition-de-la-chasseD’emblée, dans son pre­mier roman, La dis­pari­tion de la chas­se, pub­lié aux édi­tions Quidam qui (à notre con­nais­sance) accueil­lent leur pre­mier Belge dans leur cat­a­logue, Christophe Lev­aux plonge le lecteur dans une civil­i­sa­tion en déliques­cence, dont les esprits s’essoufflent et souf­frent pass­able­ment.

Le tableau ini­tial est celui d’une nou­velle gare chimérique dans un pays de char­bon­nages à l’abandon. Tableau con­nu pour qui a tra­ver­sé la Wal­lonie d’est en ouest par le train. Mais nous sommes en Europe au XXIe siè­cle et, mobil­ité oblige, les pro­tag­o­nistes, tous braves petits sol­dats d’une grande entre­prise, sont amenés à Rome pour un de ces sémi­naires que notre époque en crises a mul­ti­pliés à l’envi. Une manière bien sou­vent illu­soire de se don­ner l’impression d’avoir encore la sit­u­a­tion sous con­trôle. Con­tin­uer la lec­ture