Archives par étiquette : Tito Dupret

Un mur de lamentations

Marc CHAMBEAU, Restez chez vous ! Portes clos­es, Cerisi­er, 2020, 146 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87267–226‑4

marc chambeau, Restez chez vous! Portes closesIl faut nom­mer pour appréhen­der. Chaque réc­it porte ici le titre d’un ou deux prénoms, à qua­tre excep­tions près. Soit trente por­traits courts. Autant de vies cro­quées, à crans et à crocs du microbe. Restez chez vous ! Portes clos­es. Voilà bien l’inhumaine injonc­tion imposée par un virus couron­né maître du monde depuis le print­emps dernier. Main­tenant, c’est l’automne et les vies vire­voltent en tombant comme des feuilles sous la plume de Marc Cham­beau qui ne craint pas l’anticipation. Con­tin­uer la lec­ture

Herbier de l’instant

Jean Luc WERPIN, Menues mon­naies, Jacques Fla­ment, 2020, 98 p., 10 €, ISBN : 978–2‑36336–445‑6

Jean Luc Wer­pin verse dans le haïku comme un enfant plonge dans une meule de foin. Il s’y enfonce à se per­dre et l’air hir­sute, il en ressort plein d’épis et de fétus accrochés aux vête­ments, de pous­sières et de pol­lens sur le vis­age comme autant d’étoiles dans les yeux. Une à une, il extrait ses ardentes et hasardeuses pris­es des mailles de ses habits pour les rassem­bler aujourd’hui, tel un her­bier dis­parate, dans un recueil nom­mé Menues mon­naies. Con­tin­uer la lec­ture

Rudesse de l’éther

Pas­cal FEYAERTS, Aspérités, Coudri­er, 2020, 54 p., 16 €, ISBN : 978–2‑390520–13‑9

pascal feyaerts aspéritésPour lui, le poète se doit de créer de la tran­scen­dance, lit-on en fin de vol­ume à pro­pos de Pas­cal Feyaerts. À elle seule, cette phrase soulève de nom­breuses ques­tions, dont de vocab­u­laire. Aus­si parce que le titre du présent recueil est Aspérités. Appos­er aspérités et tran­scen­dance est para­dox­al. Or, on lit un peu plus haut : Il y a chez moi une esthé­tique du ques­tion­nement et de l’ouverture et je vois sou­vent les choses par le prisme de l’oxymore. Ain­si, l’auteur ne souhaite rien d’autre que lier des réal­ités très séparées. Con­tin­uer la lec­ture

Entailles et failles

Michel VAN DEN BOGAERDE, Intailles et camées, Coudri­er, 2020, 76 p., 18 €, ISBN : 978–2‑390520–14‑6

michel van den bogaerde intailles et caméesÀ l’Est, on maîtrise le grain de riz sur lequel dessin­er le feuil­lu bam­bou avec minu­tie, ou encore l’œuf de jade où se croisent en détails les branch­es d’un arbre aus­si minus­cule que mirac­uleux. À l’Ouest, ce sont les intailles (en creux) et les camées (en reliefs) qui fig­urent de mer­veilleuses minia­tures, entre gravures et sculp­tures ; sou­vent des por­traits de la taille de petits médail­lons. Cet art orfévré est très ancien : Les Romains, notam­ment, ont pro­duit de remar­quables camées en tirant par­ti des super­po­si­tions de tons de l’agate, de l’onyx, de la sar­doine, etc., racon­te Larousse. Con­tin­uer la lec­ture

Poèmes d’amour et de mort

Philippe LEUCKX, Poèmes du cha­grin, Coudri­er, 2020, 109 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–012‑2

Poète de la sim­plic­ité, Philippe Leuckx est l’auteur de plus de cinquante recueils. Cepen­dant, celui-ci sort du lot car il n’est pas le fruit de l’inspiration du quo­ti­di­en, dont il s’est fait chantre. Les Poèmes du cha­grin sont l’enfant d’un deuil, celui de Gaby, sa com­pagne pen­dant qua­tre décen­nies. Qua­tre pho­tos, dont un por­trait d’enfant sur la cou­ver­ture, per­me­t­tent de met­tre un vis­age sur l’aimée. Con­tin­uer la lec­ture

Auprès de mon chêne

Pierre SOMVILLE, Jour­nal de la peste, Tail­lis pré, 2020, 74 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87450–167‑8

C’est le mys­tère du mal (…) pour une fois les « poli­tiques », dos au mur, osent enfin agir et faire leur devoir.

Jour­nal de la peste, ini­tié mi-mars 2020, est celui de la COVID-19 entrant sans fra­cas dans l’intimité de Pierre Somville, con­finé entre son jardin et les infor­ma­tions des médias. Con­tin­uer la lec­ture

La fièvre poétique

Philippe LEUCKX, Doigts tachés d’ombre, Cygne, 2020, 58 p., 10 €, ISBN : 978–2‑84924–617‑7

leuckx doigts tachés d'ombre éditions cygnePrès de soix­ante poèmes répar­tis en six chapitres com­posent ce nou­veau recueil de Philippe Leuckx. Ici, il rassem­ble des œuvres parues dans divers­es revues ain­si qu’inédites. Comme c’est le troisième opus que je recense pour Le Car­net, la curiosité m’a poussé à ren­con­tr­er l’auteur sur son lieu d’écriture. Il habite Braine-le-Comte, une mai­son tenue avec grand soin, à l’instar de ses poèmes et pub­li­ca­tions. Le bâti­ment pro­tège un jardin à l’arrière, tout en longueur, ser­ré par ceux des voisins. À la fois maîtrisé et hir­sute, il y pro­lifère autant de couleurs que de par­fums, à l’exemple de la pro­lifique plume du poète. Con­tin­uer la lec­ture

Lettres ou ne pas être

Amélie NOTHOMB, Les aérostats, Albin Michel, 2020, 180 p., 17,90 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑226–45408‑9.

L’image est for­mi­da­ble : livres et lit­téra­ture sont des zep­pelins.

— Ils pren­nent feu facile­ment, non ?
— Oui.
C’est un autre prob­lème de l’aérostat, qui en a décidé­ment beau­coup : frag­ile, cher, encom­brant. Mais c’est si beau, ces baleines volantes, silen­cieuses et gra­cieuses. Pour une fois que l’homme invente quelque chose de poé­tique ! Con­tin­uer la lec­ture

Du cirque aux ténèbres

Melis­sa COLLIGNON, L’œil des Capana, Acad­e­mia, 2020, 192 p., 18 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑8061–0491‑5

C’est étrange, se dit Clara, que les pen­sées d’une per­son­ne sur­gis­sent ain­si de la bouche de quelqu’un d’autre.

Voici le dédou­ble­ment qua­si schiz­o­phrénique d’une seule et même his­toire au long cours. Les per­son­nages du passé sont peu à peu révélés au présent, par le dépôt de let­tres anonymes dis­til­lant, à la manière de flash­backs, leurs funestes révéla­tions dans le creux des trous de mémoires, des secrets enfouis et des fis­sures lais­sées à la nou­velle généra­tion. Dont les ques­tions en sus­pens ruinent la vie, car il s’agit de fil­i­a­tion. Rien qui ne puisse rester irré­solu. Con­tin­uer la lec­ture

L’ordinaire effronté

Mar­celle PÂQUES, Le cristal des jours, Bleu d’encre, 2020, 52 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930725–31‑4

La mai­son d’édition Bleu d’encre avec son si joli logo, pour­suit sa pub­li­ca­tion de recueils de poésie. Claire, soignée et aérée, au for­mat 11 x 19 cm sur papi­er crème, elle offre aujourd’hui son vingt-deux­ième numéro à Mar­celle Pâques, « femme ordi­naire, vie ordi­naire en apparence », m’écrit-elle par email. Cepen­dant : La tête à l’envers / Les pieds dans les nuages / La vie dégrafe son cor­sage. Con­tin­uer la lec­ture

Lettres sculptées

Annie PRÉAUX, Pier­res de vie, Coudri­er, 2020, 93 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–002‑3

Illus­tré par des sculp­tures de pierre de Chris­t­ian Claus, ce nou­veau recueil d’Annie Préaux prend un aspect aus­si archi­tec­tur­al que formel, tant les lignes des œuvres sont ici pures et géométriques, alors que là, elles sont archaïques et rudes ; à l’image de totems issus de réserves archéologiques. Ain­si, Pier­res de vie annonce bien ses couleurs de mar­bre et de gran­it, et dit aus­si bien son titre. La vie s’exprime ardem­ment dans ces formes et lignes défi­ant le poids et l’équilibre lourds de la matière, ain­si que dans les pleins et vides aériens nar­guant sa per­ma­nence et sa sta­bil­ité ; s’en trou­vant d’autant aug­men­tées. Con­tin­uer la lec­ture

Renouvellement amniotique

Elysa­beth LOOS, Ce que je con­fie aux vagues, Coudri­er, 2020, 115 p., 22 €, ISBN : 978–2‑39052–009‑2

ce que je confie aux vaguesLes dix illus­tra­tions d’Isabelle Buss­chaert sont splen­dides ! On aimerait avoir les orig­in­aux en main. Ce sont des tach­es de couleurs liq­uides s’épousant très har­monieuse­ment, et péné­trant le papi­er où s’immerge le regard comme dans un bain cos­mique. Veines et nervures génèrent les cartes de ter­ri­toires imag­i­naires et infi­nis, débor­dant large­ment leur mod­este for­mat de carte postale. Con­tin­uer la lec­ture

Allant de soi à soi

Mar­tine ROUHART, Loin des routes agitées, Coudri­er, 2020, 73 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–006‑1

martine rouhart loin des routes agitees le coudrierDe sages paysages aux doux pas­tels jalon­nent ce nou­veau recueil de Mar­tine Rouhart, comme autant d’instantanés prenant par la main et le chemin des saisons. Loin des routes agitées, les sons de la nature, dont surtout le coulis de l’eau, sont pris en charge par la plume mur­mu­rante de l’auteure, per­cep­ti­ble à l’oreille, trans­for­mant son écri­t­ure en une riv­ière de mots légers et par­fumés ; quoique sans plus d’illusions. Con­tin­uer la lec­ture

Ni Rome ni Lhassa

Emmanuelle MÉNARD, Impres­sions voyageuses, Coudri­er, 2019, 114 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–000‑9

Emmanuelle MÉNARD, Si vous croyez que l’amour a don­né son dernier bais­er…, Coudri­er, 2019, 59 p., 16 €, ISBN : 978–2‑39052–001‑6

Par­mi les plus grands textes de voyageurs, Voy­age d’une Parisi­enne à Lhas­sa d’Alexandra David-Néel fait référence. Ce texte a plus de nonante ans et depuis, les voy­ages et leurs réc­its ont été boulever­sés par la moder­nité de com­plète manière.

Alexan­dra David-Néel est la pre­mière européenne entrée à Lhas­sa. Ville inter­dite, elle s’y est intro­duite déguisée en men­di­ante, maîtrisant le tibé­tain, ayant tra­ver­sé l’Himalaya à pied, depuis les Indes d’alors. Moins d’un siè­cle plus tard, chaque année, un mil­liard de per­son­nes voy­a­gent dans le monde, for­matant celui-ci en un immense parc d’attractions touris­tiques, de cen­tres com­mer­ci­aux et d’affaires. Con­tin­uer la lec­ture

De la lisibilité du silence

Elodie SIMON, De hautes erres, Cormi­er, 2019, 90 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87598–019‑9

Passé un pre­mier et ten­dre touch­er du papi­er, choisi beau, crème, épais, c’est la mise en page qui saute aux yeux. En effeuil­lant le livre qui évente légère­ment, beau­coup d’espace vierge s’impose autour, entre, en marges, en creux, dis­séminé irrégulière­ment tout du long du livre. C’est autant d’oxygène offert à la pupille, donc à l’esprit, voire à l’âme. Con­tin­uer la lec­ture

Le poème est un sursis

Christophe KAUFFMAN, 68–18, Tétras Lyre, 2020, 76 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–50‑2

68–18 de Christophe Kauff­man,
c’est 57 son­nets sur cinquante années,
vers cette fatal­ité, heur­tant de sa canne :
Désor­mais j’ai vécu plus que je ne vivrai.
Ce qui nous con­duit à cette dou­ble détresse :
la vie sera plus lente et passera plus vite. Con­tin­uer la lec­ture