Archives par étiquette : première œuvre

Une plongée passionnante dans les années de plomb

Un coup de cœur du Carnet

Bernard ANTOINE, Pur et nu, Mur­mure des Soirs, 2018, 435 p., 22 €, ISBN : 978–2‑930657–41‑7

À Brux­elles, le jour­nal­iste Thomas Holmer apprend que son père Egide, ancien grand reporter, est mort d’un infarc­tus dans les bras de sa maîtresse, Ana Raïtchev. Dans les affaires de son amant, celle-ci décou­vre des let­tres : une pour elle, une autre adressée à Thomas et la troisième à une cer­taine Alessia. Qui est Ana ? D’où vient-elle ? Qui est Alessia ? Quelles rela­tions unis­saient Alessia et Egide ? Telles sont les ques­tions qui se posent au début de Pur et nu, le pre­mier roman très maîtrisé de Bernard Antoine. Les répons­es relèveront de l’Histoire, car le livre met en rela­tion le présent de Thomas et Ana et le passé com­plexe de la généra­tion précé­dente, dont il s’ingénie habile­ment à tiss­er les rela­tions à tra­vers le temps. Con­tin­uer la lec­ture

Myriam Leroy dans la sélection du Goncourt du premier roman

LeroyEn marge du prix Goncourt, décerné à l’au­tomne, l’A­cadémie Goncourt décerne aus­si dif­férents prix dans des sec­tions par­al­lèles : le pre­mier roman, la nou­velle et la poésie. Les final­istes des deux pre­mières caté­gories pour l’an­née 2018 sont désor­mais con­nus. Avec une présence belge.  Con­tin­uer la lec­ture

C’est arrivé près de Charleroi

André LALIEUX, Les Bien­heureuses, Édi­tions du Bas­son, 2018, 160 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930582–56‑6

lalieux les bienheureusesCom­ment dit-on un page turn­er en français ? L’histoire des Bien­heureuses com­mence pour­tant en douceur et sans pro­fondeur. Mar­cel Dou­by est un cinquan­te­naire et un fils mod­èle. Telle­ment atten­tif à sa mère qu’il préfère rester chômeur. Ain­si per­met-il à maman de le dor­lot­er tout son soûl. « Mer­cre­di, c’est le jour des boulettes sauce tomate, frites. Elle les pré­pare super bien et je ne veux pas rater ça. » Con­tin­uer la lec­ture

Ring Est, prix Fintro Écritures noires

Isabelle CORLIER, Ring Est, Ker, 2018, 277 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87586–225‑9

corlier ring estC’est sur man­u­scrit et à l’occasion de la Foire du Livre de Brux­elles 2018 qu’Isabelle Cor­li­er a rem­porté le pre­mier prix Fin­tro Écri­t­ures noires 2017. Un prix tout à fait mérité pour Ring Est, que les édi­tions Ker ont pub­lié dans la foulée. Un pre­mier roman d’une grande matu­rité, tant dans la manière de men­er une intrigue hors norme que de décrire le quo­ti­di­en d’un jeune veuf, père d’une gamine en bas âge, juge d’instruction de pro­fes­sion : Aubry Daban­court. Con­tin­uer la lec­ture

Réponse d’un mètre soixante-deux de chair plutôt beige

Anne-Sophie VANDERBECK, Un mètre soix­ante-huit de chair rose, Acad­e­mia, 2017, 216 p., 19 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0359‑8

vanderbeck un metre soixante huit de chair rose.jpgMélange étrange de nou­velles qui n’ont rien en com­mun, écri­t­ure var­iée et changeante, Un mètre soix­ante-huit de chair rose se rap­proche de l’embrouillamini. Mais – puisqu’il y a tou­jours un mais – on se trou­ve quelque peu aba­sour­di en ter­mi­nant ce recueil. Dans le bon sens du terme.

Les recueils de nou­velles pèchent par­fois par manque de cohérence ou, au con­traire, par excès d’harmonie, échouant face à la dif­fi­cile tâche d’être orig­in­aux. Curieuse­ment, le livre de Sophie Van­der­beck com­bine ces deux défauts – ou peut-être qual­ités ? Empreintes de douceur et de nos­tal­gie, ces vingt-cinq his­toires par­lent de sujets sou­vent dif­fi­ciles et com­pliqués mais sans jamais être lar­moy­antes. D’une enfant séquestrée à la perte d’un monde, de la soli­tude à la vie d’une femme battue, on touche du doigt des pans de vie qui sem­blent si proches, si poé­tiques et si doux. Con­tin­uer la lec­ture

Les Montois ne périront pas !

EFFEL, Le Drag­on déchaîné, 180° édi­tions, 2018, 288 p., 19€, ISBN : 2930427892

effel le dragon dechaine.jpgLes fêtes tra­di­tion­nelles ont ce quelque chose de par­ti­c­uli­er qui échappe à tout non-« natif » de la com­mune en fête. Se plonger au cœur de l’une d’entre elles, à savoir le fameux Doudou de Mons – recon­nu, depuis 2005, au Pat­ri­moine oral et immatériel de l’Humanité par l’UNESCO – fut pour nous savoureux. Appren­dre ses rouages, ses enjeux locaux et poli­tiques, son his­toire – son orig­ine remonte au XIVe siè­cle – et surtout la fierté que ce folk­lore provoque chez ses pro­tag­o­nistes. Le Doudou com­mence offi­cielle­ment un jeu­di (en mai ou juin, selon l’année) et se ter­mine le Dimanche de la Trinité avec comme point d’orgue le Com­bat sur la Grand-Place, appelé le « Lumeçon », qui oppose Saint Georges au Drag­on. Le des­tin de la Cité n’est péren­nisé qu’avec la vic­toire de Saint Georges. L’enjeu est donc de taille. Con­tin­uer la lec­ture

La terre, la vigne et l’argent

Luc DUPONT, Anna, ici et là, OnLit, 2018, 173 p., 17€ / ePub : 9.49 €, ISBN : 978–2‑87560–098‑1

dupont anna ici et la.jpgUn vil­lage à la cam­pagne, au cœur d’un paysage de collines et de vig­no­bles, avec un air de Toscane. C’est là qu’Anna est envoyée pour faire ses armes. Elle sil­lonne la cam­pagne en bas­kets pour effectuer son tra­vail « J’étais aux­il­i­aire de police. J’aimais les chemins de tra­verse ». Con­tin­uer la lec­ture

Dans les confins gelés du monde

Harold SCHUITEN, Tu vas aimer notre froid. Un hiv­er en Yak­outie, Impres­sions nou­velles, 2018, 176 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87449–579‑3

schuiten tu vas aimer notre froid.jpgQui peut croire qu’au milieu de la Taï­ga, dans les con­fins gelés du monde, se trou­ve un petit bout de Bel­gique, une école où trône la pho­to jau­nie du roi Albert II et un vieux dra­peau belge, une école dont les livres de la bib­lio­thèque sont per­pétuelle­ment gelés ? Con­tin­uer la lec­ture

L’amour a ses déraisons…

Odile d’OULTREMONT, Les Déraisons, L’Observatoire, 2018, 220 p., 18€/ePub : 12.99 €, ISBN : 979–10-329‑0039‑0

doultremont les deraisons.jpgIl était une fois une petite fille qui vivait avec ses par­ents. À l’âge de rai­son, elle perdit physique­ment son père (pfttt ! dis­paru) et men­tale­ment sa mère (pffff ! vidée). En proie à un monde abscons, elle « entam[a] une inex­orable tran­shu­mance vers un endroit indéfiniss­able, qui n’exist[ait] pas encore […] ». Elle se mit à façon­ner le réel à son imag­i­na­tion et entretint un rap­port per­for­matif avec ce(ux) qui l’entourai(en)t. Et elle grandit jusqu’à incar­n­er cette femme dansant sur des notes silen­cieuses, cares­sant les chiens-chats, transsub­stan­tiant une com­pote de pommes à la can­nelle en mar­bré coco, bar­bouil­lant son garde-manger idéal sur des toiles loufo­que­ment bar­i­olées (tels le « mon­tic­ule de spaghet­ti à la bolog­naise dis­posés dans un pot de fleurs » et le « batail­lon de makis flan­qués cha­cun d’une paire d’yeux »), cham­boulant l’ordre établi de toute chose. La réal­ité, ses résis­tances et ses réti­cences, Louise Olinger, pein­tre, n’en avait cure. Con­tin­uer la lec­ture

Deux plus deux font cinq

Sal­va­tore MINNI, Claus­tra­tions, Nou­velles Plumes, 2017, 224 p., 19 €/ePub : 13.99 €, ISBN : 979–1024501765

minni claustrationsSal­va­tore Min­ni tente avec son pre­mier roman, Claus­tra­tions, d’explorer les labyrinthes tortueux de la schiz­o­phrénie. Le sujet est vaste, et les mod­èles nom­breux. C’est presque dans une tra­di­tion que l’auteur cherche à s’inscrire, ter­ri­fi­ante avec Mau­pas­sant et Steven­son, humoris­tique avec Gogol, renou­velée avec Emond ou Maler­ba, et si féconde dans le ciné­ma qu’on ne compte plus les reje­tons de Psy­chose, excel­lents quand ils sont signés De Pal­ma (L’esprit de Caïn), Finch­er (Fight club) ou Scors­ese (Shut­ter Island), pénibles quand ils se con­tentent de singer les codes du thème, comme lorsque M. Night Shya­malan cherche pathé­tique­ment à renouer avec le suc­cès jamais retrou­vé du Six­ième sens et nous offre un pous­sif Split, ou quand Fenêtre secrète vient nous rap­pel­er que John­ny Depp se perd régulière­ment dans des mau­vais pro­jets et que tout bon roman de Stephen King ne fait pas un bon film. Con­tin­uer la lec­ture

Le docteur Fernando

Giuseppe SANTOLIQUIDO, L’Audition du doc­teur Fer­nan­do Gas­par­ri, post­face de Joseph Duhamel, Espace Nord, 2018, 265 p., 8,50€ / ePub : 6.99 €, ISBN : 2875682679

santoliquido l audition du docteur fernando gasparri.jpg« Mais bon sang, Doc­teur, dans quel monde vivez-vous ? […] » En juil­let 1932, Fer­nan­do Gas­par­ri, citoyen belge dont les primes années se sont déroulées dans un petit vil­lage niché dans les mon­tagnes du Latium, est établi à Ixelles. Son exis­tence est régulée par la sim­plic­ité, son univers s’ancre dans la prox­im­ité. Depuis le décès de son épouse Louisa, l’absente adorée avec qui il s’entretient lors de vis­ites régulières au cimetière, Gas­par­ri habite avec sa vieille sœur invalide dont il s’occupe loyale­ment. Le médecin général­iste, quin­quagé­naire tout de tran­quil­lité, se tient éloigné des ques­tions et des tour­ments : il mul­ti­plie ses heures au tra­vail, se dévoue à ses patients, s’assure du bien-être de l’unique mem­bre de sa famille, mange bien, dort suff­isam­ment et va à la messe le dimanche. Il se fond dans une rou­tine absorbante et sat­is­faisante, et se révèle rétif à tout change­ment même lorsque celui-ci prend la forme stim­u­lante d’une étude san­i­taire à men­er avec un ami con­frère. Son âme s’aspire vers le passé, s’engloutit dans le présent et ignore le futur. Con­tin­uer la lec­ture

Une vie en éclats

Un coup de cœur du Carnet

Annick WALACHNIEWICZ, Il ne por­tait pas de chandail, L’Arbre à paroles, coll. « If », 2018, 184 p., 18 €, ISBN : 9–782874-066665

walachniewicz il ne portait pas de chandailJe vous le con­cède, le nom de l’auteure n’est pas facile à retenir et pour­tant, ce n’est en aucun cas une rai­son de rater le pre­mier roman d’Annick Walach­niewicz, Il ne por­tait pas de chandail, qui sor­ti­ra dans quelques jours aux édi­tions de l’Arbre à Paroles, dans la col­lec­tion nar­ra­tive « iF ».

Tout com­mence à l’Ouest, en 2012, avec Dora et Hans qui vien­nent « lui » annon­cer que son père, dont on appren­dra bien­tôt qu’il est décédé en 2001, « était pris­on­nier dans un camp d’extermination.  Il tra­vail­lait dans les cham­bres à gaz, dans les fours. » Con­tin­uer la lec­ture

Le fil de l’adolescence

Myr­i­am LEROY, Ari­ane, Don Qui­chotte, 2018, 208 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–235949-675–8

leroy_ariane.jpgL’adolescence est un labyrinthe. On y entre au sor­tir de l’enfance et on en cherche l’itinéraire et la sor­tie pour entr­er dans l’âge adulte. À la suite de deux amies qui sont au cœur de son pre­mier roman, Ari­ane, Myr­i­am Leroy nous déroule quelques fils pour tra­vers­er cette péri­ode qual­i­fiée d’ingrate.

La nar­ra­trice est née au cœur du Bra­bant wal­lon, déjà tout un pro­gramme à ses yeux, dans une famille catholique, con­ven­tion­nelle, ennuyeuse à mourir (et notre héroïne a de fréquentes vel­léités de sui­cide), qui mène une vie de pri­va­tions, mais qui se gar­garise d’appartenir à la bour­geoisie nantie. À tel point que leur fille s’est mise à haïr les rich­es du BW, « Haïr les rich­es, qu’ils soient ou non gen­tils, haïr davan­tage les gen­tils, les rich­es phil­an­thropes, ceux qui don­nent aux pau­vres, qui leur ouvrent leurs bras et leur porte ». Ce foy­er pass­able­ment névrosé s’est établi à Niv­elles, « une machine à crev­er d’ennui ». Et pour­tant, ceux qui y nais­sent y revi­en­nent tou­jours. Mais l’appartenance sociale vous colle à la peau, ce que la nar­ra­trice con­state des années après sa jeunesse : « non seule­ment tu ne seras jamais aus­si riche qu’eux, mais surtout tu ne seras jamais comme eux (…) Tu appar­tien­dras tou­jours à une autre race, gauche, emprun­tée, con­stam­ment à la lisière du bur­lesque. » Con­tin­uer la lec­ture

Prenons les zébrures du bon côté !

Sam.B.SAM, Hel­lo de la planète zèbres, LiLys, 2017, 132 p., 11€, ISBN : 978–29308482-11
Sophie BRASSEUR et Cather­ine CUCHE, Le haut poten­tiel en ques­tions, Marda­ga, 2017, 199 p., 29.90€, ISBN : 9782804704094

sam hello de la planete zebresOn les appelle sur­doués, HPI ou « zèbres » : les enfants avec un haut poten­tiel intel­lectuel font le bon­heur des libraires qui reçoivent chaque mois de nou­veaux livres de psy­cho­logues et autres spé­cial­istes du sujet. Dans Hel­lo de la planète zèbres, c’est Sam.B.Sam, un garçon de onze ans, qui nous racon­te le quo­ti­di­en d’un enfant dif­férent, son expéri­ence de petit zèbre en manque de repères, ses dif­fi­cultés face aux incom­préhen­sions des gens. Un livre à gliss­er dans toutes les mains des enfants HP pour qu’ils se sen­tent moins seuls, et dans celles de leurs par­ents pour que, peut-être, ils com­pren­nent un peu mieux com­ment on se sent avec des zébrures. Con­tin­uer la lec­ture

Un passé à double fond

Dominique VAN COTTHEM, Le sang d’une autre, Nou­veaux auteurs, 2017, 242 p., 16.95 €/ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑81950–451‑1

van cotthem le sang d une autre.jpgQuelles sont les raisons qui peu­vent pouss­er une jeune femme à s’enfuir de sa pro­pre vie, lais­sant l’homme qu’elle aime et son tra­vail pour rejoin­dre le Sud de l’Espagne à l’insu des siens et recom­mencer tout à zéro ? Arrivée au cré­pus­cule de sa vie, Anne-Marie Ger­may, la fugi­tive, remet de l’ordre dans ses sou­venirs et décide de met­tre son his­toire à plat pour sa fille, avec la ferme volon­té de ne pas la quit­ter sans avoir levé le voile sur les ressorts de son exis­tence mou­ve­men­tée. Con­tin­uer la lec­ture

Les feux de l’amour

Céline NOËL, Kot & cœur, Mem­o­ry, 2017, 164p., 15€, ISBN : 978–2‑87413–326‑8

noel.jpgAvec Kot & cœur, Céline Noël nous plonge dans l’univers estu­di­antin de l’Université catholique de Lou­vain, à tra­vers l’histoire de 5 coko­teurs. Il y a Chloé qui mul­ti­plie les aven­tures d’un soir mais attend secrète­ment le grand amour, Lau­ra avec son atti­tude lib­er­tine et son franc par­ler de gos­sip girl, Diego qui est casé avec Juli­ette depuis qua­tre ans, Tris­tan qui se remet dif­fi­cile­ment de sa récente rup­ture, et enfin Maylis qui dés­espère d’être tou­jours vierge. Con­tin­uer la lec­ture