Marc CHAMBEAU, Restez chez vous ! Portes closes, Cerisier, 2020, 146 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87267–226‑4
Il faut nommer pour appréhender. Chaque récit porte ici le titre d’un ou deux prénoms, à quatre exceptions près. Soit trente portraits courts. Autant de vies croquées, à crans et à crocs du microbe. Restez chez vous ! Portes closes. Voilà bien l’inhumaine injonction imposée par un virus couronné maître du monde depuis le printemps dernier. Maintenant, c’est l’automne et les vies virevoltent en tombant comme des feuilles sous la plume de Marc Chambeau qui ne craint pas l’anticipation. Continuer la lecture
Jean Luc Werpin verse dans le haïku comme un enfant plonge dans une meule de foin. Il s’y enfonce à se perdre et l’air hirsute, il en ressort plein d’épis et de fétus accrochés aux vêtements, de poussières et de pollens sur le visage comme autant d’étoiles dans les yeux. Une à une, il extrait ses ardentes et hasardeuses prises des mailles de ses habits pour les rassembler aujourd’hui, tel un herbier disparate, dans un recueil nommé Menues monnaies.
Pour lui, le poète se doit de créer de la transcendance, lit-on en fin de volume à propos de Pascal Feyaerts. À elle seule, cette phrase soulève de nombreuses questions, dont de vocabulaire. Aussi parce que le titre du présent recueil est Aspérités. Apposer aspérités et transcendance est paradoxal. Or, on lit un peu plus haut : Il y a chez moi une esthétique du questionnement et de l’ouverture et je vois souvent les choses par le prisme de l’oxymore. Ainsi, l’auteur ne souhaite rien d’autre que lier des réalités très séparées.
À l’Est, on maîtrise le grain de riz sur lequel dessiner le feuillu bambou avec minutie, ou encore l’œuf de jade où se croisent en détails les branches d’un arbre aussi minuscule que miraculeux. À l’Ouest, ce sont les intailles (en creux) et les camées (en reliefs) qui figurent de merveilleuses miniatures, entre gravures et sculptures ; souvent des portraits de la taille de petits médaillons. Cet art orfévré est très ancien : Les Romains, notamment, ont produit de remarquables camées en tirant parti des superpositions de tons de l’agate, de l’onyx, de la sardoine, etc., raconte Larousse.
Poète de la simplicité, Philippe Leuckx est l’auteur de plus de cinquante recueils. Cependant, celui-ci sort du lot car il n’est pas le fruit de l’inspiration du quotidien, dont il s’est fait chantre. Les Poèmes du chagrin sont l’enfant d’un deuil, celui de Gaby, sa compagne pendant quatre décennies. Quatre photos, dont un portrait d’enfant sur la couverture, permettent de mettre un visage sur l’aimée.
C’est le mystère du mal (…) pour une fois les « politiques », dos au mur, osent enfin agir et faire leur devoir.
Près de soixante poèmes répartis en six chapitres composent ce nouveau recueil de Philippe Leuckx. Ici, il rassemble des œuvres parues dans diverses revues ainsi qu’inédites. Comme c’est le troisième opus que je recense pour Le Carnet, la curiosité m’a poussé à rencontrer l’auteur sur son lieu d’écriture. Il habite Braine-le-Comte, une maison tenue avec grand soin, à l’instar de ses poèmes et publications. Le bâtiment protège un jardin à l’arrière, tout en longueur, serré par ceux des voisins. À la fois maîtrisé et hirsute, il y prolifère autant de couleurs que de parfums, à l’exemple de la prolifique plume du poète.
L’image est formidable : livres et littérature sont des zeppelins.
C’est étrange, se dit Clara, que les pensées d’une personne surgissent ainsi de la bouche de quelqu’un d’autre.
La maison d’édition Bleu d’encre avec son si joli logo, poursuit sa publication de recueils de poésie. Claire, soignée et aérée, au format 11 x 19 cm sur papier crème, elle offre aujourd’hui son vingt-deuxième numéro à Marcelle Pâques, « femme ordinaire, vie ordinaire en apparence », m’écrit-elle par email. Cependant : La tête à l’envers / Les pieds dans les nuages / La vie dégrafe son corsage.
Illustré par des sculptures de pierre de Christian Claus, ce nouveau recueil d’Annie Préaux prend un aspect aussi architectural que formel, tant les lignes des œuvres sont ici pures et géométriques, alors que là, elles sont archaïques et rudes ; à l’image de totems issus de réserves archéologiques. Ainsi, Pierres de vie annonce bien ses couleurs de marbre et de granit, et dit aussi bien son titre. La vie s’exprime ardemment dans ces formes et lignes défiant le poids et l’équilibre lourds de la matière, ainsi que dans les pleins et vides aériens narguant sa permanence et sa stabilité ; s’en trouvant d’autant augmentées.
Les dix illustrations d’Isabelle Busschaert sont splendides ! On aimerait avoir les originaux en main. Ce sont des taches de couleurs liquides s’épousant très harmonieusement, et pénétrant le papier où s’immerge le regard comme dans un bain cosmique. Veines et nervures génèrent les cartes de territoires imaginaires et infinis, débordant largement leur modeste format de carte postale.
De sages paysages aux doux pastels jalonnent ce nouveau recueil de Martine Rouhart, comme autant d’instantanés prenant par la main et le chemin des saisons. Loin des routes agitées, les sons de la nature, dont surtout le coulis de l’eau, sont pris en charge par la plume murmurante de l’auteure, perceptible à l’oreille, transformant son écriture en une rivière de mots légers et parfumés ; quoique sans plus d’illusions.
Parmi les plus grands textes de voyageurs, Voyage d’une Parisienne à Lhassa d’Alexandra David-Néel fait référence. Ce texte a plus de nonante ans et depuis, les voyages et leurs récits ont été bouleversés par la modernité de complète manière.
Passé un premier et tendre toucher du papier, choisi beau, crème, épais, c’est la mise en page qui saute aux yeux. En effeuillant le livre qui évente légèrement, beaucoup d’espace vierge s’impose autour, entre, en marges, en creux, disséminé irrégulièrement tout du long du livre. C’est autant d’oxygène offert à la pupille, donc à l’esprit, voire à l’âme.
68–18 de Christophe Kauffman,