Un coup de cœur du Carnet
Charly DELWART et Ronan BADEL, Les aventures de moi-même. Journal de ma fugue, Flammarion Jeunesse, 2021, 144 p., 11,50 € / ePub : 8,49 €, ISBN : 9782080205957
C’est décidé : Gaspard, (presque) dix ans, va fuguer. Parce qu’il a le temps, parce qu’il a l’âge, pour prendre son indépendance, pour voir le monde tout seul comme un grand, car oui, il est grand, maintenant. Ah, et aussi parce que ses parents et lui ne sont pas, mais alors pas du tout d’accord : ils ont décidé de l’inscrire dans un autre collège que celui où iront ses deux meilleurs copains. Une seule solution : quitter la maison. Continuer la lecture




Selon certaines croyances et traditions, tout humain est lié à un animal-totem (parfois même à plusieurs) dont il peut percevoir des signes dans la réalité visible, mais qu’il ne peut rencontrer que dans le monde invisible, celui des rêves, des voyages chamaniques et autres méditations de l’inconscient. L’artiste Sara Gréselle a peut-être trouvé le sien au détour d’un songe prémonitoire, flottant autour d’elle après son réveil et évoqué à son comparse Ludovic Flamant : elle illustrait un album intitulé Bastien, ours de la nuit. Ce titre, oniriquement puissant, n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et son écho persistant a mené à une merveilleuse réalisation graphico-textuelle éponyme.
Chaque personne renferme une histoire, celle de sa vie. Dès lors, si l’on collectionne les récits d’une galerie de personnages, cela forme comme une petite bibliothèque. C’est du moins le présupposé de cet ouvrage, publié aux éditions bruxelloises À pas de loups. Une bibliothèque qui tient dans les mains et se lit avec grand plaisir.
Paul prend la route… Contrairement au bouquin qu’il trimballe, le récit de ses aventures est un texte savoureux.
Ni l’un ni l’autre, le dernier album d’Anne Herbauts est joyeux, entrainant, et une vraie déclaration d’indépendance des jeunes enfants auxquels il s’adresse. Eux qui sont souvent comparés à papa ou maman (dont ils auraient les oreilles, le nez ou le caractère), définis par ceux-ci, étiquetés malgré eux, se développent pourtant en tant qu’individus dotés d’une personnalité qui n’appartient et ne ressemble qu’à eux. Et c’est ce que nous rappelle cet album tout en couleurs.
Molly, de son vrai nom Marie-Odile – en hommage à la Tante Odile décédée prématurément dans d’horribles souffrances –, est une jeune fille pleine de vie qui se rend partout à vélo. À Saint-Péravy-la-Colombe, son village natal, elle va faire une petite révolution. Alors que son père, fan inconditionnel du Grand Général de Gaulle, aimerait qu’elle travaille au Carrefour comme lui, Molly a d’autres ambitions.
Point de fuite est un récit pour la jeunesse polyphonique qui nous fait découvrir à travers les yeux de plusieurs personnages leur quotidien a priori sans histoire. On découvre d’un côté une Mona gentille et souriante qui prépare le concours d’entrée à l’École Nationale des Beaux-Arts, toujours fourrée avec son meilleur ami Marin, alias Curry, qui projette de suivre un Master en Développement durable et s’engage sans réserve dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Là où tout est blanc s’ancre au cœur de l’Antarctique, que l’auteure et illustratrice Giulia Vetri a déjà exploré dans un album éponyme pour la jeunesse (Antarctique – expéditions en terre inconnue, La Martinière Jeunesse, 2018) et, antérieurement, dans un projet-livre imagé muet (90° Sud, non publié) dont s’inspire le présent album réalisé à la fin de son cursus académique artistique à Urbino sous la supervision de l’artiste américain Steven Guarnaccia.
Comme son titre l’indique, cet enthousiasmant roman de Pierre Coran est un livre d’aventures. Il y raconte celles du petit Simon, fraîchement admis dans la bande des grands de son village, surnommés les Pièces-à-Trou, dont il va désormais partager les jeux, défis et exploits. Il y a quelque chose de l’ambiance de La guerre des boutons dans ce récit d’un groupe de gamins s’organisant dans la bataille, si ce n’est qu’ici, le conflit est bien plus sérieux et leur est imposé. Leur enfance dans la campagne montoise va en effet bien vite être bouleversée par l’arrivée de troupes allemandes : nous sommes en pleine période d’Occupation et le quotidien des jeunes garçons et de leur famille va en être radicalement changé. Tous vont apprendre à vivre en côtoyant le danger, la peur et les drames, tout en résistant comme ils le peuvent.
De la volonté à l’obligation d’être en position couchée, il n’y a parfois qu’un tout petit pas que Vincent Mathy franchit dans cet opuscule presque sans parole. Tantôt avec candeur et cautèle, tantôt avec fantaisie et gravité, cet imagier allongé relève le défi d’une lecture multiple.
L’univers de Marine Schneider se pelotonne dans un fantastique mystérieux. Cette artiste crée des albums atmosphériques qui surprennent et intriguent. Son trait se fait épuré et expressif quand elle envisage certains personnages, alors que sa technique se ramifie au moment de représenter la nature. Effets d’aquarelle et de pastel, rehaussements de contours, texture en superpositions, perspectives recalibrées, variations autour des verts et du saumon… Par touches, aplats, traits et nuages, Schneider compose avec sensibilité un imaginaire dense, silencieux et accueillant qui suscite une irrésistible envie de le pénétrer.
Une fille aux cheveux rouges, débardeur clair et baskets, courant comme une dératée dans la capitale berlinoise afin de sauver son ami Manni. C’est cette image-culte que le titre Cours Lola, cours ! évoque à ceux d’« un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». À présent, il réfèrera également, dans l’esprit des plus jeunes cette fois, à un album jeunesse publié chez Esperluète éditions, celui de Geneviève Casterman qui précise elle-même que « le titre du livre n’a rien en commun avec le film éponyme que le prénom de son héroïne ».
Véritable écrin de douceur, de délicatesse, l’album Aux quatre coins du monde est un bijou de plus proposé par l’éditeur Versant Sud. Inscrit à juste titre dans la collection “Les pétoches”, ce deuxième opus de l’autrice et illustratrice Valentine Laffitte est un medium intelligent pour exprimer ce que nous craignons et redoutons… en l’occurrence, un monde qui, littéralement, se dénature.