Archives par étiquette : Tito Dupret

Cabinet de lettrosités

Tris­tan ALLEMAN, Sara­ban­des, Chat polaire, 2019, 104 p., 12 €, ISBN : 978–2‑9311028–04‑9

Depuis Prélude jusqu’à Silence, Sara­ban­des de Tris­tan Alle­man sculpte 88 pages de petits objets lit­téraires qui sont autant de déri­dantes déri­sions et de petits dérè­gle­ments. Vingt heures : l’heure du crime. Le fan­tôme est en avance. Chaque textes est un petit pavé astu­cieuse­ment tail­lé et amusé­ment jeté dans la marre du bon sens. Il éclabousse l’esprit de pen­sées nou­velles a pri­ori sans con­nex­ions. Pour­tant per­ti­nentes : Que seraient châteaux et manoirs sans leur han­tise ? Con­tin­uer la lec­ture

À la poursuite de l’enfant-diamant

Alain LALLEMAND, L’homme qui dépe­u­plait les collines, Lat­tès, 2020, 347 p., 20,90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑7096–6614‑5

L’aventure est grande, dense, jules-verni­enne : c’est un roman d’exploration où l’on course le dia­mant, le coltan, l’uranium, l’enfance, la fil­i­a­tion, l’amour. Il y a dans L’homme qui dépe­u­plait les collines un luxe d’humanité dont on se doute que la réal­ité est beau­coup plus dure sur place, au Con­go, Sud-Kivu, en pleine jun­gle rongée par l’avidité des uns et la survie des autres. Con­tin­uer la lec­ture

« Ode à l’amour, la souffrance et la mort »

Jas­mine NGUYEN, Po’aime-moi, Bleu d’encre, 2019, 52 p., 12 €, ISBN : 78–2‑930725–27‑7

La poésie joue un rôle ultime dans la vie des auteurs ; sans doute aus­si des lecteurs. S’il existe cent mille raisons de pren­dre la plume et d’écrire des poèmes, il en est une majeure où toutes peut-être se rejoignent : tran­scen­der la langue et par ce chemin, sub­limer la réal­ité. Or celle-ci est sans mesure pour Jas­mine Nguyen. Médecin spé­cial­isée dans les can­cers du sang, auteure ici d’un pre­mier recueil, elle a man­i­feste­ment acquis une con­science pré­cise de ce que l’écriture et la poésie appor­tent à sa vie. Un exu­toire et une libéra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

La ronde honnie

Stanis­las COTTON, Le joli monde, Mur­mure des soirs, 2020, 94 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930657–58‑5

Une plume s’offre à une autre pour écrire son œuvre posthume et racon­ter l’indicible, l’ineffable ; ce que per­son­ne ne peut accepter ni com­pren­dre. Et surtout pas l’humanité. Peu avant sa mort, Ariel Bildzek, ce géant de la lit­téra­ture mon­di­ale, m’a révélé ce qu’il n’avait jamais racon­té à per­son­ne.

La réal­ité nazie reste sans réponse pos­si­ble, incom­men­su­rable et sans réc­on­cil­i­a­tion entre l’être et l’humain. Et juste­ment… si être humain n’était pas un lumineux sup­plé­ment d’âme, mais bien une som­bre erreur de la nature ? Je suis entré, j’ai repoussé le pan­neau et je me suis retrou­vé nez à nez avec un type qui me souri­ait. J’ai remar­qué une tête de mort sur le col de son uni­forme.


Lire aus­si : Écrire sur les camps aujour­d’hui (C.I. 199)


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Déborderoman caniculaire

Claude DONNAY, On ne coupe pas les ailes aux anges, M.E.O., 2020, 284 p., 20 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑807002–28‑9

Brux­elles en fusion, l’asphalte nappe plus que molle­ment les pavés, à portée de poings d’esprits chauf­fés à blanc. Claude Don­nay campe un été prophé­tique où les thèmes écologiques, économiques, poli­tiques et soci­aux envahissent la fic­tion pour se heurter à un grand chaos. Tout a fon­du en une mélasse grise et puante. Soit une fable qui met aux tré­fonds de notre bonne société un ther­momètre rou­gi par une flam­bante actu­al­ité. Il y a peut-être un brin d’anticipation dans ce roman : et s’il nous racon­tait un prochain été en nos belles régions tem­pérées ? Con­tin­uer la lec­ture

C’était sait

Edgar KOSMA, #VivreAuVingtE­tU­nième­Siè­cle, Arbre à paroles, 2019, 113 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–688‑7

Same­di soir, lors de dédi­caces chez Home Frit’ Home, librairie-galerie-bou­tique du sur­réal­isme et micro-musée de la frite à For­est, Edgar Kos­ma m’accueille avec douceur et sim­plic­ité. Il a man­i­feste­ment l’habitude de recevoir un incon­nu venu de nulle part. Et d’emblée, il absorbe les ques­tions d’un regard pro­fond dans celui de son inter­locu­teur. De temps en temps, son champ de vision s’élargit et part pas mal loin pen­dant qu’il répond. Con­tin­uer la lec­ture

Calepin d’un galopin

Paul GUIOT, Au pays des mots à sons, Chat polaire, 2019, 63 p., 12 €, ISBN : 978–2‑9310–2802‑5

À 57 ans, Paul Guiot con­fesse qu’il est resté très jou­ette. L’auteur d’aphorismes aime les mots qu’il ramasse comme un gamin sans peur qu’on fesse, revenu de l’école buis­son­nière. Celle-ci est son Pays des Mots à Sons où vivre se con­jugue au plaisant. Tel est le pré req­uis dans lequel il emmène par l’âme un ami ; vous lecteur. Pour observ­er ses ani­mots rumi­nant livresque d’une vie de poème, chan­té dans les champs de blé en verbe. Con­tin­uer la lec­ture

À la naissance des rides

Un coup de cœur du Car­net

Claude DONNAY, Le bour­don­nement de la lumière entre les chardons, Coudri­er, 2019, 90 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930498–83‑6

Après lec­ture du dernier recueil de Claude Don­nay, l’esprit quelque peu flot­tant, mon regard se repose sur son titre, Le bour­don­nement de la lumière entre les chardons, et s’y agrippe comme une bouée au réel. Car de pointes et de picots, il y en a à vous tra­vers­er la peau pour rejoin­dre l’âme du poète. Je suis sur­pris et con­quis : ses textes vont telle­ment à con­tre-courant de cette pho­to récente parue pour habiller un arti­cle dans L’Avenir-Dinant. Claude Don­nay y est joyeux, tout sourire et jeans, cas­quette sur ses yeux d’éternel ado­les­cent, le bic tou­jours prêt à l’emploi, entouré des livres de sa mai­son d’édition Bleu d’Encre. Con­tin­uer la lec­ture

Le monde est mon trône

CEEJAY, Der­rière les paupières… l’immensité, Arbre à paroles, 2019, 298 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87406–682‑5

ceejay derriere les paupieres l immensiteAmbitieux sans pré­ten­tion, aus­si méga­lo­mane que généreux, le recueil de Cee­Jay est volu­mineux. C’est celui d’un aveu­gle, Der­rière les paupières, qui sait qu’il ne sait rien de l’immensité. Cepen­dant, il la sent et l’aperçoit dans l’intime lumière de son âme. Il écrit sans relâche pour l’appeler à lui, la rejoin­dre.

L’auteur s’adresse à elle non dans ses replis et inter­stices, mais dans son incom­men­su­ra­bil­ité. En un arbi­traire abécé­daire de l’extrêmement grand — terre, temps, espace, astral, pen­sée, rêve… —, ses poèmes nous dis­ent, nous rap­pel­lent et provo­quent le gigan­tisme qui coule dans nos veines depuis-pour tou­jours. Le poète illim­ite nos sens, notre être venu pour don­ner et notre exis­tence avide d’air. Con­tin­uer la lec­ture

La chute de l’homme

Michel JOIRET, Les larmes de Ves­ta, M.E.O., 2019, 152 p., 15 €, ISBN : 978–2‑8070–0213‑5

Le nou­veau-né de Michel Joiret est un hom­mage au latin et au français à tra­vers deux des­tins. Luc au 20e siè­cle en Bel­gique, et Lucius en Rome antique, à Pom­péi, demeure des dieux. Luc et Lucius sont pour les siè­cles des siè­cles un seul et même enfant ; l’un de Maman Lune et l’autre de Luna.

En famille, Luc « remue le moins pos­si­ble, fixé sur sa ‘musette aux mer­veilles’, ain­si qu’il désigne les pre­miers albums où Jacques Mar­tin met en scène le jeune Gaulois Alix, devenu citoyen romain et ami de César. Cette Rome de BD est dev­enue son décor de prédilec­tion et son refuge. » Adulte, Luc devient pro­fesseur de latin. Con­tin­uer la lec­ture

Un amour n’est qu’un amour

Arnaud DELCORTE, Aimants + Réma­nences, Unic­ité, 2019, 117 p., 15 €, ISBN : 978–2‑37355–294‑2

Delcorte Aimants + Rémanences UnicitéSur les march­es de La Bourse à Brux­elles, Arnaud Del­corte tient une revue de poésie épaisse et graphique, où l’un de ses poèmes poly­glottes a été pub­lié. Nous nous instal­lons à la ter­rasse la plus proche, vaste et vide à cette heure d’ouverture, autour d’une petite table ronde, bistrotière avec son pied noir, art déco, en fonte. L’auteur porte une barbe courte et soignée. Ses lunettes cer­clées scin­til­lent au soleil comme sa boucle d’or d’oreille gauche, qui ressem­ble à une petite alliance. Con­tin­uer la lec­ture

Sardane dansera

Édith HENRY, J’ai sep­tante ans et je danse la sar­dane, Coudri­er, 2019, 75 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930498–97‑3

L’anagramme de sar­dane, c’est dansera. Un cer­cle de garçons et de filles, de mèch­es, allumées par la fébril­ité des mains qui bien se tien­nent, bras ten­dus à la per­pen­dic­u­laire du corps, buste droit et jambes autonomes ; les danseurs se touchent des yeux et se mesurent sur le pavé des places publiques par petits pas syn­copés, répétés et syn­chrones jusqu’au tour­nis des­tiné. Con­tin­uer la lec­ture

Poupée d’Irlande

Serge DELAIVE, Suite irlandaise en qua­torze sta­tions, Angle Mort, 2019, 24 p., 5 €, ISBN : 978–2‑9602174–3‑8

delaive suite irlandaiseLe livre est si léger ! Six pages agrafées de cuiv­re. La cou­ver­ture bleu nuit est si sobre ! Serge Delaive, Suite irlandaise en qua­torze sta­tions, gravés à la rouille en creux, mis en page comme une croix cel­tique tête en bas. Le coin supérieur droit des pages est coupé rond et pas celui inférieur. En qua­trième de cou­ver­ture, seul le nom de la mai­son d’édition, Angle mort, c’est tout. Je n’ai pas encore ouvert et je suis déjà ému. C’est telle­ment épuré que cela atteint son but. Con­tin­uer la lec­ture

L’attente sans teinte

Philippe LEUCKX, Le men­di­ant sans tain, Coudri­er, 2019, 55 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930498–93‑5

Près du Palais de Jus­tice à Brux­elles, le long du tri­bunal d’application des peines cog­nant avec la Place Louise, l’on voit une flopée de car­tons fix­ant le domi­cile de per­son­nes sans. Puis ils dis­parais­sent, reparais­sent, dis­parais­sent, réap­pa­rais­sent. C’est ain­si tout l’année et j’ai sou­vent voulu m’approcher, pos­er une ques­tion banale, nouer con­tact, exprimer je ne sais pas quoi ; une sol­i­dar­ité, je sup­pose. Mais nos yeux, s’ils se sont croisés, ne se sont jamais ren­con­trés. Alors, chaque fois, de la tristesse me coulait un peu dans les veines, mon vis­age se tour­nait vers le sol, et je repre­nais mon chemin, m’interrogeant le cœur. Con­tin­uer la lec­ture

La mer / la mère / l’amer / l’âme erre

Isabelle BIELECKI et Mar­tine ROUHART, pho­togra­phies de Pierre MOREAU, Miroirs à marée basse, Coudri­er, 2019, 77 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930498–94‑2 — Expo­si­tion des pho­tos sur 100 mètres aux Galeries Royales d’Ostende du 24 juin au 4 août 2019

Trente ans ! C’est le temps qu’il a fal­lu à Isabelle Bielec­ki pour com­pren­dre que ses poèmes adressés à la mer, alors écrits « d’un jet brûlant », par­lent en vérité de sa mère. L’amniotique homo­phonie est restée incon­sciente tout ce temps. Ce sont les pho­tos à grand for­mat de son com­pagnon Pierre More­au qui ont réveil­lé ses textes longtemps enfouis. Ils for­ment aujourd’hui la pre­mière par­tie du recueil Miroirs à marée basse. Con­tin­uer la lec­ture

Couleurs grasses douleurs crasses

Tania TCHÉNIO (texte), Anne LELOUP (images), Regards fauves, Cheyne, 2019, 48 p., 15 €, ISBN : 978–2‑84116–268‑0

Est-ce un jeu ? Est-ce un choix ? Ou bien est-ce « comme ça » ? Anne Leloup hésite, cherche une réponse. L’illustratrice dit qu’elle sent assez vite que c’est bien… c’est ce qui con­vient. Après s’être imprégnée du texte qu’elle a lu, lu, relu et relu, elle s’en remet à sa main. À ses gestes selon les tech­niques qu’elle con­naît et remet à l’épreuve par études suc­ces­sives. Le résul­tat, ce sont des courbes en droite ligne de ce qu’elle offrait déjà dans Le jardin en 1999 et qui font désor­mais sa pat­te, sa griffe ; entre CoBrA, art brut et art naïf. Con­tin­uer la lec­ture